‹ Anthropologie spéculative générale (volume 3)Chapitre 36 sur 69 · I. Sensibilité · texte numérisé non relu

I. Sensibilité

V La réceptivité externe, quoique s'exerçant par le même nombre d'organes dans l'homme et dans l'animal , est plus délicate ou plus puissante chez l'un ou chez l'autre , suivant l'espèce d'animaux que l'on compare avec l'homme, et l'espèce de sens dont il s'agit

2^ Les sensations internes maladives ou autres paraissent moins nombreuses chez l'animal que chez l'homme.

3^ Les sensations en général , externes ou internes, toutes choses égales d'ailleurs, soqt moins vivement senties par l'animal que par l'homme.

IL Entendement :

V L'animal est capable d'une attention spontanée , mais non d'une attention réfléchie.

2^ Il abstrait négativement et d'une manière grossière, en ce sens, que son abstraction ne porte pas sur les qualités des objets distinguées les unes des autres, ni toutes ou quelques-unes distinguées

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de la substance qui les revêt. Il ne retient point ces abstractions, parce quil ne leur donne aucune fixité par la parole.

3® Il ne compare pas ; mais il se fait dans son intelligence des associations d'intuitions, et il est frappé diversement, sans qu'il se fasse aucune notion de la diversité en général^ du nombre, du volume, etc.

4* N'abstrayant point à proprement parler, puisqu'il ne détache pas les unes des autres les diverses qualités des choses» puisqu'il ne les sépare point de leur sujet, qu'il ne les nomme point, il ne généralise pas davantage. Ce qui porterait faussement à croire qu'il en est autrement, c'est l'association des intuitions.

5^ Il a des souvenirs intuitifs ou de l'imagination reproductive; mais il n'a pas d'imagination poétique ou créatrice, parce que, n'abstrayant point, il ne peut combiner les intuitions de manière à composer des ensembles nouveaux.

6^ L'association des intuitions explique , chez l'animal , tout ce qu'on serait tenté de rapporter à la généralisation, au jugement, et à l'induction.

III. Raison. L'animal ne possède pas cette capacité; il n'a ni les conceptions ontologiques générales, ni celle du moi, ni celle de la matière, ni celle du tout cosmique, ni celles de rapport, de temps, d'espace, de nombre, de vérité et d'erreur, de justice et d'injustice , de bien et de mal , de beau et de laid , etc.

IV. Sentiments. Il n'en possède aucun , puisqu'il manque des conceptions qui en sont la raison.

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Il n'est pas mieux doué sous lerapport des facultés composées ou des qualités de certaines facultés qu'on appelle dans la langue commune : esprit, sagacité, pénétration, subtilité, profondeur, étendue, originalité, invention, génie, goût, talent, bon sens, sens commun, capacité, conception, intelligence, jugement, raison, etc.

Il ne rit point non plus; autre preuve qu'il manque des idées qui font rire. Il ne sourit pas davantage , parce qu'il n'a pas les sentiments qui provoquent cet état. Cependant un grand nombre d'animaux donnent à leur physionomie et à tout leur corps une certaine expression qui tient de la bonne ou de la mauvaise humeur, d'une disposition bienveillante ou malveillante. Les autres animaux s'y trompent même moins que l'homme.

V. Conscience et réflexion. L'animal manque également de cette capacité et de cette faculté. Il n'est donc pas une personne, pas un être moral. C'est pour cette raison qu'il est incapable de se suicider.

VI. Instinct. Il est doué d'instinct au plus haut degré : cet instinct est diversement déterminé suivant les espèces. Mais une preuve, entre mille autres, que l'instinct est dépourvu de raison (sinon de perception, et par conséquent d'intelligence dans l'animal), c'est qu'il se manifeste encore dans des circonstances où son but doit évidemment être manqué, et suivant des lois invariables pour chaque espèce dans les mêmes circonstances extérieures. C'est ainsi que l'oiseau femelle, enfermé seul dans une cage, fait un nid

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pour recevoir des œufs qu'il ne pondra pas; c'est ainsi que Fabeille ne s'aperçoit pas que l'homme hiî dérobe son miel ; que le cheval et le bœuf ne remarquent point la destinée de leurs semblables, ou la leur propre , entre les mains de l'homme ; que la poule cherche à couver des œufs qu'elle n'a pas pondus; que l'araignée fait sa toile dans nos habitations mal sûres pour elle, etc.

