‹ Anthropologie spéculative générale (volume 3)Chapitre 9 sur 69 · SÉRIE · texte numérisé non relu

SÉRIE

APTITUDI8. OR0AMB8 OOBBBSrONOAHTS.

i<^ Instinct De nutrition et de reproduction.

2o Locomotilité Huscles, nerfs.

J° Langage Organes phonétiques. — Phonation.

t"" Volonté Cerveau(?)

Surpassions Viscères.

(P Liberté et empire de soi Cerveau (?)

SECTION DEUXIÈME

Mais quel ordre suivrons * nous , maintenant, dansTétude des fonctions de la vieanimique? Un ordre inverse à celui que nous avons établi pré^ cédemment par rapport aux différentes déterminations spéciales de la vie. Nous commencerons

2(K, ȣ l'A VIE HUMAINE

par le caractère le moins élevé de la vie animique, la sensation et Yinstinct^ et nons finirons par le plus élevé, la conscience et la liberté.

La raison de cette dernière marche est double : 1^ la facilité plus grande à faire la description des phénomènes psychiques en procédant ainsi qu'en suivant la marche inverse; 2^ l'ordre chronologique du développement de nos idées.

Les déterminations intermédiaires aux quatre ci-dessus mentionnées sont, d'une part, la perception, l'entendement, la raisop et le sentiment; d'autre part, la locomotilité, la parole, la volonté et la passion.

Ainsi, et en résumé, nous avons six moments dans la première série, et six moments dans la seconde. Us se correspondent d'une série à Fautre de cette manière : l'instinct à la sensation , la locomotilité à la perception, le langage à l'entendement, la volonté à la raison, les passions aux sentiments, la liberté et l'empire de soi à la conscience et à la réflexion.

La sensation est un des deux points par lesquels l'homme touche à l'animal; l'instinct est l'autre de ces points. Il y a donc là comme deux séries distinctes, l'une contemplative, l'autre pratique. Les deux points de départ (sensation, instinct) tiennent à la brute; les deux points aboutissants (la raison et la conscience) touchent à Dieu.

L'homme est donc le véritable anneau entre le ciel et la terre. C'est parce qu'il résume tout, qu'il est plein ^jie contradictions et de misères; mais c'est là aussi ce qui fait sa grandeur. Cette na-

ture mixte , intermédiaire , devait être ce qu'elle est : il n'y a rien de mystérieux dans la double nature de Fhomme , dès qu'on Tenvisage sous ce jour; et^ loin de ne pouvoir la comprendre sans recourir à une explication cent fois plus obscure encore que cette nature, on ne conçoit même pas que l'homme, ayant la destinée qu'il a, puisse être autrement qu'il est.

C'est déjà là une première échappée très -profonde, très-féconde, et très-claire en même temps, que nous ouvre l'anthropologie ; mais la psychologie seule ou k physiologie seule ne pouvait nous la faire connaître.

Cette contradiction n'est point particulière à Fhomme : elle est universelle; tout est dualistique: l'unité elle-même n'a un nom, n'est conçue, que par opposition à la multiplicité; l'opposition est la condition de l'existence et de l'ordre ^

^ Nous ne ferons qu'indiquer ici très -sommairement les points de rue fondamentaux opposés des principales sdences et des principaux arts.

1<> Scmccss physiques : Le plein et le vide (la matière et l'espace), l'opposition respective des forces ou des atomes (l'impénétrabilité), la cohésion et la répulsion (différentes formes des corps : gazeux, liquides , solides). — Le positif et le négatif des propriétés des corps (du calorique , de la lumière ^ du son , de l'électricité).

2» Sciences mécaniques : Le repos et le mouvement (statique^ djnamique). — Statique : équilibre de forces opposées. Dj[namique : puissance et résistance (la force ^ en soi^ n'a pas de point d'appui). — Astronomie : Attraction et impulsion.

3o Sciences mathématiques : L'unité et la multiplicité> le pairet l'impair, l'addition et la soustraction, [etc. Arithmétique. L'unité et la multiplicité , etc. , indéterminées. Jlgéhrs.

