‹ Anthropologie du Mexique (volume 3)Chapitre 2 sur 17 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

LES OLMÈQUES, LES XICALANQUES.

Sommaire. — La légende d’Iztac Mizcohuatl et d’Ilancueitl. — Les six fils issus de leur mariage. — Olmecatl, Xicalancatl, pères des Olmèques et des Xicalanques. — Récits légendaires sur les premiers établissements fondés par ces peuples au Mexique.

La légende d’Izlac MizcohuaÜ et d’Ilancueitl. — Suivant une vieille légende recueillie par les historiens de la conquête \ les populations qui envahirent les provinces mexicaines seraient toutes sorties d’une souche unique. Iztac Mizcohuatl ou la blanche couleuvre nébuleuse, sa femme Ilanciieitl le vieux jupon, et ses fils Xelhua, Tennch, Olmecatl, Xicalancatl, Mixtecatl et Otomitl, auraient composé cette famille primitive, qu’une seconde union d’Iztac Mizcohuatl avec Chimalman, sur le bouclier, aurait complétée par la naissance du grand Quetzalcoatl.

Les fils de cette blanche couleuvre nébuleuse, personnification des contrées septentrionales, qui furent, dans le nouveau comme dans l’ancien monde, une véritable fabrique de nations, représentent autant de peuples qui se sont succédé dans l’Anahuac. Le premier chapitre de ce livre nous a mis en présence de Xelhua, l’aîné de la famille, qui syniholise les premiers habitants de la contrée. Nous laissons provisoirement dans l’omhre les descendants du second fils dTztac Mizcohuatl, parce que nous ne savons pas distinguer nettement le peuple ancien dont ils sont devenus la souche X Les fils cadets, Olmecatl, Xicalancatl, Mixtecatl, Otomitl, vont, au contraire, appeler plus spécialement notre attention. Nous passerons, en effet, successivement en revue les documents positifs que nous possédons sur les Olmèques, les Xicalanques, les Mixtèques, les Otomites, peuples primitifs issus de ces ancêtres légendaires.

* Cf. Mendieta , op. cit. , lib. Il , cap. x.xxui , p. 1 45 , 1 46. — Motolinia, îlist. de los Indios de la Nueva Espatia [Coleccion de docum. para la hisl. de Mexico, publicados por Joaq. Garcia îcazhalcela, 1 . 1, p. 7 - 9 . México, 1 868 , in-S”). Etc. ’ Mendieta orthogi'aphie ce nom Ilancuey.

’ Mendieta n’hésite pas à rattacher à ce Tenuch les Tenuchcas ou Mexicains proprement dits (p. i45), quoiqu'ils soient les derniers venus dans i’ethnogénie mexi-

caine. Nous nous demandons si, au lieu de désigner le fondateur de Tenocbtitlan, l’auteur du récit légendaii'e n’a pas voulu rappeler plutôt le père des Totonaques, que plusieurs voyageurs modernes nous montrent apparentés dans une certaine mesure aux Otornites. On n’aurait pu, d’ailleurs, introduire le Tenoch mexicain dans la généalogie qu'à une époque récente, pour llatter la vanité des derniers conquérants du sol.

Olmecail et les Olmèques. — Les Olmèques, que plusieurs auteurs font venir par mer au Mexique et débarquer soit à Papuha', dans la lagune de Termines, soit à Panuco^, dans celle de Tampico, sont considérés par d’autres écrivains comme descendus du Nord et de cette région en particulier qui porte, dans les traditions mexicaines, le nom de Chicomoztoc (/es sept cavemes'j, et dont l’emplacement ne saurait être actuellement déterminé avec une rigueur suffisante. Il ne faut pas oublier que ces opinions contradictoires se trouvent formulées dans des écrits rédigés de longs siècles après les évènements qu’ils racontent et sont, par conséquent, sans grande valeur aux yeux de la critique

Ces divers récits s’accordent d’ailleurs à donner aux Olmèques pour centre d’habitat le plateau de Tlaxcalla; les plus circonstanciés leur assignent pour résidences successives les territoires de Toclimilco, d’Atlixco, de Calpan et de Huexotzinco, puis nous les montrent fondant la ville de Yancueitlapan, devenue plus tard Cholulla, et occupant ensuite Huapalcalco, Texoloc, Mizco, Xiloxuchitla, Xochitecatl,Tepayacac, Totomibuacan, etc., toutes localités assises dans la haute vallée de l’Atoyac ou au pied de la chaîne qui sépare cette vallée de celle de Mexico^.