VIL Locomotion. Cette faculté existe à des degrés très-divers dans l'animal suivant les espèces; mais l'exercice en est proportionné dans chaque individu, toutes choses égales d'ailleurs, au degré du besoin. L'animal ne se meut pas par pure curiosité comme l'homme ; il ne sait pas même qu'il se meut, ni pourquoi : car, n'ayant pas les conceptions d'espace et de temps, il ne divise ni l'un ni l'autre; il n'y a pour lui ni point de départ, ni point d'arrivée. C'est nous qui jugeons ainsi ses mouvements, mais pas lui. Nous disons de même qu'il est jeune ou qu'il est vieux ; mais il ne se juge point dans cet état ; il peut tout au plus sentir les états qui sont la conséquence de Tâge.

VIIL Langage. Il ne parle point, parce qu'il n'abstrait pas , ne généralise pas , ne conçoit point de rapports, et surtout parce qu'il ne se sait pas, ne réfléchit pas, c'est-à-dire parce qu'il n'a pas conscience de ce qui se passe en lui , et qu'il ne s'affirme pas existant.

S'il apprend à articuler des sons, il n'y attache aucun sens ; il n'en fait pas des signes , des expressions de pensées.

Aussi n'étend-il point, ne perfectionne-t-il point

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ces signes. II n'en a pas le secret; il ne s'en sert ni comme instrument pour son propre compte , ni comme moyen de communication avec d'autres animaux. II ne les transmet pas davantage.

Quant aux sons, aux cris, aux mouvements qui sont naturels dans l'animal, et que nous prenons pour des signes de ses états intérieurs, ils ne composent pas un langage proprement dit^ par la raison qu'ils sont aussi instinctifs que tout le reste. Point d'intelligence du rapport entre ces signes et ces états, point d'intention ni de volonté de signifier, point de langage en un mot. C'est pour nous, mais pas pour lui, que tout cela est signe. Et si les animaux de la même espèce semblent se comprendre à ces signes, c'est encore nous qui concevons ainsi les choses; mais entre eux, il n'y a rien de semblable : seulement, ils sont faits de manière à associer certains mouvements à certains phénomènes extérieurs qui se manifestent dans les êtres qui leur ressemblent le plus.

IX. Vohnté. Les animaux sont actifs; ils sont même doués d'une sorte de volonté spontanée, mais qui, ne pouvant jamais devenir réfléchie, est presque aussi invariable, aussi régulièrement soumise à l'influence des circonstances extérieures et de l'association des intuitions, que si elle était fatale. C'est comme un état intermédiaire entre les mouvements mécaniques et les mouvements spontanés de l'homme.

L'animal n'est donc point libre d'une liberté de réflexion; il ne veut donc pas, à proprement parler : toujours seulement il obéit à l'impulsion du

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moment, combiné ou non avec des souvenirs sensibles ou d'intuition.

X. Passions. Nul doute qu'il n'y ait souffrance et jouissance physique chez les animaux. Il parait même qu'ils ne sont pas étrangers, quelques-uns du moins, au plaisir et à la peine morale. C'est ainsi que le chien semble être heureux de revoir son maître absent depuis long-temps, et malheureux de l'avoir perdu. Il se forme aussi quelquefois entre les animaux une société qui parait bien intime. Cependant la sympathie entre individus de même espèce ou d'espèce différente ne parait pas exister.

La joie, la tristesse, une sorte d'amour et de haine aveugle, ne leur semblent pas non plus étrangers; mais ils n'ont proprement ni regret, ni satisfaction, ni crainte, ni espérance, parce qu'ils n'ont pas la notion de temps.

C'est aussi parce qu'ils manquent de celle de causalité^ parce qu'ils n'ont aucune idée de l'in^ tention , de la liberté et de la volonté des agents qui les environnent, que leur amour et leur haine, en un mot leurs passions, sont bien différents des nôtres. Ce qui est pour nous une condition rationnelle d'amour et de haine entre hommes, n'existe pas pour eux. C'est ce qui nous a fait dire ailleurs que les animaux n'ont pas de passions proprement dites.

XI. Émotions. Mais ils éprouvent quelque chose d'analogue à plusieurs de nos émotions, telles que la peur, la colère.

L'expression proprement dite des émotions et

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