Mais il nous reste encore à savoir , pour compléter la solution de la question qui nous occupe

Le point et la ligne , la ligne et la surface (périmètre, aire, figure) ; la surfause en tout sens et la solidité (forme y solidité). Géométrie.

L'application du nombre à l'étendue (extensiye,proten» . sive^ intensive)^ et le rapport de l'unité absolue à la multiplicité absolue. Calcul infinitésimaU

H^ Seienceê naturelles : Opposition des grandes masses terrestres, unité de la diversité, (réologie.

La force atomistique et les atomes; affinités positives et négatives* Minéralogie (Chimie inorganique.)

Force vitale opposée aux forces jAjsiques; — corps orga-mgiiei (fluides et solides).

lûértie et développement ; — assimilation et déperdition ; -Hleux sexes (plantes). Botanique*

Matière et sensibilité, inertie et activité, corps et ame : Zoologie»

50 Sciences chimiques: Affinités poritives et n^atives des corps I0 simples, 2° composée inorganiques;—- organiques (force vitale inconnue, recomposition artificielle impossible; — op- ^ position des forces physiques et des forces vitales).

&> Sciences médicales : La santé et la maladie , la vie et la mort. 70 Sciences métaphysiques : Opposition de la matière et de l'esprit.— Psychologie rationnelle ; Moi et Non-moi.

Opposition du visible et de l'invisible dans le monde. Cot-^ mologie rationnelle.

Opposition de Dieu et du mcmde, •— du Dieu manifesté et du Dieu rationnel pur. Théologie rationnelle.

Opposition de l'être et du néant, de l'être et de ses déterminations rationnelles. Ontologie pure.

Rapport d'opposition entre la pensée et l'être. Logique objective.

formes nécessaires de la pensée i matière et formes de l'idée, du jugement, du raisonnement* Logique subjective. — Méthode (analyse et synthèse, définition, division, classification.)

8«f Sciences morales : Du juste et de l'injuste (I>roit); — du

ji^j-

actuellement, si nous épuiserons la première sé<rie (celle des capacités) avant de passer à l'étude de la seconde ( celle des facultés ) , ou si nous n^

bien et du mal (^JUi^rale); — de l'utile et du nuisible (JE^oname domestique et sociale*) ' 90 Arts utiles : Moyen et fin.

IQo Beaux arts : Tnité dans la diversité^ — forme et matière. II0 Jrts plastiques : Nature et art (matière et forme). 121' Jfpts expressifs : Pensée et expression. 13» Grammaire : Sujet et attribut.

140 Eloquence : Refroidit le cœur en paraissant éclairer ou en éclairant réellement l'esprit, et trouble Fesprit en édiauffiauit le cœur.

150 Poésie : Enthousiasme, imager les idées de la raison pure

et idéaliser les images.

16° Jrts moraux : Législation: Art d'organiser la lutte des passions et des intérêts. -^Economie politique : Art d'organiser les industries contraires, et de les mettre toutes d'aooord avec la destinée de l'homme. — La Pédagogie : art d'organiser les mobOes oontraires de l'homme, pour qu'il marche plus sûrement et plus rapidement à sa fin. L'histoire atteste ce dud : partout, en politique, en philosophie, en religion, il y a mouvement et repos, vie et mort, liberté et contrainte. Le dé&ut d'antagonisme est le repos de la mort; c'est plus que cela, c'est le néant de la pensée : car toutes nos conceptions se constituent par opposition; l'opposition est doncla condition de toute genèse, de toute existence, de toute pensée.

La religion chrétienne est fondée sur des idées ainsi opposées : telles sont celles de latrinité (=dualité+rapport), de Dieu &it homme (ssDieu et homme -j- rapport), etc.

D'ailleurs, il y a long-temps que cette conception d'une opposition universelle a frappé l'esprit humain; elle remonte au moins à Platon , aux Eléates , à Héradibe ( 'iptf) , à Pythagore, ({m faisait de la dualité indéterminée (^^p(^^( S'vi^') le principe des choses. Cette dualité engendre trinité, et unité par le rapport de ses termes. La dualité est ce qu'il y a de premier et de réel dans ses termes; le rapport de ces deux termes n'existe pas au même titre qu'eux; la trinité est'donc ontologiquemeat, logiquement et chronologiquement inférieure à la dualité.

pass6rons pas alternativement de Tune à Tautre ; en faisant suivre immédiatement chaque capacité de la faculté qui lui* correspond.

