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loin; il a placé les unes à la suite des autres ces citations distraites de leur lieu, tronquées, mutilées, faussées; et quand il a vu que tout cela s’entre-choquait , se heurtait d’une façon passablement bouffonne, que tout cela devait effrayer les timides et les détourner de l’étude, il s’est senti heureux et fier!.... Il s’est croisé les bras comme Dieu au septième jour !....
Puis nouveau Jupiter tonnant , il a lancé son carreau dans tous les sens : dans les cercles et dans les cafés, dans les salons et dans les boudoirs, dans les provinces et dans la capitale ; urbi et orbi !....
Pendant cette première et rapide circulation de l’œuvre , nous avons saisi un exemplaire au passage. Mais, comme nous pouvons savoir , mieux que d’autres , que la vitesse et le volume ne suffisent pas pour rendre un projectile meurtrier , qu’il lui faut encore de la masse ; nous avons pesé celui que nous tenions, et le poids s’étant trouvé singulièrement rapproché de zéro , nous avons laissé passer , sans inquiétude sur les ravages qu’il devait produire.
Quand, animé par une conviction profonde et étayé sur une logique rigoureuse, on marche vers un but, on est tout disposé à répondre à des attaques parties de convictions contraires et formulées par des raisonnements. Mais il est déplorable d’avoir à se détourner , pour se préoccuper du premier qui viendra , sans but et sans conviction lui-même, lancer quelques fades quolibets; il est déplorable de ne pouvoir se confier au bon sens public , assez pour être convaincu que justice sera faite, qu’une triste charge, qu’une mauvaise caricature n’aura pas puissance d’enrayer une idée neuve, une pensée féconde, une découverte utile!
Cette confiance que nous avions dans le sens commun, n’a été justifiée qu’en partie ; le pamphlet a continué son mouvement circulatoire, et plusieurs ont pensé et dit que nous nous taisions parce que nous n’avions rien à répondre. Nous ne pouvons vous répondre, M. Crestin?... C’est ce que nous allons voir!...
Il nous a été dit, Monsieur, qu’un jour on vous avait reproché de parler de la science, sans en connaître même les éléments.
Sensible à ce reproche, vous seriez rentré sous votre tente : là, pendant trois mois, vous auriez compulsé les œuvres du maître, opi~ niûlrément , oubliant presque de manger et de dormir.
Après cette pénible incubation , votre cervelle aurait enfanté l’œuvre qui nous occupe en ce moment.
Ainsi, Monsieur, vous avez étudié Fourier sérieusement et consciencieusement ?
Sérieusement et consciencieusement!... Car, il s’agissait d’une œuvre sérieuse et consciencieuse ; car vous aviez entre les mains tout ce que la vie d’un homme avait pu produire!... La vie d’un homme voué, absolument et sans réserve, au service de l’humanité!... D’un homme qui était mort à la tâche, sans se plaindre, toujours pauvre et méconnu!...
Vous avez étudié et vous n'avez rien trouvé !
Pas une idée, dans cette immense conception, ne vous a paru large et féconde; pas une pensée n’a frappé votre intelligence ou touché votre cœur ?
Vous n’avez rien trouvé!...
11 faut bien le croire Puisque vous le dites.... Puisque vous
l’avez imprimé.... Et puisque, en définitive, il n'est pas absolument impossible de trouver une explication au fait!...
Quelques lignes de théorie sont ici nécessaires : qu’on nous les pardonne ; nous serons bref.
Fourier établit que toute relation libre et naturelle entre les hommes a pour cause une des quatre passions amitié , ambition , amour et familisme ou lien de consanguinité. Il divise toutes ces relations qui, par leur ensemble, constituent le mouvement social, en rapports d’amitié et d’ambition qu’il nomme rapports majeurs, et en rapports mineurs d’amour et de famille.
Ceci compris, on peut établir, dans la conception de Fourier, trois parties bien distinctes:
1°. Fourier propose de modifier, de régulariser les rapports majeurs d'amitié et d’ambition, par l’organisation du travail. Reconnaissant de plus qu’un résultat théorique ne doit être accepté définitivement qu’après avoir été confirmé par l’expérience ; il demande que l’organisation qu’il a conçue soit essayée en petit sur une commune , ce qui ne peut offrir aucun danger pour l’ordre établi.
