CRÂNES DES SÉPULTURES ANCIENNES DE SANTIAGO-TUAUTELOLCO
ANTriROPOLOGIÏ^
Crâne de Belem. — Un autre crâne, trouvé par M. Fischer au couvent de Beleni, à Mexico, dans des conditions de gisement qui ont fait considérer cette pièce comme ancienne par cet archéologue, présente des caractères généraux assez semblables à ceux de la série supérieure de Tlaltelolco. Il est moins développé en tous sens, mais sa brachycéphalie est encore de Sâ.oa et ses dimensions verticales sont relativement considérables; la face est moins large et surtout moins élevée que la moyenne des faces auxquelles nous la comparons. L’orbite est moins haut, sa largeur demeurant la même; le squelette nasal est aussi plus large, mais conserve la même longueur. La voûte palatine est moins développée, surtout d’arrière en avant; mais le prognathisme est tout aussi caractérisé.
Crânes de Tuyahualco. — Un troisième groupe funéraire, comparable également, jusqu’à un certain point, au groupe supérieur de Tlaltelolco, a été mis au jour par M. l’abbé Fischer, dans une petite localité située entre les lacs de Chalco et de Xochimilco, à l’extrémité méridionale de l’étroite langue de terre qui sépare ces deux nappes d’eau. Les sépultures de Tuyahualco, que M. Fischer qualille cbichimèques on ne sait trop pourquoi, ont fourni quatre crânes, dont trois d’hommes et un de femme. La deuxième et la troisième colonne du tableau de la page 3 i donnent les mesures moyennes de ces sujets des deux sexes. 11 est donc inutile d’insister sur les analogies et sur les dissemblances qu’ils peuvent présenter, tant par rapport au crâne de Belem, dont les mensurations sont juxtaposées aux leurs, que relativement aux pièces de Tlaltelolco, dont le tableau imprimé ci-dessus a fait connaître les mensurations détaillées.
Nous appellerons seulement l’attention sur les ressemblances dans les proportions et dans les formes que les comparaisons font ressortir entre le crâne féminin de Tuyahualco et la pièce du même sexe étudiée précédemment, et dont la colonne a de notre tableau (p. 27) renferme les mesures.
Crânes de Tenenepanco. — Si, du lac de Chalco, nous gagnons par Amecameca le Popocatepetl, nous rencontrons sur le flanc du volcan, à l’altitude d’environ 4 ,ooo mètres, le cimetière antirpie de Tenenepanco découvert par M. D. Gharnay en 1869 et fouillé avec soin par cet explorateur dans le cours de sa dernière mission scientifique au Mexique.
Nous possédons, grâce à M. Charnay, des renseignements archéologiques détaillés
' Nous manquons absolument de renseignements précis sur les objets qui accompagnaient les crânes exhumés par M. Fischer. N’étail-ce pas des objets comparables à ceux de Teteiiepance, dont il sera question plus loin,
et que certains archéologues, un peu trop pressés de donner un nom aux choses qui leur semblent nouvelles, ont, sans raison sérieuse, décorés du nom de Chichimeques ?
sur ce curieux cimetière L Si les ossements humains en bon état s’y sont trouvés fort rares, les objets en terre cuite, en pierre, etc. qui accompagnaient les squelettes étaient au contraire très nombreux^. C’étaient, le plus souvent, des plats montés sur trois pieds, de petites gamelles, des vases de différentes formes : cornets, tasses, coupes, etc., décorés d’appliques en terre cuite grossièrement pastillées et représentant presque toujours le dieu Tlaloc, cette divinité archaïque, la plus ancienne des divinités mexicaines, qui a les montagnes pour asile et préside aux orages qui y prennent naissance et à la bienfaisante pluie qui en descend. C’étaient encore des pesons de fuseaux, des perles de colliers en pierre, des flèches d’obsidienne, de petits grelots de cuivre, etc., etc. Enfin M. Charnay a recueilli dans les tombes de Tenenepanco un certain nombre de jouets en forme d’animaux avec ou sans pattes articulées.
