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CHAPITRE III

LES OTOMITES, LES MIXTÈQUES ET LES ZAPOTÈQUES, LES CHOCHOS ET LES MÈQUES.

Sommaire. — Otomiles et Malzahuas. — Crânes de TIalnepanlla , Zahuatlan, Tula, etc. — Moulages et photographies d’Otomites. — Crâne de Malzahua.

Olomites et Matzahuas. — Dans les divers cantons où les recherches de MM. Fischer, Domenech, Bohan, Charnay, Fuzicr nous ont successivement conduit, la race dont nous poursuivons re'tudo a suhi, pendant le cours des siècles, des altérations considérables. La population actuelle ne reproduit qu’à l’état sporadique les caractères de l’ancienne et les dialectes mexicains qu’elle parle généralement ont supplanté la langue primitive.

La région sise au nord-ouest de celle que nous venons de parcourir nourrit, au contraire, un peuple demeuré relativement pur dans sa morphologie, qui rappelle de près celle des anciens habitants de Tlallelolco, de Tuyahualco, etc., et ce peuple a conservé sa langue, um; langue aux allures toutes spéciales, fondamentalement distincte de toutes les langues qui se parlent aujourd’hui sur le continent américain \ et que son caractère essentiel, le mo^iosyllabisme , rapproche singulièrement des langues de l’Asie orientale^.

Cette langue, nommée hiâ-hiü, est parlée par les Otomites et les Matzahuas.

Les Otomites, descendants supposés du sixième fds d’Iztac Mizcoatl, apparentés par conséquent dans la légende aux Olmèques et aux Xicalanques dont il vient d’être question, comme aux Mixtèques dont nous nous occuperons bientôt, ces Otomites, dis-je, habitent aujourd’hui en groupes compacts une étendue considérable de territoire com-

' La langue Im-hiü n’est parlee que par les Otomites et les Matzahuas ; mais les dialectes mèques ou mecos (pisone, ianamhrc, pâme, léui, cora et tepecane) se rapprochent du hiâ-hiü par des vestiges bien nets de monosyllabisme. (Alph. Pinart.)

■ Nâjcra (P. Fr. Man. Gvisoü.) , Réglas de ortojp'afia , diccionario y urie dcl idioma othonii. México, 1767, in-8°.

— Pimentel (Fr.),op. cit., t. I,p. 117-150. — Orozeo y Berra, Geograf., p. 255 . — Mendoza (G.) El Olomi, etc. [Boletin de la Sociedad de geogr. y estadist. de la repûblica méxicam, 1872, 2“ ep“, t. IV, p. Ai). — Pimentel (Fr.), Observaciones . ... a la dmcrtacioii sobre el idioma Olomi, etc. {Doletiii de la Sociedad de geogr. y estadist., p. 22A ). Etc.

prise entre les environs de Toluca au sud et les districts de San-Luis-Potosi et Rio-

Verde au nord, l’Etat d’Aguas-Calientes à l’ouest et à l’est celui de Vera-Cruz *.

Leurs crânes diffèrent à peine de ceux dont on vient de lire la description.

Crâne de Tlalnepanlla. — Le plus ancien crâne otomite que nous avons eu sous les yeux a été rencontré en 1866 dans une fouille pratiquée à Tlalnepantla, petit chef-lieu de district de lEtat de Mexico, situé à 3 lieues de la capitale, dans la direction du nord-est^. Le sujet avait été inhumé avec une plaque perforée en coquille de fasciolaire et quelques grossiers objets en terre cuite, qui sont aujourd’hui déposés au Musée d’ethnographie du Trocadéro.

