‹ Anthropologie spéculative générale (volume 3)Chapitre 2 sur 69 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

La Psychologie 9* telle qu'on l'enseigne en France ^ me semble trop exclusivement renfermée dans le cercle desphénomènes internes : l'intelligence des faits de cette nature n'aurait qu'à gagner en se rattachant aux phénomènes

^ corporels qui*1eur sont connexes.

^ Tout en maintenant fermement la distinction bi6n.tran-

chée de ces deux ordres dé faits, j'ai donc cru devoir en signaler souvent la liaison* C'est une des raisons pour lesquelle j'intitule ce livre : De Tj^nthropologie, quoique cependant le point de vue psychologique prédomine de beaucoup.

Du reste, la division la plus étendue de l'AnthropoIifgie n'est point celle que je donne ici : car je ne traite dans cet ouvrage qu'une partie de l'Antliropologie générale, savoir : la partie spéculative. Il y a donc aussi une Anthropologie

V] PREfAGE.

pratique générale , qui n'est autre chose que la description des mœurs y envisagées sous leur aspect commun , ou abstraction faite des circonstances qui leur donnent une physionomie particulière. L'Anthropologie pratique générale a donc pour objet les mœurs humaines, et non celles d'un peuple, d'un temps, ou d'une certaine civilisation.

EUe diffère ainsi : 1^ de la Morale, qui ne décrit point les mœurs, mais qui détermine les règli^ a priori de la volonté; 2^ de l'Anthropologie spéciale, qui' fait connaître les caractères distinctife des mœurs des différentes nations et des différents siècles.

Ng^s espérons donner plus tard l'Anthropologie pratique générale, et l'AnthrojIblogie spéciale tant spéculative que pratique. Aujourd'hui, notre tâche se borne donc à l'Anthropologie spéculative générale.*

Nous devons dire un mot de la manière dont nous avons cru devoir exécuter cette entreprise.

L'ouvrage nous a paru se diviser naturellement en deux parties, suivant que l'étude de l'ame a pour olijet des phénomènes , des intuitiMis ou des conceptions ; c'est-é-dire 'suivant ifu'eUe peut être faite par les sras ou par la rai-wm; suivant encore qu'il s'agit d^tats, de manières d'être réelles de l'ame, ou de ses manières d'être conçue. De là notre division en Psychologie expérimentale et en Psychologie rationnelle pure.

fit comme les faits de conscience sont étroitement liés aux faits phyBiquës,les phénomènes spirituels aux phénomènes corporels, nous avons cru devoir distinguer dans

PSiFÀCE. Vij

Phdmiiie, soiù le titre commun de. vie, qualité ordres -de Mis issec nettemeat trancbés en appétence , et comme mperposés lei» uns aux autres ^4e maâièreAiormereomme quatre sortes de ties dana Un 43^1 être.

On retrouve, en eiïet, dans rhomme : 1® les phénomènes de la vie physique ou cosmique universelle , qui se montrent isolément dans le règiie minéral; 3^ les phénomènes de la vie végétative, qui se trouvent unis à ceux de l'ordre qui précède dans le r^e végétal ; 3^ les phénomènes de la vie animale, joints aux deux vies inférieures dans les animaux; 4^ enfin les phénomènes de la vie ra* tionnelle pure, qui sont comme ajoutés aux trois autres, qui ne se voient que dans l'homme, et qui sont peut-être le seul genre de vie de certains êtres que nous ne connaissons point. Dieu excepté mais qui ne sont pas 'démontrés i impossibles.

Si nous avions cru devtiir procéder synthétiquemenï dans l'étude de ces quatre ordres de phénomènes, nous aurioiui débuté par ceux du plus bas degré , par la vie cosmique, et nous aurions fini par la vie humaine proprement d:îte, après avoir passé par les vies végétative et animale. A(ais l'homme ne sé^'construit pas ainsi sous nos yeux : il nous est donné tout entier ; en sorte que pour le reformer synthétiquement par la pensée, soit en niontant, «oit en descendant, il faut déjà l'avoir analyse. ^

Sans doute, nous aultons pu faire une première et superfiddle analyse, ou plutôt une divid^on des quatre vies, et «nsuilie étudier chacune d'elles analytiqueinent encore, e£ commençant par la plus simple et la plus humble, et

Tiij FfiiFAGE.

