GUARANIS. — RAMEAU DES CHIRIGUANOS
Clicllé Je M. J. B. V.unlr
Fig. 60. — Chiriguanos.
Mission (1(3 Santa dosa de Cuevo, province de Azero (Grand Chaco bolivien).
Le cacique Bairalma, sa femme et son enfant.
Observations. — Le cacique Bairahua présente un accoutrement aussi pittoresque que possible. De vieilles bardes abrileut plus ou moins son buste; il lient à la main un magnifique chapeau de paille. Tout cela représente des cadeaux de quelque Blanc. Enfin il a autour de la ceinture une corde qui lui sert à suspendre un chiffon qu'il passe entre ses jambes et qui sert surtout à le protéger contre les ronces et les épines. Il le quitte, du reste, volontiers, lorsqu'il travaille. M™ Bairahua se contente d'un simple tipoï. Remarquer que ses cheveux commencent très prés des sourcils, ce qui lait qu'elle n'a pas de front. Son fils est à califourchon sur la hanche et est maintenu en place par le tipoï.
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CHIRIGUANOS.
Cliché de M. J.-B.V
Fig. 62. — Cbiriguanos père et (ils.
Fortin Campero, au confluent des rivières Bermejo cl Tarija (Grand Chaco bolivien).
Obmbmtwm. -Le père est à droite (c'est le même sujet que celui «le la Ggure 61) le fils i ea„c„e Le ,1s «porte pas la^ Les missionnaires s'efforcent ,1e luire perdre au, Chiriguaao, cette habitude
barbare. Ils sont adossés à leur maison, faite de bambous.
GUA1J VMS.
Cliché île M. J.-B. Vauilrv.
la lèvre inférieure, qu'il faut préparer peu à peu à la porter. Quand un petit Chiriguano atteint l'âge de six ou sept ans, les parents mandenl le brajo
(sorcier) , qui fait coucher le garçonnet à terre et sur le dos; au moyen d'un lil , il détermine le point où il faut opérer; puis, s'adressant à l'enfant : « Allons! tu as assez joué! il est temps que tu sois homme! Dès maintenant il faut travailler, faire la guerre, vaincre tes ennemis. Ne pleure pas surtout, car tu ne serais pas digne d'avoir la tembela! Tu ne diras plus hum, hum! comme les
(juacjnas (filles), mais bien tàà, tàà! » Après cet exorde , il lui perce la lèvre avec une alêne ou une corne de chèvre bien aiguisée. L'enfant ne dit pas un mot; il ne fait pas un geste Le sorcier lui introduit alors une petite paille dans la plaie , afin qu'elle ne puisse se refermer; on retourne le fétu tous les jours, pour que la blessure ne se cicatrise pas; avec les années, on augmente la dimension du tube.
Voilà pour les garçons. Quand une jeune fille est nubile, les parents la couchent dans un hamac suspendu au point le plus élevé de la case , et la laissent trois jours et trois nuits sans autre aliment qu'un peu de maté. Personne ne l'approche ou ne lui parle; la mère ou la grand'mère ont seules accès auprès d'elle. Si, par absolue nécessité, elle est contrainte de marcher, on prend des soins extravagants pour éviter qu'elle ne touche au Doyrusu, un serpent imaginaire qui l'avalerait, ou ne mette le pied sur des déjections de poules ou d'animaux, car il lui viendrait des plaies à la gorge et aux seins. Le troisième jour, ils la descendent du hamac et, après lui avoir coupé les cheveux, ils la font asseoir dans un coin de la pièce, la tête tournée vers le mur. Elle ne peut parler à personne et doit s'abstenir de poisson et de viande. Ce jeûne très rigoureux ne se relâche que vers les derniers des douze mois qu'il dure. Nombre de jeunes filles meurent de ce régime barbare, ou en sortent amaigries et malades. Leur seule occupation, pendant toute cette
Fi". 63. — Femmes chiriguanas
tin Fortin Campero
au confluent des rivières Bermejo et Tarija.
(Grand Chaco bolivien.)
RAMEAU DES CHIRIGL ANOS. 97
année, a été de filer ou de tisser tirus et ponchos, et de donner ainsi à la tribu la preuve qu'elles sont en âge de se marier.
Quand un Indien vient à s'éprendre d'une jeune fille, il appelle un de ses amis , avec lequel s'échange le dialogue suivant :
« As-tu du tabac? demande le messager.
— Oui, répond l'amoureux.