Organiser le travail dans une commune , tel était le vœu, le seul
vœu de Fourier ! Tel est encore le but unique vers lequel sont dirigés tous les efforts de ses disciples.
2°. Fourier démontre que les rapports mineurs d’amour et de famille doivent être acceptés et respectés tels qu’ils existent aujourd’hui; qu’il y aurait, à y toucher, péril immense et sans compensation possible. Mais il pense que , dans l’avenir , lorsque l’ordre et la liberté seront assis sur une base inébranlable par l’organisation du travail ; lorsque plusieurs générations auront traversé le milieu social réformé; il pense que les coutumes morales se modifieront d’ellesmêmes, pour se mettre en rapport avec l’ordre nouveau, que ces coutumes tendront à devenir franches et loyales, lorsque tout, en dehors d’elles, sera loyal et franc.
Ainsi, tout en déclarant que, sous ce rapport, rien n’est à faire aujourd’hui, Fourier cherche à prévoir, comme pure spéculation de ï esprit , quelles seront les mœurs de l’avenir. S’il arrive à des résultats bien différents de ce qui est, il n’y a pas à s’en étonner, car tout est lié dans le mouvement social ; et si les mœurs de la Barbarie diffèrent essentiellement des mœurs de la Civilisation, il est logique de penser que les mœurs de cet Avenir de richesse, de bonheur et de vérité, différeront encore plus des mœurs de nos sociétés, où tout est misère , douleur et mensonge.
5°. Après avoir expliqué comment le bonheur et la paix pouvaient éclore et se développer au sein de l’humanité par une organisation sociale capable de rendre les intérêts convergents , Fourier a complété son œuvre en s’élevant à la conception d’une harmonie générale entre les hommes, les mondes, les univers et Dieu! Il a su voir, dans tout ce qui est, un seul tout unitairement gouverné, marchant à un seul but , sous l’influence d’une seule volonté résumant toutes les volontés !
Ces préoccupations cosmogoniques forment une troisième partie qui est, comme la seconde, une pure spéculation de l'esprit , puisque sa nature même exclut toute pensée d’application : Fourier répète en vingt endroits, M. Crestin a eu grand soin de n’en rien dire, qu’on peut regarder comme des rêveries tout ce qui, dans son œuvre, ne se rattache pas directement à l’organisation du travail. Seulement il réclame pour lui le droit de rêver , droit dont tant d’autres ont usé sans contestation : Pythagore dans sa Métempsycose, Platon dans sa
République, Thomas Morus dans son Utopie, Newton dans ses, Commentaires sur l’Apocalypse, Descartes dans ses Tourbillons, l’abbé de Saint-Pierre dans sa Paix perpétuelle , etc., etc.
De la distinction que nous venons d’établir, il résulte que l’Ecole peut être attaquée logiquement , mais seulement de deux manières :
i°. En prouvant qu’il ne faut pas organiser le travail et l’industrie.
2°. En démontrant ( si l’on admet que le travail doit être organisé) que l’Ecole présente un mauvais plan pour cette organisation.
Mais il n’y a ni sens ni logique dans une argumentation qui serait ainsi formulée : « Votre maître a sur la cosmogonie des idées bizarres; « il a imaginé pour l’avenir des coutumes impossibles; donc l’orga- » nisation du travail que vous proposez doit être rejetée sans examen. »
Telle est cependant la logique employée à notre égard, puisque, parmi ces lambeaux de phrases jetés au public dans l’espoir de déconsidérer Fourier, rien ne se rapporte à l’organisation du travail, seule chose que nous présentons pour en obtenir l’essai.
Disons vrai, cependant : la brochure a touché au cœur de la question , puisqu’elle renferme quelques lignes ayant rapport à cette corporation d’enfants que Fourier appelle la petite-horde.
