‹ Anthropologie bolivienneChapitre 128 sur 199 · PLAN ET METHODE DE TRAVAIL · texte numérisé non relu

PLAN ET METHODE DE TRAVAIL

A l'heure actuelle, l'anthropométrie et la photographie font obligatoirement partie du programme d'études que se trace à l'avance tout voyageur scientifique.

Mais, s'il est facile de décider que l'anthropométrie et la photographie ne seront pas oubliées, la difficulté commence lorsqu'on cherche à préciser le détail du programme : instruments à emporter, méthodes à suivre, documents à recueillir, particularités à observer, etc.

Tel est le problème ardu qui s'est présenté à mon examen. Je vais montrer comment je l'ai résolu et quelles précautions j'ai prises pour tacher d'éviter, dans la mesure du possible, toute cause d'erreur.

C'est la question de méthode qui m'a par-dessus tout préoccupé, tant pour les préparatifs de la Mission que pour la mise en œuvre des documents rapportés. Car, avant de savoir ce qu'on rapportera, il faut lixer d'une manière très précise la méthode à employer et s'efforcer de la rendre d'une rigueur scientifique telle, que les plus exigeants se déclarent satisfaits.

Pour plus de clarté, je vais donc indiquer comment j'ai orienté ces deux questions connexes : l'anthropométrie et la photographie.

1 . Anthropométrie. — 11 faut tout d'abord considérer qu'on ne peut pas demander à un voyageur toutes les mensurations qu'il est possible de recueillir et qu'on recueille tranquillement, à loisir, dans un laboratoire.

ANTIIIiOPOMKTRIK.

« Tout est intéressant, dira-t-on. Et si l'on veut avoir une connaissance exacte des races, il ne faut rien laisser dans l'ombre. Le pins petit détail qui, au premier abord, paraît insignifiant peut prendre au contraire, par la suite, une grande importance; il ne faut donc économiser ni son temps, ni sa peine, pour prendre toutes les mensurations possibles. Par conséquent, il faut donner au voyageur scientifique qui vent faire de l'anthropométrie un questionnaire aussi complet que possible; s'il ne peut pas le remplir en entier, il fera ce qu'il pourra. »

Ce raisonnement est parfait en théorie. Dans la pratique, il conduit aux pires résultats. M. Topinard, lui-même, l'a constatém.

En effet, d'une part — sauf des cas tout à fait exceptionnels — le voyageur scientifique qui a mis dans son programme l'anthropométrie n'est pas un professionnel des mensurations. C'est un homme de bonne volonté qui, comprenant tonte l'importance des mensurations pour l'étude des populations qu'il va visiter, a fréquenté les laboratoires d'anthropométrie pour se familiariser avec les méthodes en usage. Il est donc à craindre qu'il ne soit effrayé par un questionnaire trop copieux, trop complet, et que, désespérant d'arriver à le remplir, il y renonce purement et simplement, sollicité qu'il est, d'autre part, par une foule de questions toutes plus intéressantes les unes que

(1) «En Amérique, en Angleterre, en Allemagne , on a su obtenir des statistiques anthropométriques sur des milliers d'individus. La France seule est en retard. Après avoir été en tête, elle s'est laissée dépasser. A quoi cela tient-il ? Je ne crains pas de le dire, c'est un peu aux instructions trop complexes de la Société d'anthropologie. A force de vouloir faire grandement, elle n'a rien l'ait du tout. Les instructions découragent, on n'y répond pas, ou on y répond mal. Plus que personne, j'ai fouillé les observations des voyageurs recueillies d'après son programme, j'en ai confronté

les mesures. Je pourrais citer des piles de feuilles remplies, des cahiers immenses de mensurations produisant le plus bel effet et derrière lesquels il n'y a rien : des mesures qui se contredisent les unes les autres et dont on ne tire rien de vraisemblable. Il va sans dire que je ne parle qu'en général, car dans le nombre se trouvent d'excellents travaux auxquels plus que personne je rends justice. Mais, dans ces termes même, cette vérité dure à reconnaître est vraie. » (Topinard, Anthropolot/ie générale, p. 1 1 38. — Paris, i885.)

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