‹ Anthropométrie, ou, Mesure des différentes facultés de l'hommeChapitre 21 sur 111 · Proportions chez les Belges · texte numérisé non relu

Proportions chez les Belges

Deux écoles principales ont particulièrement dominé en Belgique. L'une, celle de Van Ejck, l'inventeur de la peinture à l'huile, a pendant longtemps exercé le talent de nos artistes et secondé leurs penchants vers la vie contemplative : ses formes pleines de grâce et de noblesse " peuvent servir encore aujourd'hui de modèles ^

Cette école a fait place ensuite à celle d'un artiste du plus grand mérite, mais dont les talents étaient en quelque sorte opposés à ceux de son sévère et gracieux prédécesseur. Plein de fougue et de hardiesse, Rubens saisissait la nature sous ses aspects les plus émouvants ; anatomiste habile, dessinateur des plus exercés, coloriste du plus haut mérite, personne n'avait conçu mieux que lui la nature agissante et n'en avait mieux connu les formes. Ses tableaux, pleins de vérité et d'entraînement, firent oublier les sages leçons de Van Eyck; et toute l'école flamande en général prit pour guide cet habile mais dangereux modèle.

xmd alte Kunstgestaltung, yon Friederich Gottlob Rôber, Eh. Kon. Saclu professer der Baukunst. Leipsig, 1 vol. in-4», de 85 pages et 6 planches.

1 II convient de citer aussi, comme appartenant à lecole de Van Eyck, les Van Orley : on cite particulièrement Bernard Van Orley et les deux artistes Richard et Jean du même nom. Bernard était né à Bruxelles en 1490, et il devint à Rome élève de Raphaël; il mourut en 1560. Parmi les membres de sa famille, plusieurs se firent remarquer parleurs talents : particulièi-ement Richard Van Orley, que nous venons de citer; il était ué «n 1652 et mourut en 1732.

PROPORTIONS DU CORPS HUMAIN

Il en est résulté que la Belgique , qui avait en quelque sorte servi de berceau au nouvel art de la peinture dont les frères Van Eyck avaient posé les bases, a présenté deux écoles essentiellement différentes, deux écoles qui se trouvent en quelque sorte aux deux extrêmes limites que l'art a vu naître. D'une part la plus entière simplicité, de l'autre la fougue la plus impétueuse ; l'une ayant pris, pour type, la grâce et le repos ; et l'autr^, la vigueur et le mouvement. La hauteur à laquelle Rubens a su s'élever, avec ses élèves les plus distingués, a fait perdre de vue l'école si remarquable qui l'avait précédé, et aujourd'hui encore la Belgique ne semble vouloir suivre que Rubens. tout en admirant cependant les œuvres de Van Eyck.

Ceux qui suivirent la première école, surent, comme les partisans de l'école romaine, s'en rapporter à des figures servant de modèle et reprendre les formes des Grecs. Plus tard, les ardents élèves de Rubens, perdant presque continuellement de vue les connaissances approfondies et l'admirable entente de l'architecture humaine que leur maître possédait à un si haut degré, ne parurent voir souvent dans les proportions que des entraves à leur fougue souvent irréfléchie. L'étude sévère des dimensions du corps humain fut plutôt considérée comme une spéculation curieuse que comme une étude utile à l'artiste. On aurait tort cependant de placer dans ce nombre l& sévère et élégant Van Dyck, le plus illustre disciple de cette grande école , celui que Rubens considéra toujours comme son élève de prédilection.

De là, le petit nombre d'ouvrages publiés en Belgiquesur les proportions humaines. Un des principaux est celui de Gérard de Lairesse , artiste Liégeois qui passa la majeure partie de sa vie en Hollande. Une femme qu'il avait aimée se vengea de son abandon en lui portant un coup de

couteau qui faillit le tuer. De Leraisse , contre toute attente, l'épousa et se rendit avec elle à Utrecht. Il alla quelque temps après à Amsterdam, où il obtint de grands succès; il y gagna également une fortune qu'il ne put toutefois conserver pour les jours malheureux où il fut privé de la vue. Il était né à Liège, en 1640, et mourut en 1711; il devint aveugle plusieurs années avant sa mort, mais il se%ervait de l'aide d'un de ses fils et du concours de ses élèves pour publier ses travaux sur la peinture, dans lesquels il reprit les règles données par ses prédécesseurs.

Il ne brille point par la grâce ; mais ses ouvrages se font remarquer par la sûreté et la rapidité du dessin : il était réaliste avant tout, et consultait moins l'élégance que la vérité des contours. Le choix de ses modèles aussi ne se distinguait pas, en général, par la noblesse des formes : il conseillait cependant, etavec raison, la sévérité du dessin. " La géométrie, disait-il, est ici d'une absolue nécessité, et, sans elle, on ne peut rien tracer sur le papier (pages 16 et suivantes). Les yeux sont à une telle distance l'un de l'autre, qu'il pourrait s'en mettre un troisième entre deux. Le nez a le tiers de la longueur du visage. La bouche est aussi large qu'un oeil. Les oreilles sont à niveau des yeux par en haut, et du nez par en bas, quelque long ou court qu'il soit. r> Dans le second visage (nous n'avons pas cru devoir le reproduire), on voit le même partage tracé avecla même raideur ; mais la figure et les proportions de la tête sont différentes. « La première est d'un sixième plus longue que large, et la seconde est quarrée. Pour ce qui regarde les mains, elles sont deux fois plus longues que larges; et chacune de leurs parties a sa propre longueur, largeur et épaisseur. La longueur du pied est un sixième de la t-aille d'un homme, et il est de 5/8 plus long que large.