Les squelettes de Tenenepanco étaient presque complètement pourris, et, malgré la couche de stéarine dont les couvrait tout aussitôt notre voyageur, il n’a été possible d’en reconstituer que des fragments presque inutilisables. Nous avons sous les yeux les restes de cinq sujets, tous plus ou moins jeunes^, et dont trois seulement avaient conservé de notables portions de leurs crânes. Le poids des terres a déformé presque toutes ces pièces détrempées par l’humidité du sol, et l’on peut seulement constater qu’une brachycéphalie très marquée dominait chez les mieux conservés. Deux des têtes ont même, dans Imr état actuel, le diamètre transverse plus grand que l’antéropostérieur
Les os des membres sont en si mauvais état qu’il m’est impossible de tirer de leur examen aucun renseignement utile
' D. Chaniay, Mes découvertes au Mexique et dans l’Amérique du Centre {le Tour du monde, t.XLlI,p. 292 et 298,
5 novembre 1881).
^ (T Les morts, dit M. Charnay, étaient ensevelis à une profondeur de 60 centimètres à 1 mètre 5 o, le corps ramassé sur lui-mème , les g’enoux touchant au menton , et les bras également repliés; mais on ne trouvait nulle trace des mains ni des pieds. La tombe contenait au-dessus de la tète une sébile ou assiette creuse en terre cuite, deux cornets en forme de porte-allumettes en terre noire et divers autres vases. Tout cela était humide, les vases étaient pleins de terre et d’eau, et il nous fallut les plus grandes précautions pour retirer de terre ces vases fragiles.» Plus loin, il ajoute cpie «les morts n’étaient pas orientés et semblaient avoir été jetés pêle-mêle». {Loc. cît., p. 292.)
“ C’est par erreur que M. Charnay signale dans ses envois un crâne de femme. {Loc. ciu, p. 292.) La petite collection anatomique de Tenenepanco ne contient que des crânes d’enfants.
’’ L’indice de l’un de ces crânes de jeunes sujets est, dans Télat actuel de la pièce, de loâ environ; celui d’un second crâne atteint io 5 . Un troisième crâne, aplati en travers, au lieu de l’être d’avant en arrière, donne, au contraire, un indice de 78 environ.
Tous ces crânes proviennent, je l’ai déjà dit, d’individus encore jeunes, ce qui explique l’abondance relative des jouets de teri’e cuite découverts dans leur voisinage.
® Une autre station, plus ou moins ancienne, explorée par le docteur Macartney, à Guahapan, sur le Popocatepetl, lui a donné deux crânes, envoyés par lui à Morton et déposés dans la collection de ce savant, devenue la propriété de l’Académie des sciences naturelles de Philadelphie. De ces crânes supposés atlecs (.Morton , Procecd. of lhe A cad. of natur. sc. of Philadelphia, 18/u, vol. I, p. ,hi. — Aitken Meigs, Cat. cil., p. 87, n" 78/1 et 786), l’un, masculin, semble bien rentrer dans le type général de tous ceux dont il vient d’être (jueslion; l’autre, féminin, en diflère par l’élongation et l’étroitesse relatives de sa voûte.
Crâne de Medelhn. — Il en est de même de ceux du squelette découvert près de Medellin \ sur 1 emplacement du vieux Xicalanco, par le docteur Fuzier^. Le crâne de ce dernier sujet, quoique considérablement endommagé, se prête cependant à une étude sommaire qui autorise à le rapprocher des précédents. On trouvera les chiffres qui se rapportent à cette tête, malheureusement bien incomplète, dans la quatrième colonne du tableau qui suit^.
La colonne 5 du meme tableau contient les mensurations d'un crâne moderne de San-Andres, près Puebla, qu’il nous a paru utile de juxtaposer aux crânes anciens que nous venons de passer en revue.
Nous reviendrons sur cette intéressante pièce, à laquelle une des planches de notre atlas (pl. VU) est d’ailleurs presque exclusivement consacrée \
tout en conservanl des dimensions faciales à pen près identiques. Voici les mesures principales de ces deux pièces, (]ue M. Ten Kate a bien voulu nous envoyer de Philadelpbie ;
1N”734. 5 .Cire, horiz., 5 oo millimètres; d. a. p., 172; d. Ir. max., i/i6; d. bas. bregm., i 42 ; ind. cépb. , 84 . 88 , 82.55,97.26; front, max., 122 millimètres; min. , 97; biorb. exi, 161; bizygom., i 3 i; baiit. fac., 92 ; ind.fac., 70.22; nez : long., 48 millimètres; larg., // ; ind. nas., // ; orb. ; haut. , // ; larg. , 87 millimètres; ind. orb. , «.
