‹ Anthropométrie, ou, Mesure des différentes facultés de l'hommeChapitre 61 sur 111 · Limites des grandeurs · texte numérisé non relu

Limites des grandeurs

En considérant les différents pays, et surtout les différentes époques, on trouve les opinions, les plus diverses sur les variations de la grandeur humaine. On rencontre à peu près les mêmes exagérations sur la durée de la vie ; mais ici , du moins , il est plus difficile de combattre les préjugés qui pourraient exister par suite du défaut à peu près complet de preuves convaincantes sur les faits qu'on avance.

L'homme a laissé de ses débris dans les différentes régions 'qu'il a habitées; et ces débris ne permettent guère aujourd'hui, grâce à l'avancement des sciences,

de dépasser à leur égard les limites du vrai. Le squelette humain, déposé dans la terre à notre époque, diffère très peu, pour la grandeur, des squelettes les plus anciens qu'on ait pu découvrir : il existe des différences sans doute, mais telles qu'on peut les retrouver encore en comparant les différents peuples entre eux.

L'homme physique se distingue particulièrement par la taille ; c'est une de ses facultés caractéristiques qui établit chez lui les différences les plus marquées. Les deux tailles les plus extraordinaires que l'on ait observées jusqu'à ce jour , sont , pour la grandeur , celle du géant suédois, que Frédéric le Grand, roi de Prusse, avait parmi ses gardes du corps : sa hauteur était de 2"'523; et pour la petitesse celle du nain qui, au dire de Buffon, n'avait que 0'"433. Le rapport des tailles était donc de 6 à 1 environ, mais cette énorme différence ne portait pas également sur toutes les parties du corps ; nous aurons occasion de voir bientôt que la partie qui subit le moins de changement dans ces constructions extrêmes est justement la tête qui, généralement, n'entre que pour un quart ou un cinquième de la hauteur totale de l'individu chez le nain et n'en forme que le neuvième ou le dixième chez le géant : en sorte que la tête du géant et celle du nain ne diffèrent guère entre elles que du simple au double.

Les tailles des géants et des nains méritent la plus sérieuse attention ; ce sont en effet les deux formes les plus caractéristiques de l'homme, les deux limites les plus naturelles et qui se mettent le plus en évidence par la partie du corps la moins sujette à subir des altérations de grandeur.

Les habitants des parties septentrionales de l'Europe sont généralement plus grands que les méridionaux ; et

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cependant si l'on pénètre jusque chez les Lapons, on y rencontre des individus qui tombent au dessous des tailles ordinaires. Faut-il en conclure qu'une température médiocre est favorable, mais que les excès arrêtent la croissance?

Ce ne sont pas les latitudes justement qui déterminent ces différences; car, sans sortir de France ou d'Allemagne , on voit des provinces donner des tailles très différentes sous des latitudes égales.

Les causes qui influent sur les grandeurs des végétaux et des animaux ont aussi de l'influence sur l'homme ; les membres mêmes peuvent être diversement conformés. Le montagnard a généralement les muscles des jambes plus fortement développés que l'habitant des plaines.

Les dimensions des pieds sont également variables en passant d'un pays à un autre.' Il semblerait que la nature des terrains offre à cet égard une influence marquée pour limiter ou étendre leur étendue. Dans des pays chauds et d'un terrain sec, la plante des pieds chez les femmes surtout est généralement très limitée ; dans des contrées humides et d'un sol glaiseux, au contraire, la plante des pieds offre beaucoup plus de surface et perd toute l'élégance de ses formes.

Les naturalistes se sont attachés à signaler les différences qui caractérisent les races spécialement dans le développement du crâne et dans les formes des physionomies ; dans le corps même ils ont trouvé des différences qui ont paru caractéristiques. La jambe du nègre, par exemple, n'est pas conformée comme celle de l'homme de la race caucasique ; la forme arquée des tibias, les saillies du talon présentent des lignes qu'on ne retrouve pas dans nos climats.

Nous avons eu l'occasion de mesurer plusieurs nègres

qui portaient tous les caractères de leur race et qui servaient même de modèles aux artistes; nous en avons donné les dimensions. Nous y avons joint celles de divers individus appartenant à la tribu américaine des 0-jib-be- Was, qui nous ont permis de comparer ces hommes au teint rouge du Nord de l'Amérique avec les noirs de l'Afrique et les blancs de l'Europe.

Nous avons joint aussi à ces proportions , celles des habitants de la Chine , et l'on a pu voir qu'elles sont bien moins dissemblables des nôtres qu'on ne le croirait d'abord. Les différences même sont si peu sensibles, quand on s'en tient aux simples dimensions linéaires, qu'on pourrait ne pas s'apercevoir de la variété des races.

