LES AND1NS DU NORD
b. Rameau des Andins du Nord ou Antisien.
Le Rameau Andm du Nord s'étend sur le versanf oriental des derniers contreforts des Andes et les plaines du nord-est de la République et le Béni.
1. Yuracares. — Celte nation se trouve sur les versants boisés des Andes orientales entre Santa Cruz et Cochabamba. Les Yuracares sont bornés au Nord-Est par les Sirionos, à l'Ouest par les Mocetenes, au Sud-Est par les Chiriguanos et au Sud-Ouest par les Quéchuas de Cocliabainba.
2. Mocetenes. — Cette nation se subdivise en trois : i° les Chimanis, qui vivent au confluent de la rivière Coendo; 2° les Muchanis, sur les bords du Béni; 3° les Tucupis, sur les bords du Wopi ou rivière de La Paz. Ils sont bornés au Nord- Est par les Yuracares, au Nord par les Apolistas, à l'Ouest par les Aymaras de La Paz, au Sud par les Quéchuas et à l'Est par les Mojos et les Yuracares.
3. Tacanas. — Cette nation comprend également la tribu des Toromonas, restés sauvages. Ils vivaient autrefois dans les ravins occidentaux de la rivière Béni; on les trouve aujourd'hui dans les montagnes de Carabaya et ils peuplent les villages d'Aten, Cavinas, Tumupasa et Isiamas. Ils sont bornés : à l'Est par les Maropas, au Sud par les Mocetenes, au Nord par les Guacanaguas et à l'Ouest par les Apolistas.
k. Maropas. — Ils occupent les bords du Béni et forment aujourd'hui la Mission de Reyes.
5. Apolistas. — Ils ont donné leur nom à la province d'Apolo, qui porte actuellement le nom de Caupolican, et sont bornés au Nord par les Tacanas, à l'Ouest par les Aymaras et au Sud par les Mocetenes.
Les tribus suivantes appartiennent au même rameau :
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Guacanaguas, Suriguas, Mâchais, Chontaquiros, Lccos. L'idiome propre des Apolistas est le lapacha ou lapa-lapa, celui des Lecos est le leco ou rica-rica.
6. Pacaguaras. — Ils se rencontrent disséminés sur les bords du Béni, de l'Abîma, dans la partie basse du Madré de Dios et même de l'Aquiri et du Purûs.
7. Araonas et Cavinas. — Ils se trouvent en groupes nombreux sur les bords des rivières : Madré de Dios, Aquiri, Punis et Tabuamanu ou Orton.
8. Guarayos. C'est le nom générique des indigènes qui habitent au nord du Cuzco et à l'ouest des Andes et aux sources des rivières Aquiri, Purùs, etc. Les Indiens sauvages Tambo-Guarayos, qui habitent le cours moyen de la rivière Tambopata, parlent un dialecte tacana, au dire d'Erland Nordenskiôld, qui a parcouru ces régions (l) récemment.
Ces Guarayos ne doivent pas être confondus avec les Indiens du même nom qui vivent dans le département de Santa Cruz.
1 Voir La Géographie, t. XII, igo5, el en Bolivie en iyo4 el igo5, par Erland p. 28y. Exploration scientifique au Pérou Nordenskiôld.
METIS.
De l'union du Blanc avec l'Indien est né le Métis, qu'on désigne en Bolivie sous le nom de cholo, m., et chola, I. Comme, au débul, les Conquistadores n'amenaient pas de femmes avec eux, ils s'unirent naturellement avec les femmes indiennes. D'autant plus, que la civilisation des Indiens était déjà assez avancée au Pérou, par exemple, et ne différait pas trop de celle des Espagnols. En moins d'un siècle, il y avait dans toutes les villes non seulement un élément européen, accru continuellement par les apports incessants des caravelles espagnoles(1), mais aussi un noyau important de métis. Ce noyau s'est développé par les croisements qui se font de plus en plus, au point qu'actuellement les métis forment le quart de la population totale (voir p. 2 48).
Le Cholo participe des caractères des deux races dont il procède; il est surtout reconnaissable à ce qu'il a de la barbe. Sa conformation et la couleur de sa peau le rapprochent davantage de l'Indien. Le métis devrait constituer la classe sociale la plus utile, s'il était plus instruit et surtout, comme tous les demi-civilisés, s'il était moins vicieux. Il est vil, ingénieux, habile de ses mains, ouvert au progrès et fait un excellent soldat.
Le type de l'Indienne aymara ou quechua se distingue facilement de celui de la chola, métisse au deuxième ou troisième degré. La première a la chevelure en désordre, le poncho jeté négligemment derrière le dos et noué autour du cou, ou maintenu par des agrafes de cuivre en forme de cuiller, les reins sanglés de la rouana, protégés par des jupons courts de grosse laine ou de bayela; les jambes sont nues et, le plus souvent aussi, les pieds. La chola est l'élégante du pays. Aimable et rieuse, sa nature reste toujours un peu sauvage; elle s'intimide et se trouble devant un inconnu; c'est la vraie fille des Andes.
