NOTIONS PRELIMINAIRES
documents dont j'avais besoin. Au surplus, le Iml d'une mission n'est pas de faire montre de connaissances bibliographiques, mais d'apporter des documents nouveaux : Non verba,
sed facta.
De tous les voyageurs qui ont parcouru ces régions, Alcide Dessalines d'Orbigny est incontestablement celui qui a le mieux étudié, le mieux connu et le mieux décrit les populations indigènes.
Dans ce voyage de huit années (de i8j() à i833) qu'il a entrepris à travers l'Amérique méridionale, dans l'intérêt unique de la science, Alcide d'Orbigny a recueilli, sur toutes les branches des sciences naturelles et géographiques, des montagnes de documents qui sont condensés en sept volumes u\-l\° et un atlas(1). Les parties géologique, zoologique, géographique et botanique ont naturellement vieilli. 11 n'en est pas de môme de l'ethnologie, et son volume sur Y Homme américain est toujours la source à laquelle il faut principalement se reporter.
On sait qu'il avait partagé les peuples de l'Amérique du Sud en trois races : ando-péruvienne, pampéenne et brasilio-guaranienne, se subdivisant à leur tour en trente-neuf nations parlant des langues différentes.
Comme toutes les classifications, celle d'Alcide d'Orbigny peut être discutée. Mais je ne m'arrêterai pas à des controverses qui pourraient m'entrainer trop loin, d'autant plus qu'en somme elle présente des avantages indiscutables. Je me bornerai donc cà donner (p. 6 et 7) un tableau synoptique qui résume sa classification. Je ferai remarquer, de plus, que chacune des trois races principales de d'Orbigny a des représentants dans le territoire bolivien, qui nous occupe spécialement.
(l) Edition de la librairie P. Bertrand.
COUP D'OEIL RETROSPECTIF.
QUKCHUAS.
A l'instant de la conquête, dit Alcide d'Orbigny'1', la nation quechua s'étendait au Nord sur le plateau, peut-être jusqu'à Quito même, où l'on parle encore la langue quechua. De là, en s'avançant vers le Sud, elle s'étendait et s'étend encore sur tout le plateau des Andes du Pérou et sur une petite partie du versant oriental , jusqu'au i 5e degré Sud, où elle cesse tout à coup, pour laisser un large espace compris entre les deux chaînes et la côte occupée par la nation aymara. Elle reprend ensuite au sud des Aymaras, sur toutes les provinces de Cochabamha , de Chuquisaca , de Chayanta et de Potosi; puis, de là, ne remonte plus les plateaux, mais vit seulement sur le versant oriental, jusqu'à Tucuman et jusqu'à Santiago delEstero, au 1 8e degré de latitude, où l'on parle encore maintenant le quechua. Ainsi les Quéchuas occupaient une longue bande de terrain, suivant, du Nord au Sud, la forme de la chaîne des Andes, de Quito jusque près du lac de Titicaca, puis reprenant, au sud-est de la nation aymara, enclavée au milieu d'eux, pour occuper encore une lisière du versant oriental, depuis Cochabamha jusqu'à Santiago del Estero, bornés alors vers l'Ouest aux Andes, vers l'Est aux plaines chaudes et boisées.
De tous les peuples de l'Amérique méridionale, les Quéchuas étaient, sans contredit, les plus avancés en civilisation, niais non pas ceux qui couvraient la plus grande étendue de terrain.
Néanmoins on sait que les Incas avaient pénétré jusque sur les territoires occupés actuellement par l'Argentine,
Les communications des Incas avec leurs provinces du pays de Tucma se faisaient principalement par la vallée dllumaliuaca et les plateaux de la Puna de Jujuy, qui se confondent avec le plateau bolivien parles hauteurs de Piscuno etde Lipez. Ce chemin était bien le meilleur; aussi, lorsque les Espagnols voulurent pousser leurs conquêtes vers le Sud, ils n'eurent qu'à suivre des routes déjà tracées^1. La grande roule de Bolivie
(1) L'Homme américain; édition Bertrand. Paris, i84-3, j>. 1 nj cl suiv. — ~ V. Martin de Moissv, t. III , p. 3-22.
TABLEAl SYNOPTIQUE DES CARACTERES
h'M'HKS *u u.t.
DESIGNATION