Ce crâne, dont on trouvera la norma verllcalis réduite au quart dans la planche I de notre atlas (fig. 8), diffère peu, ainsi vu d’en haut, de celui de l’homme de Tlaltelolco dont il se trouve rapproché (pl. I, fig. 5 ). Il est cependant bien moins brachycéphale (ind. céph., 83 . 33 ) et relativement moins développé en hauleur (ind. haut, long., 7/1.13). Les formes générales sont, du reste, à peu près les memes; si le frontal est plus fuyant et la voûte moins élevée, le méplat pariéto-occipital, jirécédemment signalé, reste tout aussi accusé que sur les sujets décrits plus haut. La lace présente le type morphologique que nous avons fait connaître dans les pages qui précèdent, avec certaines variations assez frappantes. Sa largeur relative et son raccourcissement, le creusement des fosses canines, la projection consid^able des alvéoles médians, la vigueur et la robusticlté du maxillaire inférieur méritent d’être particulièrement signalés.

Crâne de Zahuatlan. — La figure 7 de la même planche représente, vu d’en haut, un autre ciane peu different de celui qui est ci-dessus décrit. Découvert aussi en 186G, dans le Cerrito de Zahuatlan, a une demi-lieue du même village de Tlalnepantla^,

’ Dans les peliles villes du pays délimité ci-dessus , l’élément mexicain s’est juxtaposé à l’élément otomite, et la population mêlée à laquelle les croisements ont donné naissance atténue singulièrement les traits de la race. A Tula , par exemple, M. Charnay s’est montré très frappé de la diversité des 2 )liysiononiies qu’il avait sous les yeux.

^ Tlalnepantla est un village où se parlent aujourd’hui le mexicain et le hiïï-lùü , mais qui était autrefois exclusivement otomite.

’ Ce Cerrito de Zahuatlan, petit mamelon artificiel, situé à une demi-lieue environ en deçà de Tlalnepanlla, sur la grande route qui, partant de la capitale, traverse ce village, fut complètement rasé en i86G. Plusieurs personnes ayant trouvé à la surface des débris d’antiquités, le bruit coui'ut que le cerrito contenait un trésor. Le tumulus avait

ZOOLOGIE DU MEXIQUE. PARTIE

à peu près disparu , lorsque l'équipe de terrassiers et les voitures rétpiisiliorméespour le comj)te de Tempereui- Maximilien arrivèrent sur les lieux pour entreprendre une fouille régulière. Les matériaux du tumidus avaient servi à charger la grande route; le chef d’équipe avait sauvé une lance d’obsidienne de a 3 centimètres, un certain nombre de figurines eu teire cuite, do petits vases décorés d’un pointillé lin, des pesons de fuseaux, des coquilles travaillées, dos grains de colliers on pierie, des brunissoirs, etc., et M. Iloban avait pu acquérir cos objets, devenus depuis lors la propriété de M. Pinart et déposés aujonrd hui dans la galerie américaine du Trocadéro. M. Boban a dessine une pierre de i mèti’e de cote à peu près qui sui*montait le cerrito et qui portait gravés en creux la date lo Tecpail et un signe de mois dillicile a déterminer. A ses yeux,

IMPIVlMEfilE XiTJO.’^.VJ.E.

ce crâne reproduit, en les exagérant, les caractères de celui dont il vient d’être parlé. Pins court (d. a. p., 162 millimètres), mais aussi large (d. tr., i 45 ), il voit son indice céphalique s’élever à 8g. 5 o. La face diminue dans le sens vertical (haut, fac., 87), tout en se dilatant encore (d. hizyg., i 48 ); les dimensions en hauteur des orbites, du nez, etc. se réduisent toutes plus ou moins, et les indices orbitaire (89.18) et nasal (bg.by) sont profondément modifiés. Le prognathisme est considérable et se traduit par des angles sous-nasal et alvéolaire de 77 et de 65 degrés.

Crâne de Tula. — M. Charnay a découvert à Tula, au sud des ruines de la vieille ville, quelques tombes d’Otomites, relativement peu anciennes, contenant une grossière vaisselle de terre cuite et des squelettes horizontalement étendus. Un seul crâne à peu près intact a pu être envoyé au Muséum d’histoire naturelle; il est brachycéphale à la façon du crâne de Tlalnepantla ( 84 . 00) et se place, par la plupart de ses traits, entre cette dernière pièce et celle de Zahuatlan.

