SUR 100 MENAGES COMBIEN DE NAISSANCES
PENDANT LA DUREE DU MÉtsAOE.
Total.
On sait que dans les pays d'Europe il naît, en moyenne, io5 garçons pour 100 fdles. Cette proportion est complètement bouleversée dans notre enquête sur les populations aborigènes des Hauts- Plateaux boliviens. Les Aymaras ont 173 garçons, tandis que les Quéchuas n'ont que 67 garçons pour 100 fdles. En d'autres termes, il y a 223.75 naissances masculines sur 100 ménages Aymaras contre io5.4o chez les Quéchuas, et 128.75 naissances féminines pour 100 ménages Aymaras contre 1 56.75 chez les Quéchuas. On est tenté de déclarer, sans aller plus loin, que ces anomalies, aussi bien d'un côté que de l'autre, proviennent de réponses erronées qui ont faussé les résultats. C'est possible. Je rappellerai toutefois que tous les sujets mariés, de l'un ou de l'autre sexe, n'étaient pas dans des conditions démographiques favorables, puisqu'ils étaient tous séparés de fait. On verra plus loin que les moyennes changeront lorsque les conditions sociales seront meilleures. Je ferai enfin remarquer que, lorsque nous étudierons la mortalité, toutes ces différences se balanceront pour arriver finalement à l'égalité numérique des sexes que nous avons toujours constatée.
Cette faible natalité est-elle le fait de la race elle-même, ou
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celui des circonstances dans lesquelles elle vit? Tel est le problème qui se pose. Nous avons la bonne fortune de posséder des documents absolument péremptoires pour trancher la question.
Alcide d'Orbigny, dans la relation de son Voyage dans l'Amérique méridionale , a recueilli des documents très précieux que j'ai eu plus d'une fois l'occasion de citer. Pour le moment, je lui emprunte les éléments d'une intéressante statistique démographique dont je tirerai ensuite quelques conclusions.
Pour étudier W utilement les indigènes sous le rapport de leur statistique, il fallait qu'ils se présentassent sans mélange, tout en dépendant d'un gouvernement quelconque, qui rendît possible l'obtention de renseignements positifs. Aucun point ne nous offrait, sous ce rapport, autant de garanties que les anciennes Missions des Jésuites des provinces de Moxos et de Chiquitos , situées au centre de l'Amérique , sous la zone torride ; là seulement une population purement américaine était soumise à la République de Bolivie. Frappé de ce fait, nous avons cherché à faire, de ces deux provinces, le centre de nos observations spéciales sur les mouvements de la population, comme sur tout ce qui concernait la statistique des aborigènes. Secondé dans nos recherches par les curés et les gouverneurs , nous croyons pouvoir présenter comme sûres les données qui suivent, car nous les avons exactement relevées sur les registres des curés; et le gouvernement des Jésuites, perpétué par les employés actuels, maintient une police trop scrupuleuse, qu'exercent les Indiens eux-mêmes , pour qu'une seule naissance , un seul décès puissent être ignorés d'eux. Les résultats que nous allons faire connaître ne sont basés , il est vrai , que sur une population peu nombreuse , puisqu'elle ne s'élève pas au-dessus de 38,197 âmes, distribuées entre deux provinces : l'une, celle de Chiquitos, couverte de forêts et composée de collines granitiques; l'autre, celle de Moxos, presque dénuée d'arbres, formée exclusivement de plaines humides , inondées une partie de l'année.
Le tableau suivant donne le résumé des documents statistiques recueillis personnellement par d'Orbigny.
On voit tout d'abord, au point de vue de la répartition des sexes, qu'il y a plus d'hommes que de femmes chez les Chiquitos; c'est le contraire qui a lieu chez les Mojos.
'' L'Homme américain ; Edit. Bertrand, in-<4°. Paris, i8/|3, [>. 17.
ENQUETE DEMOCUAPIIIQT E DE LA MISSION
Il y a moins de fillettes au-dessous de 1 2 ans chez les Chiquitos que de garçons au-dessous de \l\ ans et, par contre, plus de femmes mariées proportionnellement à la population totale, ce qui tendrait à montrer qu'un certain nombre de fillettes au-dessous de 12 ans sont mariées. On sait, en effet, que les Jésuites avaient établi la coutume de marier souvent les filles à l'âge de 10 ans et les garçons dès l'âge de i3 ans. D'Orbigny dit, à ce propos, qu'on lui a montré un veuf de 12 ans et une veuve de 10 ans! Chez les Mojos, la répartition de l'état civil est sensiblement égale pour les deux sexes.
POPULATION INDIGENE