C’est dans ces parages que l’iiistoire nous met, vers i A6o, en présence de leurs descendants luttant avec vigueur contre l’invasion aztèque.

Xicalancatl et les Xicalmiques. — Les Xicalanques, fidèles compagnons des Olmèques^, se sont établis à l’est de ceux-ci, et l’on retrouverait dans les diverses ruines qui ont gardé le nom de Xicalanco des souvenirs de leur séjour au bord du golfe du Mexique

Xicalanques et Olmèques ont cessé depuis longtemps d’exister à l’état de peuples. Le vaste pays qu’ils occupaient n’est plus habité, en apparence du moins, que par des

' Papulia signifie eau boueuse. — Cf. Ixttilxochitl , ap. Kingsboroug'h , Mex. antiq., vol. IX, p. àSg.

’ Veytia, Historia antigua de Mcjico, escrüa por . . . .; la pnhlica con varias notas y un apendice et C. Orlega. Méjico, i836, in-S”, t. 1, p. i5o.

“ M. [terrera y Ferez possède, paraît-il, un manuscrit histori(|ue , d’une date encore indéterminée , donnant le Nord pour ])alrie aux Olmèques, ([ui auraient gagné ensuite de l’ouest à l’est les terres qu’ils ont colonise'es. {Revue d’ethnographie ,t. I,p. i63, 1889 .)

'' On trouvera le résumé de toute cette histoire légendaire des Olmèques, avec l’indication des sources, dans le grand ouvrage de M. H. Bancroft, The native races of the Pacific States of North America. New-York, iSyS, 5 vol. in- 8 °. — Cf. Orozco y Berra, Hist. antig., y de la conquista de México, t. III, p. la, etc.

® Ces deux noms sont si fréquemment associés dans les récits qui nous sont parvenus, que plusieurs auteurs, Boturini en particulier, se sont demandé s’ils s’appliquaient vraiment à deux peuples distincts ou s’ils ne désignaient pas plutôt deux fractions d’un même peuple. (Botuiini Lorenzo Benaduci, Idea de una nueva historia general de la America septentrional fnndada sobre mnterial copioso de figuras, symboles, caractères y geroglijicos , cantares y manuscritosde autores imlios ultimamente descubiertos , Madrid, lyèG, in-4’, p. i35.)

® Il y a une de ces villes de Xicalanco dans la province de Maxcalcinco, au sud-est de la Vera-Cruz, et une autre entre la baie de Tabasco et la lagune de Termines. En outre , le canton maritime entre les bouches de Papaloapan et la rivière de Tlacotenco portait le nom d’Anahuac- Xicalanco.

Mexicains’, c’est-à-dire par des immigrants, dont l’établissement ne remonte pas au delà du xiY® siècle. Mais les sépultures antiques fouillées en certains points de l’habitat des Aztèques modernes renferment des débris osseux partout semblables et dont 1 etude va nous permettre de reconstituer un type anthropologique très spécial, qui ditfere profondément du type bien connu des Aztèques, et que nous retrouverons non moins marque chez les descendants des autres fils d’Iztac Mixcohuatl et d’Ilancueitl.

Sommaire. Sépultures antiques de Santiago-Tlaltelolco. — Description des ossements humains qui y ont été découverts.

— Crânes anciens de Tuyahualco , de Tenenepanco et de Medellin.

Sépultures de Santiapo-Tlallelolco. — Le plus important de ces groupes de sépultures est celui de Santiago-Tlaltelolco ou Tlatelolco. C’est dans cette localité, en effet, que les fouilles exécutées avec la méthode la plus exacte ont fourni les renseignements les plus détaillés sur l’ancienneté relative des sépultures, les mœurs funéraires de la race qui a creusé ces tombes, etc,