Si la liaison entre la capacité et la faculté correspondante était en général plus intime que celle qui existe entre les diverses capacités; si surtout les capacités et les facultés n'avaient pas dans ekaque série une analogie plus grande que celle qui existe d'une série à l'autre, nous pourrions suivre la seconde marche, c'est-à-dire étudier les capacités et les facultés par couples de deux formés en prenant dans l'une et l'autre série; mais, comme nous croyons que c'est le contraire, nous suivrons la première marche, c'est-à-dire que nous épuiserons l'étude de la première série .avant de passer à la seconde.

SECTION TROISIÈME

§ L De la (Senvatlon*

DE LA SENSATION EN ciNÉRAL.

La sensation est une affection <le l'amë, rap* portée à quelque partie du corps, ou bien au corps en général, comme à son siège. Elle est donc particulière ou générale.

On distingue dans toute sensation la qualité et la quantité ou le degré. La qualité d'une sensation est ce qui la distingue de toute autre ; la quantité

PROPREMBITT DITE. 23

est son intensité. Sous le premier point de vue , les sensations sont en nombre indéfini ; mais si Ton n'envisage plus leur qualité que par la manière agréable ou désagréable, ou même indifférence, dont le sujet en est affecté, elles se divisent alors CD trois classes. Mais ce classement est fait d'un point de vue peu naturel.

Les sensations peuvent être considérées, 1® en cllçs-mêmes , 2^ dans leurs ;rapports a) entre elles, 5) avec toutes les autres espèces de déterminations de Famé, c) aveq le moi, d) avec leurs causes occasionelles, soit organiques, soit extérieures ou cosmiques.

1^ Considérées en elles-mêmes,* elles ne peuvent être ni définiesy ni décrites; elles ne sont susceptibles que d'être éprouvées.

2^ Nous les . considérerons dans leurs rapports entre elles, à mesure que l'occasion s'en présentera. Nous ne pourrons les étudier dans leurs rapports avec les autres déterminations du moi, qu'autant qiie nous connaîtrons celles-ci.

3^ Envisagées par rapport au moi, elles en sont de pures déterminations : c'est l'ame qui sent, mais par le corps. Si c'était le corps, c'est-à-dire les organes, qui sentissent, la comparaison entre les différentes sensations ne serait pas possible ; il n'y aurait pas de sensations imaginaires ou en srage, puisque les organes ne sont pas alors impressionnés; enfin, on ne croirait pas éprouver des sensations dans des membres qu'on a perdus. Le cep* veau, quand^même il aurait un sensorium commune, ou qu'il serait un organe unique, ne permettrait pas non p(us d'expliquer la ^nsation par le 4;orps seul-

4^ Comment, maintenant, est>il possible que Tame sente par le corps? C'est là un mystère qui tient à Fanion de ces deux éléments de Fhomme, et que nous ne connaissons point. Mais on comprend, du reste , la sagesse de cette loi : car, si Famé ne rapportait pas ses sensations au corps qu'elle anime, elle ne pourrait efficacement veiller à la conservation de ce corps. En effet , ou elle n'éprouverait pas de sensations, ou elle ne saurait à quelle partie de son corps les rapporter, ni même si elle doit les y rapporter; ou bien le corps devrait être animé et mu instinctivement par Famé de manière à pourvoir à sa conservation sans aucune connaissance; mais ce ne serait point là la nature humaine.

5® Les sensations n'ont aucun rapport d'identité, ni même d'analogie, avec les qualités des choses qui les occasionent Toutes les sensations n'ont pas des causes occasionelles extérieures aux corps : car les sensations internes, qui sont rapportées à l'intérieur du corps, ne sont pas dans ce cas; il n'y a donc que les sensations externes qui aient de pareilles causes occasionelles.

On divise donc les sensations en externes et en internes. Les impressions, ou l'action des corps étrangers sur nos organes, sont en général une condition propre aux sensations externes.

