Influence des sexes
Un aperçu général de la croissance chez les deux sexes nous a permis déjà de saisir quelques résultats qui ne
sont pas sans intérêt1. Notre examen va porter maintenant d'une manière spéciale sur toutes les parties de leur organisation.
L'homme entièrement développé présente en Belgique une hauteur moyenne de lm689, et la femme de ln'580 : ces deux nombres sont à peu près comme 1 à 0,937; ou bien encore comme 16 à 15.
Quelquefois la grandeur de l'homme s'exprime sous une forme plus simple : on prend pour unité la hauteur de la tête, et la grandeur totale de l'homme est alors 7 3/5, celle de la femme 7 1/5. Ce rapport, exprimé en d'autres termes, vaut 1 à 0,947.
Comparativement à la hauteur totale, toutes les dimensions de la tête de la femme, dans le sens de la hauteur, sont en général plus grandes que chez l'homme. Prises dans le sens horizontal, elles sont à peu près les mêmes : ainsi la grandeur des yeux, de la bouche, des oreilles, la largeur du nez, etc., ont les mêmes valeurs relatives.
Proportion gardée, les distances du vertex aux différentes parties du torse sont également plus grandes chez la femme que chez l'homme. Ainsi, la distance du vertex au nombril dépasse, chez la femme, les 4/10 de la hauteur totale ; chez l'homme, cette distance est un peu moindre que cette valeur.
1 Les huit premiers tableaux numériques, placés à la fin de cet ouvrage , font connaître successivement les valeurs absolues des différents membres chez l'homme et chez la femme, pour les différents âges. Les huit tableaux suivants donnent les valeurs relatives de ces mêmes nombres, en prenant pour unité la grandeur absolue de l'homme développé.
Le tableau qui les précède donne les dimensions de l'homme et de la femme au moment de la naissance, puis au moment du développement complet.
Il en est autrement pour les extrémités inférieures. La jambe, par exemple, est relativement plus courte chez la femme que chez l'homme. A 25 ans, la hauteur de la rotule au-dessus du sol est de 0m475 chez l'homme, et seulement de 0,442 chez la femme. D'une autre part, la hauteur de la bifurcation au-dessus du sol est 0m806 chez l'homme et seulement 0m739 chez la femme.
On doit remarquer encore que le point qui partage, à partir du sol, l'adulte en deux parties égales, se trouve, chez l'homme, un peu au-dessous du pubis ; chez la femme, il est un peu au-dessus.
On ne peut qu'admirer cette convenance des proportions : l'homme, défenseur de la femme, chez qui l'agilité est nécessaire, paraît avoir des proportions plus convenables à cette facilité de mouvements. Chez la femme au contraire, qui est l'espoir de l'avenir de la famille , la construction semble en garantir davantage la 'fixité et l'aplomb.
C'est ce qu'on verra facilement, en examinant, dans le tableau n° 7 des valeurs comparées, la hauteur du pubis par rapport à la hauteur entière de l'individu. En effet pour l'homme, la hauteur du pubis au-dessus du sol vaut, à partir de l'âge de 13 ans, plus de la moitié de la taille, tandis qu'elle est moindre avant cette époque. Pour la femme au contraire, le pubis reste toujours au-dessous de la demi hauteur moyenne. Ce point est très remar- . quable.
Chez l'homme entièrement développé, la distance du nombril à l'extrémité du bras tendu à la hauteur du sommet de la tête, vaut les six dixièmes de la taille entière. Il en est à peu près exactement de même de la hauteur du nombril au-dessus du sol: c'est une remarque déjà faite précédemment, page 431 ; seulement cette dis-
tance tombe un peu au-dessus du nombril pour l'homme et un peu au-dessous pour la femme.
Le pied, toutes choses égales, est aussi relativement plus petit chez la femme que chez l'homme. Cela peut tenir à ce que le poids de l'homme, relativement plus considérable, exige pour appui une surface plus grande que celle qui résulterait de la simple inégalité de taille. Les poids, avons nous dit, ne croissent pas comme les hauteurs des individus, mais dans un rapport beaucoup plus rapide.
Il en est de même du bras : la main fait exception, et sa longueur est comparativement la même chez les deux sexes ; cependant sa largeur paraît un peu plus grande chez la femme.
Quant aux circonférences, elles sont généralement moindres, chez l'homme, dans les parties charnues : c'est ce qu'on remarque, par exemple, dans les circonférences des cuisses, des bras, du corps à la hauteur des hanches et des trochanters. Ces dernières parties sont surtout très marquées chez la femme : bien que le diamètre pris entre les deux trochanters soit, dans sa valeur absolue, à peu près le même chez les deux sexes , il se trouve relativement beaucoup plus fort chez les femmes ; c'est même là ce qui forme leur principal caractère , tandis que les hommes, au contraire, se distinguent davantage par la largeur des épaules : ces différences caractéristiques sont d'habitude prononcées outre mesure par les artistes.
