‹ Anthropologie spéculative générale (volume 3)Chapitre 54 sur 69 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Des différentes espèces de Vies considérées dans leur essence > leur principe, et la nature de ce principe.

Le mot vicy que nous avons pris jusqu'ici dans un sens indéterminé, signifie généralement un ensemble de phénomènes qui se manifestent dans un corps , et qui sont regardés comme Feffet d'une ou de plusieurs causes particulières distinctes des forces communes à tous les corps. Dans ce sens , la vie n'appartient qu'aux êtres organisés.

Mais cette signification vulgaire du mot vie est trop restreinte , si Ton veut entendre par-là toute phénoménalité due à une force inhérente à l'individu dans lequel elle se manifeste : car, à ce compte, la matière qu'on appelle brute, inorganique, un esprit pur, Dieu lui-même, sont conçus comme des individualités en qui résident des forces qui sont causes des déterminations variables ou qui peuvent l'être. La vie, entendue dans ce sens large, conviendrait donc à tout être : car il n'en est aucun qui ne soit déterminé de quelque manière, et qui ne semble porter en lui la raison, seconde au moins, de ses déterminations.

La vie, comme manifestation phénoménale ou manière d'être réelle , est donc universelle. C'est la vie comme effet ou produit de la vie comme cause efficiente.

La vie, envisagée sous ce dernier aspect, s'appelle plutôt principe de la vie.

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Et ce principe, on peut se demander encore en quoi il consiste» ou quelle en est la nature.

Nous avons donc à étudier la vie sous ces trois points de vue, partout où nous la voyons ou concevons se manifester.

SECTION PREMIÉKE.

]E99e9%ee ae ehoQue esM^èee Oe Vie*

^ensemble des phénomènes qui constituent la physionomie variable (ou qui peut varier) des minéraux , en est la vie comme effet. Ainsi, l'agrégation de leurs molécules, ce mode d'agrégation, leur forme naturelle, leur couleur, en un mot tout ce qui est divers en eux, tout ce qui ne constitue point Fessence immuable delà matière, ou qui n'en est pas une conséquence logiquement nécessaire, peut être regardé comme une sorte de vie^ comme la vie phénoménale au plus bas degré. Les substances des choses ne peuvent faire partie de cette espèce de vie, delà vie phénoménale, puisqu'elles en sont le support logique , et, suivant la manière commune de voir, le support même naturel.

Il ne faut donc pas confondre la vie comme détermination variable de l'être vivant, avec cet être lui-même.

Mais si l'on pénètre plus avant, et que l'on se démande si ces déterminations ne sont pas un effet, il faudra bien le reconnaître, et dès-lors leur assigner une cause intrinsèque , un principe. Quel sera maintenant ce principe ? Pourra - 1 - il être conçu autrement que comme une cause, ou plutôt

comme une propriété active du sujet? Car rattacher le principe intrinsèque de vie à une substance di£férente de celle qui revêt les phénomènes que ce principe est destiné à expliquer, ou bien encore en faire un sujet particulier, ne serait-ce pas mettre un sujet dans un autre, en supposer deux quand il n'y en a qu'un, et faire d'ailleurs une hypothèse complètement oiseuse? Car un sujet, comme sujet, n'est pas la propriété qu'on lui suppose; et dès -lors, si une propriété active ne peut être conçue en lui sans l'intermédiaire d'un autre sujet, jamais on ne pourra concevoir une propriété de ce genre dans un sujet quelconque. Si, au contraire, une propriété semblable peut se concevoir dans un sujet, inhérente à ce sujet, constitutive de son essence réelle (puisque son essence logique, — l'idée de sujet, — n'est rien de réel), il n'est plus nécessaire d'en imaginer un second pour coniprendre le premier ; d'ailleurs , on vient de le voir, une pareille imagination serait illusoire.

