‹ Anthropométrie, ou, Mesure des différentes facultés de l'hommeChapitre 63 sur 111 · II · texte numérisé non relu

II

Circonférence de la poitrine . .

Longueur du bras, depuis les apophyses acromions jusqu'à l'extrémité de la main

Circonférence du ventre. . . .

Id. du haut de la cuisse.

Id. de la main. . . .

Id. de l'avant-bras . .

De la bifurcation jusqu'au sol. .

Au premier abord, la tête me parut grande, bien que j'aie eu lieu de reconnaître ensuite qu'elle n'était pas même

* Les nombres marqués d'un astérisque (*) sont un peu trop grands, parce que les mesures ont été prises sur l'individu habillé.

le huitième de la hauteur totale de l'individu ' . Tant il est vrai, que, dans de pareilles circonstances, on est plus préoccupé de la grandeur absolue que de la valeur relative des différentes parties du corps. Or, c'est cette valeur relative qu'il importe à l'artiste de connaître, quand il veut ensuite représenter, sur une petite échelle, un individu d'une structure remarquable. Les plus habiles s'y trompent facilement, quand leur jugement doit porter sur des choses qu'ils n'ont pas l'habitude de voir.

Pour rendre les comparaisons plus faciles, j'ai placé, dans le tableau précédent, à côté des mesures prises sur le géant, celles obtenues moyennement sur dix soldats d'un régiment d'élite, et sur un modèle d'une taille et d'une conformation remarquables.

Le géant napolitain surpassait donc d'un quart de leur taille les hommes d'un de nos régiments d'élite ; et la même proportion s'observait pour la grandeur des pieds et des mains, ainsi que pour la longueur des jambes. Mais la tête ]i'était pas développée dans le même rapport; les diamètres et les circonférences, au contraire, dépassaient ce rapport 1,25, non seulement parce que le géant avait en même temps un développement musculaire très prononcé, mais encore parce que les mesures avaient été prises sur l'individu habillé ; ce qui n'avait pas eu lieu pour les soldats belges.

Quant à la question de savoir jusqu'à quel point une hauteur de 2™ 15 peut être extraordinaire, il faut consulter les annales du passé. On rapporte que le Suédois qui faisait partie de la garde du Grand Frédéric, avait 2™52 de hauteur ; c'est à la vérité la taille la plus élevée

• La hauteur totale de l'individu, quand je l'ai mesuré, était de 2°'15 et la hauteur de sa tête de 0«n257. En prenant ce dernier nombre pour unité, on a pour taille totale environ huit têtes et demie de hauteur.

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qui ait été constatée d'une manière authentique. On peut donc être remarquable sans atteindre justement de pareilles proportions.

J'ai fait voir plus haut qu'il existe une loi curieuse entre les différentes hauteurs d'un grand nombre d'individus pris dans une même nation ; cette loi est telle qu'on peut fixer à priori comment tous ces hommes se groupent sous le rapport de la grandeur. Or, en prenant pour exemple les observations réunies en France, sur les tailles des conscrits ^ j'ai déduit de ces documents que sur 10,000,000 d'hommes, il ne doit s'en trouver qu'un seul ayant plus de 2'''027, d'après le cours ordinaire des choses. La hauteur du géant napolitain offrait donc réellement une proportion extraordinaire.

Les géants et les nains, pris individuellement, sont en général considérés comme des anomalies dans notre espèce; cependant, quand on observe les choses d'un point de vue plus élevé, cette idée est-elle bien exacte? Mes travaux sur la taille humaine m'ont prouvé que l'homme a une grandeur déterminée, formant une espèce de type : en considérant séparément les individus, ils s'écartent plus ou moins de ce type, et varient tellement entre eux, sous l'influence des causes accidentelles, qu'ils semblent ne pouvoir être rattachés par aucune loi de continuité; cette loi existe cependant : j'ai tâché de l'exposer plus haut; c'est, si je ne me trompe, l'une des plus curieuses que la nature ait fixées à notre espèce. J'ai tâché de la mettre en évidence et de montrer que non seulement l'existence des géants et des nains est une conséquence de cette loi, mais que même leur nombre est calculable

' Lettres sur la théorie des probabilités, appliquées aux sciences morales ^Apolitiques, p. 153, 1 vol, in-S», Bruxelles, 1846.