— En ce cas, donne-m'en. »
Et, à minuit, le mandataire se dirige vers la case occupée par les parents de la belle. Il entre sans bruit , s'assied près de la couchette et fume pendant une heure ou deux, puis se retire aussi discrètement qu'il était venu, sans avoir prononcé la moindre parole. Au bout de deux ou trois de ces visites nocturnes, le père finit par lui demander d'un ton brutal ce qu'il vient faire dans sa case à cette heure avancée. L'intrus explique l'objet de sa présence, et le père et la mère, après s'être assurés que leur futur gendre sera « bon guerrier », qu'il ne « battra pas trop sa femme », etc. , donnent leur consentement; on fait entrer le prétendant et, sans autre formalité, le mariage est conclu.
La polygamie est en usage chez les Chiriguanos , mais la première femme a droit à plus de considération crue les autres.
Si des bruits de guerre se répandent dans la tribu , tous les capitaines viennent se mettre aux ordres du capitaine général. Leur costume se compose d'une cuirasse en fibres de caraoatta ou d'une peau de jaguar et d'un bonnet semblable. Pour armes, ils ont l'arc et les flèches; le capitaine général seul porte une lance. Ils se passent au poignet un bracelet de cuir.
Au moment du départ, le capitaine harangue les guerriers, les engage à être braves, à défendre courageusement leurs familles.
Les femmes se réunissent en groupe et commencent aussitôt une sorte de danse spéciale. Elles se tiennent par la main et tous leurs mouvements se réduisent à une génuflexion de la jambe gauche et à un balancement du corps d'avant en arrière : « Ah, ah! hé, hé, hé! » hurlent-elles en chœur.
Pendant cette danse, les guerriers font avec une ardeur incroyable le simulacre d'un combat. Les femmes les excitent et leur crient : « Ameneznous des prisonniers; tuez vos ennemis! »
Le cortège se met en marche au milieu de braillements assourdissants el de mouvements désordonnés. Les femmes accompagnent les guerriers à quelque distance de la rancheria et reviennent à leurs cases, où elles se mettent à préparer d'énormes quantités de chicha pour célébrer le retour des vainqueurs.
Quand ce moment paraît proche, elles courent à la rencontre des combattants; s'ils sont victorieux, ce sont des cris de joie et des danses infernales; si , au contraire, ils sont vaincus, elles pleurent et se lamentent.
Les vainqueurs coupent la tête aux vaincus et leur enlèvent la tembeta, qu'ils apportent à leurs femmes; les têtes sont jetées en tous sens, en l'air, sur
ANTHROPOLOGIE BOLIVIENNE. — I. 7
r mit, nu lui. s \i i'
le soi, ou bien les lemmes se les lancent comme des houles en proférant des insultes à l'adresse des vaincus, qu'elles traitent de lâches parce qu'ils n'uni pas su défendre leur tribu.
Les prisonniers restent la propriété de celui qui les ;i amenés et son! mis au service de la maîtresse de la case
Quand un Indien est sur le point de mourir, ses amis et ses parents se réunissent dans la case; ils prodiguent leurs caresses au patient; ils lui passent
Cliché Je M. J.-li. Van
Fin. g/,, — Femmes ebiriguanas. Cabayu Igua, près Machareti (Grand Cliaco bolivien). (Voir sur la carte, p. 83, la situation géographique de Cabaui Igua; au-dessus du parallèle 21.)
les mains sur les joues et le menton. Lorsqu'il rend le dernier soupir, la femme pousse un grand cri, et tous de gémir et de hurler. On rompt alors la colonne vertébrale du mort. Le cadavre est ensuite exposé au milieu de la pièce , replié les jambes au corps. Les assistants font cercle autour de lui, la veuve crie et pleure plus fort que tous les autres, et au milieu des sanglots on l'entend dire : «Pourquoi m'as-tu abandonnée, mon fils, mon ami, père de mes enfants? Qui viendra maintenant m'apporter le bois , semer le maïs? » Et chaque assistant exprime sa douleur et ses regrets, et fait l'éloge du défunt, et cela.