Tlaltelolco, qui dépend aujourd’hui de Mexico, dont cette bourgade forme le ftnibourg septentrional, était jadis une ville bien distincte de la capitale, dont l’histoire nous a été conservée par le Codex Ramirez et les auteurs qui se sont inspirés de ce précieux manuscrit’’. C’était la ville des Tlaltelolcas, fraction des Tenocheas ou Mexicains proprement dits, qui s’étaient séparés du reste de la nation treize ans après la fondation de Mexico ^ Lorsque Tlaltelolco fut occupée par cette tribu de race aztèque, en i338, elle était depuis longtemps le centre d’habitat d’une autre peuplade de même race qui avait fait scission avec le reste de la nation après le désastre de Chapoltepec Mais cette localité avait, dans des temps bien antérieurs, donné asile à des immigrants d’origine différente® dont les recherches de MM. Fischer, Domenech, Boban vont nous permettre de reconstituer le type. C’est aux abords de l’église de Santiago, dans les terrains vagues et les jardins qui entourent ce monument, principalement du côté de l’est, que ces archéologues ont successivement exhumé les ossements, assez mal conservés du reste, des anciens habitants du pays. Depuis la conquête, les chercheurs de trésors, attirés à Tlaltelolco par la renommée des richesses que la tradition affirmait v

* Orozeo y Berra, Carta etmgrafica de Mexico, ap. Geographia de las lengnas, etc. México, i 864 ,

“ Belacioii del origen de los Indios que kabitaban esta Nueva Espana seguti sus histor. {Cod. Ramirez, ap. Tezozomoc.Ed. Orozeo, p. 34 . México, i88i , i vol. gr. in-S”).

’ Orozeo y Berra, Hist. anlig,, l. lit, p. 167.

* Cf. Garcia Cubas , Atlas geognifico , esindistico é hislôrico de la repiblica mxicana. Mexico, 1 858 , m-ib). , )am. XXXII.

' Gomara dit expresse'menl que <rTlallelulco était déjà peuplée avant que se peuplât ce quartier de Mexico». La situation un peu plus élevée de ce lieu, abandonné depuis longtemps par les eaux de la lagune, explique, aux yeux du savant chroniqueur, cet habitat ancien, et justifie le nom de Tlaltelulco ou Tlaltelolco, (|ul veut dire, suivant le Codex Ramirez, le lieu du terre-plein, lugar de terraplano.

avoir été enfouies lors rlu second siège de cette ville par Codez * avaient maintes fois bouleversé les abords de Santiago. Mais , jusqu’en i8/i6, aucun archéologue n’avait entrepris de fouilles régulières dans les portions non remaniées du sol de l’ancienne cité. M. l’abbé Fischer put, à cette date, grâce aux travaux de fortification élevés pour défendre Mexico contre les troupes américaines, étudier plusieurs vieilles sépultures indiennes, dont les produits sont récemment venus enrichir le Musée Broca, à Paris. Pendant l’occupation française, de nouvelles recherches ont été poursuivies par M. Domenech, puis par M. Eug. Boban, et la superposition de sépultures, de caractères d’ailleurs assez divers, a été nettement établie.

Sépultures de la couche profonde. — Les sépultures les plus anciennes découvertes par M. Domenech gisaient à 2 mètres environ au-dessous du niveau actuel du sol. rrSous une couche de moins d’un mètre de terre meuble, dit cet explorateur^, se trouve une couche profonde de sable, de boue et de désagrégations; c’est dans ce mélange que j’ai trouvé les squelettes, w Les sujets étaient accroupis, les bras serrés contre le tronc, les cuisses ramenées vers la poitrine et les jambes ployées sur les cuisses; réduits, par conséquent, au plus petit volume qu’un corps humain puisse occuper. Tout autour se rencontraient de nombreux fragments de poterie assez grossiers, dont les courbes indiquaient qu’ils avaient dû faire partie de vases de fort grandes dimensions. La situation de ces débris par rapport aux os humains, l’attitude générale qu’indiquaient nettement les relations des diverses pièces du squelette, enfin le galbe d’un des vases restitué approximativement à l’aide de plusieurs fragments péniblement rassemblés, tout cela a suggéré à M. Domenech l’idée que les sépultures profondes de Tlaltelolco n’étaient autres que d’énormes urnes de terre à large ouverture dans lesquelles les cadavres avaient été méthodiquement comprimés.