]N“ 735. $ . Cire, horiz., 495 millimètres; d. a. p., 178; d.tr.max., i 35 ;d. bas bregm., 1 34 ; ind. cëpb., 76.84, 75.28, 99.26; front, max., 109 millimètres; min., 94; biorb. e.xl., 96; bizygom., // ; haut, fac., 92; ind. fac., // ; nez : long., 5 o millimètres; larg., 27 ; ind. nas., 54 ; orb. ; haut., 36 millimètres; larg., 36 ; ind. orb., 100.00.
Parmi les crânes de la collection offerte à Morton par don José Cornez de la Cortina {Proceed. oj ihe Acad, of nal. SC. ofPInladelpliia , 1 84 1, vol. I, p. 5 1) , il s’en trouve un qui vient de ce que lecraniologue américain appelait un mound, découvert dans un faubourg de TIaxcala. Les circonstances de la trouvaille, la description de la fouille, font complètement défaut, et rien ne prouve que cette tête osseuse puisse être considérée comme llaxcaltèque, ainsi que le supposait Morton. Les véritables crânes tinxcaltèquos que nous possédons à Paris, et qui seront décrits plus loin, rentrent dans le type des Aztèques, ainsi que le faisaient présumer les données historiques, et sont, par conséquent, relativement éti’oits et allongés. cLe crâne de la collection de Philadelphie est, au contraire, remarquable, dit Morton lui-même, par son diamètre interpariétal.» En voici les principales mesures prises par M. Ten Kate, mesures qui autorisent à juxtaposer la pièce susdite aux pièces qui viennent d êire passées eu revue :
N" 100 4 . s Cire, horiz., 492 millimètres; d. a. p. , 170; d. tr. max., i 46 ; d. bas. bregm., i 4 o; ind. cépb., 85.88, 82.35, 96.89; front. max. , 117 milbmèlres ; min., 96; biorb. ext., // ; bizygom., i 34 ; haut, fac., 90; ind. fac., 67.16; nez : long., 5 i millimètres; larg., 2 4 ; ind. nas. , 47.06 ; orb. ; haut. , 35 millimètres ; larg. , 37 ; ind. orb., 94.59.
^ C’est dans la seconde fouille qu’il a pratiquée aux environs de Medellin que M. Fuzier a rencontré ce crâne et les débris osseux qui l’accompagnaient. Les objets trouvés à Medellin par l’auteur de cette découverte proviennent de plusieurs groupes de monuments, sans lien bien apparent entre eux, et appartiennent sans doute h des civilisations distinctes. Fuzier n’a point laissé de renseignements qui permettent de retrouver exactement dans sa collection de Medellin les pièces qui accompagnaient le sujet exhumé par lui. Disons cependant que quelques-unes de ces pièces offrent des analogies étroites avec celles de Tenenepanco.
^ 11 n’est pas sans intérêt de rappeler ici que la statue de pierre trouvée dans la grotte d’Amatlan-de-los-Reyes, près Cordova , est tout à la fois remarquable par la forme globuleuse de son crâne et par le développement relatif de sa face, et semble bien avoir été faite en vue de reproduire le ty|)e vivant qui correspond aux crânes décrits cidessus. — Cf. Bancroft, op. cit., vol. IV, p. 435 .
La célèbre tête do la montagne de Tlaliscoyan, publiée par M. Melgar, me paraît appartenir au même type que celle d Amatlan. (J.-M. Melgar., Anlipûedades meœicanos notable escultura antiquu \^Bolet{ii de la Sociedad de geo(fr. y estadist. de la repûblica mèxicana, 1869, in-ê", 3 “ ep*, t. I, p. 292-297]). — Cf. Bancroft, op. cit., vol. IV, p. 427.
‘ Cf. allas, pl. VU, 6g. 1 à 5 .
AÎ^THROPOLOGIE