PAR LA MÉTHODE DE RETOURNEMENT
Théorie. — Une des premières préoccupations de la cranioiogie consiste à rechercher si un crâne est normal, asymétrique ou véritablement déformé. La déformation peut être considérable, Tasymétrie peut être plus ou moins légère; dans tous les cas, il est intéressant d'en reconnaître l'importance et la localisation. Or rien n'est plus difficile que d'étudier ces anomalies, d'en suivre les effets, non seulement sur les diverses pièces osseuses qui constituent la boîte crânienne, mais encore sur les diverses parties de ces pièces elles-mêmes.
Les méthodes de calcul proposées par différents auteurs pour la plagiocéphalie sont aussi compliquées qu'insuffisantes et ne satisfont personne. J'ai essayé, à mon tour, d'en trouver une meilleure, et je crois y être arrivé en mettant à profit la tliéorie de la symétrie, qui constitue Tune des transformations les plus simples et les plus utiles de la géométrie.
Je rappelle donc simplement que deux figures symétriques, par rapport à une droite, sont superposables par retournement. Si, par exemple, on fait tourner une figure régulière comme l'est un plateau circulaire autour d'un axe central, il va sans dire que tous les points de ce plateau se recouvriront les uns les autres parce que tous sont parfaitement symétriques par rapport à l'axe central. Mais si l'on retranche une partie, si faible qu'elle soit, sur une portion quelconque de ce plateau, il n'en est plus de même. La trace de la partie absente sera indiquée sur la partie correspondante intacte, par le retournement de l'une sur l'autre. Dans la pratique craniologique, on peut procéder de deux façons :
i"" Pour avoir une idée générale de l'asymétrie ou de la
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déformation , on peut se contenter de calquer le contour d'une vue du cràne sur l'image de la photographie métrique à l'aide d'un papier aussi transparent que possible. Il faut avoir soin de marquer des points de repère pour bien situer le calque; on indique, par exemple, non seulement les points où les axes 00 rencontrent le cràne, mais encore plusieurs points des lignes horizontales et verticales.
Cela fait, on retourne la feuille de papier de façon que le côté droit du dessin calqué se place du côté gauche de l'image photographique, et réciproquement. Pour cela, il faut avoir bien soin de placer les différents points de repère, de façon qu'ils se superposent très exactement. La chose est facile, puisque le fond réticulé est un tracé métrique régulier; les points de repère primitivement indiqués sur le calque du côté droit se superposent donc rigoureusement sur les points correspondants du côté gauche.
On calque ensuite une deuxième fois le contour du cràne avec une ligne ponctuée ou avec une encre de couleur pour distinguer les deux dessins.
Celte méthode de retournement du contour droit sur le gauche et du gauche sur le droit montre clairement quelles sont les parties asymétriques du cràne.
2"* Si l'on veut plus de détails, on peut, au lieu du simple calque des contours, faire un double tirage, sur papier très transparent, de la vue photographique avec des encres de couleurs différentes pour mieux distinguer les images. On place ensuite, face à face, les deux épreuves lune sur l'autre de façon que les quadrillages des réticules se recouvrent rigoureusement, ligne sur ligne. Le côté gauche du cràne se rabattra donc exactement sur le côté droit et on apercevra, grâce à la transparence du papier, les différences présentées par chaque côté par rapporta l'autre, dans une sorte de rotation autour de l'axe vertical.
Telle est la méthode que j'ai employée pour déceler les asymétries, même les plus faibles. Elle permet d'en calculer l'im-
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portance pour chaque point déterminé, soit à l'aide du calcul des triangles, soit à l'aide de l'instrument connu sous le nom de planimètre, qui intègre les surfaces. La méthode montre également que, très souvent, les asymétries et les déformations sont localisées à certains points. Elle permet enfin d'expliquer et de déterminer l'orientation des forces qui ont agi sur les différentes pièces osseuses.