Cette su]>position n’olfre rien d’inacceptable. L’usage d’enfermer les morts repliés dans de grands vases de terre cuite était, en effet, suivi par un certain nombre de nations américaines. On l’a notamment signalé, avec de nombreuses variantes, aux Etats- Unis, en Californie, dans le Nouveau-Mexique, l’Indiana, le Kentucky, le Tennessee, la Caroline du Sud, la Géorgie^, au Mexique, dans l’Etat de Cbihuahua et aux environs de Durango'', puis, plus au sud, chez les anciens habitants du Nicaragua de Yeragua®,

* Orozco y Berra, op. cit., l. IV, p. 599, 699.

^ Km. Domenech, Correspondance manuscrite.

^ Foster, fretoonc races, 1873, in-8°, p. 199. — Barber, The ancient pottery of Colorado, JJlah, Arizona and New Mexico {Americ. Nalural.,\o\.\,[). A. 55 , 1876). — H.-C. Harrow, A furlher coulribulion to the study of lhe mortuary cusloms of the Norlli American ludians {^First animal report oj lhe Bureau of ethnolopy to the secretary

of the Smithson. Institut, 1879-1880, Washington, 1881, in- 4 ", p. 187 et fig. 6. Etc.

‘ Em. Domenech , Correspondance manuscrite.

* J. -F. Bransford, Archœological researches in Nicaragua (Smilhsonian Contribut. to knowledge, n° 383 , Washington, Smithson. Institution, 1881, p. 7 et suiv., figures).

° A. Pinart, Communication manuscrite.

des vallées de l’Orénoque et de POyapok et il a persisté jusque dans ces derniers temps chez quelques peuplades sauvages du BrésiP.

Les os, que circonscrivaient les débris de poteries, sortaient du sol en fort mauvais état, pour la plupart; privés de la meilleure partie de leur matière organique, ils étaient extrêmement friables et s’écrasaient entre les doigts et sous les outils des fouilleurs. A deux reprises seulement, M. Domenecb put conserver des crânes à peu près intacts, mais en partie décomposés et couverts d’une patine brun-grisâtre. Un seul de ces crânes était accompagné d’un squelette assez bien conservé; ce squelette féminin a fourni les pièces représentées dans nos planches II à V^; le crâne masculin de TIaltelolco, aux traits excessivement accusés, est figuré dans la planche I de l’atlas joint à ce volume. C’est par l’examen de cette curieuse pièce que nous commencerons notre étude ostéologique

Crâne masculin de la couche profonde. — Ce crâne est surtout remarquable par l’exiguïté relative de la boîte crânienne et le développement exagéré des os de la face; la disproportion qui résulte de cette double évolution en sens inverse a pour résultat de donner à l’ensemble de la tête un aspect particulièrement désavantageux.

Le front est surtout fort réduit dans ses dimensions. Immédiatement au-dessus de bourrelets assez saillants, qui dessinent autour de l’angle interne et supérieur de chaque orbite un arc de cercle bien marqué et se réunissent en une glabelle au relief fortement accusé, le frontal commence à fuir en s’élevant vers le bregma par une courbe régulière, mais peu développée (108 millimètres). Il fuit en même temps sur les côtés, a partir des bosses, petites, arrondies et bien circonscrites, pour se renfler seulement un peu, au delà des lignes temporales (d. front, min. 120 millimètres).

Les pariétaux, relies au frontal par une suture simple et grossière, surélevés le long du quart antérieur de la suture sagittale, qui n’est ni plus fine, ni plus compliquée que les coronales, s’aflaissent , dans la moitié postérieure de leur écaille, en un large méplat qui descend vers le lambda par une chute très rapide. Ils sont à la fois courts et dilatés, si bien que leur courbe antéro-postérieure (1 15 millimètres) et leur courbe transverse sont à peu près égales.

L’occipital, extrêmement étalé (d. occip.max. 1 1 à millimètres), régulièrement convexe.

' J. Crevaux, De Cayenne aux Andes (le Tour du monde, t. XL, p. 36 , 1880). — Exposition universelle de iSôj. Républiques de l’Amérique centrale et méridionale. Notices et catalogues. Yénézuéla, p. <27. Paris, 1867, in-8°. Etc.

Debret, Voyage pittor. au Brésil, t. II. Paris, 1890, in- 8 “. Etc.

ZOOLOGIE DO UEXIQI'E. l” PARTIE.

