‹ Anthropologie bolivienneChapitre 46 sur 199 · GflECNWICH · texte numérisé non relu

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Fig. 67.

MATACOS.

1. Les Matacos sont connus également sons les noms de Mataguayos, Noctenes, Bejosos, Ocoles, Malbales et Chunipis. Ils occupent une grande partie du Chaco; mais ils habitent particulièrement la rive droite du Bermejo et la rive droite du Pilcomayo.

Grâce au contact périodique de quelques membres des tribus matacos avec les centres civilisés du haut Chaco, où ils vont travailler, il en résulte que ces individus qui, il y a peu d'années, étaient assurément les plus misérables et les plus arriérés des Indiens, finissent, eux aussi, par évoluer vers un idéal de civilisation qu'ils ne soupçonnaient même pas jadis.

Ils viennent prêter leurs bras comme ouvriers jusque dans les plantations de Salta et de Jujuy. C'est ainsi que M. Adrien de Mortillet, pendant son passage à Jujuy, a eu l'occasion de faire les photographies ci-après (lig. 68 à 73).

Les Matacos diffèrent peu des Chiriguanos'1', quant aux caractères physiques; leur idiome et leurs mœurs sont entièrement différents.

Hommes et femmes ont les cheveux ras; ils se les coupent avec une mâchoire de poisson bien affilée; les dents de poisson leur servent aussi pour se tailler les ongles. Presque toujours, ils vont entièrement nus. Les hommes ont quelquefois une espèce de cotte sans manches et portent en bandoulière un petit sac dans lequel ils mettent leur pipe, leurs ustensiles à faire le feu et autres petits objets.

Leur aliment favori est le poisson ; s'il vient à manquer, ils se nourrissent de fruits ou de racines, de lézards, de sauterelles, de rats. Ils supportent admirablement la faim, qu'ils apaisent, lorsqu'elle devient trop pressante, avec la première racine venue.

Les Mataguayos, quoique timides et lâches, sont très vindicatifs. Jamais ils n'oublient une injure : tôt ou tard ils appliquent, mais toujours, la peine du talion. Ils n'aiment pas à se battre, mais ils se défendent avec énergie; leur arme ordinaire est la flèche.

Ils ne reconnaissent aucune loi. Le fils obéit à ses parents, si cela lui plaît;

(l) Thouar, toc. cit., p. 56 et suiv.

j'ai pourtant observé qu'en général ils ne manquent pas de respect aux vieillards ou aux infirmes.

Les hommes se livrent exclusivement à la pèche; très rarement ils vont à la chasse. Leurs travaux agricoles se réduisent à semer quelques zapallos ou sandias. Quelques-uns font des filets avec les fibres de la pila (Fourcroya lorifjœva). Tous les autres travaux sont laissés aux femmes.

Quand une jeune fille arrive à l'âge nubile, ils la couchent dans un coin de leur cahute, au milieu des branches d'arbres, sans qu'il lui soit permis de parler à personne, pendant un temps déterminé. Elle ne doit manger ni viande ni poisson. Un Mataco se tient devant la case et joue du pin-pin, mortier en bois de soroché ou de chagnar, à demi plein d'eau et recouvert d'une peau de chèvre bien tendue.

L'autorité paternelle n'a aucune action sur le mariage des enfants, qui restent libres de contracter une union quand cela est à leur convenance. La femme exige de son futur mari qu'il soit bon pécheur, et le mari, que sa femme soit bonne marcheuse.

Le mariage s'accomplit secrètement, sans aucune cérémonie; les jeunes époux se retirent cinq ou six jours au plus profond d'un bois. Puis ils reviennent dans la tribu, et habitent la hutte qui leur paraît la meilleure, bien qu'en général la jeune femme préfère vivre avec ses beaux-parents.

La polygamie est très rare chez les Mataguayos. A peine s'en trouve-t-il quelques-uns qui aient deux épouses à la fois. L'adultère est un délit peu fréquent. La femme légitime se venge en poursuivant sa rivale partout où elle la trouve, la frappant et l'injuriant en présence de tous.

Le Malaco est de stature moyenne, sa peau a la couleur de la feuille de tabac séchée, ocre cuivreux. Ses muscles sont vigoureux et très développés. Il est, suivant les circonstances, d'une sobriété admirable ou d'une voracité extraordinaire.

Au point de vue esthétique, la femme mataca offre un type supérieur à l'homme de sa race. H y a des fillettes de 1 1 à i4 ans dont la figure est souvent agréable. La couleur de la peau est plus claire dans le sexe féminin ; les cheveux , bien qu'indociles et durs , comme les durs épis des cactus de leur pays , sont légèrement châtains et abondants. Les yeux sont généralement noirs, un peu obliques, vifs, d'une expression douce mais profonde, ombragés par des sourcils et des cils épais. La ligure est moins plate et les pommettes sont moins saillantes que chez

Cliché Ju M. Adrien Je .NLrlillct.

i'Ijolo Jfd(»ljic jjit'.orcï'Jue.

Fig. 68. — Mataco (du Cliaco) travaillant à la plantation de canne a sucre d'Esperanza, près de San Pedro (Argentine).

Cliché de M. Adrien de Moitillet.

Pljolugrjplûe pittoresque.

Fig. 6g. — L<; même, du face.

IMPRJHEMl ^ iniisui.

Client de M. Adrien Je Mortillet.

Photographie pittoMMM.

Fig. 70. — Mataco (du Chaco] travaillant à la plantation de canne à sucre d'Esperanza,

près de San Pedro (Argentine).

Cliché de M. Adrien île Morlillct.

Pliotogr.ipliie pittoresque.

Fîg. 71. — Le même, de face.

Cliché .1.- M V.lrien île Mnrlillet.

Photographie pittoresque.

