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DE LA PHYSIOGNOMONIE EN GÉNÉRAL

La physiognomonie est l'art, vrai ou chimérique, de connaître l'homme spirituel par les traits et les poses de l'homme matériel , c'est-à-dire l'ame par le corps.

Beaucoup d'auteurs se sont occupés de cet art; mais aucun ne l'a cultivé avec plus de soin, et sans doute avec plus de succès, que Lavater (1741- 1801), pasteur de Zurich, homme d'une ardente imagination, ami passionné des arts, du dessin surtout; enthousiaste crédule, mais doué d'une grande sensibilité, bon et pieux. Il se trompa souvent, surtout au début de ses commentaires physiognomoniques; mais on raconte aussi de lui des traits de sagacité surprenants.

Nous allons exposer son système.

Il entend par physionomie non- seulement l'ex-

^ Nous suivons la deuxième édition, donnée par Moreau (de la Sarlbe) et Majgrier, 1835.

pression du visage, mais encore celle de toute la tête, du Gorps entier, la manière de se tenir, de marcher, de se vêtir, de se meubler, de se loger, de vivre, etc. C'est Vhabitus dans le sens le plus général du mot.

Il y a autant d'espèces de physionomies qu'il y a de sortes d'êtres. Mais, à ne s'occuper que de l'espèce humaine, on peut distinguer encore autant de sortes de physionomies que de points de vue sous lesquels on peut envisager l'homme. Parmi ces points de vue, les plus intéressants sont ceux de l'espèce, des races, des nations, des individus.

On distingue encore sous chacun d'eux, mais surtout sous le premier et le dernier, la physionomie passive, permanente, originelle, naturelle, et la physionomie active, variable, consécutive el acquise. La première tient au système osseux, à sa configuration, et accuse les penchants, les facultés, tout ce que le sujet aurait pu être; la seconde s'attache aux parties molles du corps, fait connaître les mouvements des passions, les habitudes, et tout ce que le sujet est devenu. L'art d'interpréter la première s'appelle proprement physiognomonie; l'art d'interpréter la seconde, pathognomonie. Jusqu'à Lavater, la pathognomonie avait plus occupé les esprits que la physiognomonie proprement dite. Le charlatanisme s'était, spécialement exercé , aux dépens de la crédulité , sur ([uelqucs parties de la physiognomonie, particulièrement sur la métoposcopie et la chiromancie.

Si la physiognomonie était possible, si elle pou-

vait être réduite à des principes qui lui donnent le caractère d'une science, elle deviendrait une branche très - précieuse de la connaissance de l'homme. Elle serait, de plus, susceptible d'applications très-utiles dans la vie et dans les arts, particulièrement dans la peinture et la sculpture. Le moraliste, l'homme public, le précepteur, le maître, le patron, etc., en tireraient des renseignements de la plus haute importance. Mais à côté de cette utilité , il y aurait aussi à redouter des inconv^énients. On courrait le risque de se tromper au préjudice des autres et au sien propre. C'est ce qui arrive déjà maintenant : le tout est de savoir si, dans l'hypothèse où la physiognomonie pourrait devenir une science, l'erreur serait plus commune qu'elle ne l'est à présent. Ce serait, en tout cas, une science d'une application difficile et délicate, par la raison que les caractères extrêmes ne sont pas les plus communs, et qu'ils sont unis par une infinité de degrés peu faciles à saisir.

Lavater soutient néanmoins que la physiognomonie est une science qu'il n'a fait qu'ébaucher, il est vrai, mais qu'elle est susceptible de trèsgrands perfectionnements. Pour le prouver, il part de ces faits : 1* qu'il y a un rapport entre le physique et le moral; 2^ que ce rapport a lieu entre les parties solides comme entre les parties molles; 3° que l'instinct physiognomonique existe non-seulement dans l'homme fait, mais encore dans l'enfant, dans l'animal même; qu'il y a par conséquent là quelque chose d'intuitif, et qui n'est pas seulement une affaire d'expérience; 4*^ mais que l'ob-

servation, l'induction, en un mot l'expérience^ peut se rendre compte de ces intuitions instinctives, et trouver les lois du rapport entre le physique et le moral; 5^ que la physiognomonie a par conséquent une matière scientifique certaine, une méthode toute tracée, et déjà nombre de faits bien constatés et des lois suffisamment établies; qu'elle est par conséquent une science au même titre que la médecine et toutes les autres sciences physiques; qu'elle ne demande qu'à être continuée pour être perfectionnée.