’ Ce squelette porte ie numéro 82 de la collection Doraenech et figure dans la galerie d’anthropologie du Muséum d’histoire naturelle de Paris sous le numéro 4961. Il mesure 1 mètre 5 i de hauteur.

11 porte le numéro 33 de la collection Domenech au Muséum d’histoire naturelle de Paris et figure dans la collection générale sous le numéro 4969.

IMPRIMERIE îl.\TIOÎTALB.

se fait remarquer par ses surfaces d’insertions fortement prononcées (pl. I, fig. 4 ), l’absence de protubérance externe et la convexité de ses bosses cérébelleuses.

Ce qui reste des temporaux se montre fort robuste. L’écaille, délimitée en haut par une ligne à peu près horizontale, est de forme irrégulièrement trapézoïde; la racine transverse de l’arcade zygomatique est relativement fort saillante, l’apophyse mastoïde est volumineuse et les détails anatomiques y sont énergiquement empreints. Toute la base crânienne (pl. I, fig. 4 ) est d’ailleurs vigoureusement sculptée; les condyles de l’occipital s’y développent en deux surfaces ovales irrégulières et très obliques d’arrière en avant, de haut en bas et de dehors en dedans. Les tubercules pharyngiens se voient très nettement, et les cavités glénoïdes, dirigées transversalement, sont à la fois larges et profondes.

La face est, par rapport au crâne, démesurément volumineuse, à la fois très haute (haut, tôt., 100 millimètres), très large (d. bizygom., i 48 millimètres) et extrêmement massive. Le nez, dont il est difficile, en raison des mutilations qu’il a subies, de fixer rigoureusement les dimensions en travers, paraît cependant un peu étroit pour sa hauteur; le bord antérieur du plancher des fosses nasales n’est limité par aucun relief osseux et le vestibule prénasal se prolonge en pente douce jusqu’au niveau des racines des dents incisives. Les orbites sont presque carrés (bauteur, 36 millimètres; largeur, By millimètres); le squelette de la mâchoire supérieure offre, entre les pommettes, une vaste surface presque plane où s’enfoncent légèrement les fosses canines très peu concaves et qu’interrompent à peine les bourrelets des alvéoles canins et le relief des os malaires. L’intermaxillaire est relativement élevé (28 millimètres) et son prognathisme est considérable (angl. fac., 78, 63 , 56 degrés).

La voûte palatine, de forme parabolique et profondément excavée, porte des dents volumineuses et saines, couvertes d’un solide émail blanc-jaunâtre. La mâchoire inférieure apparaît à la fois haute, large et épaisse. Le menton, pointu, a la forme triangulaire, et la branche montante, insérée presque à angle droit sur l’horizontale, porte sur ses deux faces, et surtout à la face interne, des empreintes musculaires très vigoureusement sculptées.

Crâne féminin de la couche profonde . — Le crâne de la femme de Santiago-Tlaltelolco (pl. II, fig. 1 à 5 ) ofllre les mêmes caractéristiques générales que celui de l’homme que nous venons de décrire. La voûte crânienne, à la fols sensiblement plus longue, un peu moins large, un peu plus élevée, a pour indices 87.84, 79.51 et 91.08; l’ampliation antéro-postérieure porte surtout sur les régions pariétale et occipitale, qui se renflent considérablement; les autres courbes crâniennes diffèrent peu d’un sexe à l’autre, mais la base est moins développée dans le sens transversal chez la femme que chez l’homme.

Des variations bien plus grandes s’observent dans le squelette facial, qui est beau-

coup plus réduit dans ses dimensions verticales et transverses, et, par suite, beaucoup moins massif sur notre sujet féminin que sur le sujet masculin. Les arcs sourciliers s atténuent; les orbites sont un peu moins hauts et surtout moins carrés; le nez, dont le squelette est cette fois complet et présente un profil alternativement concave et convexe de la racine a 1 extrémité des os propres, se montre, tout ensemble, et plus court et plus large; les maxillaires diminuent de volume, les branches montantes en sont plus excavées, les fosses canines s’y creusent plus profondément; l’intermaxillaire est bien moins développé; enfin le prognathisme se traduit par des angles qui ne s’abaissent plus au-dessous de 85 et de 65 degrés. I .les inalaires ont moins do force, et les arcs zygomatiques en sont beaucoup moins étalés.

