‹ Anthropométrie, ou, Mesure des différentes facultés de l'hommeChapitre 6 sur 105 · SUR LES PROPORTIONS HUMAINES CHEZ LES ANCIENS ET CHEZ LES MODERNES · texte numérisé non relu

SUR LES PROPORTIONS HUMAINES CHEZ LES ANCIENS ET CHEZ LES MODERNES

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L'homme, depuis les temps anciens, a été l'objet des études les plus constantes. Il a été observé et analysé avec des soins infinis sous le triple rapport du physique, du moral et de l'intelligence.

Les travaux entrepris à ce sujet ont fait naître plusieurs sciences. Remarquons cependant que la partie la plus faible en apparence est celle justement qui a fait le moins de progrès ; je veux parler de la partie positive, de celle qui consiste à exprimer par des nombres ce qui est directement appréciable sous cette forme.

Aujourd'hui même nous ne connaissons pas exactement les proportions du corps humain, non seulement en ayant égard aux différences qu'y apportent l'âge, le sexe, et la race , mais même en prenant l'homme de nos climats dans son état de développement complet et à une époque déterminée de son existence. L'anatomie la plus délicate a cherché à saisir jusqu'aux moindres fibres qui font partie de notre organisation ; elle les a décrites, comparées, mais les mesures ont été presque complètement négligées. L'ostéologie, dans ces derniers temps et spé-

cialement en Allemagne, a commencé à combler cette lacune ; mais les traités d'histoire naturelle et l'ethnographie gardent encore le plus profond silence sur plusieurs des points les plus intéressants de la connaissance de l'homme.

Si l'on veut étudier les différences qui peuvent exister, quant aux proportions du corps, entre les anciens et nous, c'est aux travaux des arts qu'il faut recourir. Les artistes en effet, et les sculpteurs surtout, ont senti le besoin de connaître le corps humain d'une manière précise ; aussi ne se sont-ils pas bornés à nous en offrir les représentations les plus fidèles; plusieurs d'entre eux ont écrit des ouvrages spéciaux sur cet important sujet ; ils ont étudié la nature avec le plus grand soin, et nous ont donné des échelles pour les proportions des différents membres 1 ; mais nous ignorons en général comment elles ont été formées ; nous ne savons pas si ces échelles ont été arrêtées d'après une appréciation plus ou moins vague du beau, ou si elles ont été obtenues par l'observation directe et au moyen de mesures prises sur le modèle vivant2.

1 « C'est une présomption ridicule de croire qu'on peut se ressouvenir de tout ce que l'on a vu dans la nature, dit Léonard de Vinci dans son Traité de la peinture, chap. XX ; la mémoire n'a ni assez de force, ni assez d'étendue pour cela ; ainsi le plus sur est de travailler autant que l'on peut d'après le naturel. »

Et plus loin, au chapitre XXIII du même ouvrage: « Ceux qui s'abandonnent à une pratique prompte et légère, avant que d'avoir appris la théorie, ou l'art de finir leurs figures, ressemblent à des matelots qui se mettent en mer sur un vaisseau qui n'a ni gouvernail ni boussole : ils ne savent quelle route ils doivent tenir. La pratique doit toujours être fondée sur une bonne théorie dont la perspective est le guide et la porte ; car sans elle, on ne saurait réussir en aucune chose dans la peinture, ni dans les autres arts qui dépendent du dessin. »

2 L'ancien directeur de l'Académie des Beaux-Arts de Berlin, le savant Godfroy Schadow, qui nous a donné, dans son Polyclète, un ouvrage complet sur la Théorie des mesures de Vhomme, a lui-même négligé de nous dire par quels procédés scientifiques il a déterminé ces proportions,

Occupé depuis longtemps de la science de l'homme, autant du moins que le permettent le peu de loisirs que nous laissent nos travaux ordinaires, nous avons essayé de combler la lacune qui vient d'être signalée, en ramenant la théorie à des principes scientifiques.

