FRANÇAIS ROMANKSC PATOIS AQUITAIN
Enller Ounlla Unna.
Ensemencer Séména Séniéna, sémia.
Kntrer Intra Entra.
Épier Spiouna J^spiouna.
Étoffe Stofa Estofa, o.
Flocon Floc Floc.
Foin Fen Fen.
Glu Besc Besc.
Ici Aiqui Aqui, aci.
Nous avons dû nous borner dans nos exemi)les. Nous n'avons pas dépassé, comme on le voit, la lettre G, et, dans cet intervalle, nous n'avons pas })ris le quart des mots qui s'offraient à nous. De tels exemples ne laissent aucun doute. Le fond du romanesc est donc du patois pur ; et comme ce patois est resté, depuis Trajan, sans communication possible, soit avec l'Italie, soit avec la Gaule, il faut nécessairement conclure qu'il était, il y a di\-liuit cents ans, ce qu'il est encore aujourd'hui.
CO^CliCKIOl.
S'il reste i)ien établi (jue la lanp:ue celtique ou gauloise était formée et se parlait dans toute rEuro})e, avant l'éclosion du latin, que ses divers idiomes d'aujourd'liui existaient avant l'invasion romaine, et qu'ils n'ont pas sensiblement chanj^é depuis deux mille ans, on est forcé de conclure que ses orif^ines sont nationales, et (|u'on s'égarerait en cberclianl l'étymologie de ses termes fondamentaux dans les langues étrangères.
Dominés et souvent aveuglés par des préjugés pédagogicpies, nous ne savons pas assez le liaut degré de cultun^ iiioraliMtii nos ancêtres étaient parviMius, à ré[)o(pi<' où (ié.Nir Ic.^ connut et les
- :17 soumit. Ils n'avaienl pas les arts plastiques de la Grèce; mais ce que César écrit du savoir et de la philosophie des Druides, qui étaient le corps sacerdotal de la nation et les directeurs suprêmes de sa politique, nous montre qu'ils étaient bien supé* rieurs aux écoles de Rome et d'Athènes, et qu'ils avaient la civilisation des idées, qui est la vraie civilisation. Ils employaient, dit César, l'alphabet grec dans la composition de leurs poèmes et dans la gestion de leurs affaires publiques ou privées (1) , quoique le savant Ramus^ ou Pierre la Ramée, prétende que cet alphabet était gaulois, et que le Père Grégoire de Roslrenen donne un alphabet employé par les anciens Rrelons, tiré des antiques monuments de la Bretagne (2) ; mais la poésie et la théologie des Druides avaient, d'un bout à l'autre de la Gaule, un caractère propre; et c'est aux Druides qu'était due notamment la création de cet ordre de religieux mendiants, qu'on retrouve plus tard dans l'organisation de Rome païenne.
Une telle nation avait donc sa langue, beaucoup plus développée qu'on ne se l'imagine communément; et l'on conçoit, en étudiant sa précocité relative, qu'elle ait dû entrer pour beaucoup dans la formation de la langue latine. Cette dernière, ainsi que nous l'avons vu, se forma artificiellement, comme Rome elle-même , asile primitif de tous les bannis italiens, et les divers peuples du Latium n'eurent une même langue qu'à partir du moment où ils eurent une patrie commune. Cette vérité n'avait pas échappé à Virgile, qui avait mis cette promesse dans la bouche de Jupiter lui-même :
... Faciamque omnes uno ore Latinos (3). La plus étrange idée que l'on ait pu concevoir, c'est que les
(1) CœsaF; De hell. gallic, lib. VI, cap. 16.
(2) Alphabet tiré d'un ancien calice de l'abbaye de Landerner, d'une croix de pierre à Plou-Sané, à deux lieues de Brest, du château de Lezascoët, près de Douarnenez, dont les pierres de taille, que fui vues en place en 1702, étaient toutes marquées de ces caractères. — Dictionn. franc.-celliq., \Grbo Alphabet.
(3) Mneid., Iib. XII.,, \ers 837.
Romains aient imposé le latin aux Gaulois. Est-ce qu'il est au pouvoir de qui que ce soit d'imposer une langue à une nation? Est-ce qu'une pareille entreprise est matériellement réalisable? Que les Anglais aient imposé des chausses aux Ecossais, après la bataille de Culloden, cela est encore concevable; pour prendre un vêlement, il suffit de vouloir le porter ; mais pour prendre une langue, il faut l'étudier longtemps, et avoir assez d'intelligence pour la comprendre.'