Ce qui souvent a fait croire à des différences plus grandes que celles qu'offre la nature , c'est l'intervention de l'homme et les déformations qu'il faisait subir à certaines parties du corps pour en exagérer les caractères. Voici quelques observations présentées à ce sujet par un naturaliste habile, au sujet de deux enfants microcéphales vivants, attribués à une race américaine et qui ont été montrés à Paris pendant l'année 1855.

« Toutes les régions du corps ne sont pas également susceptibles de variations; d'après leur structure et la comparaison des diverses races humaines , on remarque que la tête est la partie la plus mobile dans ses caractères; après la tête viennent le bassin et l'abdomen, puis les membres. La poitrine est la partie la plus fixe de l'organisme, par la raison qu'elle renferme les organes les plus essentiels à l'exercice et à l'entretien de la vie.

» Par une bizarrerie dont il est difficile de se rendre compte, dès ses premiers pas dans la civilisation, l'homme a cherché à se déformer, et les tentatives qu'il a faites à

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cet égard ont porté plus particulièrement sur les parties qui , par leur mobilité , se prêtaient le mieux à ses combinaisons ; la tête d'abord , puis l'abdomen , les membres et les pieds.

5» A l'aide de ces efforts, l'art est parvenu à faire des types humains artificiels pour satisfaire ses caprices ou ses préjugés. Les prêtres du paganisme sembleraient, au dire de quelques personnes, avoir particulièrement cultivé cet art , et les idoles qu'ils offraient à la vénération des peuples n'étaient peut-être que la représentation des produits qu'ils étaient parvenus à obtenir ^ »

Des géants et des nains.

Ce qui caractérise l'homme en général mérite de fixer l'attention de l'artiste. C'est par un tact exercé, par une étude approfondie qu'il peut faire apprécier, même dans une statuette, si celui qu'il a voulu représenter se distinguait, soit par la taille, soit par la force, soit par une autre qualité quelconque. Il existe donc des qualités bien tranchées, puisque chacun les apprécie quand on a su les saisir avec exactitude.

Ce sont les géants et les nains qui, par un excès ou un défaut de taille, méritent surtout de fixer l'attention : ils présentent, en effet, des caractères physiques importants qu'on ne rencontre pas chez les autres hommes.

Quelques-uns de ces caractères sont faciles à constater. En voici un, par exemple, que l'on peut accepter avec confiance, parce qu'il n'admet guère d'exception. Chez l'homme grand, la tête est petite relativement au reste du corps, et le contraire a lieu chez l'homme petit.

• Notice de M. Serres, Comptes-rendus de l'Académie des sciences ds Paris, séance du 9 juillet 1855.

L'enfant, qui n'a que quatre à cinq tètes de hauteur, ne choque point ; mais donnez à sa figure et à son corps les caractères de l'âge adulte, et vous comprendrez d'abord qu'il y a eu défaut de développement ; vous reconnaîtrez un nain.

Vous ne vous méprendrez jamais au point de regarder un pareil individu comme ayant atteint la taille ordinaire, et encore moins une taille fort élevée. Un géant avec une tête énorme, formant le quart de sa hauteur, serait une monstruosité sans exemple.

Les écrivains qui se sont occupés de l'homme, sous le point de vue artistique, nous ont fait connaître le rapport qui existe, chez un individu régulièrement conformé, entre la hauteur de la tête et celle de la stature entière ; mais ils ont gardé le silence sur les hommes remarquables par un excès ou un défaut de taille.

Le savant Godefroy Schadow fait, dans son Polydète, une remarque fort juste au sujet d'un individu de très petite taille, qu'il dessine entre deux hommes de six à sept pieds de hauteur. « Ce qu'il y a de remarquable dans ces petits individus, dit-il, c'est que la boîte de leur cervelle est quelquefois plus grande que celle des hommes de la plus haute stature, w [Polydète, ou théorie des mesures de Vhomme, p. 99. Berlin, 1834.) Il est â regretter que Schadow ne nous ait pas donné exactement les mesures des trois individus qu'il a représentés.

Je crois donc qu'il ne sera pas sans intérêt d'offrir quelques renseignements au sujet des mesures que j'ai été à même de prendre sur un géant qui se faisait voir à Bruxelles.

Cet homme se disait napolitain et âgé de 18 ans et demi. Il était assez régulièrement conformé et ne manquait pas d'un embonpoint en rapport avec sa taille élevée.

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