On admet ensuite un certain mouvement dans les nerfs de Forgane qui est impressionné ou affecté, mouvement qui doit se propager jusqu'au cerveau; et ce n'est même qu'après «que le cer* veau a réagi que la sensation se consomme.

Mais quelle que soit J^ fonction des nerfs et

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du cerveau dans la formation de la sensation , ils ne la transmettent pointi comme on le dit mal à pro* pos, puisqu'elle n'existe pas encore; seulement ils remplissent une condition physiologique pour qu'elle puisse exister comme état de l'ame. Immédiatement après la naissance de cet état, l'ame le rapporte à la partie du corps qui a reçu l'impression. Nous disons en général : 1^ parce qu'il est probable ' qu'il n'en est pas ainsi primitivement ; 2^ parce qu'en tout cas , ce rapport s'est fait dans le principe avec moins de connaissance que maintenant; 3* parce que les amputés croient éprouver dés sensations dans les membres qui leur manquent; 4®parce que dans certains états d'engourdissement, comme dans certaines maladies internes, le moi ne sait pas d'abord à quelle partie du corps rapporter la sensation ni en préciser le siège ; 5^ parce qu'enfin les sensations ne sont rien d'étendu ni d'indépendant, et qu'il n'y a que ce qui est étendu et qui existe en soi qui soit susceptible d'être transmis.

Les sensations externes sont celles que nous localisons à la surface du corps ou à des orifices, et qui sont la suite de l'action modérée, mais suffisante, des corps sur nos organes. Nous disons modérée, parce que si l'action est trop forte, il y a tendance à léser l'organe , et qu'alors la sensation devient interne. Nous disons suffisante, parce que si l'impression est trop faible, la sensation n'a pas lieu. Peut- être serait-il cependant plus rationnel d'appeler externes toutes les sensations qui seraient produites par la présence d'un corps étran-

ger à la partie qui en est touchée , que cette impression eût lieu à là surface du corps ou dans ses prdfondeurs, et de n'appeler internes que celles dont la cause est organique et interne, comme dans les sentiments de la faim , de la soif, des maladies qui ne sont pas occasionées par la présence d'un corps étranger dans une partie du corps. Mais *nous nous en tenons aux caractères et à la division ordinaires.

On a dit que le toucher était un sens universel, puisque toute la surface de notre corps est sensible. Cependant le toucher proprement dit réside à l'extrémité des doigts de la main.

Les sensations de la vue /de Touïe, du toucher, sont souvent indifférentes. Celles de la vue même sont nulles, quand l'organe n'est ni trop faiblement, ni trop fortement excité pat la lumière. Les sensations de l'odorat et du goût sont, au contraire, éminemment affectives. La sensibilité des organes est donc en général en raison inverse de l'instruction qu'on en reçoit.

Il ne faut pas confondre, en effet, la perception avec la sensation , comme on l'a fait souvent. Tantôt, dans un phénomène complexe , c'est la sensation qui prédomine; tantôt c'est la perception. La localisation parait être le caractère distinctif de la sensation. Mais telle affection que nous localisons maintenant fut sans doute éprouvée d'abord sans être localisée. La localisation est donc spontanée ou réfléchie; nous la prenons dans un sens suffisamment large pour qu'elle comprenne ce double caractère : car autrement, les sensations par ex-

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cellence, celles de l'odorat et du goût, n'en seraient pas, puisque ce n'est que par la réflexion que nous les rapportons aux organes qui en sont la Condition.

Un caractère qui nous semblerait devoir être ajouté à celui de la localisation pour distinguer la sensation de la perception , c'est celui de . n'être point cognitive. La' sensation n'a effectivement point d'objet; elle est toute en affection. La perception a, au contraire, un objet; c'est-à-dire que nous sommes portés, dans la perception, à reconnaître dans les corps des qualités qui correspondent aux idées qu^ nous avons, et qui ont avec elles une sorte de conformité. Je n'examine point en ce moment si ce fait est illusoire ou s'il ne l'est pas; je me borne simplement à l'indiquer, ne lui reconnaissant pour l'instant qu'une valeur objective apparente qui me sufBt.

On peut donc dire encore que la sensation n'a qu'une valeur siAjective, tandis que la perception a une valeur objective.

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