La mâchoire Inférieure est aussi bien moins puissante chez la femme que chez l’homme; la branche montante en est moins haute, moins large et moins épaisse; l’angle mandibiilaire, relativement arrondi, est fortement introversé. La branche horizontale, arrnee de sept dents seulement, parmi lesquelles se distinguent les deux canines, longues, robustes et solidement émaillées, se termine en un menton assez régulièrement arrondi.

Colonne vertébrale et cage thotYiciquc. — La colonne vertébrale n’offre rien d’exceptionnel dans ses dimensions générales; elle atteint exactement la même longueur que celle d’un squelette de Parisienne de même taille (i‘"5i) auquel j’ai comparé pièce a piece le squelette de la femme de Tlaltelolco. Mais les vertèbres des réglons cervicale et lombaire, mesurées séparément, sont un peu moins hautes que les vertèbres correspondantes de la femme de race blanche. Le cou est surtout sensiblement raccourci (pl. III, fig. 2 ); l’apophyse épineuse de la cinquième cervicale est à peine bituberculeuse (rt), et celle de la sixième (â) ne présente plus trace de bifiditéb

Les courbures de la colonne sont plus marquées et les détails morphologiques prennent des reliefs extrêmement remarquables. On voit notamment, à la région lombaire (pl. III, fig. 3), se manifester des éminences osseuses particulières, représentant les éléments qui , fusionnés dans les races supérieures, constituent les apophyses transverses, mais reconquièrent, comme je l’ai déjà fait observer ailleurs^, chez certains sujets de races vigoureuses et sauvages, toute leur indépendance.

Des la dixième vertèbre dorsale, ces éléments tendent à devenir distincts sur la femme de Tlaltelolco; les trois processus mamillaire (m), accessoire («) et transverse (/) ,

' On sait que les auteurs classiques considèrent la bifidité des apophyses épineuses comme constante, ou bien peu s’en faut, sur l’axis, la troisième, la quatrième et la cinquième vertèbre cervicale, et comme très habituelle sur la sixième. Cette bifidite', si généralement observée dans les races blanches, tend à se circonscrire dans les

races de couleur, pour disparaître presque complètement chez les Bosjesmans et chez certains nègres. (E.-T. Hamy Etude mr un squelette d’Aëta des eiwirons de Binangonan nord-est de Liiçoii ( Philippines) ( Nouv.Arch. du Mus., 3* sér. , 1879, t. II, p. igS).

^ E.-T. Ilamy, ihid., p. igi.

ainsi que les a nommes autrefois Retzius*, se dessinent sous la forme de tubercules qui donnent a 1 apophyse une forme triangulaire. Sur la douzième dorsale, ils sont complètement sépare's, et le 'processus accessorius prend déjà une certaine importance. Sur la troisième lombaire, ce prolongement («") mesure 607 millimètres de longueur et li millimètres de largeur à sa base; sur la quatrième lombaire (a") , cest une véritable epine de plus de 1 centimètre, et dont la largeur maximum ne mesure pas moins de 6 millimètres. Enfin, sur la cinquième lombaire, il se transforme en une sorte de mamelon anguleux très nettement dessiné.

Les côtes sont relativement robustes et circonscrivent une cage thoracique bien developpee, surtout en travers, et de forme irrégulièrement ovoïde.

Le sternum est relativement volumineux, sa longueur totale atteint i 38 millimètres; la poignee en mesure 53 ; chez la femme blanche, ces dimensions sont 197 millimètres et à 7 millimètres seulement.

Membre supérieur. -La clavicule (pi. IV, fig. ij se montre à la fois moins épaisse (7 à 8 millimètres) et plus large (sa millimètres) à son extrémité externe^; l’omoplate (pl. IV, fig. a) se développe en tous sens, mais surtout en largeur, si bien que Vindice scapulaire, ou le rapport centésimal de la largeur maximum de l’omoplate à la hauteur supposée égalé à 100, se trouve dépasser le maximum observé par Broca^. Vindice sous-épineux, c’est-à-dire le rappoi't de la môme largeur à la hauteur de la fosse sousepineuse est de 97.36; il égale 89. 5 a sur l’omoplate de la femme blanche.

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