Nous avons cherché à donner une idée principale des transformations que l'âge introduit dans la structure de l'homme et dans la grandeur de ses membres, pendant le cours de son existence. Nous joindrons à ces explications quelques linéaments qui pourront donner une idée du degré relatif d'accroissement des différents membres. Ces traits feront mieux comprendre, croyons-nous, les valeurs
numériques que renferment les tableaux placés à la fin de cet ouvrage. (Voyez le tableau).
Le crâne, probablement à cause de son importance, présente la quantité la moins sujette à varier pendant le cours de la vie. Si l'on fait entrer cette partie dans les mesures plus grandes et non homogènes, son influence deviendra d'autant moins sensible que ces dernières mesures, naturellement, seront plus étendues.
Si l'on abandonne cet élément, et si l'on compte à partir de la première vertèbre , ou à partir de l'insertion des clavicules, la variabilité des différentes parties du torse se fera mieux sentir. Le torse, ou la distance des clavicules jusqu'à la bifurcation, s'accroît, depuis la naissance jusqu'à l'entier développement de l'homme, de 0m200 à 0m591 (Voyez valeurs absolues y 3e tableau numérique). Les valeurs sont donc comme 1 à 2,95 : dans le sens opposé, pour la distance de la naissance au pli, le rapport est de 353 à 740, ou de 1 à 2,92.
L'expérience met en évidence un résultat assez simple. Pour l'homme qui tient les bras étendus de manière à avoir la main à la hauteur du vertex, la distance du nombril jusqu'à l'extrémité du doigt médius est d'un mètre environ (tableau 7 des valeurs absolues). Elle conserve, relativement à la hauteur totale do cet individu, une valeur qui est dans le rapport de 6 à 10. Pour les enfants, le rapport est un peu plus grand en se rapprochant de la naissance.
La hauteur du nombril au-dessus du sol, chez l'homme, est un peu plus élevé qu'un mètre, et conséquemment égale à la distance déterminée précédemment : en sorte que si l'on prend le nombril pour centre d'un cercle ayant pour rayon la hauteur de ce point, la circonférence passera par l'extrémité du doigt médius , élevé à la hau-
leur du vertex: cette égalité avait déjà été reconnue K En prenant 1 ,020 pour rayon du cercle et 0m064 pour hauteur du vertex au-dessus du nombril, la corde qui joint les index est égale à 1,549, et l'angle dont le sommet est au nombril vaut environ 100 degrés2.
Les lignes, marquant par leur hauteur, la grandeur des membres, vont en se relevant, depuis l'époque de la naissance jusqu'à l'instant de l'entier développement : mais elles ne se relèvent pas avec la même énergie. En général, ce développement se fait d'une manière plus ou moins rapide depuis la naissance jusque vers 17 à 18 ans :
i II no faut pas confondre cette mesure avec celle donnée plus haut pour la largeur des bras étendus liorizontalement et répondant à peu près à la hauteur entière du corps.
2 On a x = 1/1,020 :
la croissance alors diminue considérablement ; elle se fait sentir encore cependant jusqu'à 25 ans et même jusqu'à 30.
L'homme, alors entièrement développé en hauteur, ne change plus guère que dans le sens horizontal. Cet état demeure à peu près le même jusqu'à l'âge de 50 à 60 ans : on remarque ensuite une diminution qui s'opère lentement et qui peut aller à 8 ou 10 centimètres. Cette diminution tient à un état d'affaissement des parties molles qui se trouvaient entre les parties osseuses, et qui ont fini par ne plus avoir le même ressort : d'autres parties de la charpente osseuse peuvent également s'affaisser et se courber sous le poids entier du corps, qu'elles ne soutiennent qu'avec peine.
La figure ci-jointe donne une idée de la manière générale dont le développement s'opère. La hauteur du sommet de la tête au-dessus des aisselles de l'homme, par exemple, est de 175 millimètres pour l'enfant naissant; elle s'augmente assez rapidement pendant les deux premières années qui ont suivi la naissance ; puis sa croissance devient à peu près régulière depuis 2 jusqu'à 18 ans ; entre 18 et 25 ans, elle est à peu près nulle et a pour valeur 413 millimètres.
On voit que ce développement se fait avec beaucoup de régularité, surtout pour la circonférence du poing : la ligne qui marque son développement est à peu près droite. Aussi on ne remarque pas sur la circonférence qui limite le poing, ce renflement des chairs, exubérance qui se manifeste en général dans les parties charnues telles que le cou, la circonférence du biceps; les cuisses, et en général, toutes les lignes qui marquent la taille de ] 'homme, ont des accroissements assez prompts vers l'époque de la naissance, puis elles s'élèvent avec plus ou moins de
facilité. La circonférence du poing parcourt, depuis la première année jusqu'à 18 ans, une ligne à peu près droite ; il en est de même de la ligne marquant la hauteur du sommet de la tête au-dessus des aisselles, ainsi que de la tête même.