La longueur du visage et des mains doit être exactement égale, et fait tout juste le dixième de la hauteur d'une personne. On doit remarquer, d'ailleurs, que ce sont les proportions les plus régulières, tant dans les hommes que dans les femmes ; et quoi qu'il y ait peu de personnes qui se ressemblent, il n'y en a point qui soit exceptée de cette règle. » La rigueur de son raisonnement sur les formes n'est pas tout à fait d'accord avec sa pratique dans les arts du dessin. Ces sortes de discordances se remarquent assez souvent, lorsqu'on juge les œuvres des artistes d'après les principes auxquels ils semblent tenir le plus^

1 Godefroid Bidloo , docteur en médecine et en chirurgie , publia à Amsterdam, en 1685, un traité d'anatomie, grand in-fq^., écrit en latin, avec cent cinq grandes planches anatoniiques par de Lairesse , et sous le titre :

1. Anatomiae humani corporis centum et quinque tabulis,per artificiosiss. G. DE Lairesse, acZuîuiem delineatis demonstrata. — Nous nous bornerons à énoncer le titre de cet ouvi'age, écrit plutôt pour la chirurgie et l'accouchement, que pour la théorie des proportions humaines.

2. Les principes du dessin; ou méthode courte et facile pour apprendre cet art e)% peu de tems par Monsieur Gérard de Lairesse; 1 vol. in-folio, se composant de 24 pages de texte , et de 120 planches , renfermant dans les 80 premières planches, des modèles de dessin pour l'homme et la femme; et, dans les quai'antes dernières, les quadrupèdes, les oiseaux et les poissons: Amsterdam, 1746. — Plusieurs éditions précédentes avaient paru en différentes langues.

3. Le grand livre des peintres , ou l'art de la peinture considéré dans toutes ses parties et démontré par principes avec des réflexions sur les ouvrages de quelques bons maîtres, et sur les défauts qui s'y trouvent, par Gérard de Lairesse. — On y a reproduit Les principes du dessin du même auteur. (Les 120 planches de l'ouvrage précédent n'y ont cependant pas été jointes.)

L'auteur donne à la planche 6, page 76 du premier volume, une gravure assez étendue, figurant l'homme et la femme , vus par devant, par derrière et sur le côté. Les six figures sont faites avec soin et reproduisent exactement celles qui se trouvent dans le livre II d'ALBERT DOrkr, sur la proportion humaine. Lairesse donne, comme l'auteur allemand, la longueur de chacune des parties des six figures , mais sans présenter les mêmes détails; les valeurs qu'il dessine ne sont exprimées que d'une manière tout à fait sommaire. L'auteur ne parle pas d'Albert Diii'er; il se

Mathieu Van Brée a fait paraître depuis, à Anvers, en 1821, sous le nom de Leçons du Dessin, un volume in-8*', accompagné 4e figures , pour servir à son enseignement dans l'Académie de la même ville, dont il était premier professeur. Cet ouvrage concerne moins les mesures du modèle que la partie anatomique ; il s'y trouve cependant quelques dimensions d'après les modèles anciens; nous nous bornerons à en donner un aperçu, sans oser en garantir l'exactitude. On verra sans peine que son module était la hauteur de la tête, qu'il divisait en quatre parties égales, comme l'avaient fait la plupart de ses prédécesseurs. '

L'hercule Farnèse, qu'il présente d'abord, a plutôt les proportions 4'une stature élevée que celles d'un homme vigoureux : on y trouve, en effet, les caractères principaux qui dominent chez les géants ; la tête conserve à peu près sa grandeur ordinaire, mais l'élévation de taille se porte sur le reste de l'individu et surtout sur les jambes, car c'est la partie du corps qui prend généralement le plus grand développement , quand l'homme s'élève au-dessus

borne à dire : « Afin de donner au jeune artiste uiie juste idée de la belle proportion des membres, je vais en mettre le rapport sous ses yeux, d'après la mesure que fen ai faite sur un squelette , conformément aux pi'incipes du professeur Bidloo , dans le temps que je dessinais , d'après nature, les figures de son célèbre ouvrage sur l'anatomie. Pour rendre cette comparaison plus facile, j'ai placé à côté des figures des deux sexes une échelle de dimensions. »» L'auteur, par suite de sa cécité, peut avoir été trompé en ce qui était imprimé sous son nom. Il suffit d'ailleurs de voir ces figures pour reconnaître que les proportions sont absolument différentes de celles données par Db Lairksse dans ses premiers ouvrages. Les figures de ceux-ci, celles des femmes surtout, ont généralement les parties inférieures du corps trop petites, en comparaison des parties supérieures, et elles seraient loin de pouvoir représenter la taille humaine comme modèle d'exactitude. Par contre, cet habile artiste était loin de suivre le style sévère et quelquefois un peu dur du célèbre peintre allemand.

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de la taille ordinaire. Je pense du reste que ses données sont inexactes. Elles ne s'accordent pas avec celles d'Audran, qui me paraît plus soigneux et ne donne à l'hercule Farnèse qu'une hauteur de 31 parties 7 minutes, au lieu de 32 parties 8 minutes que l'on trouve ici. La longueur de la jambe chez Audran est de 8 parties 9 minutes, au lieu de 9 parties 3 minutes ; la longueur des pieds n'est pas non plus concordante. Je conclus de ces différences que les proportions de Van Brée, par suite de leur discordance avec celles d'Audran, ne peuvent guère être justes.

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