à priori pour une population donnée ' : dans la chaîne qui rattache tous les hommes entre eux, ils sont des chaînons nécessaires, bien qu'ils forment les chaînons extrêmes.

Je pense, du reste, qu'il est important de distinguer, parmi les hommes très petits, ceux qui sont destinés par leur organisation à rester nains de ceux qui ne sont nains que temporairement, par suite d'un point d'arrêt dans leur croissance, lequel peut disparaître plus tard.

Il n'existe peut-être pas d'homme qui soit arrivé à son entier développement, par des accroissements progressifs ; la ligne qui figurerait ce développement, offrirait pour chacun des ondulations plus ou moins prononcées : chez quelques-uns, le point d'arrêt peut donc subsister pendant plusieurs années. Ainsi, un enfant, petit et chétif d'ailleurs, pourrait être arrêté dans sa croissance pendant un certain nombre d'années et être réputé nain, bien que plus tard, à l'âge de puberté, par exemple, cette anomalie viendrait à cesser, du moins en partie.

Je ne pose qu'en hésitant cette distinction entre les véritables nains et les nains temporaires. Elle m'a été suggérée surtout à l'inspection des deux nains, 'fe général Tom Pouce et Yamh'^al Tro^np, dont je parlerai plus loin. Tous deux sont nés régulièrement constitués, bien qu'assez petits, tous deux appartiennent à des familles ne présentant d'ailleurs aucune anomalie générique ; leur croissance s'était arrêtée brusquement et à peu près à la même époque (vers 4 à 5 ans), et tous deux, on peut au moins le présumer, n'avaient pas dépassé leur IP année.

Or, en comparant leurs proportions, elles sont à peu près exactement les mêmes que celles d'un enfant ordi-

1 Voyez plus haut ; voyez aussi les Lettres sur la théorie des probabilités (Lettres 20 et suivantes), 1 volume in-8°, Bruxelles, 1846; chez M. Hayez.

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naire de 13 à 15 mois, dont la croissance aurait été arrêtée : on pourra en juger par le tableau qui suit.

L'incurie au sujet des géants et des uains a été telle, qu'aucun naturaliste n'a pris soin jusqu'à présent de mesurer et de comparer attentivement les proportions relatives de ceux qu'il a été à même d'observer. C'est pour essayer de combler cette importante lacune dans l'histoire naturelle de l'homme que je me suis attaché à présenter de semblables mesures toutes les fois que j'ai été en position de pouvoir les prendre.

Je joindrai à ces renseignements les nombres qui ont été recueillis sur un troisième nain par M. Fouquet, directeur de l'école d'agriculture de Tirlemont ^.

« Le nain de Kerkum est né le 29 août 1838, au village de Kerkum, près de Binckum, dans les environs de Tirlemont.

« A deux ans et demi , il a cessé de croître , écrit M. Fouquet, et actuellement il porte encore des vêtements qui lui servaient à l'âge de 3 ans ; il est donc probable que le développement n'a guère varié depuis cette époque.

« Cet enfant est arrivé à terme. Interrogée sur les accidents qu'elle pouvait avoir éprouvés pendant sa grossesse, la mère n'a pu se rémémorer qu'une seule circonstance que je vous donne telle qu'elle me l'a exposée : pendant que j'étais enceinte, me dit-elle, j'ai perdu une vache et cette perte m'a causé une profonde affliction. Quant au second nain,. né cinq ans plus tard, elle pense que la vue constante du premier, dont la taille lilliputienne la peinait vivement, l'a trop fortement impressionnée pendant sa grossesse. Depuis elle a mis au monde un enfant du sexe

i Nous les devons à l'obligeance de M. Bellefroid, directeur au ministère de l'intérieur et membre de la commission centrale de statistique.

féminin qui aujourd'hui a 17 mois et paraît parfaitement constitué; mais on ne peut encore rien préjuger pour l'avenir, l'arrêt de développement pouvant se déclarer vers l'âge de trois ans, comme chez ses frères ^

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