en nous élevant à la plus composée et la, plus noble. Mais deux raisons nous ont déterminé à ne point suivre cette marche, quelque attrayante qu'elle nous ait paru par sa simplicité même et par Kntérèt croissant qui s'y rattache: c'est que la vie animale ne peut être bien connue que par comparaison 5 par analogie^ avec la vie de l'homme, dont elle n'est qu'un pâle reflet La sensibilité, l'intelligence et l'activité se dessinant bien plus nettement en nous que dans la brute , c'est là qu'il faut lés étudier d'abord , afin de pouvoir en saisir plus fabilement les dégradations et les nuances dans des êtres inférieurs.]! en est de même de la vie végétative considérée dans l'animal et dans la plante : elTe est bien moins saillante ici que là; c'est donc dans l'animal qu'il faut rétudîer d^abord, puisqu'elle se trouve si réduite, si imparfaitement accusée dans la plante. Les analogies sont bien plus faciles à trouver en allant du plus sensible au moins sensible, qu'en procédant de la manière contraire* L'autre raison qui nous a décidé à prendre la marche dont nous parlons, c'est que notre ouvrage, devant avoir un caractère bien plus psychologique que physiologique, nous a semblé devoir aussi présenter la vie humaine propre* ment dite sur le premier plan.

Cette es^pression de vie humaine, par opposition à vie animale, semble ne devoir s'entendre que des phénomènes et des facultés qui distinguent l'homme de la brute. D en gérait etféctivement de la sorte, si l'on pouvait tracer une ligne de démarcation rigoureuse entre les facultés qui n'àppartien&ent qu'à l'homme et celles qui lui sont communes avec l'animal , entre le degré d'énergie qui distingue ces dernières dans la béte et dans l'homme. Mais comme cette

ligne ne peut être tracée avec certitude, à tous égards du moins; comme, 4'un autre côté, il faudrait aroir étudié les pliénomèues spirituels dans les deux yies pour pouvoir les distinguer, quant à l'essence im quant au degré, même d'une manière simplement approximative ; comme enfin nous ne pouvions, sans un^ave inc^ivénient, étudier une partie ou un degré des phénomènes spirituels qui se manifestent dansi'hommesous le titre de vie humaine, et l'autre partie ou l'autre degré sous celui de vie animale : nous nous sommes décidé à les étudier tous et tout entiers sous le pre- * mier de ces titres, sauf, pour le réduire ultérieurement à son

éteùdue propre, à eu retrancher tout ce que {'observation démoiftrera être commun à l'homme et à l'animal. Cette réduction n'a pas été faite explicitement, mais elle résulte

de ce qui a été dit des facultés de l'ame des bêtes, et du degré d'énergie de ces facultés. En comparant ce résultat avec celui qui a été obtenu antérieurement dans l'étude des facultés humai^ et de leurs produits, le lecteur peut &cilement réduire la vie humaine proprement dite à sa juste sphère. Il apercevra très-aisément que l'homme possède en propre : 1^ la réflexion, et; par suite, la conscience, la personnalité, la volonté réfléchie, la liberté, le langage ; 2^ la raison proprement dite, ou faculté des idées non sensibles, les conceptions, et par conséquent les sentiments qui correspondent à ces idées ; que son entendement proprement dit (voir ce que nous entendons par ce mot) est supérieur à celui de la brute, et que ses sens ont ou plus d'énergie ou plus de délicatesse.

Si nous ne nous sommes pas étendu davantage sur les perceptions, ou plutôt sur les intuitions externes (car ce

X PfiEFÂCE.

n'est: qfiie par condese^ndance pour l'usage que nous avpss ^employé ce tettiie impropre> yôir 1. 1, p. 110)» c'est que nous deyouB en faire une étude beaucoup plus spéciale dans deux autres ouvra^ (dans la Théorie 4e la Gonmis- $ûnce^ et dans la Cosmologie rationneUe}.

Nous aurions également pufentrer dans beaucoup plus de détails sur le langage; mais ce sujet est si intéressant^ qu'ii mérite une étude toute spéciale. Nous la donnerons sous le titre ^ Essai sur la Philosophie duLangage.Lesconditions organiques de cette fonction * de l'entendement y seront aussi exposées avec plus d'étendue.