Un des premiers résultats auxquels nous sommes parvenus pour notre race, est croyons-nous d'avoir reconnu la fixité des proportio7is . Sans elle, il serait impossible de donner une base solide à la branche des sciences que nous considérons.

Les hommes, pris individuellement, sont si divers entre eux, qu'il semble inutile au premier abord de rechercher un type ou module de ce qu'ils doivent être dans l'état normal. Cependant ce type existe; et, pour le découvrir, il ne faut pas recourir à un grand nombre d'individus ; l'observation exacte de quelques-uns d'entre eux est suffisante pour éliminer les particularités qui les caractérisent et les distinguent les uns des autres. H y a plus : parmi les éléments variables que nous présente la nature, il n'en est peut être pas qui soit mieux caractérisé que l'homme.

Cette proposition peut paraître paradoxale ; elle sera contestée par ceux qui, frappés des variétés qu'on ren-

et de rapporter les mesures individuelles qui ont concouru à produire ses résultats. Il est vrai, du reste, que Schadow écrivait pour les artistes, et que nous n'avons ici particulièrement en vue que la science. Voici comment il s'est exprimé au sujet des lacunes qu'il trouvait dans la science de l'homme : « Quelques nombreux que soient les artistes, les savants et les médecins qui ont écrit sur les proportions, leurs ouvrages ne sont que des fragments. Beaucoup d'entre eux n'ont fait que copier. Quels sont les effets de la croissance, quelle est la différence des sexes pour les traits du visage, dans la jeunesse et dans l'âgp avancé, les proportions de l'enfant à la naissance? Voilà autant de questions qui n'ont jamais été examinées par la science, et auxquelles on n'a pas répondu. <• C'est ce que nous sommes forcés d'avouer également dans ce qui va suivre.

contre chez les hommes, n'ont pas pris la peine de porter plus loin leurs observations.

Les artistes qui ont écrit sur les proportions humaines, même les plus habiles, tels que Léon-Baptiste Alberti et Albert Durer, se sont généralement bornés à décrire des individus qui leur semblaient dans les conditions les meilleures , sans songer à rechercher un type d'après les principes ordinaires des sciences. Aucun d'eux au moins n'a fait connaître la marche qu'il a suivie en déterminant son échelle des proportions. Avant de comparer mes mesures à celles qui ont été obtenues par d'autres, j'ai voulu les comparer entre elles et savoir, d'une part, quel en est le degré de précision et quelles sont, d'une autre part, les écarts que donne la nature1.

Pour faciliter cependant les explications que nous aurions à présenter, nous adopterons ce qu'on admet généralement, c'est à dire que la tête se partage en quatre parties, savoir :

Du vertex à la naissance des cheveux . . 1 partie.

De la naissance des ch. au bord orbital . 1 «

Du bord orbital au bas du nez .... 1 »

Du bas du nez au menton 1 »

La tête est ensuite contenue environ 7 fois dans la hauteur totale de l'individu. La nature dépasse cependant considérablement ces limites, surtout chez les nains et les

1 Les nombreuses relations que j'ai eues avec Schadow, le célèbre sculpteur de Berlin, m'ont permis d'examiner avec soin les études qu'il avait faites sur la partie de l'anatomie en rapport avec son art. Il y avait acquis une réputation justement méritée; mais malgré ses connaissances profondes sur l'anatomie humaine, on le trouve toujours artiste avant tout, et on le conçoit sans peine. Ce qui le préoccupe sans cesse c'est la grâce, c'est l'élégance des formes bien plus que la loi des proportions et des grandeurs, et il a raison jusqu'à un certain point.

géants. Pour l'homme moyen, 1 partie de la tête se partage ordinairement en 12 minutes.