Ceci se rattache à l’éducation harmonienne, qui est peut-être, dans les livres de Fourier, la partie la plus saisissante, la plus largement traitée. Nous ne pouvons développer ici ce système d’éducation , l’espace nous manque : cependant nous essaierons de faire comprendre ce que c’est que la petite-horde.
L’organisation Phalanstérienne aurait pour résultat de rendre le travail attrayant, c’est-à-dire de transformer les travaux en plaisirs.
Cependant il est quelques travaux d’une nature telle qu’il ne sera jamais possible d’y entraîner les hommes par un attrait direct. Ces travaux sont en petit nombre; la puissance de l’Association, les progrès de la mécanique sauront les réduire encore et rendre leur exécution moins pénible. Néanmoins la classe qui s’en chargerait , par contrainte ou par nécessité, serait nécessairement une classe inférieure et déconsidérée, et son existence rendrait vains tous les efforts tendant à établir l’unité et l’harmonie au sein de la famille humaine.
Dieu a dû prévoir cet obstacle, et, s’il aime l’harmonie, l'accord et la liberté , il a dû ménager aux hommes un moyen naturel pour le surmonter. C’est ce moyen qu’il s’agissait de découvrir.
Une grande partie des enfants mâles, une plus faible partie des petites filles , sont , dans nos sociétés, de vrais diables , de mauvais garnements . Brusques, décidés, volontaires, rien ne les arrête; ils ne redoutent ni les déchirures, ni les taches , ni la houe , ni même les immondices : ils vont au but hardiment , et quand même , et par le plus court chemin.
Dieu a donc mis, sur la terre, un grand nombre d’enfants , pleins de courage et d’énergie , prêts à tout entreprendre si l’on sait les guider et les soutenir avec le point d’honneur! Ne voit-on pas que la difficulté qui nous inquiétait tout à l’heure a trouvé sa solution? Élevez, enthousiasmez l’âme de ces enfants!... Si l’homme recule devant une tâche, appelez-les! Montrez-leur l’harmonie en danger, le salut de tous compromis! Offrez-leur ce travail, cette peine, ce dégoût que tous les autres refusent ! La horde enfantine acceptera avec transport, parce que la horde va toujours en avant; parce quelle est milice de Dieu et soutien de l’Unité ! Et n’allez pas parler de payer ses services; ce qui la fait agir, c’est le dévouement religieux! La récompense qu’elle veut, c’est la considération et l’honneur ! C’est le pas sur toutes les autres corporations, à la parade industrielle ! C’est que tout étendard s’incline devant son étendard!
Est-il nécessaire de le dire? Nous ne songeons pas à consacrer une partie des enfants à des fonctions répugnantes , exclusivement et sans souci de leur développement physique et intellectuel. Il ne faut que peu de temps pour des travaux de cette nature , et chaque enfant de la horde aura, tous les deux ou trois jours, quelques quarts d’heure à peine à y donner. Après quoi , il reparaîtra , au milieu de ses compagnons, pour les études et les travaux de la journée.
Il se passera, dans une Phalange, ce qui se passe déjà sous les yeux, de tous , dans l’armée , dans un régiment en garnison. Là , il faut nettoyer et les cours et les écuries et les baquets, et ces travaux s’exécutent sans humiliation pour ceux qui en sont chargés. C’est qu’ils travaillent pour tous et ne sont pas aux gages de l’individu, c’est qu’ils ne sont pas exclusivement voués à cette humble fonction, c’est qu’ils donnent une grande partie de leur temps à des travaux nobles et guerriers, c’est que le régiment est une série hiérarchisée, çt que la hiérarchie a puissance de tout relever , de tout ennoblir.
Aussi dans l’armée et seulement dans l’armée, les chefs peuvent voir, sans être blessés dans leur orgueil, leurs fils placés dans la dernière classe et remplissant, sans exception, les charges les moins relevées attenantes à l’emploi.