Il demeure donc évident que tout phénoménalisme vital ou variable (variant, ou pouvant varier, — in motu vita) ne peut être conçu naturellement que comme l'effet d'une force inhérente au sujet, ou plutôt constitutive de son essence; — d'une force qui agit diversement, suivant les circonstances dont elle subit l'influence ; — d'une force qui ne meurt pas plus que l'essence même de la chose (son e^^e), mais qui cesse d'agir de concert ou plutôt harmoniquement avec des essences de même nature, ou qui se trouve comprimée par une force étrangère supérieure; — d'une force qui est ce qu'il

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y a de vraiment radical dans la nature des choses, puisque la substance en général, Tètre, etc., ne sont rien de réel , ne sont que de pures idées ; — d'une force qui ne peut s'expliquer par rien, qui n'est an /bnd! inhérente à rien, qui est réalité sans être sub^ stance, sans être sujet, deux idées qui sont des lois ou principes régulateurs de notre intelligence, mais non des principes constitutifs des choses ; — d'une force qui, dès-lors, n'est plus attribut, puisque au fond il est absurde qu'il y ait un sujet fort distinct de la force, ou dont la nature ne soit pas la force; — d'une forcé qui est enfin sujet et attribut, substance et mode, ou mieux encore ni sujet ni attribut, ni substance ni mode, mais quelque chose d'essentiellement un, comme tout ce qui est réellement, quelque chose de dernier, de radical, d'universellement déterminé, de propre et d'individuel, comme tout ce (fhi est véritablement encore.

Qu'on l'enchaine maintenant, si l'on veut, à un sujet qu'on appellera fort à cause d'elle, à une substance, à une réalité qu'on distinguera d'elle : je le veux , je le conçois, j'en sens même une sorte de besoin d'habitude et de constitution intellectuelle ; mais il ne faut pas oublier que ces sujets logiques ou ontologiques (ce qui est la même chose ici ) ne sont rien , absolument rien que des idées , et que l'être , comme tel, n'est pas plus que le néant lui-même, quoi qu'en ait dit le mysticisme métaphysique. Rien n'est moins que l'être, si l'être n'est pas une essence particulière (ce qui n'empêche pas la pluralité numérique d'essences pareilles), universellement déterminée, c'est-à-dire

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concrétée de toutes ses propriétés, n'étant nécessairement que ces attributs fondamentaux euxmêmes. Je dis fondamentaux , afin qu'on ne me reproche point d'être tombé ici dans la même faute que ceux qui font des qualités secondes des corps leur essence, de la pensée l'essence de l'ame. Je suis évidemment placé dans un autre point de vue : je ne dis pas que l'ensemble des phénomènes des choses est l'essence de ces choses, mais bien la force qui produit ces phénomènes, force qui est principe , racine de tout le reste.

Malgré cette explication, nous ne serions pas surpris de voir quelques métaphysiciens tout frais émoulus, ou qui auraient plus ou moins long-temps vieilli dans les préjugés d'un réalisme vulgaire , s'imaginer être beaucoup plus profonds que nous, parce qu'ils mettraient un mot sous nos idées, croyant y mettre une idée et même reconnaître une chose- Ils appelleront, comme ils l'ont déjà fait, cette facile illusion (que, du reste, nous avons long-temps partagée), une vue supérieure; ils se croiront par cela même à la hauteur de Platon et de Malebranche, hauteur du réalisme, l'illusion la plus commune, et qui, loin d'exiger le moindre effort , n'est qu'un penchant presque invincible.

Mais je ne dois pas, je ne puis pas développer ici mes idées sur l'ontologie : j'espère les exposer un jour sous le titre de Théorie de la Connaissance, ou Logique objective. C'est un travail terminé.

L'essence de la vie minérale, considérée comme principe de cet ordre de phénomènes, consiste donc dans l'essence productrice des phénomènes

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caractéristiques du règne minéral, essence que nous concevons comme un quelque chose de naturellement actif, sans distinguer cependant ce quetque chose de son énergie causatrice, et que dé* sormais nous appellerons du nom de force.