La courbe qui indique la circonférence du col et surtout celle qui marque la circonférence du biceps, prennent un accroissement très rapide un à deux ans après la naissance ; puis elles s'abaissent médiocrement, pour remonter ensuite, et prendre le même accroissement que les autres parties du corps.
Il suffit de montrer ces changements et d'indiquer les cas les plus particuliers, parce qu'il est facile de concevoir alors quelles peuvent être les lignes qui désignent les changements opérés ailleurs, sans que nous ayons besoin de recourir à d'autres indices qu'aux nombres qui les représentent.
Nous nous sommes attachés , dans ce qui précède, à examiner successivement le détail des développements que prennent les principaux membres du corps de l'homme depuis l'instant de sa naissance. Nos réflexions se portaient sur le développement de la taille prise directement; mais il est d'un intérêt peut-être tout aussi grand, d'estimer indirectement le développement de l'homme, c'est à dire en prenant sa hauteur comme constante, et en la faisant égale à la longueur du mètre, par exemple. Nous en déduirons plus facilement des résultats qui peuvent intéresser1.
On trouvera, à la suite des huit tableaux qui concernent la taille de l'homme, les huit autres tableaux dont il est ici question.
i Premier cas. Supposons que m soit la grandeur de la tête, au moment de la naissance; m' la grandeur de la tête, après la première année ;
Remarquons avant tout que, dans la première manière de représenter par des lignes le développement des différentes parties du corps de l'homme, toutes ces lignes en général allaient en sy élevant ; et effectivement on concevra qu'il ne pouvait guère en être autrement , excepté pour les cas particuliers de maladie ou pour la décroissance vers la fin de la vie. L'organe même qui n'aurait point varié de grandeur depuis l'origine de la vie, aurait été représenté par une ligne horizontale. (Voy. le tableau ci-joint).
Dans notre seconde méthode de représenter les croissances, le contraire a généralement lieu : les parties calculées seront moindres que lm000 et la courbe aura ses différentes branches qui s'abaisseront au lieu de se relever. On pourra voir par le tableau ci-joint les formes qu'affecteront les différentes lignes. Généralement elles iront en Rabaissant d'une manière plus ou moins rapide. Quelques-unes, mais en petit nombre, auront un mouvement d'ascension temporel, comme pour la circonférence
m", après la seconde année, et ainsi de suite : ces grandeurs donneront successivement les différentes mesures qu'on aura recueillies sur le modèle pendant sa croissance, savoir :
m m tu" m" etc.
à la naissance, après 1 an, après 2 ans, après 3 ans, etc. Second cas. Si l'on regarde chaque individu comme ayant un mètre de hauteur, et si l'on réduit la longueur de ses membres en conséquence, on a :
<m ytC m" m"
- lm000, — lm000, — lm000, — lm000, etc.,
les lettres m, m', m", m'", exprimant, comme nous l'avons dit, la hauteur de la tête mesurée d'année en année, conformément à la première table. On représente par h, h', h", h'", etc. la hauteur de l'homme pendant ces années.
Ainsi, à l'âge de dix ans, la valeur à inscrire dans notre table des hauteurs de la tête, sera (d'après notre 1er tableau à la fin de ce volume) .m',o = 0,205, et (d'après la table page 177) h' 0 = 1,273; d'où l'on tirera
— — X 1,000, ou bien 0m161, ce qui est en effet le chiffre placé dans
notre 1er tableau de la seconde série.
du biceps, etc., c'est à dire pour les parties qui sont généralement charnues. Ces parties ne se produisent guère que dans le premier temps qui suit la naissance,' et leurs accroissements sont assez rapides. [Voyez le tableau cijoint.)
Pour la longueur du pied, la ligne est à peu près horizontale; il en est de môme pour la longueur de la main.
On concevra mieux les valeurs que renseignent les calculs, en jetant les jeux sur les huit tableaux qui succèdent aux huit premiers dont il a été parlé précédemment ; ils aideront à se former une idée exacte sur la croissance naturelle du corps humain.
Le tableau numérique des pages 19, 20 et 21 suffira pour donner une première idée de la croissance : on y verra la mesure de chaque membre, pour l'homme et pour la femme, au moment de la naissance et à l'âge de 30 ans , époque où la croissance peut être considérée comme terminée. On a calculé, pour l'un et pour l'autre sexe, dans une colonne séparée, le degré de développement qu'a reçu chaque partie du corps depuis le moment de l'entrée dans la vie jusqu'à cet âge de 30 ans1. Dans une dernière colonne, nous avons fait entrer la longueur relative de chaque membre pour l'un et pour l'autre sexe : il en est bien peu, comme on le verra, où la longueur pour la femme soit dépassée par celle pour l'homme.
1 La grandeur d'un membre , après x années , est représentée par la valeur :
Yïlx
— lm000.
hx
Dans la fraction — — , le numérateur mx est la partie mesurée qui hx
doit être réduite, et le dénominateur h* est la hauteur de cette partie mesurée dont on cherche la mesure nouvelle.