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plusieurs jours et plusieurs nuits, sans répit aucun, sans boire ni manger; les enfants sont mis au lit et observent un jeûne rigoureux. Trente heures après la mort, le plus proche parent commence à creuser la fosse dans un coin de la case , près du mur. Il fait un trou d'un mètre de diamètre environ , et profond de quatre à six mètres. Pendant ces préparatifs, la veuve fend par le milieu le grand vase en terre appelé yambui qui lui servait à préparer la chicha. On glisse la partie inférieure du yambui au fond de la fosse, puis le corps, qu'on recouvre aussitôt de la partie supérieure ; les clameurs redoublent contre le brujo, auteur de la catastrophe; on rejette la terre, on la tasse; puis tous, hommes, femmes et enfants, s'élancent vers le rio le plus proche, se lavent, se baignent, et reviennent en courant à la case. Là, ils s'assoient par terre autour de la sépulture, coupent les cheveux à la veuve le plus court possible, et les jettent sur la fosse. La veuve est à genoux, pleurant et crachant jusqu'à ce que toute la surface fraîchement remuée soit mouillée de ses larmes ; une pierre à la main, elle frappe avec force le sol, criant, se lamentant. L'expression de sa douleur est vraiment sincère, ainsi que j'ai pu m'en convaincre à Aguairenda, où j'assistai à une inhumation. Elle se couvre ensuite la tête de tous les vieux haillons qu'elle peut trouver dans la cahute. C'est l'affirmation de son deuil, qui dure au moins une année, et pendant lequel elle n'assiste à aucune fête, à aucune réunion. Tous les jours, elle doit sangloter cinq ou six fois. Si elle se marie avant l'expiration du terme du veuvage (chose très difficile, car les prétendants sont rares), elle se voue au mépris de la tribu. Plus tard, elle est libre de convoler. Si elle a des enfants mâles, elle les remet à ses parents; si ce sont des filles, il peut arriver que le prétendant ne prenne la mère que dans l'espoir de les épouser plus tard, — parfois toutes le même jour! . . .
Leur aliment principal est le maïs , qu'ils préparent de différentes manières :
i° \jCitiruru, ou mais bouilli en grains dans l'eau;
2° Uatipii, où le grain est rôti;
3° Lïaticui, où il est réduit en farine, puis torréfié;
V Le caguiyi, sorte de mazamorra sans sel : la mazamorra est une soupe au maïs bouilli et décortiqué;
5" Le muinti, ou farine de maïs légèrement mouillée et cuite sous la cendre ;
6" Le niuyape, ou pain grossier;
70 Le maintimimmo , pain de farine de maïs décortiqué.
Ils se nourrissent aussi de zapallos , sorte de citrouille, et de haricots, qu'ils sèment et cultivent, de différentes herbes ou plantes qu'Us trouvent dans les champs et assaisonnés avec l'a /leur! et avec Yaji, un piment endiablé. Ils sont surtout très friands de poisson et, de temps en temps, se régalent du produit de leur chasse, chevreuils, agoutis, sangliers, anguyatatus (tatous), nandus, palombes et perroquets. Mais le triomphe de la bonne chère est pour eux
ia langosta (. sauterelle j, la chicharra (cigale), et les larves des abeilles, qu'ils mangent rôties. Leur boisson favorite est une sorte de bière de niais qu'ils appellent cangui, et connue en Amérique sous le nom de chicha. C'est une liqueur trouble, de saveur aigrelette, rafraîchissante et nutritive.
La préparation de la chicha est l'occupation presque continuelle des filles. Elles passent des jours entiers à moudre le maïs dans un mortier pour le réduire en farine, et des nuits à surveiller la cuisson pendant qu'il bout dans de grandes marmites. Après une chauffe de douze à treize heures, on introduit la liqueur dans les yambuis, où a été déjà versée une levure que les Chiriguanos obtiennent en mâchant le maïs et en l'imprégnant de leur salive. On transvase ensuite la chicha dans de grands récipients, qu'on lute avec de la terre délayée : après deux ou trois jours de fermentation, la liqueur est à point; le Chiriguano peut alors s'en gorger à souhait.
Le cangui supplée à tout et sert d'assaisonnement à tout ; c'est le régal et les délices de l'Indien , sa passion , presque son idole : « notre père et notre mère », disait un jour un Chiriguano.
