‹ Anthropométrie ou Mesure des différentes facultés de l'hommeChapitre 4 sur 108 · Loi de conservation du type. — Utilité de la loi des · texte numérisé non relu

Loi de conservation du type. — Utilité de la loi des

proportions.

Nous apportons, en naissant, tous les germes des qualités qui doivent nous distinguer; ces germes sont plus ou moins heureusement développés dans chaque individu, et s'écartent plus ou moins d'un ensemble harmonique. La sagesse du Créateur ne nous a point permis de porter atteinte ni au type, ni même à la loi dont nous nous écartons; mais nous pouvons élargir les limites entre les-

1 Des races humaines ou éléments d'ethnograpliie, par M. d'Omalius d'Halloy, 5e édition, in-8°, p. 1 et suiv. Bruxelles, chez Muquardt, 1859.

quelles les écarts s'observent, comme aussi nous pouvons les resserrer.

Ce qui semble le plus merveilleux, au milieu de ces oscillations accomplies sous l'influence de notre libre arbitre, c'est que l'ordre général des choses et les lois de la création ne 'reçoivent aucune atteinte par ïintercention humaine. L'enfant naît organisé comme il l'était aux premiers âges du monde ; il apporte les mêmes qualités, les mêmes aptitudes, les mêmes facultés intellectuelles, les mêmes penchants au bien comme au mal, mais le milieu dans lequel il se trouve et l'éducation qu'on lui donne vont le diversifier.

Si nous nous bornons à considérer les qualités physiques, notre sujet est très vaste eDeore : la théorie des proportions appartient en effet aux Sciences , aux Lettres et aux Beaux-Arts.

Sous le rapport de la science , l'organisation humaine présente assurément le spectacle le plus beau que puisse concevoir l'imagination. Quoi de plus merveilleux en effet que cette charpente osseuse si admirablement équilibrée, ces muscles et ces nerfs qui mettent toutes les parties du corps en rapport et leur donnent le mouvement ; ces artères et ces milliers de vaisseaux qui répandent partout la vie et la chaleur ; ces organes si divers dont les uns sont destinés à la conservation et au développement de l'individu, dont d'autres doivent reproduire et perpétuer son espèce, dont d'autres enfin le mettent dans un rapport constant avec le monde extérieur et lui permettent de voir , de toucher, de sentir, de goûter les objets qui l'entourent ou d'échanger sa pensée avec son semblable. Dans cette machine humaine si compliquée en apparence, il n'est pas jusqu'à la moindre fibre qui n'ait sa destination et ses fonctions à remplir. Je ne parle point ici des ressorts subtils qui mettent cette

organisation si riche immédiatement en rapport avec la pensée et qui servent en quelque sorte de lieu entre le ciel et la terre : la nature et le jeu de ces ressorts échappent à notre observation et semblent devoir rester à jamais le secret du Créateur, qui à son gré les donne, les retire ou en suspend l'action.

Cuvier ne demandait que quelques ossements pour déterminer l'espèce à laquelle un animal avait appartenu. Pour qui posséderait intimement la connaissance du corps humain, il suffirait, en effet, d'en observer la moindre parcelle pour reconnaître la place qu'elle y occupait. Dans ce mécanisme divin, chaque rouage, quelque minime qu'il soit, a sa forme et sa grandeur fixées ; la science jusqu'à présent n'a cherché à déterminer avec quelqu'exactitude que ceux qui y jouent le rôle le plus important. Ainsi, quelques anatomistes ont commencé à déterminer la longueur des ossements humains chez les adultes et chez les enfants, de même que le volume et le poids du cerveau, du cœur, des poumons et de quelques autres parties les plus essentielles; mais il ne pouvait entrer dans la pensée humaine d'étendre ce travail 'à tous les éléments dont le corps se compose.

Le phrénologiste, dans des vues toutes spéciales, s'est attaché non seulement à étudier la grandeur et les principaux diamètres du crâne, mais encore toutes les protubérances qu'on rencontre à sa surface et les développements plus ou moins grands qu'elles peuvent prendre. Remarquons toutefois que ces mesures n'ont jamais été établies sur des bases assez précises pour qu'on puisse bien reconnaître les anomalies, et savoir jusqu'où s'étendent les limites entre lesquelles on les rencontre.

D'autres ont étudié, dans la structure normale du corps humain et dans l'équilibre établi entre les différentes par-

ties de la charpente osseuse , les moyens de redresser les membres qui offrent une organisation vicieuse. Cette étude, suivie avec prudence, a conduit à des résultats intéressants : on a pu reconnaître ainsi les défauts de conformation provenant d'une croissance trop rapide , ou les dangers résultant d'un développement trop lent; on a pu apprécier combien des travaux pénibles, imposés à des enfants ou môme à des adultes, peuvent entraver le développement de l'homme ou le vicier complètement. La voix de l'humanité s'est élevée en faveur des enfants emprisonnés et torturés dans les fabriques, ou en faveur des jeunes gens enlevés à leurs familles dans un âge trop tendre pour pouvoir supporter la vie militaire : elle a fait voir que des fatigues prématurées tendent à détériorer l'espèce et à la réduire en quelque sorte à un état de rachitisme général.