On conçoit d'ailleurs qu'elle ait des adversaires : de ce nombre doivent être : 1** les hommes modestes auxquels on attribue, suivant les règles de la physiognomonie, des vertus qu'ils n'ont pas, ou qu'ils ne possèdent qu'à un faible degré; 2° les hommes d'une conscience méticuleuse, qui craignent que l'indiscrétion, la malignité, l'inimitié même, ne trouvent dans cet art le moyen de pénétrer trop facilement dans le cœur d'autrui, et d'en étaler sans pitié, sans charité, les misères, ne fussent-elles qu'à l'état de penchants; 3** les méchants, qui ont d'excellentes raisons pour en médire tout en y croyant; 4^ enfin les esprits faibles, qui ne savent rien discerner, rien associer d'un peu délicat.

Mais si la physiognomonie a ses adversaires , elle ne manque pas non plus de partisans, depuis Salomon, Aristotc, Cicéron, jusqu'à Montaigne, Bacon, Leibnitz, Ernesti , Sulzcr, Wolf, Gcllert, Lachambre, Ilcrdcr, etc.

Il est vrai que c'est une science difficile à éta-

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blir, et d'une application plus difficile encore ; elle comprend, sous ce dernier point de vue, et sous celui de l'enseignement, deux parties : l'une d'idées, et par coaséquent scientifique et enseignable; l'autre de tact, qui ne peut être réduite en règles, ni par conséquent enseignée.

Aussi les bons physionomistes sont-ils très-rares; Lavater en admet à peine un sur dix mille. Avec de la patience , de l'étude , il ne faut cependant pas désespérer : car lui, Lavater, qui est loin de remplir toutes les conditions pour être un physionomiste de première force, n'a cependant pas laissé que défaire des progrès remarquables. Ils seront d'autant plus faciles, à égal degré de capacité, que la science sera elle-même plus avancée. Il est vrai que Lavater exige beaucoup de celui qui veut être bon physionomiste. Il doit avoir les avantages de la figure et du corps comme l'ont eu les grands peintres Rubens, Van-Dick et Raphaël : le regard pénétrant, prompt, sûr; de la force d'esprit, de l'attention, un jugement sain, de la sagacité, une imagination vive et forte; une grande impressionnabilité, et cependant de la retenue dans le jugement; l'esprit d'observation, d'analyse ; une grande richesse de langage ; des connaissances anatomiques, physiologiques; la connaissance des hommes et du monde, celle de l'homme en général, de ses passions surtout; il doit de plus être familiarisé avec le dessin. Enfin , il doit avoir le cœur pur, tendre et généreux , pour que son talent ne tourne pas au préjudice de ses frères (t. i, p. 336). Cette

dernière condition regarde plutôt l'usage de l'art que la condition pour l'acquérir.

En vain l'on objecte, contre la possibilité de la science, la différence des hommes, l'incertitude de l'induction, les mille accidents qui peuvent faire prendre le change dans l'interprétation d'une figure, l'émotion du moment, l'ennui, la tristesse, la contrariété, la joie, la dissimulation, le mal-aise, les préjugés des physionomistes, etc. Tout cela n'a rien de sérieux, et Lavater y répond en détail et d'une manière générale. Enfin : « Je ne risque rien, » dit-il, d'assurer que de toutes les objections qu'on » m'a faites, il n'en est pas une seule qui ne puisse » être aisément levée , en distinguant entre les par- » ties solides et les parties molles, entre les dis- » positions et l'emploi des facultés. » (T. i, p. 402.)

MÉTHODE A SUIVRE DANS l'ÉTUDE DE LA PHYSIONOMIE.

Puisqu'il s'agit ici d'arriver à des lois de la nature, la méthode expérimentale est seule admissible.

Il y a peu de science où les procédés de Bacon soient d'une application plus sensiblement nécessaire qu'ici.

On comprend en effet que, puisqu'il s'agit de trouver les rapports constants qui peuvent exister entre certains caractères physiques et certaines dispositions de l'esprit, du cœur ou de la volonté, il n'y a rien de mieux à faire qu'à dresser trois tables, dont l'une contiendra les caractères phy-

siques remarquables; l'autre, les caractères animiques saillants observes dans le même individu; la troisième, le degré de ces deux sortes de caractères.

