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VARIETE DES IDIOMES CELTIQUES

Il se parle en France huit ou dix idiomes sensiblement divers entre eux, quoique ayant visiblement un fond commun et une identité originelle incontestable. Ces idiomes sont-ils plus ou moins récents ? Proviennent- ils de la décomposition du latin? Sont-ils le fruit d'une prétendue influence qu'auraient exercée sur la langue gauloise les idiomes des conquérants barbares? La nation celtique, une dans son essence, pouvait-elle parler plusieurs langues ? — Toutes ces hypothèses tombent devant ce fait, que César déclare avoir trouvé ces idiomes déjà établis dans les Gaules, et que Polybe constate leur existence deux siècles avant l'ère vulgaire.

(( Toute la Gaule , dit César, est divisée en trois parties, dont l'une est habitée par les Belges, l'autre parles Aquitains, la troisième par ceux que nous appelons Gaulois en notre langue, et qui se nomment Celtes dans la leur. Toutes ces nations diffèrent entre elles par Je langage, par les mœurs et par les lois (1). »

Strabon porte le même témoignage, avec un peu plus de précision encore. « On divise, dit-il, la Gaule en trois parties : les Aquitains, les Belges et les Celtes. Les Aquitains diffèrent beaucoup des autres, non-seulement par la langue , mais par le corps, qui les fait ressembler aux Espagnols plus qu'aux Gaulois. Les autres Gau-

(1) Ca>sar, Dcbell. gallic, lib. I, cap. 1.

lois (les Belges el les Celtes) se ressemblent par le corps, usent de langues qui ne sont pas les mêmes, et offrent entre elles une petite différence (1). »

Polybe émet l'opinion, partagée par tous les anciens, que les Vénètes établis sur l'Adriatique, et qui ont, plus tard, constitué la Vénétie et fondé Venise, étaient des Celtes, venus de cette partie de la (iaule qu'on nomme le pays de Vannes, et parlaient, à cette épociue reculée, une langue ditférente de celle des autres Gaulois. Voici ses paroles, tirées du dénombrement des Celtes qui avaient envahi l'Italie : « Auprès de la mer Adriatique étaient les Vénèles, peuple ancien, qui avait à peu près les mêmes coutumes et le même habillements que les autres Celtes, mais qui parlait une autre langue (2) ».

Strabon confirme l'opinion de Polybe sur l'identité des Bretons de Vannes et des Vénèles de l'Adriatique (3).

L'antiquité des idiomes divers de la Gaule est donc un fait constant. Déjà, du temps de César, les Aquitains ne parlaient pas la langue des Celtes du centre, el ceux-ci ne parlaient pas la langue (les Celtes de la Belgique. En outre, deux siècles avant César, les Gaulois de la Basse-Bretagne parlaient un idiome particulier.

Cet état de choses, qui existait il y a plus de deux mille ans, est précisément celui qui existe encore de nos jours : la langue de l'Aquitaine dillère de celle du centre; celle-ci diffère de la langue des pays wallons, et celle de la Basse-Bretagne diffère de toutes les autres. Cependant, la variété des idiomes gaulois ne i)rouve pas contre l'unité de la langue celtique.

Il y a entre tous les idiomes de la France, sans exception, une cfjrnmunauté de nature manifeste. Les termes sont les mômes pour les trois quarts, et il n'est pas difficile de les reconnaître sous les différences de désinence ou de prononciation. L'idiome de l'Ile-de- France, qu'une culture plus longue a rendu le pivot de la langue

(1) Sirahon,(i allia, lib. IV, c;ip. \.

(2) Polyb., Ili.'^tor., lil). II. ciij.. 17, oHit, Lnipsidc, \KY\. (3j Strabon, (iallia, lil>. I\', ciif». \.

nationale, se retrouve dans tous ceux qui, moins cultivés, se nomment des patois. Bien plus, le génie grammatical est identique. Tous ces idiomes ont le verbe conjugué de la même façon; tous ont l'article; tous ont le même procédé de former le pluriel; tous ont deux genres, le masculin et le féminin.

Des préjugés critiques peu réfléchis ont fait considérer l'idiome bas -breton comme le type unique du celtique, quoiqu'il ne soit en réalité que l'un des dialectes parlés de tout temps par la grande nation des Celtes, et que le provençal, le languedocien, le catalan, le gascon, l'auvergnat, le français lui-même soient celtiques au même degré que la langue de Vannes, de Léon ou de Tréguier. Ehl bien, le bas-breton lui-même, si différent, au premier abord, des autres idiomes de la Gaule, contient une bonne moitié de termes aquitains, auvergnats, catalans ou provençaux. Il est aisé de s'en convaincre, en faisant le dépouillement soit du dictionnaire Français-Celtique du Père de Rostrenen, soit du dictionnaire Celto- Breton de Le Gonidec. Nous nous bornerons à un petit tableau, dont les éléments sont pris au hasard.

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