La force élémentaire est donc pour nous , dans sa formule générale , une chose indivisible , toute chose réelle qui est principe de détermination pour elle-même, et qui, quoique conçue comme substance + énergie, n'est cependant essentiellement, indivisiblement ( même pour Tesprit, si Ton y réfléchit bien), qu'énergie. Il ne faut donc entendre par énergie ou force capable de produire son effet, ni une qualité, ni une substance, ni même la réunion de ces deux choses comme choses distinctes, mais bien ces deux choses comme n'en faisant essentiellement qu'une, quoique l'esprit humain ne puisse s'empêcher de la scinder. En effet, que serait la substance d'un sujet-force, si elle n'était elle-même force? Que serait la force de ce sujet, si elle n'était ce sujet même? Il est malheureux qu'on n'ait que des mots substantifs et attributifs ; il en faudrait de neutres pour la métaphysique. Le vice de la pensée commune et du langage général tient à la manière de concevoir les choses sensibles qui nous présentent, avec une apparence illusoire constante,sujets et qualités comme choses distinctes.

Ces forces élémentaires, telles que nous les concevons ici, nous paraissent être les seules monades véritables : elles ont un foyer et une sphère d'action propres chacune.

Maïs fà ees forces élémentaires permettent de concevoir jusqu'à un certain point les principes Iréels des choses , elles ne suffisent pas pour rendre raison des ensembles divers de ces choses et de la manière dont ils se forment, se développent et périssent, trois faits cependant qui constituent la vie proprement dite.

Voici , faute de mieux, comment nous concevons la chose. On peut supposer pu un consensus , une espèce d'accord entre les forces vitales élémentaires- destinées à former un ensemble ou type invisible de chaque individualité, type qui serait lui^ même une force, et dont la tendance serait de s'en assimiler d'autres , les élémentaires. Les premières seraient comme la chaîne, et les secondes comme la trame des choses visibles : leur réunion seule formerait les êtres, les rendrait réels ; leur séparation serait la mort. La première de ces hypothèses nous semble devoir être rejetée par la double raison que le consensus dont il s'agit, ainsi que sa réalisation, devraient être ou la pensée et l'œuvre de ces éléments : ce qui mettrait alors dans la nécessité de donner la pensée , la volonté, et même une sorte de langage aux éléments, d'en faire des dieux , ou tout au moins des esprits d^un ordre ti^sélevé; ou bien de les soumettre constamment à une force intelligente supérieure qui les coordonne. Le premier de ces inconvénients, dans lequel est tombé Leibnitz avec ses monades, est plus que suffisant pour nous faire rejeter l'hypothèse. Le second, sans présenter la m^ne gravité, a cependant le tort de faire intervenir trop tôt la cause première ,

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puisqu'il met Dieu à la place des lois de la nature.

Mais ce n'est pas tout d'admettre des lois, it faut encore chercher à les connaître. Or, pour en revenir à la seconde hypothèse, la seule qui nous semble admissible , et pour en développer encore un peu l'idée, nous dirons que ces forces typiques, invisibles, inétendues dans leur essence, comme toute force, sont les dernières causes secondes des choses, leurs véritables germes : elles ont, comme la figure visible de l'être dont elles sont la base et' l'essence propre , un centre et une périphérie, c'est-à-dire une sphère d'action. Seulement, la périphérie des minéraux est flottante, indécise encore : elle ne se détermine qu'avec l'accroissement du minéral. Aussi le centre de ces sortes de formes typiques vivantes* eist - il animé d'un mouvement constant de traction, de repliement de la force sur elle-même. De là le mode d'accroissement des minéraux par juxtapoi^tion, leur grossissement indéfini , leur forme variable , suivant la nature des éléments qui en concrètent les types et les circonstances au milieu desquelles a lieu cette opération ; de là encore leur immobilité, leur durée indéfinie, si quelque force étrangère ne vient pas enlever à leur force typique les éléments qui lui font équilibre, qui la saturent pour ainsi dire, et qui ont par conséquent dû produire l'immobilité et l\apparence de mort qu'on remarque dans la matière inorganique.

Dans les formes typiques des deux autres règnes, au contraire, la périphérie est nettement

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détermiaée : seulement» l'ondulation des lignes terminales peut varier légèrement à l'infini. C'est à cet accident d'ondulation dans les lignes terminales que «ont dues les différences de formes des individus de la même espèce. Le mouvement vital est. double dans les types de cette espèce. L'un a Ueu des extrémités au centre : c'est le mouvement de préhension, d'absorption , de respiration , de digestion. L'autre s'exécute du centre à la circon» 'ferènce : c^est le- mouvement de circulation et de nutrition» mouvement pulsatile destiné à créer, à distendre, à développer, et à maintenir dans -un état de turgescence et de vie ce qu'on appelle le germe ou l'œuf des corps organisés, germe qui,, étant aussi animé, comme tous les corps, de la vie minérale, tend par cela même à s'affaisser, à se durcir, et à ne vivre par conséquent que de la vie d'agglomération, de la vie physique ou côamique universelle. Mais comme il faut , pour arriver là , que là vie organique soit complètement vaincue , la décomposition des corps vivants devient donc l'expression nécessaire de cette transition.