Anires crânes olomiies. — On trouvera encore dans le tableau de la page 87 les mensurations prises sur un quatrième crâne d’ancien Otomite, celui-ci féminin. Cette pièce fait partie do la collection de M. l’abbé Fischer; l’origine n’en a point été précisée. Elle est brachycéphale à 90 (d. ant. post., 160 millimètres; d. tr., i 44 ) et présente des dimensions verticales exactement semblables à celles qu’offrent ensemble les trois têtes masculines'. La face est à la fois moins large et plus élevée; l’orbite, plus développé en hauteur que transversalement, donne l’indice infantile 102.77; l’indice nasal descend à b2.o8, tandis que l’indice facial monte à 78.80.

Les deux têtes du même sexe recueillies en 1889 par M. Joseph Smith dans d’anciennes tombes à Otuniba (Olornpau, capitale des Otomites), et figurées dans les Crama americana'^, atténuent légèrement les caractères un peu exagérés de la tête que nous venons d’examiner, mais conservent le même type général.

Leurs indices céphaliques moyens deviennent 84.78, 81.70, 96.40; la hauteur de la face s’abaisse à 81 millimètres. Les proportions du squelette nasal restent à peu près les mêmes; mais l’indice orbitaire redescend à 84 . 6 1.

Un crâne masculin découvert aussi à Otompan par M. J. Smith, beaucoup mieux conservé que les deux précédents et probablement moins archaïque, présente une mor-

une grande partie des objets énume'rés plus haut seraient d’oi-iginc tépanèque. Mais le crâne décrit ci-dessus ne parait ]tas s’fttrc trouvé avec ces diverses pièces; un seul objet est ineutiouné comme l'accompagnant, dans les notes de M. Bobaii : c’est un petit collVel en lave {tzoHlli), qui mesure 170 rnillimèties de long, 117 de

large et 45 o de haut. On peut le voir sous le numéro 787^ de notre Musée d'ethnographie.

* On trouvera cette moyenne à la premièi's colonne du tableau (pii suit.

” Morton, Crania americana, pl. LIX et LX, et p. a 3 i et alla. — Aitken Meigs, Cat, cil., p. 88.

phologie assez différente et pourrait bien avoir appartenu à un autre groupe ou provenir de quelque croisement indéfini L

Il en serait de meme des crânes de Tacuba^, de ladite collection Smith, à eu juger seulement par les mensurations que nous devons à M. Ten Kate et par les esquisses des Cranta americana^. Nous croyons devoir réserver l’étude de ces documents jusqu’au moment où nous aurons passé en revue les divers tyjies dont fintervention peut être invoquée dans l’etlmogénie de cette partie du District fédéral.

Les autres têtes otomites anciennes de la collection Morton, comparées aux nôtres, ont leurs traits céphaliques et faciaux beaucoup moins marqués^. Mais les divergences que présente la série qu’elles forment, quand on la compare à celle du Muséum de Paris, tiennent principalement à ce qu’elle est composée d’éléments tout a fait hétérogènes. Trois de ces crânes viennent bien, en effet, de pays otomites; mais un quatrième est tarasque, et le cinquième serait mexicain, d’après les renseignements qui nous ont été adressés de Philadelphie,

Or, des trois crânes otomltes proprement dits, deux seulement sont anciens et ont été recueillis dans des tombes à Axacuba, district de Tula, L’un, masculin, est brachvcéphale à 83 , lù, l’autre, féminin, sous-brachycéphale à 80.A8, et l’ensemble de leurs mesures, que nous transcrivons ci-dessous, n’offre plus, par rapport à celles de notre tableau, que des variations secondaires®.

