‹ Anthropologie spéculative générale (volume 2)Chapitre 26 sur 70 · IV. Par rapport aux sensations et aux sentiments · texte numérisé non relu

IV. Par rapport aux sensations et aux sentiments

1° Une sensation ne peut pas être rappelée à la rigueur , pas plus que le passé ne peut être présent. Le souvenir d'une sensation ne pourra donc être , ou (pi'une sensation nouvelle, ou que l'idée de la

sensation passée sans sensation actuelle. Mais comment peut-on connaître une sensation , même son intensité, autrement qu'en l'éprouvant? et à quoi se réduit cette idée dont je parle? C'est que les sensations sont elles-mêmes des objets de connaissance. En tout cas, voici les faits :

a) Dans le souvenir d'une sensation, la conscience dit qu'il n'y a pas sensation, soit continuée, soit affaiblie.

b) On se rappelle l'intensité même de la sensation; et cependant, en fait, cette intensité est nulle dans le souvenir.

c) On compare le souvenir d'une sensation passée avec le souvenir d'une autre, ou avec une sensation actuelle.

Or, cependant, comme ces sensations passées n'existent plus, comme il n'en existe pas d'analogue , cette comparaison semble impossible : car, d'une part, on ne compare que ce que l'on connaît; d'autre part, si le souvenir d'une sensation passée était une sensation analogue, on ne ferait que comparer des sensations actuelles entre elles. Mais alors, pourquoi croirait-on comparer des sensations passées? — ou, si ces sensations analogues représentaient les sensations passées, je demanderais comment on peut s'en assurer autrement que par la comparaison des sensations-souvenirs et des sensations passées? Or, puisque toute comparaison est impossible là où il n'y a qu'un terme, il n'y a donc pas ici comparaison. D'un autre côté, il n'y a pas sensation actuelle. Restent donc les idées des sensations passées comparées entre elles.

174 DE LA YIE HU3IAIKB

Pour C8 qui est de la comparaison d'une sensation actuelle avec le souvenir d'une sensation ancienne, non-seulement elle a lieu sous le rapport de la qualité, mais encore sous celui de la quaîilité ou intensité. Et cependant l'on ne peut comparer que des choses de même nature. Reste donc à dire que l'on compare l'idée de la sensation passée avec l'idée de la sensation actuelle.

Observations. V Cette théorie supposerait que dans toute sensation il y a deux faits fondamentaux :

a) L'affection,

h) Et l'idée de l'affection.

2** Mais, dans ce cas même, il faudrait expliquer :

a) Comment cette idée ou cette connaissance diffère de la sensation elle-même? — Parla réflexion peut-être ;

h) Comment cette idée peut se conserver sans son objet;

c) Ou comment, si elle ne se conserve pas, une autre idée analogue peut être suscitée plus tard, et tenir lieu de la première;

d) Comment nous savons qu'elle ressemble à la première ;

e) Comment nous savons que l'une et l'autre représentent bien la sensation.

Page 1