U y a donc trois choses principales dans tout être organisé : 1^ la force typique tendant constamment à se rendre visible, à se réaliser dans 4'espace : c'est le germe vital tel qu'il est sorti des mains du Créateur; la dernière cause seconde, l'invisible agent qui produit aveuglément toutes les merveilles de l'organisme vivant, suivant des lois préconçues; 2^ un second germe qui est le premier visible , mais qui est déjà l'œuvre de la force typique dont nous venons de parler, sa pre-

mière incorporation; germe qui prend exacte-ment la forme dn type qui Tengendre , ou plutôt la forme correspondant à la direction des rayonnements de ce type dans Tespace. Nous manquons ici d'un terme prc^re pour indiquer Faction d'un principe inétendu dans l'espace , action bien certaine cependant, puisque nous l'exerçons nousmêmes par notre volonté (quoique par l'intermédiaire de notre corps), puisque Dieu l'exerce sans intermédiaire corporel, puisque enfin tout phénomène extérieur est dû à quelque cause qui ne peut plus être un phénomène. S'il était permis de se servir d'un terme de comparaison bien imparfait encore pour rendre l'insensible par le sensible, on pourrait regarder les figures mouvantes opérées artificiellement dans l'obscurité par les fulgurations électriques sur des plaques de verre, comme des analogues des forces vitales typiques dont je parle. 3** La troisième chose , enfin , qu'on rencontre dans les corps organisés, c'est la matière étrangère que la force vitale assimile au germe corporel pour le distendre, le développer et le nourrir. Le phosphate de chaux, qui s'infiltre dans le tissu mailleux fermant la base molle des os , donne une idée assez nette de cette troisième et dernière forme partielle de l'être organisé.

En rapprochant cette triple nature des êtres organisés de la. double nature des minéraux, on en saisira facilement les ressemblances et les différences. Nous ne parlerons que des plus importantes de ces dernières.

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(Test la réunion de deux forces typiques, bases de la vie inorganique et de la vie organique, qui a rendu nécessaire dans cette dernière un mouvement de pulsation constant du centre à la circonférence : il fallait faire équilibre au mouvement contraire, qui est celui de la vie inorganique. Mais comme le premier germe visible, Fovule, est composé déjà de matière soumise aux lois physiques de la vie inorganique ; comme il n^est susceptible que d^un développement limité, puisqu'il est fini; comme le triomphe de la vie d'expansion ou organique sur la vie de concentration ou physique a un terme , et qu'une fois ce terme atteint , la seconde reprend insensiblement son avantage sur la première, il y a naturellement déclinaison, dépérissement et mort de Tètre organisé.

Les forces typiques, étant immatérielles, ont pu être disséminées toutes partout; elles ne sont pas impénétrables. De là leur union dans un même individu organisé ; de là les formatiom spontanées de germes et le développement d'individus trèsdivers, avec les mêmes matériaux cependant, mais dans des conditions diverses. Ces conditions expliquent l'incorporation de certaines formes, et la non-incorporation de certaines autres, quoique toutes soient présentes. Les unes sont favorisées, et les autres paralysées. De là la possibilité de la formation des infusoires, de leur diversité suivant des circonstances qui semblent cependant bien accessoires; de là la possibilité et l'existence des entozoaires, même dans des parties closes, telles que le cerveau, le globe de l'œil, le foie, la rate, etc.;