Tout ceci est bien ridicule, n’est-il pas vrai, Monsieur? Il est bien absurde de supposer que Dieu a doué les enfants d’un tel caractère, pour faire d’eux les soutiens de l’Harmonie, le corps de réserve toujours prêt à marcher dès que l’accord et l’unité paraîtront fléchir. Vous aimez mieux admettre, avec beaucoup d’autres, hélas! que ces enfants ont été créés avec leurs penchants, dans le but providentiel de tourmenter les parents, les maîtres, les domestiques; de faire distribuer abondamment le fouet , le pain sec et la prison ! Avec d’aussi larges pensées sur les voies de la suprême intelligence, il n’est pas étonnant que tout vous ait paru, dans Fourier, anormal et bizarre au plus haut degré.
Fourier devait souvent parler des passions humaines et de leur légitimité, puisqu’il apportait la découverte d’une forme sociale capable de légitimer toutes ces passions scrupuleusement étudiées et rigoureusement connues. Ceci a donné l’occasion de citer quelques phrases dans le but de faire croire que Fourier, en parlant des passions, songeait exclusivement aux appétits matériels et n’offrait à l’homme d’autre bonheur que la satisfaction de ces appétits.
Cependant , en détournant le mot passion de son acception vulgaire, Fourier a expliqué avec soin le nouveau sens qu’il lui donnait, et sa définition, facile à comprendre, rendait toute équivoque impossible .
Fourier appelle Passion tout ce qui porte l’homme à l’action, tous les désirs, tous les penchants, tous les ressorts de l’âme. La Passion est en nous la force motrice; elle peut, comme toute force, produire de bons ou de mauvais effets, suivant le milieu dans lequel elle agit. La Passion fait le bien , quand elle peut se satisfaire en faisant le bien ; dans le cas opposé, elle fait ou elle peut faire le mal.
il ne faut pas confondre la cause avec l’effet : l’effet peut être mauvais, sans que la cause soit mauvaise , puisque cette même cause, en changeant les circonstances extérieures, cesserait de faire le mal, pourrait même produire le bien. Accuser la cause, qui est ici la passion, ç’cst accuser Dieu qui a gravé cette cause, cette passion au cœur de
tous! C’est l’accuser gratuitement, puisque le mal peut s’expliquer en suspectant seulement le milieu social où la passion agit; en admettant simplement que l’homme doit savoir avant de jouir, qu’il souffre aujourd’hui dans ses penchants, parce qu’il ne s’est pas encore placé dans le milieu en vue duquel Dieu lui donnait ces penchants; parce que, ayant négligé de s’étudier lui-même, il n’a pas su découvrir la forme sociale en harmonie avec sa nature, la forme sociale où tout ce qui est en lui pourrait se satisfaire et se développer pour son grand bonheur et à la fois pour le plus grand bonheur de tous.
Fourier a cherché cette forme sociale naturelle où tout serait en Harmonie , l’homme avec lui-même , la passion avec la raison , l’utile avec l’agréable , le beau avec le bon. Il a cherché et trouvé; et c’est dans cette société qu’il promet à l’homme le bonheur par la satisfaction légitime de toutes ses passions.
Sans doute, Fourier comprend les appétits matériels au nombre des passions. Mais dans l’analyse des passions que seul il a songé à faire , a-t-il oublié et les passions de l’âme qui relient les hommes les uns aux autres, et les passions plus élevées encore, telles que l’unitëisme , qui rattachent l’individu à l’espèce et l’espèce à Dieu !
Lorsqu’il le faut, comme dans nos sociétés modernes, l’homme de cœur sacrifie toujours les passions spécialement individuelles à l’amour de ses semblables, au sentiment religieux.
Mais le même homme, évidemment, serait plus heureux encore si le sacrifice n’était pas nécessaire, s’il pouvait satisfaire en même temps et ses tendances les plus nobles et ses désirs sensitifs. Ces désirs, en définitive, sont tous fort innocents par eux-mêmes; les plus chauds moralistes , les idéalistes les plus éthérés sont dans la nécessité de s’en préoccuper , et le dédain théorique passe bien rarement en application dans les actes de la vie.