Les plus grandes libations de ce précieux nectar se font pendant les bac chanales, areté, qui se célèbrent annuellement après la récolte du maïs. Au centre du village, quelques jours ou quelques semaines auparavant, ils enterrent à moitié nombre d'énormes cruches, dont la capacité moyenne est d'environ 100 litres. Sur la place de Tarairi, lors d'une de ces saturnales, je comptai plus de 3oo de ces vases, car chaque famille doit apporter le sien. Les filles , à cette période , ne perdent pas un instant de la nuit et du jour pour préparer le cangui; les hommes courent la plaine, pourchassant le gibier à plume et à poil, de façon à en rapporter le plus possible. La veille de Yareté, tous se lavent le corps, se teignent au noir de fumée ou au rocou les cils et les paupières, les mains et les pieds; puis ils revêtent le tiru ou mandu de gala, leurs larges yapicuanas , et se parent de colliers de malachite, de cornaline et d'azurite, ou plus simplement taillés dans le test de YUnio très abondant dans le Pilcomayo. Les invités des tribus voisines passent la nuit à peu de distance de la rancheria où a lieu la fête et, dès les premières lueurs du jour, ils s'élancent tous, courant, sautant, criant, vers les grands vases pleins de chicha , qu'ils prennent pour ainsi dire presque d'assaut. Puis, couchés autour de la place, dans leur hamac ou sur des cadres de roseaux, ils boivent en silence pendant deux heures, et vont ensuite danser et chanter. Les deux plus anciens de la tribu, les ordonnateurs du bal, portent le yandugua, sorte de panache de plumes de nandu (Struthio casuarius). Leur chant est un mélange si bizarre de sons, qu'il est impossible à décrire; la fête cesse à la tombée de la nuit, pour recommencer le lendemain à l'aurore; elle dure ainsi plusieurs jours donnant lieu à des scènes honteuses d'ivresse et de débauche.
Le suicide est très rare, mais les avortements sont fréquents.
cniniGUANA.
Cliché ■!<• M. J.-B. V Irv.
Fit;. 65. — Marguerite, jeune fille chiriguana. Originaire de Camatindi, près de Macliareti, département de Oniquisaca (Grand Chaco bolivien).
(Voir sur 1rs cartes, t>. 83 et tog, la position géographique de Camatindi; sur le parallèle 21.)
OmbbTations. — On voit sur le sol différents ustensiles de cuisine; à droite, un grand vase de terre 1 ontenaot la chicha.
Les femmes travaillent sans cesse ni trêve. En dehors des soins et des Iravaux domestiques, de la dure préparation de la chicha, elles ont encore à
faire la récolte, transporter le maïs sur leur dos, semer, filer, teindre et tisser le coton, préparer l'argile, fabriquer la poterie, et éplucher dans leurs moments de loisir l'épaisse chevelure de leurs maris , ce qui est pour eux une cause de soulagement et pour elles l'occasion d'un délicieux régal! »
2. Les Yanaiguas sillonnent la contrée située entre les Chiriguanos au Nord et les Tapuis au Sud. On les appelle aussi Sirionos, Itiru, Coimbae, Guarinocas et en Pelotas (parce qu'ils sont tout nus). Ces Indiens se cachent au plus profond des forêts; ils ont la tête rasée et ne conservent qu'une seule mèche de cheveux, au sommet du crâne; ils portent toute la barbe, qu'ils ont longue et très noire; ils sont grands et forts, mais très ventrus, car ils ne se nourrissent guère que du miel qui abonde dans le Chaco boréal. Leur arme favorite est un gourdin dégrossi à l'un des bouts.
Les Yanaujuas habitent au nord du Pilcomayo, à peu de distance des Izocenos, qui vivent sur les bords de la rivière Yzozog au sud-est du département de Santa Cruz et au nord-est des Chiriguanos. Enfin les Chamacocos vivent au sud de Bahia Ne»ra. Ils vont travailler dans les établissements agricoles et industriels de la rive droite du Paraguay, au sud de la Bahia Negra.
3. Les Tapuis ou Tapihétis ont absolument le même type que les Chiriguanos, qui les méprisent cependant à cause de leur saleté; leurs mœurs, leurs habitudes, leur idiome sont semblables. Us portent également la tembeta. Les hommes laissent pousser leur chevelure, qu'ils assouplissent au milieu de la tête par la yapicuana; les femmes se tressent les cheveux en une natte très serrée.
Ils vivent au nord et au sud -est des Chorotis et s'étendent jusqu'aux environs du Pilcomayo. Les Giiaicnnis occupent les terres basses du Pilcomayo près du Paraguay.
4. Les Ghaneses vivent au sud des Chiriguanos, dans les environs de Ituyuru et la vallée de Çaipipendi. Ils parlent la langue chiriguana et portent une tembette plus petite. Ils ne sont plus que quelques centaines.
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