Le troisième crâne est celui d’un cacique otomite, Vicente Rivas, de San-Pedro-

‘ Voici, d’après M. Ten Kale, les mensiiralions de ce crâne masculin d’Oloniba : Cire, lioriz., 453 millimèlres; d. a. p., i8i niillimèlres ; d. tr. max., i 44 juilliiiièlres; d. lias, bregai. , 1 38 millimèlres; iiid. cépli., 79.55 ,76.94, 95 . 83 ; front, max., 119 millimètres; min., 98 millimèlres; biorb. ext., 96 millimètres; Jiixygom. , i 3 a millimètres; haut, fac., 94 millimètres; ind. fac., 71.91 ; nez : long., 5 i millimèlres; larg., 93 millimètres; ind. nas., 45.09; orb. : haut., 34 millimètres; larg., 36 millimètres; ind. orb., 94.44.

On pourra comparer ces cbilfres avec ceux que donnent ensemble les deux crânes féminins : Cire, horiz. , 48 o millimètres; d. a. p., i 64 millimètres; d. tr. max., 189 millimètres; d. bas. bregm., i 34 millimètres; ind. cépli., 84.75, 81.70, 96.40; front, max., 117 millimètres; min., 96 millimètres ; biorb. , cxt., // ; bizygom., //; haut, fac., 81 millimètres; ind. fac., //; nez: long., 47 millimètres; larg., 95 millimètres; ind. nas,, 53.19; •

haut., 33 millimètres; larg., 89 millimètres; ind. orb., 84 . Oi. — Cf. Morton, Crauia ameiic., pl. LXI et p. 933.

^ Tacuba, comme Tlalnepantla, dont il était question plus haut, est une localité nii-otomite, mi-mexicaine. (Orozeo y Berra, Gcografia, p. 955.)

’ Morton, Crauia americ., p. i 54 .

L’indice céphalique moyen des trois hommes dits ütomites s’abaisse à 78.40; celui des deux femmes prises ensemble descend à 79.88. Les indices verticaux égalent 76.70 et 76.33 , 97.89 et 95.55 ; ceux de la face sont de 66.91 et 64.56 ; enlin le nez et l’orbite oflrent respectivement les l’apports 54 . 00 et 49.01, 89.47 et 94.98.

‘ Priuci()ales mesures des crânes d'Otomites anciens d’Axacuba (M. Ton Kate) : Homme : Cire, horiz., 5 i 8 millimètres; d. a. p., 178 millimètres; d. tr. max., i 48 millimèlres; d. bas. bregm., lâe millimètres; ind. céph., 83 . 1 4 , 79 -77, 95.94; front, max., 199 millimètres; min., 100 millimètres; biorb. ext., 106 millimètres; bizyg., i 49 millimètres; haut, fac., 99 millimètres; ind. fac., 64.78; nez; long., 49 millimètres; larg., 97 millimètres; ind. nas., 55 . 10; orb. : haut., 39 millimètres; larg.. Il millimètres; ind. orb., //.

Femme: Cire, horiz., 465 millimètres; diam. a. p., i 64 millimètres; d. tr. max., i39 millimètres; d. bas. bregm., i94 millimètres; ind. cépbal., 80. 48, 76.60, 93.98; front, max., 100 millimètres; min., 89 millimètres; biorb. ext., 88 millimètres; bizyg., 199 millimètres; haut, lac., 89 millimètres; nez : long., 44 millimèlres; larg., 94 millimètres; ind. nas., 54 . 54 ; orb. : haut., 39 millimètres; larg., 35 millimètres; ind. orb., 91.49.