Fil». -?,. — La même que celle de droite de la figure précédente.

M ATA COS

CUclic Je M. J.-Ii. Vsllclrv.

Fig- -j!\. — Campement de Mataros ou Norlenes à Los Puentes (Grand Chaco bolivien).

(Voir sur 1rs cartes, p. 83 et ioq, la situation géographique de Los Piienlcs; à côte du Fortin Morillo

entre les parallèles 21 et 22.)

Observations. — La hutte est construite en branches de bobos et de roseaux attachés par des lianes; elles n'ont que 1 m. 20 à 1 m. 00 de hauteur. L'Indien s'y tient accroupi, assis ou couché.

MATACOS

Cliché .le M. J.-B. Vaudry.

Fi;;. 75. — Indiens Malaros à Los l'iienles (Grand Chaco liolivienj.

Observations. — Le jeune Mataco ci-dessus est Gancé, re qui se reconnaît à la jarretière attachée à se jambe droite. Il porte une sorte de suspensoir qu'on nomme en espagnol baticola «trousse-queue», non pour cacher, mais pour protéger les parties génitales. Les femmes sont vêtues d'un simple pagne fait d'une pièce (I étoile enroulée autour du corps. Leurs colliers sont laits avec de petits morceaux de coquillages percés d'un trou et réunis par une ficelle.

M ATA COS

Cliché de M J.-B. Vaudry.

Fig. 76. — Groupe d'Indiens Matacos et de Blancs. Fortin Murillo (Grand Gliaco bolivien).

(Voir sur les caries, p. 83 et 10g, la situation géographique du Fortin Murillo, au-dessus du parallèle a2.)

Observations. — Les deux Blancs qui se trouvent sur la photographie mêlés au\ Indiens sont des Boliviens attachés à la Commission des ingénieurs chargés de la délimitation des frontières de la Bolivie et de l'Argentine sous la direction de M. J.-B. Vaudry. Le Mataco nu qui est assis sur une chaise est le même qui est assis (en tailleur) sur la ligure 77 à gauche. Le vieillard à barbe est un Métis. Les bâtons tenus à la main servent à tâter le terrain et à chercher le gué dans les terrains marécageux du Pilconiavo. L'Indien cpii est à gauche porte en bandoulière une sacoche tissée avec des libres de chaguar (Bromelin serra), sur laquelle on voit des dessins ondulés tissés avec des (ils préalablement teints en noir.

M ATA COS

Cliclié île M. J.-B. Vau.lry.

Fi<,'. 77. — Hommes, femmes, enfants Matacos. Forlin Murillo (Grand Chaco l>olivien).

Observations. — On voit, appuyées contre la hutte faite de bambous, une série de femmes horriblement laides ; elles paraissent vieilles avant le temps, à cause de la vie pénible qu'elles mènent. Les Indiens se reposent soit en se couchant par terre, tout de leur long, à plat ventre, soit en s'asseyant en tailleur, comme le fait l'homme de gauche.

Clichr ,\e M. J.-B. Vaucl

MATACO.

rig. 78. — « Yom » , Indien mataco à la pèclie. Mission San Antonio (Grand Cliaco bolivien).

(Voir sur les cartes, p. 83 et 109, la position géographique de la Mission S. Antonio; .111 dessous du parallèle 21 sur la rive droite du Pilcomayo.)

OBSERVATIONS. — Yom a autour de la ceinture une grosse corde destinée à disposer tout son matériel de pêche : 1* a Qxer un solide bâton pour tuer les poissons pris dans le lilet; >° à suspendre sa pèche. On voit qu'il a déjà pris plusieurs gros poissons. Le lilet est l'ait de libres d'une plante appelée eliaguar [Bromeha serra). Les Matacos pèchent aussi avec des tiédies confectionnées avec des roseaux terminés par de vieux couteaux ou des morceaux de lil de fer. Yom porte en bandoulière l'inévitable sac de coca. Pour tout costume, Yom porte simplement un foulard autour de la tête.

MATACO.

Cllrl.é >lc M. J.-B.\

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''»• 79- ~~ Mataco à la chasse. Photographié au fortin Murillo (Grand Chaco bolivien).

Observations. — I.'arr est fait on bois très dur do palo sunlo ou de escoyanti. La flèche pour la cliasse est laite d'un roseau terminé par une pointe en bois dur comme l'are. Pour la pêche, on se sert d'une (lèche terminée par un iil de fer ou un vieux couteau. Les Mataros sont extrêmement habiles à tirer de lare, il ils louchent facilement une petite pièce de monnaie placée à 70 ou 100 mètres. De même, à une 1res grande distance, ils font entrer une flèche dans le goulot d'une bouteille. Remarquer l'altitude du tireur, qui fixe solidement son bras au corps pour assurer la direction de la flèche. Il a pour roi Unie un bonnet

lait avec des leuillrs de palmier el orné de quelques plumes de nandou.

MATA COS

Cliché .If M. J.-n. Van.lrv.

Fie;. 80. — Jeunes garçons Matacos (frères) (Colonie Crevaux) [Crand Cliaco bolivien],

(Voir sur les cartes, p. 83 et 109, la position géographique de la nouvelle rolonie Crevaux; sur la rive droite du Pilcomayo, au-dessus du parallèle 22.)

Observations. — Le plus jeune s'est enveloppé les jambes d'une belle couverture faite en laine de mouton tissée par les Matacos eux-mêmes. Le plus grand, qui répond au nom de Achicobia, est vêtu de vieilles bardes européennes, dont il est très lier. Il tient à la main du tabac qu'on vient de lui donner pour qu'il se laisse photographier, et, soigneusement enveloppée dans un mouchoir une poignée de maïs. 11 porte sur la ligure des cicatrices de la variole.

COLONIE CREVAUX.

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