Pour enseigner le latin à nos enfants, il faut sept années d'étu-> des, et encore le savent-ils imparfaitement; et, pour l'enseigner aux^ paysans, aux laboureurs, aux pâtres, aux servantes, à ces millions de pauvres gens qui passent leur vie absorbés par les travaux rustiqaies, il aurait suffi d'un édit, publié à son de trompe, dans toutes les Gaules î En vérité, cela est d'un ridicule qui désarme.
On conviendra sans doute que le gouvernement français rayonne dans les provinces aussi puissamment que le gouvernement romain ; il les couvre de fonctionnaires de toute sorte et de tous grades ; tous ces fonctionnaires parlent et écrivent en français; chaque commune est administrée en français ; chaque paysan parle à son juge de paix en français, et reçoit de son percepteur un bordereau d'impositions en français. Des livres et des journaux français inondent le pays, et cependant on parle toujours patois dans les ])rovinces dont le patois est la langue maternelle.
Le Languedoc est réuni à la couronne depuis 1271 ; la Guyenne, depuis 1453; la Provence, de[)uis 1481; la Bretagne, depuis 1532 lé Koussillon, de[)uis 1642, et l'Alsace, depuis 1048; — l'action du gouvernement français sur ces provinces a donc été aussi longue et (Atnl fois plus directe que celle du gouvernement romain sur les (iaul<'s;et néanmoins, si la langue française a pénétré partout, elle n'a détruit les idiomes nationaux nulle part. On apprend le français, mais on ne désapprend pas la langue du berceau, du foyer, de l'enfance, de la patrie locale.
Etrange contradiction! h; latin, qui n'a pas pu se conserver ?i Home, se serait étabh [)arini nous? L(î peuple romain a laissé ))rrir le latin, et U)s peuples de la Gaule l'auraicul conservé? Les A(pji-
tains, les Auvergnats, les Catalans auraient quitté leur langue pour apprendre une langue oubliée, aux lieux mêmes où elle se forma ? Nous n'avons pas la force de discuter de semblables hypothèses. Le bon sens aurait dû suffire à les renverser; nous espérons que l'histoire, mieux dirigée, en fera justice.
Un des problèmes les plus curieux à étudier est certainement celui de savoir comment le latin a disparu de Rome même, où ses traces ne sont pas plus sensibles qu'à Milan, à Florence ou à Naples. Beaucoup de nobles familles romaines sont originaires de diverses contrées de l'Italie ; mais le peuple lui-même, dans sa plus grande partie, est bien évidemment l'iiéritier direct de ce peuple lier, dédaigneux et turbulentque Marins et les Gracques soulevaient contre le patriciat. Eh bien, si attentivement qu'on l'étudié, on ne trouve pas plus de vestiges latins à Ripetta, dans le Transtevère ou dans les Monti, qu'au milieu des palais du Corso ou de la place Navone.
Il n'y a, selon nous, qu'une seule manière plausible d'expliquer la disparition du latin, c'est de dire qu'il était une langue savante, entendue de tout le monde, mais parlée seulement par les hommes et par les corps lettrés, par le sénat, par les prêtres, par les magistrats, par les familles puissantes; et que, lorsque la dispersion de cette société polie, commencée par la translation de l'Empire à Constantinople, fut achevée par l'invasion des barbares, il ne resta à Rome que le peuple, lequel ne put point conserver le latin, parce qu'il ne le parlait pas.
Certes, notre système administratif, l'établissement des écoles primaires, la vulgarisation des livres et des journaux ont fait pénétrer chez nous le français assez avant parmi le peuple des petites villes et des campagnes ; cependant, si une révolution sociale, pareille à celle qui détruisit l'Empire romain, s'était produite, en France, à la suite des coalitions européennes, qui doute que le français n'eût été rapidement effacé des provinces où les patois sont la langue maternelle, apprise par tous, sans maîtres et sans efï'orts?
De toutes les langues arlificielles et littéraires qui ont servi d'inshument à une civilisation, le latin est, sans contredit, celle qui s'élait constituée dans les conditions les plus défavorables. Le grec s'était formé avec des éléments nationaux; le français s!est formé avec l'idiome de l'Ile de France, ainsi qu'avec les autres idiomes celtiques des provinces, c'est-à-dire également avec des éléments nationaux. Les historiens de la langue latine sont unanimes, on a pu le voir, pour constater que le latin s'était entièrement formé avec des mots empruntés, soit au grec, soit aux idiomes établis antérieurement en Italie. Il avait donc fallu d'étranges illusions pour considérer comme la source de la plupart des idiomes de l'Europe la langue qui, au contraire, n'en est très visiblement que le résultat.
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