‹ Anthropologie spéculative généraleChapitre 21 sur 72 · CARACTÈRES DURS · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DURS

« En voici quelques traits :

» Des fronts perpendiculaires fort noueux, ou très-hauts , ou très - courts ; de petits nez pointus ou grossièrement arrondis, avec de larges narines; des traits de joue ou de nez fortement prononcés, aigus, longs et non interrompus; des dents de la mâchoire inférieure s'avançant considérablement sur les dents de la mâchoire supérieure , que celles-ci soient ou fort longues ou fort courtes.

» Fuyez les hommes aux grands yeux dans de petits visages , avec de petits nez et de petites tailles : à travers leur rire on aperçoit qu'ils ne sont ni gais, ni contents; en vous protestant combien ils sont heureux de vous voir, ils ne sauraient cacher la malignité de leur sourire.

» Fuyez quiconque, sans loucher, a pris l'habitude de regarder à la fois de deux côtés , sait donner à de petits yeux vifs, étincelants, des directions inégales ou contraires, et qui, outre cela, laisse encore voir des dents assez noires, avec une

taille haute ou petite, se tient toujours le dos voûté, et sourit volontiers d'un air faux et moqueur; fuyez cet homme, malgré tout son esprit, malgré toute sa pénétration et toutes ses connaissances, comme un fourbe impudent, rempli d'astuce et bassement intéressé.

» De grands corps massifs; de petits yeux; des joues rondes, remplies et pendantes; des lèvres bouffies; un nez en forme de boudin; un menton en forme de sac : c'est le signalement d'une classe d'hommes qui, toujours occupés de leur lourd individu , vont toujours mâchant , crachant, se mouchant, prenant du tabac, et confiant sans façon au plancher tout ce dont ils se débarrassent. Ce sont , dans le fond, des hommes d'un caractère vain quoique insignifiant , ambitieux quoique sans énergie, assez dociles avec la prétention de tout savoir, peu sûrs, légers, voluptueux, difficiles d'ailleurs à manier, avides de tout et ne jouissant de rien; et qui jouit peu donne encore moins.

« Rappelez-vous ces gens qui glissent plutôt qu'ils ne marchent, qui reculent en s'avançant, disent des grossièretés d'une voix basse et timide , fixent hardiment leurs regards sur vous dès que vous ne les voyez plus, et n'osent jamais vous regarder tranquillement en face, ne disent du bien de personne sinon des méchants, trouvent des exceptions à tout, et paraissent toujours avoir contre l'assertion la plus simple une contradiction toute prête. Ah! si vous pouviez toucher leur crâne, quelle difformité cachée! Que de nœuds irréguliers! Quelle peau de parchemin! Quel mélange bizarre de mollesse et

de dureté! Fuyez l'atmosphère où respirent de pareils hommes : en croyant même gagner avec eux, vous ne sauriez manquer de perdre infiniment. Observez les plis de leur front lorsqu'ils croient écraser l'homme droit , innocent , religieux, lorsqu'ils prennent la cause de quelque fourbe endurci : le désordre de ces plis vous sera le garant le plus infaillible de tout le désordre de leur caractère.

» Quelque prudent, quelque instruit, quelque pénétrant, quelque délié, quelque habile que soit un homme , et quelque utile qu'il vous puisse être, s'il se mesure, ou s'il a toujours l'air de se mesurer lui-même, s'il affecte de la gravité pour cacher ce qui lui manque d'énergie intérieure, si, marchant toujours à pas comptés, ne s'oubliant jamais lui-même, il semble comme fier de porter son cher moi dans sa tête , de le porter dans son cou , sur ses épaules , gardez-vous d'en faire votre ami î Ce n'est au fond qu'un homme d'un caractère léger, d'une humeur fourbe ou maligne. Dès qu'il se trouve seul, il a bientôt dépouillé toute la gravité de ses airs, toute l'affectation de son mérite, toute l'ostentation de sa dignité : ce qui l'occupe encore uniquement, c'est toujours son cher moi.

» Un homme d'ailleurs brusque, grossier, prendil avec vous seul un air calme, doux, poli? Affecte-t-il encore de sourire à tout ce que vous dites, ou de vous faire sourire vous-même? Ilàtez-vous de le planter là sans façon, retournez-vous ensuite bien vite, regardez-le avant qu'il ait eu le temps de rendre à ses traits l'expression de cette com-

plaisance affectée : le pli du front, celui de la joue, qui précèdent immédiatement sa dissimulation artificieuse, et qui, dans cet instant, se prononcent de la manière la plus sensible, sont les seuls plis de son visage qui soient naturels et vrais. Observez bien ces deux traits : ce seront dans votre alphabet physiognomonique des signes d'une grande instruction. »

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