Qn il<ius reprochem peiît-^ètre d'avoir^éduit en la maj#UFe partie de ce que nous avons dit sur la Vie animale : on trouvera que c'est trop ou trop peu* — Notre intention ne pouvait être de donner un trafté d'anatomie et de physiologie; mais elle n'était pas non plus de ne pas dire un .seul mot du Corps , ou de n'e^ dire que des banalitâs insignifiantes» Nous é|k>ns donc réduit à supposer au lecteur quelques connaissances anatomiques et,physiologiqueây ou à lui faire sentir la nécessité d'en acquérir. Le temps nous semble venu, où celui qui veut recevoir une éducation un peu complète , ne peut i^orer comj^ètement

V Je dis fonction, ^ non faculté, tJne faéuUë peut avoir plùsietirs fonction». Si l'en ayait fait plutôt cette distinction, |)e)it-étre se se^ rait-on plus facilement entendu sur la question du nombre des facultés de l'ame. Peut-être même aurait-on fini par n'admettre qu'une faculté ou force (ces deux mots sont synonymes dans la terminolo*gie philosophique de l'Allemagne), et seulement différentes fonctions de cette faculté, différence qui se seriit expliquée par les circonstances au sein desquelles Pâme agit

PKBFÀGE. Xj

la oc»istitatioa de Thomme phydicpiie. Quant à ceux qui sont appelés àPenseignemeiit de la pbilosophie, ils ne peuvent absolument plus rester étranger^ atil sciences naturelles, surtout à l'anatomie et à la* physiologie humaines. Ds seraient d'autant moins excusâmes , que les éléments d'histoire naturelle sont enseignés dans les collèges^ que les écoles de^ médecine se multiplient^ et qu'il existe un grand nombre d'ouvrages qui peuvent, jusqu'à un certain point, dispenser de suivre des cours d'anatomie pour acquérir des notions suffisantes sur la structure du corp» humain et sur le jeu de ses organes. Mais l'enseignement acquis dans Tamphithéàtre sera toujours beaucoup plus

net, plus sûr et plus solide. L'utilité des gravures n'est

même tout ce qu'elle peut être, qu'à la condition qu'on ait vu la nature.

Nous croyons donc avoir suffisamment insisté sur la partieanatomique ëi physiologique, pour être facilement suivi de ceux qui ont quelques notions de ces deux sciences. Quant aux autres;, nous ne pouvons que les renvoyer aux ouvrages spéciaux.

Si nous avons rattaché à la vie animale la question de l'ame des bétes, quoiqu'elle fasse naturellement partie de la psychologie rationnelle, puisqu'elle ne peut être résolue qu'à l'aide du raisonnement, fondé cependant sur l'observation, c'est que nous avons voulu p^ler de Ja cause immédiatement après avoir parlé des effets. Placé dans la nécessité de commettre une faute de méthode, nous nous sommes décidé pour celle qui ne brisait point Tunité du sujet

Quelques explications sont encore nécessaires sur la par^

xi} PRÉFACE.

tie de cet ouvrage qui traite du rapport du physique et du moral. Nous avons pri$ à tâehe de concentrer dans le moindre espace possible la substance des principaux ouvrages sur la matière. Noua avons lu et analysé à ce sujet plus de 25 volumes. Le lecteur n'a qu'à voir maintenant s'il peut nous reprocher d'avoir été trop long. En général, nous laissons parler les auteurs eux-mêmes ; ils sont ainsi responsables de leur doctrine, et de là manière dont ils Texposent, de même qu'ils en ont aussi tout lHonneur. Nous avons un scrupule logique et moral invincible à substituer nos expressions à celles des auteurs q^e nous analysons : nous craindrions de dénaturer leur pensée, et de ne pas assez rendre à chacun le sien. Un mot de plus ou de moins dans une phrase, un mot pour un autre, et l'idée n'est plus la même. Aussi croyons-nous pouvoir assurer le lecteur que s'il ne connaît pas toute la doctrine d'un auteur, au point de vue du rapport entre le physique et le moral, après avoir lu notre analyse, au moins ce qu'il en sait est parfaitement authentique. Cette qualité d'une ana*^ lyse en vaut peut-^ètre bien une autre, surtout à une époque où l'on se joue si facilement, quelquefois même si impudemment, de la pensée d'un écrivain en rendant compte de son œuvre.

Mais aucune analyse ne nous a plus coûté que celle dii

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