Si les seconds se rencontrent partout où se voient les premiers, ou réciproquement; si le degré de l'un est en raison directe du degré de l'autre, ne pourra-t-on pas conclure, après une grande expérience, qu'il y a entre ces deux choses une liaison quelconque? Nous ne disons point que l'un de ces caractères soit cause de l'autre; mais ne pourrait- il pas en être quelquefois l'occasion? ne pourraient-ils pas, d'autres fois, être dus tous deux à une cause commune? Et dans ces deux cas, ne serait-il pas raisonnable de conclure du visible à l'invisible, d'un ordre de la nature à un autre, sauf à reconnaître toujours la possibilité de se tromper par suite de l'empire des circonstances extérieures , de l'éducation et de la liberté?

Du reste, Lavater reconnaît qu'il n'y a pas de signes positifs (en bien ou en mal), qui n'aient leur valeur plus ou moins grande par rapport à l'ame ; mais que les signes négatifs, ou l'absence de caractères physiques, ne permettent pas de juger avec autant de probabilité que le fonds de l'ame est aussi nul que les apparences porteraient à le croire. Il va plus loin : il reconnaît qu'une belle ame peut avoir une laide figure, et qu'un beau visage peut appartenir à une ame peu distinguée, peu honnête même. Dans le premier cas, l'ame embellit la figure, comme dans Socrate et Mirabeau. Dans le second, elle la dégrade, l'enlaidit.

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C'est ce qu'on peut voir tous les jours dans une certaine classe de femmes, où le vice est encore plus funeste à la beauté que la misère.

Mais comment Lavater veut-il qu'on s'y prenne pour recueillir les faits et les classer? Il conseille de s'adresser d'abord à des sujets bien caractérisés, et formant entre eux des extrêmes: par exemple, des penseurs et des idiots; de remarquer bien attentivement ce qu'il y a de frappant dans chacun d'eux, et, pour le trouver, d'analyser avec soin toute la figure, suivant les règles qu'il donne et que nous rapporterons bientôt; de se familiariser avec les traits de l'un et de l'autre, de les apprendre par cœur, pour ainsi dire ; de visiter des maisons de santé, des hospices d'aliénés, de classer les fous suivant leur genre de folie ; de chercher ce qu'il y a de commun dans tous et de particulier dans chaque classe ; d'essayer de faire la même chose pour les corps savants (par exemple à l'Institut de France); de faire les mêmes observations sur les criminels détenus dans les prisons et les bagnes; d'étudier, par opposition à cette dernière classe, des réunions d'hommes honnêtes et bienfaisants; d'étendre ses observations aux différentes conditions et professions bien tranchées, en recherchant toujours les sujets qui excellent dans chaque spécialité.

Quant à ses procédés d'analyse, les voici : Il distingue d'abord la forme de la tète vue de face, et la range dans celle des figures géométriques suivantes dont elle se rapproche le plus : le losange, le rectangh' dont la base est en bas, le rec-

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tangle dont la base est en haut, le carré, le parallélogramme dont la plus grande dimension est perpendiculaire , celui dont la plus grande dimension est horizontale, l'ovale horizontal, l'ovale perpendiculaire, enfin le cercle.

Le visage, vu de profd, peut aussi se rapporter à ces différents types.

Il le considère aussi de trois quarts, de haut en bas, par derrière et de côté, de manière à n'apercevoir de la face que l'arcade sourciliaire , les pommettes et le bout du nez.

Il divise le visage en trois zones^ dont la première s'étend de la racine des cheveux aux sourcils; la seconde, des sourcils à la pointe du nez; la troisième, de la pointe du nez à l'extrémité du menton. Les mêmes divisions s'appliquent trèsbien au profd.

Les fronts se distinguent en trois classes , suivant qu'ils sont perpendiculaires, obliques de bas en haut et d'avant en arrière, ou proéminents, c'est-à-dire saillants en haut et déprimés en bas.

Les bouches peuvent se classer aussi de trois manières, suivant que les lèvres sont toutes deux sur la même ligne perpendiculaire, ou que l'une déborde l'autre; suivant encore qu'elles sont égales en volume, ou que l'une est plus grosse que l'autre.

Les mentons se distinguent encore très - bien en saillants, en rentrants, et en perpendiculaires.

Je suis surpris que Lavater n'ait pas également classé les nez suivant qu'ils sont droits, aquilins, ou camus.

Quant aux joues, leur distinction suivant qu'elles sont plates, bouffies ou creuses, n'aurait peut-être pas grand sens physiognomonique, attendu que ces signes dépendent souvent du degré d'embonpoint et de l'àge.