Tous les peuples se sont accordés à regarder le corps humain, dans son état normal, comme le type le plus parfait. Quand ils ont voulu matérialiser la divinité et la présenter sous une forme saisissable, ils n'ont rien conçu dé plus noble et de plus majestueux que la figure humaine. Ils n'ont pas même rêvé un type général : ils ont pris chacun plus spécialement les caractères qu'ils avaient sous les yeux, et leur préférence ne résultait pas seulement de la grâce et de la beauté des formes, ils trouvaient encore dans le corps humain des relations cle grandeur si parfaites, qu'ils cherchaient à les rappeler clans tous les ouvrages sortis de leurs mains.

C'était généralement au corps humain que la plupart des peuples avaient emprunté la base de leur système de mesure : la brasse, la coudée, le pied, la palme, le pouce, le doigt, etc., sont autant de mesures de longueur dont la valeur est déterminée par quelqu'une des parties du

corps de l'homme; ainsi, tout individu régulièrement conformé portait en soi l'étalon du système de mesure adopté dans sa nation.

Mais les modernes ont porté plus loin leurs études. Vers la fin du siècle dernier, ils ont pris leur unité dans la grandeur même de notre terre. La dix-millionième partie du quart du méridien terrestre est devenue l'étalon de mesure, ou le Mètre, qui tend aujourd'hui à devenir l'unité générale entre tous les peuples civilisés. Cette unité du type, prise chez l'homme depuis les temps les plus anciens, et dont la valeur devait varier dans les différents pays, selon l'ordre des tailles, n'a pu être rapportée à une grandeur ûxe et immuable, à la grandeur de l'équateur terrestre, que quand on a eu les moyens de vérifier cette mesure et de la reconnaître avec assez d'assurance pour qu'on put apprécier son identité sur les différents points de la terre.

Les anciens avaient des notions plus exactes que les modernes sur la théorie des proportions humaines ; ils en avaient formé une branche de leurs connaissances qu'ils désignaient sous le nom de Symétrie. Malheureusement leurs ouvrages ne sont point parvenus jusqu'à nous; nous ne possédons guères que les admirables statues que ces études ont fait naître. Nous ignorons la marche que leurs auteurs ont suivie pour arriver à une perfection aussi grande ; niais ce que l'antiquité nous a laissé prouve que leurs enfants, pas plus que les nôtres, n'avaient le sentiment du beau et l'aptitude à reproduire les formes extérieures. Nous y voyons que les soldats romains, en charbonnant les murs, ne montraient ni plus de goût ni plus de savoir faire que nos soldats dans leurs corps de garde. Les voyageurs qui ont visité les ruines de Pompéi ont pu remarquer, clans quelques édifices militaires, des figures

tracées par des mains inexpérimentées et croire qu'elles n'avaient été tracées que de la veille. Alors, comme aujourd'hui , ces figures grotesques se réduisaient presque à une tête informe avec quelques lignes pour figurer les bras et les jambes. Les plus étudiées présentent des mains sous forme de tridents ou de fourchettes.

C'était par des études bien dirigées qu'on parvenait à construire les statues qui exciteront à jamais l'admiration des hommes : il ne faut pas confondre les dessins malheureux dont nous venons de parler , avec les médaillons nombreux que l'on trouve même dans des habitations particulières et que l'on ne s'attendait pas à y voir. On ne trouve pour ainsi dire point de figures formant la gradation de ces dessins d'enfants à des. dessius de mérite. Les principes du dessin semblaient être si sûrs et si bien enseignés, que les médiocrités malheureuses de l'ignorant pendant ses études disparaissaient, comme si ce temps d'études eut été extrêmement court.

Ils avaient des types dont ils ne s'écartaient pas : celui que donna Polyclète, comme le modèle de l'homme régulièrement conformé, était si beau, qu'on le nomma la règle ou le canon. Le Jupiter olympien représentait le souverain des Dieux ; et il n'était permis à aucun artiste de s'écarter du type donné à la figure d'Alexandre le Grand.

Certains peuples, dépassant les modèles qu'ils avaient sous les yeux, en ont exagéré à dessein les principaux caractères et ont produit ainsi des déformations qu'ils ont prises pour le type du beau 1. On peut voir à ce sujet les

1 Histoire naturelle de l'homme, par M. Prichard, traduction de M. le DrRoulin, t. II, p. 95. — « La beauté idéale que cherchaient à produire les Aztèques était favorisée par l'allongement normal des os, du crâne et de la face de cette tribu. Par la compression, ils ne faisaient qu'exagérer leur type naturel. Il en est de même des crânes qui, pour la première fois, ont été donnés au Muséum par M. Raynaud, officier de la marine

PROPORTIONS PU CORPS HUMAIN. i >5

observations des naturalistes et particulièrement de MM. Ilumboldt, Prichard, Pentland , Serres, etc. Voici quelques remarques de ce dernier savant, au sujet de deux enfants microcéphales qu'on montrait à Paris en 1855 : « Les portraits des anciens Aztèques et les figures de quelques unes de leurs divinités sont remarquables par la dépression du front, d'où résulte la petitesse de l'angle facial: c'est une forme qui paraît avoir appartenu au beau idéal de la race et que beaucoup de nations américaines ont cherché à imiter au moyen d'une compression artificielle de la tête. On observe aussi la même forme de la tête dans les bas-reliefs des dieux et des héros sculptés dans les anciens temples du Yucatan et du Sud du Mexique. »

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