Tiaxcoapan. Cette pièce est malheureusement incomplète. Ce qui reste de sa face offre des dimensions presque égales à celles de la tête masculine d’Axacuba ; mais le crâne est réduit dans toutes ses dimensions, et surtout il est relativement moins large; aussi l’indice céphalique atteint-il seulement 8oL

Six têtes d’Otomites modernes, que M. Pinart a récemment recueillies pour le Muséum de Paris dans la vieille capitale de ce peuple, seraient exactement comparables, nous dit ce voyageur, à celles que possède déjà cet établissement et dont nous avons donné plus haut la description et les mesures. Malheureusement cette précieuse collection, qui nous est annoncée, est encore en route au moment où nous imprimons ces lignes^.

Caractères morphologiques des Otomites. — Les caractères morphologiques attribués aux Otoinites par nos voyageurs concordent parfaitement avec les caractères ostéologiques que nous venons d’exposer rapidement. Tous s’accordent à nous présenter les Otomites comme extrêmement brachycéphales; leur front est large et plat; le nez, court, légèrement redressé du bout, a les narines plus ou moins épatées; la paupière, un peu lourde, se relève parfois vers les tempes; les pommettes dessinent de volumineuses saillies; les lèvres, charnues, sont nettement découpées, mais empâtées aux commissures. Le menton triangulaire, l’angle mandibulaire accusé et presque droit, complètent une physionomie qui répond, on le voit, bien exactement, à la tête osseuse que nous ont fait connaître les fouilles de Tlalnepantla, Zahuatlan, Tula, etc.^.

La taille est moyenne, souvent petite; la tête, relativement peu volumineuse, est attachée à un cou large et court; le torse est médiocre; les extrémités manquent de finesse.

La peau est bistrée, quelquefois cuivrée, ou tirant sur le noir; les yeux sont d’un brun foncé, les cheveux noirs, durs et raides; enfin la barbe est presque nulle*.

‘ Principales mesures du crâne de Vicenle Rivas , cacique olotnile de Saii-Pedro-Tiaxcoapau : Cire, lioriz., 485 millimètres; d. a. p., 170 millimètres; d. tr. max., i 36 millimèties; d.bas.bregm., 1 26 millimètres; ind.cèpli., 80.00, 74.1 1, 92.64; Iront, max., 98 millimètres; min., 85 millimètres; biorb. e.xt. , 96 millimètres; bizygom. , // ; haut, fac. »; ind. fac. , u; nez : long., 5 o millimètres; larg., 28 millimètres; ind. nas., 56 .oo; orb. ; haut., 36 millimètres; larg., 37 millimètres; ind. orb., 97.29.

■ M. Domenech a recueilli dans la vallée de Santiago de Ouerelaro un crâne moderne qu'il croit otomite et qui, comme ceux de Tacuba du Musée Morton, dilTère sensiblement des crânes otomites anciens. Voici les principales mesures de cette pièce : Cap. crân. , i 63 o centimètres

cubes; cire, horiz., 53 i millimètres; d. a. p., 181 ; d. tr. max., i 44 ; d. bas. bregm., i 3 o; ind. cépli., 79.55; front, ma:;;., leS millimètres; min., io 3 ; biorb. ext., 109; bizygom. i 35 ; haut. fac. 88; ind. fac., 65 . 18; nez : long., 53 milliraètres;larg., 827 ; ind. nas.,5o.94; orb.: haut., 39 millimètres; larg., 89; ind. orb., 8a. o5.

■’ A. Pinart, Notes mss. — Guillemin-Tarayre, toc. cil., p. 454 . — Le Muséum de Paris a acquis de M. Boban deux masques d’Otomiles moulés à Mexico, qui ne peuvent malheureusement pas être mesurés avec utilité.

‘ L’iiiéroglyphe d’Otompan ( Codice Mendocino , lam. 111 , n° 8) représente une tête humaine. Orozeo dit de cette figure tria cabeza lleva los distintivos de losOtomi». {Anales del MnSi nac. de Mexico, t. III, p. 218.)

CRÂNES D’OTOMITES, DE MATZAHUÂ ET DE MIXTÈQüE.