Déjà, dès la plus haute antiquité, on s'était occupé des différentes parties du corps de l'homme et des rapports qui existent entre elles ; mais ces résultats incomplets, conservés avec négligence, laissent souvent de déplorables lacunes dans les curieuses annales de l'humanité. Les premières notions sur cette théorie semblent dues aux peuples d'Orient et particulièrement à ceux de l'Inde et de l'Egypte, qu'on est presque toujours sûr de rencontrer quand on remonte aux véritables sources de nos connaissances. Les premières mesures, telles que la coudée, le pied, le pouce, etc., ont été estimées, à diverses époques et chez les différents peuples, d'après les principaux membres du corps humain. Ces mesures semblaient d'autant plus commodes et d'autant plus dignes d'attention que chacun les avait sur soi, et pouvait les vérifier facilement. L'unité de longueur existait donc réellement par le fait, mais d'une manière plus ou moins régulière; car chacun, selon son désir, pouvait voir combien la mesure dont il était porteur différait de celle qui était reconnue par l'autorité civile.

La grande révolution dans le système des poids et mesures qui se manifesta depuis, ne fut cependant adoptée que partiellement. Ce ne fut plus sur l'homme qu'on songea à la prendre, mais sur la circonférence du globe : et cette idée hardie, conçue d'après les vrais principes de la science, en forme une de ses plus belles applications. Il fallut un long espace de temps pour acquérir la conviction de l'importance et des avantages de changer l'unité du type employé pour les mesures de différentes espèces. On reconnut qu'il était plus rationnel de préférer, pour type, une base considérable qu'on pouvait acquérir avec

précision , à une mesure médiocre dont le module devait toujours laisser de l'incertitude.

Aujourd'hui même que de graves discussions ont été soulevées sur la détermination primitive du mètre, l'erreur, si elle peut être sensible, ne l'est que sur les longueurs les plus grandes 'et qui demandent le plus de précision, tandis que sur celles du commerce et des usages ordinaires de l'homme, elle est à peu près inappréciable.

Ce grand avantage des mesures métriques est trop bien connu pour qu'on puisse le révoquer en doute. Certainement on regrettera que le défaut de précautions, que des erreurs dans les opérations faites pour déterminer le mètre même, altèrent un peu la confiance absolue qu'on devait lui accorder, mais il serait difficile, me semble-t-il, d'attaquer la justesse du procédé dont on a fait usage.

En faisant dépendre de la longueur du mètre l'unité de mesure pour la pesanteur des corps, on affecte, il est vrai, ce dernier nombre des inconvénients qui viennent d'être indiqués ; mais ces inconvénients sont également inappréciables dans la pratique. On peut regretter, sans doute, les petites erreurs signalées dans la détermination des poids et mesures; on peut même, si l'on veut, recommencer les gigantesques travaux d'où l'on a déduit la valeur du mètre , mais que l'on en perde pas de vue le procédé suivi pour déterminer l'unité de mesure.

Nous avons cru devoir donner, dans ce qui suit, à côté des mesures employées dans les différents pays, leurs grandeurs exprimées, autant que possible, au moyen des valeurs métriques. Pour le progrès des sciences, les ouvrages d'un intérêt général doivent être écrits de manière que les nombres puissent être compris et utilisés sans peine par tous. Ils produiront une économie immense de

temps pour ceux qui auront à les employer : c'est ici surtout qu'on appréciera l'avantage d'avoir une mesure uniforme qui soit connue dans tous les états civilisés et qui leur procurera les plus grands avantages par l'emploi si simple du calcul décimal.

Proportions de V homme chez les Indous.

Nous ne connaissons guère les travaux entrepris par les anciens peuples de l'Asie pour déterminer les mesures de la hauteur humaine; cependant, si l'on en juge par les monuments de sculpture récemment trouvés dans les ruines de Ninive et de Babylone, leurs connaissances pratiques étaient tout aussi avancées que celles des Egyptiens ; c'était moins la connaissance des proportions que celle de l'art qui leur faisait défaut.

Un ancien livre, écrit dans la langue sanscrite et intitulé : Silpi Sastri, c'est à dire des Beaux- Arts, fait connaître comment les Indous considéraient les proportions humaines : ce document est assez curieux pour que je le reproduise ici. La stature ou la hauteur totale du corps depuis le ventre jusqu'à la plante des pieds est partagée en 480 parties. On remarquera que ce nombre, de même que 360 qui sert encore aujourd'hui de division à la circonférence, admet une grande quantité de sous-multiples. Les divisions du corps sont les suivantes 1 :

1 Je cite les nombres tels qu'ils ont été donnés par Schadow dans son PoJyclète; pour faciliter les comparaisons, j'ai donné les nombres proportionnels en prenant la stature pour unité. Les deux nombres 360 et 480 sont dans le rapport de 3 à 4, et offrent par suite des avantages de divisibilité qui sont à peu près les mêmes.