Nous l’avons établi; lors même qu’on parviendrait à renverser toutes les idées de Fourier sur la Cosmogonie, toutes ses prévisions sur les coutumes morales de l’avenir, on n’aurait rien prouvé contre la partie essentielle de l’œuvre , contre l’organisation du travail dont nous demandons l’essai. Il ne faut pas cependant voir dans ce raisonnement une concession, un aveu que Fourier se soit égaré. Nous croyons au contraire qu’il ne serait pas difficile de défendre même
cette partie de la conception, si l’espace et le temps ne nous manquaient , et si d’ailleurs il n’était pas plus urgent de faire passer dans les esprits la partie de la science qui comporte une application immédiate.
Sans doute les assertions de Fourier sont étranges ; sans doute elles sont contraires à tout ce que l’on croit savoir. Mais c’est s'exposer à s’égarer souvent que de conclure de l’étrangeté d'une chose, à sa fausseté.
En toutes branches de phénomènes, que la création soit considérée sous un aspect matériel ou sous un aspect moral, il doit y avoir, il y a toujours la vérité, découverte ou à découvrir.
Et la vérité doit toujours correspondre au beau et au bon; le mensonge seul peut être mauvais et laid. Il faut admettre ceci ; le rejeter, c’est nier Dieu, c’est blasphémer!
Ces principes prouvent jusqu’à l’évidence que la vérité ne s’est pas encore montrée dans les rapports moraux, car là, autant et plus qu’ailleurs, tout porte les caractères de la fausseté, tout est dépravation, bassesse et turpitude.
La vérité n’est pas mieux connue en Cosmogonie ; de nos jours, nul n’a songé même à se faire une opinion sur ce point, nul n’est allé au delà de la négation !
Donc la vérité est encore à découvrir en Morale et en Cosmogonie; donc Fourier aussi bien qu’un autre peut avoir cherché et trouvé.
Il n’a pas trouvé, parce que sa conception choque les idées reçues!... Mais ces idées ne sont que des préjugés, puisque la vérité est encore cachée. Pourquoi le vrai ressemblerait-il au mensonge? pourquoi porterait-il la livrée du faux ?
Un des premiers effets de la vérité n’est-il pas, au contraire, de bouleverser toutes les idées préconçues , de pulvériser tout cet échaffaudage d’erreurs, élevé, à grands frais d’imagination, par les scribes et les pharisiens, par les sages et les docteurs du faux savoir. Le vrai ne doit-il pas paraître absurde, à priori , à tous ceux qui voient tout à coup les conclusions, sans avoir suivi le raisonnement qui les a données. Une supposition peut rendre ceci bien sensible.
Imaginons un sauvage retournant auprès des siens, après avoir vécu quelque temps au milieu des Européens. On lui demande ce qu’il 9 vu, ce qu’il sait? .
» J’ai entendu, j’ai vu et je me suis convaincu que ces barbares
sont de grands enfants , des niais qui croient aux plus flagrantes absurdités. Par exemple :
« Ils disent que le soleil est plus gros que la terre!... Que ce soleil que nous voyons tous les jours se lever, monter, descendre et se coucher, que le soleil ne change pas de place!... Que la terre est comme une boule! Quelle se tient dans l’espace sans point d’appui! Qu’on peut marcher en dessous, la tête en bas, les pieds en haut, sans tomber, sans même s’en apercevoir!...
» Autre chose: ils disent qu’on peut faire avancer une pirogue, sans voiles , sans rameurs , au moyen d’une marmite d’eau bouillante!... Us ont en mer une sorte de fétiche, un petit brin de fer qu'ils font tourner sur un pivot; le hasard le fait arrêter dans une position d'après laquelle ils choisissent la route à prendre.
> Autre chose encore : ils mettent des lances au-dessus de leurs maisons pour menacer le ciel et épouvanter leur Dieu pensant qu’il n’osera plus tonner! j
Imaginez, Monsieur, la joie de ces pauvres sauvages à ce récit burlesque! Cette joie ne ressemble-t-elle pas singulièrement à celle qui vous animait, lorsque vous coupiez les lambeaux de phrases que vous avez cités? Ne sentez-vous pas que vous avez étudié et compris la science sociale, à la manière dont le sauvage étudiait et comprenait les sciences de la civilisation ?
