‹ Anthropologie spéculative générale (volume 3)Chapitre 37 sur 69 · VIE ANIMALE · texte numérisé non relu

VIE ANIMALE

des passions n'existe pas plus dans Fanimal que le langage : seulement, à la suite de ces premiers phénomènes, d'autres se manifestent d'une manière irréfléchie et involontaire dans l'animal; nous faisons ceux-ci des signes de ceux-là.

XII. Liberté, empire de soi. Nous l'avons déjà dit, l'animal, manquant de réflexion, ne revenant pas sur lui-même, ne s'affirmant pas lui, ne peut s'emparer de sa propre activité pour la diriger à son gré. Il n'est pas libre ; il ne se commande point.

Je n'entends pas dire par-là qu'il fasse quelquefois ce qu'il ne veut point faire; au contraire, sa volonté n'éprouve point les hésitations de la nôtre; elle cède toujours au mobile actuel objectivement le plus fort.

Il suit de tout ce qui précède :

1^ Que les animaux sont plutôt créés parfaits que perfectibks. Il n'y a pour eux ni éducation proprement dite , ni progrès. Ils sont maintenant ce qu'ils ont toujours été. Si l'homme fait faire à quelques-uns certaines choses qu'ils ne feraient pas sans son secours, ils n'en conçoivent ni le but, ni les moyens; aussi n'en pensent- ils rien : ils n'en transmettent rien non plus à ceux de leur espèce. Si quelques-uns [sont plus imitateurs que d'autres, ce n'est pas qu'ils soient pour cela plus réfléchis : seulement, les intuitions s'associent plus facilement dans leur intelligence, et les mouvements s'y conforment plus aisément;

2^ Que les animaux qui vivent en troupe forment cependant moins une société qu'une sorte

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de juxtaposition, puisqu'ils manquent des conceptions de droit et de devoir.

On nous objectera peut-être que ce ne sont là que des affirmations dont plusieurs semblent être démenties par l'expérience. Nous croyons, au contraire, que ce sont là des faits qu'une observation attentive appliquée à l'ensemble de la vie de l'animal, même le plus développé, justifie amplement. Les faits ne se prouvent pas a priori; ils s'observent bien ou mal par chacun de nous , et s'affirment ensuite pour tous.

On oppose l'industrie étonnante de certains animaux, leur prévision infaillible, etc.; mais c'est précisément ce qui prouve que rien de tout cela, ne leur est propre : car,

1^ Ils savent sans avoir appris;

2^ Ils travaillent avec autant d'habileté la première fois que la dernière (pour lesi choses qu'ils font d'instinct; les autres leur sont apprises dans rétat de domesticité, en partant encore de l'instinct);

3*^ S'ils raisonnaient pour un cas, et résolvaient des problèmes très- difficiles, quelquefois même au-dessus de la portée de l'homme, il n'y aurait pas de raison pour qu'ils ne raisonnassent pas sur d'autres matières;

4*^ Le raisonnement les conduirait au perfectionnement; et cependant ils sont essentiellement stationnaires quant à l'industrie acquise : car,

a) Elle ne leur devient jamais naturelle; ils l'oublient et cessent de la pratiquer dès qu'ils ne sont plus forcés de la retenir et de l'exercer;

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