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delà, enfin, ce qui c;st. beaucoup plus important, la conciliation possible de deux systèmes ennemis, et jusqu'ici restés sans rapprochement, celui des formations spontanées et celui de révolution des gennes. Il faudrait dire que les forces typiques, créées d'abord, et mises en rapport avec les forces élémentaires, ont commencé par former graduellement tous les êtres organisés susceptibles de Fêtre, mais toujours en commençant par ce que nous avons appelé la chaîne, et en continuant par la trame; que, plus tard, ces sortes de formations sont devenues de plus en plus rares , parce que la matière propre à constituer immédiatement des êtres organisés diminue elle-même constamment; que révolution de germes provenant exclusivement d'individus de l'espèce que ces germes sont destinés à perpétuer, tend de plus en plus à devenir la loi commune de la propagation des espèces; que cependant les formations spontanées ont toujours lieu, mais dans les êtres organisés, et pour la production de leurs germes ou ovules.

La tératologie pourrait aussi tirer un trèsgrand parti de l'hypothèse des forces typiques, des lois de leur incorporation, et de la rencontre de leurs actions. Nous n'entrerons dans aucun détail à ce sujet.

Nous ne croyons pas non plus devoir nous étendre beaucoup sur les différentes espèces des Unes et des autres. Il est évident que ces espèces résultent des différences radicales ou primitives qui ont été mises dans les forces typiques. Quant à la sensibilité, seul caractère vraiment distinctif

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de ranimalité par opposition à la vie végétale, puisqu'il y a des plantes qui ont plus de loeomotilité apparente que certains animaux, il mérite que nous nous y arrêtions davantage, d'autant plus qu'il est le lien commun entre l'homme et l'animal, de la même manière que l'organisation est le caractère commun entre l'animal et le végétal. De même donc qu'il n'y a pas de différence essentielle entre la vie végétative dans la plante et dans l'animal, mais seulement une différence de degré; de même encore nous serons peut-être conduits à reconnaître que le principe qui sent dans l'animal doit être de même nature que celui qui sent dans l'homme, sauf encore les nombreuses différences quant au degré et à la variété des sentiments. Il faut en dire autant de la perception et de l'activité.

Il s'agit donc de savoir si l'on peut expliquer la phénoménalité interne, la pensée, quel qu'en soit le degré, au plus bas comme au plus élevé, par la double force typique et la force élémentaire dont nous avons parlé jusqu'ici.

Notre monade ou force élémentaire n'étant qu'un ressort qui ne se détend et ne se brise jamais, parce qu'il est élémentaire, semblable à la force expansive contenue dans le grain de poudre, excepté que rien ne peut lui faire prendre plus d'expansion qu'il n'en possède; étant par conséquent une force d'une sphère d'action passive ou de résistance immuable, toute mécanique : elle ne peut servir à expliquer la pensée, le sentiment. En supposant même, avec certains métaphysiciens,

qu'il y ait sentiment dans tout ce qui est; en supposant que le choc des forces élémentaires suscite en elles des manières d'être dont elles ont conscience^ qu'elles sont ainsi conduites à se poser en face d'autre chose, à se distinguer de ce qui n'est pas elles; en supposant toutes ces conditions mécaniques des faits de conscience, on ne voit toujours pas comment des conditions d'un ordre tout physique, tout externe, tout mécanique, peuvent engendrer des phénomènes tels que la pensée. Il n'y a donc là aucune liaison logique. L'expérience seule pourrait autoriser à l'affirmer, puisque le raisonnement est impuissant à cet égard, et qu'il semble même se refuser complètement à une semblable déduction. Mais comme l'expérience fait elle-même complètement défaut sur ce point, nous sommes en droit de rejeter, sinon l'hypothèse, du moins la raison suffisante de l'hypothèse de la possibilité de la pensée dans les forces élémentaires.

La logique et l'observation nous autoriserontelles davantage à l'attribuer aux forces typiques, principes formateurs de la vie organique et de la vie inorganique? C'est ce qu'il faut voir.

La pensée, telle même qu'elle se montre dans l'animal, étant un ordre de phénomènes tout particulier, la vie humaine ou supérieure qu'elle constitue ne semble pas devoir s'expliquer par une force de même nature que les deux précédentes. Mais on aperçoit déjà que, s'il faut recourir à une force spéciale pour expliquer les phénomènes de la pensée , rien n'autorisera suffisamment à supposer que l'ame de l'homme soit essentiellement

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