On peut ainsi constater non seulement les asymétries et les déformations, mais étudier également les poussées, les retentissements que les asymétries ont fait subir aux différentes parties composantes du crâne par l'intermédiaire des sutures qui réagissent, de proche en proche, les unes sur les autres.
D'une manière générale, on verra que l'aplatissement d'un côté du crâne est compensé par un renflement du côté opposé. La boîte osseuse, malgré sa rigidité, peut se comparer néanmoins à un mince ballon de caoutchouc plein de liquide. Une pression sur l'une des parois produit une poussée de l'autre côté. Il n'y a pas arrêt de développement sur le point comprimé. Il y a en quelque sorte équilibre dans la matière cérébrale, qui oblige les parties osseuses à se mobihser pour leur faire place.
Je le démontre graphiquement pour les asymétries par compression latérale. Mais nous savons déjà que tel est également le mécanisme pour les déformations par synostoses prématurées et tout porte à présumer qu'il en est semblablement pour les déformations ethniques volontaires.
On sait que le volume d'un liquide est à peu près indépendant de la pression qu'il supporte. Je pense que la substance cérébrale obéit à la même loi.
Broca et Topinard pensaient que les crânes déformés subissent une légère diminution de la capacité normale. Mais, dans ces derniers temps, certains auteurs ont exprimé l'hypothèse qu'une déformation volontaire, de la nature de celles qu'on rencontre d'une manière particulièrement fréquente sur les crânes américains, ne devait pas modifier la capacité crânienne. Mais ce n'était là qu'une hypothèse. J'avais moi-même accepté
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IMPimmil NATIOSAI
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cette hypothèse et j^avais essayé d'en faire la démonstration en procédant, à l'aide d'un ruban métrique, à la mensuration des contours des crânes déformés. C'était déjà un commencement de preuve. Mais la photographie métrique, en permettant la superposition des images des crânes, en fournit une preuve irréfutable.
Application. — Prenons, par exemple, la vue sincipitale du crâne n* i5 (voir p. 63). Nous voyons que la calotte crânienne est très déformée et quelle parait avoir subi 1 action de deux pressions diflFérentes. Il semble, en effet, que la déformation constalée peut être réduite, suivant un théorème bien connu de mécanique, à deux mouvements : Van de rotation pour la partie antérieure ou frontale, Vautre de translation pour la partie postérieure ou pariétale.
D'une part, une première pression a imprimé à la partie frontale un mouvement de rotation autour d'un axe situé à Tintersection de Taxe vertical 00 et de la ligne horizontale supérieure n*" 2. L'angle de cette rotation est ^al à langle formé par l'axe vertical 00 et la perpendiculaire à la direction générale de la suture coronale; cet angle est d'environ lo degrés.
D'autre part, le mouvement de translation parait avoir eu lieu sous l'influence d'une force dirigée de gauche à droite qui aurait eu pour effet de déplacer la masse postérieure crânienne d'environ un centimètre.
La forme générale de la partie postérieure de la tête pourrait être obtenue par la jonction de deux arcs de cercle. L'un, celui de droite, aurait pour centre un point situé à l'intersection de la ligne verticale 00 et de la ligne horizontale inférieure n*» 2. L'autre, celui de gauche, d'un plus grand rayon, aurait pour centre un point situé à l'intersection de la ligne verticale n*» 2 et de l'horizontale n** 3 , du côté droit. La différence des rayons de ces deux cercles est naturellement en rapport avec les courbures des arcs de cercle.
La méthode de retournement permet naturellement des études analogues pour tous les crânes et donne à ces recherches un caractère de précision qui leur a manqué jusqu'ici.
Je n'ai garde d'oublier de faire remarquer que l'application si féconde de la méthode de retournement à l'étude des anomalies crâniennes est intimement liée à ma méthode de photographie métrique des crânes. C'est grâce : i*" à la méthode d'orientation suivant le plan de vision horizontale; 2^ à l'emploi des plans de projection ; 3** au support qui sert d'axe de rotation au crâne; 4*" enfin à l'emploi des fonds réticulés.
C'est une preuve nouvelle de l'excellence du système.