I. Par rapport aux perceptions des choses extérieures
1® Il est contraire aux faits de dire que le souvenir des perceptions est une perception continuée, mais affaiblie.
2° Cependant on conçoit, surtout pour les perceptions de l'ouïe et de la vue, que le souvenir peut être plus facilement une perception nouvelle analogue que pour la sensation; mais alors se présentent les difficultés suivantes :
a) Comment se produit en nous cette perception-souvenir, même par l'imagination reproductive? Car, enfin, la mémoire des objets sensibles n'est pas autre chose. — Influence ou part de l'imagination dans le souvenir.
h) Comment savons -nous qu'elle est analogue? — Impossible d'en rien savoir par voie de comparaison, puisqu'on n'a que l'un des termes, l'idée du terme qui manque.
c) Elle serait analogue, que ce ne serait qu'une perception actuelle : le souvenir consisterait alors à rapporter l'actuel au passé, en disant : Ceci, cet état, a été passé; mais la chose est d'autant plus difficile à admettre, que la mémoire serait une source de déceptions sous le point de vue de la conscience; et cependant nous comparons nos perceptions-souvenirs à nos perceptions passées, et nous jugeons celles-ci plus vives s'il y a lieu. Le souvenir serait donc alors plus vif que lui-même.
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d)En serait-il de l'idée comme de la perception ? et y aurait-il une idée de la perception en dehors de la perception même? Mais alors :
Ci) Comment cela?
C) Cette idée durerait ou ne durerait pas;
y) Représenterait la perception, ou ne la représenterait pas;
J") Nous saurions ou nous ne saurions pas que cette représentation a lieu.
Néanmoins, l'imagination reproductive peut servir ici à expliquer la mémoire (voy. l'Imag.); mais dans ce cas restera toujours à savoir :
et) Comment nous nous représentons ce que nous avons déjà vu;
€) Comment nous savons que ce que nous reproduisons est conforme à ce que nous avons connu; car la perception et la mémoire imaginative sont deux choses;
y) Enfin , comment nous avons ici l'idée du passé de la représentation, idée qui n'est pas plus du ressort de la mémoire imaginative que de la mémoire sensible , mais uniquement de celui de la raison. Intervention de la raison dans le souvenir. — Part du souvenir. — Part de la raison.
II. Par rapport aux faits de conscience (activité interne), aux actes de V entendement et de la volonté: 1° Si jamais nous n'avions réfléchi sur nos actes intellectuels, si par conséquent nous ne les avions jamais analysés, nous ne les aurions jamais nommés, nos souvenirs ne porteraient jamais sur ces opérations. Nous pourrions nous rappeler l'occasion de l'exercice de ces facultés, les résultats de
leurs opérations , mais point les opérations ellesmêmes. Le souvenir qu'on en a tient à ces trois choses:
a) Opération de ces facultés;
b) Réflexion sur ces opérations et sur les circonstances où elles ont été mises enjeu; et subsidiairement ;
c) Analyse et dénomination de ces facultés.
2^ Maintenant, en quoi consiste ce souvenir? A savoir que nous avons fait telle chose dans tel temps, tel lieu, etc.... Or, ce souvenir n'est point le sentiment de l'activité actuelle de ces facultés;
— ce n'est pas le sentiment d'une activité passée.
— Est-ce le sentiment d'une activité analogue? Non, cette activité n'est pas en jeu. Elle le serait, que Vanalocjiie n'est pasle ??îc'i>«e; l'analogue est actuel. L'analogue ne doit être jugé tel qu'après comparaison. — X aurait-il donc une idée des opérations en dehors du sentiment déterminé de ces opérations? Et alors :
a) Comment la conscience n'en dit-elle rien? La raison s'en accommode-t-elle?
h) L'idée persiste-t-elle, ounepersiste-t-ellepas?
c) Représente-t-elle l'opération? ou ne lareprésente-t-elle pas?
d) Pouvons-nous en juger, ou ne le pouvons-nous pas?
liï. Par rapport aux conceptions :
Les conceptions étant des idées nécessaires qui s'appliquent comme d'elles-mêmes toutes les fois que les circonstances l'exigent, étant la base et le fond de l'esprit humain, la mémoire n'a rien à faire
pour les reproduire , du moins à l'état de pureté. S'il semble qu'elle les rappelle, c'est que son œuvre porte sur des images ou des phénomènes auxquels les conceptions de la raison se trouvent intimement liées; ce sont ces phénomènes seuls qui sont rappelés; ils sont seuls dans le temps; l'autre élément de la connaissance totale, l'élément rationnel, n'y est pas, et ne peut être matière de souvenir.
Les conceptions sont inévitablement dans tous les hommes et toujours; seulement, elles y sont plus ou moins nettes.
Mais considérée comme mode actuel de l'esprit, une conception, quoique toujours absolument la même en soi, diffère sous le rapport des instants de la durée seulement, et non point sous le rapport de la quantité ou de la qualité; car, par exemple, l'idée d'identité est toujours la même; il n'y a donc pas là souvenir à proprement parler; ou s'il y avait souvenir , ce serait le cas de l'identité.
Mais comment se fait-il que nous sachions que nous avons eu ces idées autrefois? C'est :
1° Ou parce que nous nous rappelons les circonstances externes de leur application, et non point elle-même;
2^ Ou bien les phénomènes auxquels nous les avons appliquées;
3*^ Ou bien enfin ces deux choses à la fois.