‹ Anthropométrie, ou, Mesure des différentes facultés de l'hommeChapitre 81 sur 111 · Forces intellectuelles · texte numérisé non relu

Forces intellectuelles

Rien ne semble coûter plus à l'homme que de reconnaître, chez lui, des traits de similitude et d'imitation avec les autres hommes. S'il ne peut dissimuler ses formes physiques, il veut être libre au moins par sa pensée, et ne tenir en rien aux autres corps par son intelligence. Cependant cette similitude existe, et on ne peut mieux la concevoir qu'en étudiant l'homme dans ses actions vulgaires, et, s'il était possible, dans ses faits les plus cachés. L'étude en a été faite, du moins partiellement, en constatant ses méfaits, ses délits, et ses crimes devant la loi Il n'est pas d'ouvrage plus remarquable sous ce rapport que les documents de la justice criminelle et correctionnelle que publie la France, et ceux que donnent, à son exemple, différents autres pays. Bien qu'il soit impossible d'avoir ces documents au complet, il n'est pas d'études où les faits naturels se développent d'une manière plus sensible. Peut-être n'a-t-on pas encore "remarqué avec assez de persévérance combien ces documents peuvent jeter de lumière sur la partie morale de l'homme.

La loi qui. détermine les tailles n'est point unique, avons-nous dit : c'est la même loi qui règle les poids et les forces ; ajoutons que cette loi s'exprime, comme nous l'avons montré, par une formule qui intervient à peu près dans tous les phénomènes les plus frappants qui nous

1 On s'est demandé souvent pourquoi l'homme a mis plus de soin à constater les méfaits et les crimes, que les belles actions et les nobles sentiments. D'abord il serait injuste de méconnaître les soins qui ont été pris pour faire connaître les grandes et nobles qualités de l'homme; mais" on doit comprendre en même temps que la société doit, avant tout, veiller à la conservation de l'espèce, et combattre avec le plus d'énergie possible les mauvaises passions et les crimes qui "pourraient amener sa détérioration ou même sa perte.

concernent. Elle a mérité, mais sous d'autres rapports, les méditations de Newton, de Pascal et des plus grands génies qui avaient l'habitude de voir et de juger les admirables travaux de la nature.

J'ai même prouvé que cette loi ne concerne pas seulement les tailles, les poids et les forces ; elle appartient encore aux autres qualités de l'homme et spécialement à celles qui dirigent son intelligence et son moral. Croira-t-on jamais qu'une loi semblable soit accidentelle, et qu'elle puisse se modifier après l'espace de quelques siècles. Que deviendrait donc l'œuvre du Créateur avec des lois aussi variables? Si je pouvais élever quelques doutes, ce ne serait certes pas sur l'existence du principe, ce qui semblerait une méfiance relativement à la puissance du Créateur, mais sur l'énoncé même de cette loi , qui n'aurait pas été formulée complètement

On a quelquefois établi des hypothèses, reconnu même des faits, comme les pestes et les fléaux destructeurs, qui rejettent l'humanité, pour un temps, en dehors de ses habitudes, et produisent des mortalités extraordinaires ; quand on touche ensuite à des jours plus heureux, doit-on s'écrier que la loi de la nature a totalement varié ? Ne peut-elle avoir été modifiée, pendant un certain temps, par des actions secondaires que nous ne connaissons pas, et reprendre ensuite sa marche habituelle ?

Croyons-le bien, malgré la vie irrégulière et quelquefois dissolue des anciens Grecs et Romains, sa durée n'était pas aussi différente de la nôtre, qu'on paraît le supposer généralement. C'est une première considération qu'il importe d'avoir sous les yeux, quand on attribue des qualités personnelles et des habitudes aussi dissemblables des nôtres à la généralité des anciens ; on devrait oublier un peu moins ce que nous apprend l'histoire à cet égard.

SON AVENIR

Rappelons-nous les hommes les plus illustres chez les anciens et chez les modernes, nous trouverons qu'ils n'ont point différé par les mœurs et par l'âge autant qu'on pourrait le présumer : il suffit de citer les noms des plus distingués d'entre eux, ceux qu'on a pu le mieux connaître, pour s'assurer que la longueur de la vie n'offre pas ces inégalités étonnantes d'âges dont on nous parle encore aujourd'hui. Aux deux termes extrêmes, les hommes qui ont pu atteindre à la célébrité sont assez fidèlement exprimés par les noms suivants, si nous voulons en prendre un exemple \

Hommes les plus distingués dont les noms nous sont parvenus :

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