Crâne de Maitahua. — Les Matzahuas, dont les caractères extérieurs sont semblables à ceux des Otomites, ne nous sont anatomiquement connus que par un crâne de femme recueilli par M. l’abbc Fischer et qui fait partie de la série de pièces présentée, au nom de cet archéologue, |)ar M. le docteur Bail à la Société d’anthropologie. La morphologie générale de celte tête est identique à celle du crâne de Tlaltelolco supérieur inscrit sous le numéro 2 de la même collection.

Ainsi que l’on peut s’en assurer fort aisément en étudiant les chiffres portés à la troisième colonne du tableau qui précède, le crâne de Malzahua présente les mêmes proportions générales que celui de l’Otomitc du même sexe dont nous avons consigné les mensurations dans la colonne 2 du même tableau h II est brachycéphale à 89. âi ; ses indices de hauteur-longeur et de hauteur-largeur égalent 81.17 et 90.79. La face atteint 9^ millimètres de hauteur et 12k de largeur; son prognathisme est mesuré par une projection de 20 millimètres et des angles sus-nasal et alvéolaire qui atteignent 80 et 66 degrés.

So.MsiAiitE. — Mixtecall et les Mixtèques. — Crâne de Mixtèque. — Mesures prises sur cinq Mixtèques de diverses localités. — Portraits de Mixtèques et de Zapotèques. — Les Ghochos, les Yopes, etc. — Mesures prises sur un Cbocho.

Miælecall el les Mixtèques. — Les Mixtèques, issus, selon la légende, de Mixlecatl, cinquième fils de la blanche couleuvre nébuleuse, occupent la moitié occidentale de l’Etat d’Oaxaca et les cantons voisins des Etats de Puehla et de Guerrero. Très peu de voyageurs ont pu les voir chez eux : leur territoire est, en effet, un des moins accessibles du Mexique. Aussi les textes, assez vagues d’ailleurs, qu’on leur a consacrés, sont-ils extrêmement discordants

Les liens qui les rattachent aux peuples dont il vient d’être question sont d’ailleurs trop étroits pour qu’il n’existe pas une parenté réelle entre les uns et les autres. Cette

‘ Ou ue trouve à relever que quelques variautes intéressantes dans les mesures.

L’orbite n’est pas, comme chez l’Otoniile, plus élevé que largo, et ses proportions, comme celles du squelette nasal, sont intermédiaires entre celles des Otomites des deux sexes. L’indice facial est plus élevé de deux unités que chez rOlomite du sexe féminin, et de onze unités que chez les trois Otomites du sexe masculin. La capacité cérébrale est très supérieure à celle des Otomites qui ont pu être cubés. L’ampliation de la cavité crânienne se traduit, du reste, par une augmentation sensible des trois circonférences.

^ M. Lucien Biart, qui a pu pénétrer dans la haute Mixtèque et en observer les habitants, serait disposé à expliquer les divergences des ethnologues en ce qui les concerne par la coexistence dans ce pays montagneux de deux types fort differents : l’un, de petite taille, à peau foncée, serait exactement comparable à l’Otomke le plus pur; l’autre type serait caractérisé, au contraii'e, par une taille relativement élevée, une coloration plus claire, des traits moins ramassés, etc. M. Biart n’a pas pu déterminer les caractères anatoniiques de ces montagnards, qui se rattacheraient, en partie, selon lui, au type des anciens ïoltèques dont il sera question plus loin.

parenté semble ressortir assez bien de la comparaison du seul crâne connu de Mixtèque avec les crânes dont on vient de lire la descriplion L

Crâne de Mixtèqm. — Ce crâne, recueilli par le docteur Fuzier, qui nous l’a communiqué^, est celui d’une femme âgée de 20 ans, née à San-Geronimo, dans les montagnes à l’est d’Oaxaca, et morte àVera-Cruz, à l’hôpital Loreto. Nous lavons fait représenter dans la planche YI de l’atlas qui accompagne ce travail, et nous en donnons les mensurations principales dans la colonne k du tableau ci-dessus.