Il y a une foule d'autres points de vue qui peuvent servir à caractériser les détails de la figure , mais que nous ne devons pas rapporter ici , où il n'est question que de la méthode en général.

Une fois qu'un type est bien su, il faut lui chercher des copies ou des contrastes, et s'assurer si l'intérieur ne répond pas à l'idée qu'on s'en était faite d'après l'extérieur.

Il faut toujours s'attacher de préférence aux signes les plus frappants, épier le moment où l'individu observé semble suivre le plus spontanément sa nature.

Les visages de personnes endormies, ceux des personnes mortes, que la maladie n'a pas trop défigurées, sont aussi très -vrais et très- expressifs. Les plâtres, les collections de médailles, de portraits de personnages connus, sont encore une mine féconde d'observations.

Les premières impressions doivent être prises en très -sérieuse considération : elles ont presque toujours quelque chose de vrai. Il faut chercher à s'en rendre un compte scientifique.

On aura un vocabulaire ou registre des caractères animiques, servant à noter tous les traits importants. Celui de Lavater dépassait le chiffre 400!

Une chose qu'il recommande aussi avec in-

stance, c'est de chercher l'harmonie des traits, des signes, des formes, des mouvements, etc.

Il veut qu'on étudie avec une attention particulière les visages auxquels on trouve un défaut total de correspondance; qu'on ne néglige aucune observation, si fortuite qu'elle soit; qu'on remarque les différentes statures, la voix; qu'on note avec soin ce qui distingue un individu d'une classe d'un autre individu de la même classe, par exemple un savant d'un autre savant, mais de spécialités différentes; qu'on sépare avec la plus grande attention le naturel de l'accidentel; qu'on choisisse son temps pour observer; qu'on s'attache beaucoup aux contrastes ; qu'on dessine un grand nombre de figures.

Il donne plusieurs autres conseils encore, mais qui sont d'une application moins importante ou plus difficile , et par conséquent moins sûre. (V. t. V, p. 1-29.)

C'est là qu'il classe les principaux peintres suivant leur mérite physiognomonique. La lecture de cette partie de son livre me semblerait devoir être utile à un jeune artiste qui aurait un vaste musée sous les yeux. (P. 29-34.)

Quant aux physionomistes dont il conseille la lecture, ils sont en assez petit nombre : il passe en revue Porta, Peuscher, Pernetti , Helvétius, Huart, Philippe May, Lachambre, Jean de Hogen, Marbitius,Parson, Jacob, Bohmer, Guillaume Gottarole, et Scipion Clarontius, qu'il recommande particulièrement.

Il manquerait à ces idées sur la méthode d'ob-

server les physionomies un précepte capital, si l'auteur n'avait pas fait un devoir de juger publiquement avec une extrême retenue, et de ne juger souvent pour soi-même que d'une manière provisoire, d'être toujours prêt à mieux voir et à mieux juger.

De la Pliysionomle ea général; ses principaux éléaisents.

Quoique Lavater entende le mot physionomie dans un sens fort large, comme on l'a vu, il va sans dire, néanmoins, que la tête est pour lui la principale manifestation de l'homme interne.

Il distingue trois vies dans l'homme : la vie animale ou de conservation, dont le ventre est le principal organe, et les parties sexuelles comme le foyer et l'interprète; la vie moyenne, ou affective et passionnée, la vie morale, qui a son siège dans la poitrine, et dont le cœur est le centre et l'expression; enfin la vie intellectuelle , qui se montre surtout dans la tête, et dont le front est le foyer et le miroir.

Ces trois vies se résument de deux manières : d'abord dans la tête entière: la première est re- ])résentée par la bouche et le menton; la seconde par le nez et les joues; la troisième par le front. Elles se résument ensuite plus brièvement encore dans l'œil.

Il faut remarquer, du reste, que ces classifications ne doivent pas être prises d'une manière trop absolue : car le corps humain forme un tout.

DU PHYSIQUE ET DU MORAL. Ci)

et nulle de ses régions ne peut être affectée principalement sans qu'il y ait retentissement dans les autres. Il en est de même de l'ame et de ses facultés diverses; de même encore entre le corps et l'ame. Il y a compénétration de toutes les parties de l'homme dans chacune d'elles, et de chacune dans toutes.