(1) En 167/1, Lima complaît 2,000 la- lasco : Geoc/rafia y description de las Iiulias ;
milles espagnoles. (Cf. Juan Lopez DE Ve- Ed. Zaragoza ; Madrid, 180/1, p- 463.)
METIS. 53
La connaissance (les croisements importe à l'histoire de L'humanité pins que nulle antre connaissance anthropologique. Elle est, en effet, aussi vieille que le monde. «Le métissage, dit M. de Quatrefages(1), est le résultat inévitable des migrations. Aussi lavons-nous vn à l'œuvre presque dès les pins anciens temps des cages préhistoriques et en avons-nous trouvé les traces à peu près partout. »
Le fameux mémoire de Broca sur l'hybridité, qui a été la cause de la fondation de la Société d'anthropologie, a été également le point de départ de recherches anatomo-physiologiques sur les animaux. Nombreux sont les travaux qui ont porté également sur les croisements entre les blancs et les nègres. Mais il est regrettable de penser que partisans et adversaires du métissage se sont trop souvent laissés influencer par des idées philosophiques préconçues. « La théorie des avantages est née, chez les uns, d'un amour exagéré du monogénisme, chez les autres, d'un sentimentalisme outré en présence de la disparition des races inférieures » , a dit M. Daily (2). Ce qui ne l'empêche pas de dire, quelques lignes plus loin : «Croiser toutes les races humaines, c'est aller contre le grand principe de la civilisation : la division du travail » (3). Certes on ne s'attendait guère à trouver le principe de la division du travail en cette affaire!
Un autre auteur, M. V. de Rochas, dit encore: «Disons-le de suite, la question des mulâtres n'a guère été traitée jusqu'ici qu'en vue de soutenir une thèse pour ou contre l'unité de l'espèce humaine, et c'est ce qui la rend si obscure parce que les opinions les plus contradictoires s'entrechoquent à grand renfort de citations »(4).
Il laut donc nous dégager de l'opinion préconçue ou tout au moins fort suspecte de partialité des théoriciens et des philosophes, pour ne voir que les résultats. C'est à quoi je me suis
(1) Introduction à l'étude des races lin- (1) Dechambre, op. cit., art. « Croise-
maines , p. 607. nient», t. XXIII , ]>. 3 7 1 .
'*' Cf. Dechambre, Dictionnaire encycl. (4) [dem, ibid., art. «Mulâtre,,, t. LXH
des sciences médicales, art. «Croisement», p. .°>()7. t. XXIII. p. 37o.
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appliqué de toutes mes forces, pour celle (|ii<\sli<)i) comme pour toutes les autres.
Je ne m'attarderai pas non plus aux reproches de toutes sortes qu'on a fails aux Mélis et qui ne tendent à rien de moins que d'affirmer que les croisements ont partout donné les pins mauvais, résultats.
« Les Hispano-Américains ou leurs descendants, pour citer un grand exemple, dil M. le D' J.-A.-N. Péricr(1), sont innombrables dans les anciennes possessions de l'Espagne en Amérique. Mais à quelle distance ces populations ne demeurent-elles pas de la race mère supérieure, sans posséder même les vertus inhérentes an type indigène! Nous ne parlons que des masses toujours caractérisées par la légèreté des mœurs, la nullité scientifique, l'orgueil , la nonchalance, l'impatience du gouvernement établi , sans le pouvoir de rien fonder de durable. Dans ces petits Etats ennemis, où trouver une nation qui soit cohérente et qui se suffise à la manière des vrais peuples? Il n'en est pas. »
M. Agassiz dit à peu près la môme chose en ce qui concerne les métis du Brésil (2).
Que les Métis ne soient pas parfaits, c'est possible, et il va plus d'un Blanc dans le même cas; qu'ils aient, comme l'aifirment les adversaires du métissage, tous les vices réunis de leurs parents sans avoir aucune de leur qualité, c'est assurément de l'exagération. Mais ils existent, et existent tellement nombreux, que, dans certains pays, ils sont aussi nombreux que les Blancs et les Indiens, et tout fait prévoir que, dans un avenir plus ou moins éloigné, ils formeront une importante majorité.
Il y a donc un très gros problème social a examiner, dont il importe d'orienter le mieux possible la solution pour le plus grand bien de l'humanité. J'ai voulu que la Mission apportât sa contribution à cette étude. J'ai donc rédigé un questionnaire que j'ai remis à des hommes très au courant de ces questions
(1' Essai sur les croisements ethniques, !) Cf. Dechambre, Dictionnaire encyclo-
Paris, 1870; tirage à part extrail des Me- védique des sciences médicales, à l'article moires de ht Soc. d'Anlhrop. , 1. 1, II, III. «Brésil».