Il est aisé de constater que les figures et les chiffres qui se rapportent à cette belle pièce indiquent une certaine atténuation dans les caractères spéciaux que nous avons précédemment analysés. Les rapports des diamètres, par exemple, deviennent respectivement 83.95, 78.89, 93.28; l’indice orbitaire et le nasal s’abaissent à 87.17 et 5o.oo; la face diminue de hauteur absolue, etc., etc.

L’ensemble des traits continue néanmoins à correspondre à la description générale que l’on a pu lire plus haut, et tout porte à croire que la craniologie confirmera un jour, dans une large mesure, les affinités légendaires entre les montagnards dOaxaca et ceux des Etats de YJexico, Puebla, etc.

Mesures prises sur cinq soldats mixtrques de diverses localités. — YI. Cbarnay a mesuré pour nous, à Ylexico, quatre individus de 26 à 38 ans, originaires de la haute Ylixtèque et soldats d’un régiment caserné dans la capitale^. Ces Ylixtèques vrais, que notre observateur nous donne comme d’un brun plus ou moins foncé, aux cheveux noirs, durs et courts, à la barbe rare, aux yeux bruns à la sclérotique injectée, ont le front bas et un peu fuyant, le nez tantôt à peu près droit et tantôt camard, les pommettes saillantes, la bouche largement fendue, les dents saines, mais usées fortement à plat, les mandibules enfin singulièrement robustes et présentant généralement des angles postérieurs extrêmement apparents. Leur taille moyenne ne dépasse pas 1 mètre 869 ; assis, ils mesurent 83 1 millimètres; la tête et le tronc pris ensemble équivalent donc chez eux aux 53 centièmes

‘ 11 n’est pas sans intérêt de faire observer ici ([ue Sahagun, l’nn des e'erivains les mieux infonnés quand il s’agit des peuples de la Nouvelle-Espagne, ne distingue point les Mixtèques des Olraèques et de ceux qu’il appelle Ulmtin (Salineurs?). Pour Sahagun, ces trois groupes sont tfTenime, parce qu’ils parlent une langue barbai-e*. II ajoute, un [leu plus loin, qu’ils et prétendent descendre des Toltèquesi et que l’on rdisait d’eux anciennement qu’ils étaient fila de Quetzalcoatln , ce qui confirmerait l’opinion de M. Biarl sur l'origine toltèque d’une partie des Mixtèques. Mais la conquête mexicaine avait déjà introduit dans la contrée qu’ils habitaient de nombreux représentants de la race aztèque. ^Beaucoup d’entre eux sont Naliuas ou

Mexicains», dit Sahagun, en terminant le paragraphe qui les concerne. [Histoire jjcnérale des choses de la Nouvelle- Espagne. Tradaclion française par Jourdanet et Simeon, Paris, 1880, in-8% p. Cya.)

^ Depuis que ces ligues sont écrites, cet obligeant confrère est mort, laissant sa précieuse collection de crânes mexicains, partie au Muséum, partie à la Société d’anthropologie de Paris. Le crâne de Medellin décrit plus haut est venu au Muséum; le crâne de Mixtèque, qui porte le numéro 1 a de la collection , a été donné au Musée Broca.

Ces cpiatre sujets étaient nés à Saint- Miguel -Tecomatlan, Nochistlan, TIacbicbilco et Zapotitlan, dans l’État d’Oaxaca.

environ de la hauteur totale. Les membres supe'rieurs sont un peu longs; mesurés de l’acromion à l’extrémité des doigts, ils atteignent 679 millimètres, ou les 43 centièmes de la taille. La grande envergure qui, suivant M. Gould, ne dépasse la stature que de 4 à 5 centièmes dans les races blanches, l’excède chez nosMixtèques de près de 8 centièmes h

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