On a cité Fourier, nous allons citer à notre tour :
Les sophistes modernes et surtout ceux de France ont généralement la prétention d’expliquer l’unité du système de la nature : jamais pourtant on ne fut plus éloigné d’études régulières sur ce sujet ; aussi n’a-t on pas acquis la moindre notion sur l’unité générale qui se compose de 5 branches, savoir :
Unité de l’homme avec lui- même;
Unité de l’homme avec Dieu;
Unité de l’homme avec l’univers.
Usera démontré dans cet ouvrage, que les sophistes ont depuis 3000 ans oublié ou négligé a dessein d’étudier la première des 5 unités, celle de l’homme avec lui-même, et spécialement avec ses passions qui , hors de l’état sociétaire, sont en discorde générale , et entraînent a la perdition l’individu même qu’elles dirigent.
Cette duplicité d’action , cette dissidence de l’homme avec lui-même , a fait naître une science nommée Morale , qui envisage la duplicité d’action comme état essentiel et destin immuable de l’homme. Elle enseigne qu’il doit résister
à ses passions , être en guerre avec elles et avec lui-même ; principe qui constitue l’homme en état de guerre avec Dieu, car les passions et instincts viennent de Dieu , qui les a donnés pour guides a l’homme et à toutes les créatures.
A cela on réplique par de doctes amphigouris sur l’intervention de la raison que Dieu nous aurait, dit-on, donné pour guide et modérateur des passions; d’ou il résulterait :
1°. Que Dieu nous aurait subordonnés à deux guides inconciliables et antipathiques , la passion et la raison ( duplicité théorique) ;
2°. Que Dieu serait injuste envers les 99/100mes. des hommes , a qui , il n’a point départi cette raison nécessaire à lutter contre la passion : le peuple , en tous pays , barbare ou civilisé, est sans raison, quant aux Sauvages, ils ne connaissent que la passion ( duplicité distributive ) ;
5°. Que Dieu, en nous donnant pour contre -poids la raison, aurait agi en mécanicien inepte ; car il est évident que ce ressort est impuissant, même chez les hommes qui en sont pourvu, et que les distributeurs de raison , comme un Voltaire , sont les gens les plus asservis à leurs passions ( duplicité pratique) ;
Ainsi nos doctrines de l’unité de l’homme avec lui-même débutent par placer l’homme en triple duplicité d’action , monstruosité qui serait un triple affront, pour le créateur des passions.
Rien n’est admissible dans ces 5 hypothèses : elles seront examinées et pleinement confondues dans les 5 premières notices de ce volume , ou il sera démontré que toutes ces aberrations de la métaphysique civilisée proviennent du refus d’étudier l’Attraction passionnée , d’en faire le calcul analytique et synthétique , par lequel on aurait découvert quel emploi, quels équilibres Dieu assigne a la passion et a la raison , comment elles se concilient en tout point dans l’état sociétaire , et comment elles doivent discorder en tout point dans l’état d’industrie morcelée ou lymbe sociale, état civilisé et barbare.
Ignorants sur l’unité de l’homme avec lui-même , nous le sommes d’autant mieux sur les 2 autres unités, celle avec Dieu et celle avec l’univers. Doit-on s’en étonner, quand on a oublié de s’occuper de la première , dont la théorie est voie d’acheminement aux deux autres ?
Voilà donc l’ensemble des études manqué , et le génie borné jusqu’ici à saisir quelques parcelles du système de la nature , quelques rameaux détachés , comme la théorie newtonienne , branche de la 5°. unité. Son invention nous invitait à poursuivre le succès, à étendre les calculs d’Attraction, du matériel au passionnel , afin de découvrir quelle organisation sociale et domestique Dieu assigne à nos passions et relations industrielles , ou le désordre va croissant , à n’en juger que par les quatre indices précédents (°).
j \jatèriei 1 nouve^e Peste et ses croisements (*);
^ l L’intempérie continue, effet du déboisement ;
t L’esprit révolutionnaire difficilement comprimé; o i iquc.[ L’accrojsseraent des dettes publiques et de l’agiotage.
(*) La peste , qui n’était que simple , est à présent quadruple :