PROGRAMME A SUIVRE
les autres. Je connais personnellement de nombreux exemples où un programme trop touffu, trop complet, a fait reculer d'effroi un voyageur plein néanmoins de bonne volonté.
Si, malgré tout, le questionnaire complet remis par un professeur d'anthropométrie est emporté avec la ferme intention de le remplir, il arrive fatalement qu'une fois aux prises avec les difficultés de la réalité, le voyageur est, neuf fois sur dix, obligé d'y renoncer.
Pressé par le temps et par la multiplicité des tâches à remplir, harcelé par des soucis et des embarras imprévus et déconcertants, dans l'impossibilité de faire au pied levé un choix judicieux, le voyageur se verra, à regret, obligé de renoncer complètement à l'anthropométrie, comme il sera du reste obligé de renoncer à bien d'autres jDrojets. Il va sans dire qu'il en adviendrait absolument de même à un spécialiste de l'anthropométrie qui se trouverait dans des conditions semblables. C'est bien le cas de dire que le mieux est parfois l'ennemi du bien.
Il faut donc, a priori, partir du principe que j'exposais au commencement de ce chapitre, à savoir qu'il ne faut pas songer à opérer en expédition comme on le fait dans un laboratoire. Et, par suite, il faut réduire au minimum les programmes, sous peine de s'exposer à tout compromettre.
C'est avec cette préoccupation inéluctable que j'ai envisagé le programme anthropométrique à rédiger pour notre Mission.
Dans ses instructions anthropométriques cà l'usage des voyageurs, M. Topinard n'indique, en dernière analyse, qu'une dizaine de mensurations. J'ai réduit, moi aussi, au strict minimum les mensurations et les observations diverses à recueillir en Bolivie. On verra plus loin que celles que j'ai choisies sont nettes, j^récises et répondent à un caractère réel. Elles constituent des données intéressantes et parfaitement suffisantes pour la connaissance des populations étudiées. C'est, en tout cas, le maximum de ce qu'il est raisonnablement possible de demander à un missionnaire scientifique.
288 ANTHROPOMETRIE.
Les mensurations et les renseignements divers à recueillir par la même occasion une fois choisis, je les ai disposés méthodiquement sur des fiches imprimées sur papier carton (voir, p. '-^90, le lihellé et le modèle réduit). Les dimensions du modèle en usage sont de i5 centimètres sur i5.
Il fallait maintenant les mettre en œuvre.
Mais à quelle porte frapper? Quelles instructions suivre?
J'ai déjà expliqué dans mon Introduction pour quelles raisons je me suis adressé immédiatement à mon vieil ami, Alphonse Bertillon.
J'ai assisté à la naissance, au développement et au succès du Bertillonaije System, comme on dit couramment en Amérique. Je sais, depuis longtemps, que la méthode de M. Bertillon est basée sur des données scientifiques sérieuses, auxquelles les anthropologistes les plus méticuleux ne trouvent rien à redire. Je sais de plus que, mise à l'épreuve d'une pratique quotidienne considérable, cette méthode s'est affinée, simplifiée, perlectionnée sans rien perdre de sa rigueur scientifique. Je sais enfin qu'elle est de nos jours tellement répandue dans les deux Mondes, qu'il y a un très réel intérêt à la mettre en pratique. On profite ainsi de son caractère d'universalité, ce qui permet de soumettre à une comparaison véritablement internationale! les résultats qu'on a obtenus soi-même par son intermédiaire.
Enfin M. Alphonse Bertillon a rédigé des instructions pour parvenir facilement à faire fie l'anthropométrie rapide bien qu'irréprochable. L'expérience journalière montre que ce sont des modèles d'exactitude anatomique et de simplicité technique, et qu'il n'y a rien à y changer. Le fait est qu'en quelques jours les personnes qui, au premier abord, paraissent les moins qualifiées pour faire des mensurations anatomiques, y réussissent parfaitement. Il y a mieux encore; on voit que le même sujet mesuré par différentes personnes fournit des résultats avec un degré d'approximation telle, que son identification anthropométrique ne fait de doute pour personne. On ne saurait évidemment exiger davantage. Donc, il n'y a pas de