PARTIES DU CORPS. N°MBRES

originaux. proportionnels.

Chevelure 15 parties 0,031

Visage 55 » 0,115

Cou 25 » 0,052

Poitrine 55 » 0,115

Jusqu'au nombril 55 » 0,115

De là au bas-ventre 53 » 0,110

De là au genou 90 >• 0,187

Genou 30 » 0,062

La jambe 102 » 0,213

Stature. . . 480 » 1,000

L'exacte conformité des trois nombres donnés pour le visage, la poitrine et sa distance jusqu'au nombril, laisse supposer qu'on a visé bien moins à la précision qu'au désir d'obtenir des règles commodes pour la pratique.

La hauteur de la tête est à peu près la même que celle admise dans nos écoles : elle forme en effet environ le septième de la stature totale J .

Cette proportion n'a sans doute rien qui choque ; et on peut même la retrouver dans plusieurs tableaux de Raphaël, l'artiste qui a le mieux saisi les relations de grandeur entre les différents membres ; mais on ne peut la considérer comme appartenant à l'état normal, à moins d'admettre que le type de l'Inde soit différent de celui de la Grèce ou de l'Italie.

1 A la page 18 de son Polyclète, Schadow dit en parlant de la hauteur entière : « Ce qui ne fait pas 7 1j2 longueurs de tête ; la division paraît avoir été prise sur un homme régulièrement bâti. » Il eut été plus exact de dire : ce qui ne fart guère que 7 longueurs de tête. On a en effet, en réunissant la chevelure au visage, 15 plus 55 parties ou 70 parties du corps entier, lequel est partagé en 480 parties ; ce qui donne 480/70 ou 6,86 pour la hauteur du corps.

Remarquons que les divisions du corps sont telles que nous les admettons encore aujourd'hui, seulement nous les caractérisons d'une manière plus précise, en les désignant par leurs extrémités.

3° Proportions de ï homme chez les Égyptiens.

Les Grecs, sous bien des rapports, ont puisé leurs connaissances chez les anciens Égyptiens, non seulement pour la philosophie et les sciences, mais encore pour ce qui concerne les Beaux-Arts. D'après Diodore de Sicile, les statuaires Téleclès et Théodore avaient rapporté d'Egypte un genre de sculpture qui ne se pratiquait pas chez les Grecs. C'est ainsi que ces artistes firent une statue de l'Apollon Pythien : l'un exécuta la moitié de la statue à Samos , et l'autre acheva la seconde moitié à Ephèse. Voici, d'après Diodore, le procédé qu'employaient les Egyptiens1:

« Ce n'est point à la vue, au simple coup d'oeil que ces derniers jugent de la proportion des statues, comme font les Grecs, mais ils coupent et divisent leurs pierres en plusieurs portions, et ils les travaillent en fixant les rapports des figures, des plus petites dimensions aux plus grandes. Pour cela, ils divisent la stature du corps humain en vingt et une parties et un quart en sus, et ils expriment ainsi la proportion entière. Une fois que ces artistes se sont accordés ensemble sur la grandeur de la statue, ils se séparent et exécutent les divers fragments, chacun de

1 Le passage de Diodore se rapporte aux premiers temps de la sculpture; les procédés scientifiques devinrent, jplus tard, tout aussi familiers aux Grecs qu'aux Egyptiens.

Nous empruntons la traduction de Jomard, Mémoire sur le système métrique des anciens Égyptiens, page 75.

son côté, avec une convenance et une harmonie si parfaites, que l'ouvrage terminé excite l'admiration ».