Moyennant ces réserves, on peut donc très-bien admettre les divisions précédentes pour se guider dans l'observation et l'analyse. ÎVous les résumons ainsi :

f organe principal — bas-venlre |

Vie animale •^ foyer -parties génitales /œil

(représentant — bouche et menton '

Vie moyenne OU(o'"Sane principal -poitrine ]

^ j foyer- cœur ^œil œil.

morale (représentant — nez et joues j i

< organe principal — tète > '

Vie intellectuelle ^o^r -front >œn;

( représentant — œil f

C'est parce que le corps est un véritable tout harmonique , que l'une quelconque de ses parties répond à toutes les autres, et les représente à un degré plus ou moins frappant, que l'observateur vraiment habile peut décrire le tout à l'inspection d'une seule partie, et faire la critique d'un portrait en partant d'un point quelconque du visage supposé fidèlement rendu par le peintre. Cette harmonie, sur laquelle Lava ter insiste beaucoup, est appelée par lui homogénéité. Il y en a une pour la laideur comme pour la beauté. On ne peut réussir dans la physiognomie ^ si l'on n'est pas doué

^ Pour physiognomonie , pour plus de brièveté. Ce mot est d'ailleurs d'une composition légitime, quoique peu usité.

d'une espèce d'instinct ou de tact particulier pour apercevoir l'homogénéité de la nature.

Suivant Lavater, la nature ne s'amuse point à apparier des parties détachées : elle compose d'un seul jet; ses organisations ne sont pas des pièces de rapport. Ses plans sont d'un même moment (t. II, p. 3). C'est donc un préjugé erroné que de croire qu'elle rassemble de différents côtés les parties d'un même visage (p. 4). Le corps humain peut être regardé comme une plante, dont chaque partie conserve le caractère de la tige {ib.). 11 y a donc certaines formes de parties qu'on ne trouvera jamais avec d'autres. (Y. p. 6, 7.)

Le système osseux doit être regardé comme l'esquisse du corps humain; le crâne en est la base et l'abrégé. Les chairs en sont comme le coloris.

Le système osseux représente îa prédestination, les capacités, la passivité; et les parties molles la liberté, les facultés, l'activité. (P. 3G.)

Une tête qui est proportionnée au reste du corps, qui n'est ni trop grosse ni trop petite, annonce, toutes choses égales d'ailleurs, un caractère d'esprit beaucoup plus parfait qu'on ne l'oserait attendre d'une tête disproportionnée. — Trop volumineuse, elle indique presque toujours une stupidité grossière; trop petite, elle est un signe de faiblesse et d'ineptie.

Quelque bien proportionnée que soit la tête au corps (== 1/8), il faut encore qu'elle ne soit ni trop arrondie, ni trop alongéc : plus elle est régulière, plus elle est parfaite.

On peut appeler bien organisée celle dont le diamètre antéro-postérieur, qui s'étend depuis l'extrémité du nez jusqu'à l'occiput, est égal au diamètre transversal. ... Le visage se divise en trois parties, dont la première s'étend depuis le front jusqu'aux sourcils; la seconde depuis les sourcils jusqu'au bas du nez; la troisième depuis le bas du nez jusqu'à lextrémité de l'os du menton. Plus ces trois étages sont symétriques, plus leur symétrie est frappante au premier coup d'œil, et plus on peut compter sur la justesse de l'esprit et sur la régularité du caractère en général. Dans un homme extraordinaire, il est rare que l'égalité de ces trois divisions soit fort apparente. (P. 69.)

Les principes les plus essentiels à suivre dans l'étude du visage sont :

1^ De le comparer avec les proportions du corps entier;

2® De voir s'il est ovale, rond ou carré, ou d'une forme heureusement composée;

3° De l'examiner d'après les rapports perpendiculaires des trois divisions adoptées;

4® D'après l'expression et l'énergie des traits principaux;

5" D'après l'harmonie des traits proprement dits;

6** D'après le dessin, la flexion et les nuances de quelques traits particuliers;

7^ D'après les lignes qui forment les contours extérieurs du visage pris de trois quarts; et d'après les lignes qui se montrent lorsqu'on ne voit que l'arcade sus-orbitaire , la pommette, et la pointe du nez;

72 RAPPORTS SPEC[AU-t

8*^ D'après la courbure et le rapport de ses parties vues de profil. — Le profd se prête moins à la dissimulation; il offre des lignes plus vigoureusement prononcées, plus précises, plus simples, plus pures. Un beau profil suppose toujours un caractère distingué.

De l'ensemble de la tête, passons aux détails.

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