Bien que les Égyptiens aient ensuite été surpassés par les Grecs, dans les développements que prirent les Beaux- Arts, leurs ouvrages n'en méritent pas moins notre attention par la fidélité sévère avec laquelle ils copiaient la nature. Sous ce point de vue, nous ne pouvons que gagner à étudier les proportions de leurs figures; il parait même que c'est à eux que l'on doit l'idée de ce canon que les artistes grecs prirent généralement pour module dans leurs plus beaux ouvrages1.

Dans son Mémoire sur le système métrique des anciens

1 Schadow a fait observer avec raison que les Égyptiens, tout en portant clans leurs ouvrages de justes mesures, étaient privés du goût des Grecs. « Les Égyptiens sont restés artisans au lieu d'être artistes. Voilà pourquoi ils évitèrent la position oblique, et dans leurs bas-reliefs on ne trouve que des figures en face ou en profil ; dans la même figure, on voit les épaules et le torse en face, et les pieds et la tête en profil. » Polyclète, page 1.

Et plus loin, page 24 : •<■ Quelque peu développé qu'ait été l'art que les Égyptiens transmirent aux Grecs, il faut avouer que la méthode de mesurer les membres de la figure humaine, était un pas considérable fait dans l'intérêt des arts. Le chemin était frayé pour les Grecs si capables de sentir la beauté de l'harmonie. Peu à peu ils parvinrent à choisir entre les belles figures, qui se présentèrent à eux dans une grande variété, la mesure moyenne, et par degrés ils arrivèrent au canon qui restera toujours une régie pour l'art, et un principe de critique pour le beau. «

Les Grecs, par une appréciation exquise des formes et des grandeurs, avaient donc des types qui ont porté les plus habiles à former ces modèles qui furent soumis plus tard aux études des artistes ; on ne peut cependant concevoir la composition de ces modèles comme formée par des dimensions prises sur différentes figures réputées d'une grande beauté, et dont on déduisait ensuite la moyenne d'après les méthodes qui datent de temps beaucoup plus modernes et dont les plus anciennes traces appartiennent au commencement. du xvne siècle. Les ouvrages de Léonard de Vinci, de Léon-Baptiste Alberti, d'Albert Durer, et de ces artistes qui ont traité avec tant de savoir des proportions de l'homme, ne témoignent même pas de l'idée de s'occuper des moyennes. La connaissance de celles-ci et de leurs propriétés n'étaient pas encore employées; l'on peut dire même qu'elles ne le sont pas encore de nos jours.

Égyptiens, Jomard a reproduit quelques mesures relatives aux proportions du corps humain, qu'il a recueillies lui-même sur des monuments anciens de l'Egypte. Je ferai connaître ici celles qui se rapportent plus spécialement à notre sujet.

Il cite d'abord une figure d'homme debout, qui a les bras et les mains étendus, et qui est sculptée sur le grand sarcophage d'Alexandrie, déposé actuellement à Londres. La hauteur est de 0m46, et si l'on prend sur cette figure la longueur de l'espace qui est entre le coude et l'extrémité des doigts, autrement la coudée, on trouve 0ral 15; ce qui est justement le quart de 0m46.

Or, si l'on prend cette dernière grandeur pour unité, l'espace entre le coude et l'extrémité des doigts sera de 0m2501; par nos mesures, nous avons trouvé 0m257, qui est aussi le nombre donné par la mesure des statues grecques.

Jomard cite ensuite une autre figure égyptienne, mesurée par Delile, ayant lm25 de hauteur: « Elle a été construite à l'échelle d'un pied pour coudée, ou 2 pour 3. En effet, si l'on ajoute à lm25, sa moitié 0m625, on a lm875, stature métrique. La tête a 0m165, ce qui est le septième et demi de la hauteur 2 : règle que nous avons reconnue pour avoir été suivie par les Égyptiens et qui est la même que celle dont on fait usage à présent. Le pied a 0m20, ce qui est plus que ne demande la raison 1 à 6 1/2, et se rapporte au pied métrique. »

En prenant, pour unité, la hauteur de la figure précédente, la tête serait représentée par 0m132 et le pied par

1 C'est à dire que

0m46 : lm00 :: 0m115 : X = 0m250.

8 On a en effet, 0m165 X 7"1 1/2 = lm24; à peu près exactement la hauteur donnée lm25.

0m160. Les statues grecques assignent aux mêmes parties les valeurs 0m130 et 0m149; nos mesures sur l'homme belge donnent 0ra135 et 0m154. J'ai déjà fait remarquer précédemment que c'est à tort qu'un grand nombre d'artistes supposent que le pied est de même dimension que la tête. Il faut soigneusement distinguer les mesures de convention de celles que donne réellement la nature. Je citerai, à cette occasion, le passage suivant que j'emprunte encore à l'ouvrage de Jomard (page 77), et qui concerne le rapport entre le pied et la coudée chez l'homme :

« On a trop légèrement admis certaines proportions de grandeur entre les diverses parties de la stature naturelle , et l'on s'est appuyé ensuite sur ces relations abstraites pour fixer soit les rapports, soit les valeurs

absolues des mesures usuelles Dans ses recherches sur

la coudée sacrée des Juifs, Newton a adopté le rapport de 5 à 9 entre le pied et la coudée de l'homme. Ce rapport est un peu trop faible, et suppose le pied trop petit. D'un autre côté, le rapport de 2 à 3, qui existait entre le pied et la coudée des mesures usuelles, selon Hérodote et tous les auteurs, est beaucoup trop grand; le rapport exact entre ces deux parties de la figure humaine est celui de 4 à 7. Il est donc certain que le rapport de 2 à 3 n'est pas puisé dans la nature, et qu'il est d'institution. C'est sa simplicité même qui rend la chose évidente; il a été

choisi pour la commodité de la division De même que

le rapport du pied à la coudée diffère du rapport naturel, de même sa valeur absolue s'éloigne de celle du pied humain. Pour une stature de lm73, mesurée et observée chez plusieurs individus, la longueur du pied ne s'élève que de 0m263 à 0m265; pour une stature movenne, la longueur serait bien moindre. »

« Le pied naturel est compris six fois et demie environ dans la stature entière. Cependant l'orgyie qui, parmi les mesures de l'Egypte, exprime la stature métrique, est censée renfermer le pied six fois. Qui ne voit que ce rapport senaire a été institué pour la facilité des calculs ? Vitruve confondait les deux espèces de pied et de stature, quand il disait que le pied était le sixième, et la coudée le quart de la hauteur du corps : ces rapports étaient ceux du système égyptien, et non ceux de la nature. La coudée naturelle est trois fois et demie environ, et non pas quatre fois, dans la hauteur de l'homme. Pour une stature de lm73, la coudée est d'environ 0,1h464, le pied et l'org}Tie sont donc des mesures systématiques. Ainsi, dans la nature, le pied, la coudée et la stature sont, à fort peu près, comme 4, 7 et 26; dans le système égyptien, ils sont comme 4, 6 et 24. Ces derniers nombres expriment des palmes ou mesures de 4 doigts métriques. »

D'après Jomard, l'homme de nos climats, avec une stature de lm73, aurait donc la coudée de 0m464, et la longueur du pied de 0m263 à 0ra265; en prenant pour unité la stature, ces nombres deviennent 0ni257 et 0m152 à 0m153; nos mesures donnent 0m257 et 0m154, valeurs à peu près identiques.

Jomard a reproduit aussi quelques-unes des principales mesures de la statue d'Osymandias ; nous y trouvons malheureusement peu de nombres qui soient comparables aux nôtres. Je transcrirai ceux qui permettent des rapprochements ; je rappellerai aussi ceux qu'il a donnés d'après Un colosse renversé qui se trouve dans le même monument d'Osymandias.

PARTIES DU CORPS

nombre donné.

valeur réduite.

Statue d'Osymandias

Hauteur de la tête

Tour du bras, au coude. . . .

Diamètre du pied, au-dessus des doigts .

Colosse renversé . . .

Longueur de l'œil. . .

» de l'oreille. .

'• de la bouche .

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