FRANÇAIS BAS-BRETON AQUITAIN
Matelas Matah.cz Matelas.
Révolte Ravoltou Rebolto.
Cassant Brusk Brusc.
Brouter Brousta Brousta.
Prêter P'esta Presta.
^nse Kroummel Crémero .
Femme de mauvaise vie. Gauhinou Gouhino.
Accoutumer Kustumi Accoustuma .
Danser Dansa Dansa
pan^e Fank Fango, hango.
Pojn .... Fouenn Hen , Fenn.
Pou/..W Fourn Hour, four, fourn.
Il convient d'ajouter que le bas-breton lui-même a des dialectes nombreux, tels que ceux de Vannes, de Tréguier, de Léon, de Moilaix, de Saint-Brieuc; et nous pourrions citer tel ménage breton, dans lequel le mari et la femme, parlant des dialectes différents, sont réduits à parler français pour s'entendre.
IDFATITK »ES IDIOWES CKITIQUES O'AWTREFOI» KT »E €EUX. D'AUJOURD'HUI
Au point où nous sommes arrivés de ce travail, deux laits généraux sont établis, à savoir :
Il existait, avant la formation de la langue latine, une langue gauloise ou celtique, i)arlée dans la Gaule, en Espagne, on Italie, en Illyrie, en ïhrace et dans l'Asie-Mineure.
Cette langue celliciue avait, en Gaule, d^s le temps de César, divers idiomes distincts. Le celliciue parlé par les Aciuitains, ditlérait de celui (pi'on parlait entre la (laronne et la Marne ; ce dernier difïérait du celliciue parlé c^nlre la Marne et le Hl.in; entin, le cellicpie parlé dans les pays cpie n.ms nommons la Bnsse-Brelagne, différait (W' Ions les antres.
Ajoutons que ce qui se passait il y a deux mille ans est exactement ce que nous voyons de nos jours.
Il reste maintenant un grand et dernier fait à établir : c'est que ces idiomes gaulois ou celtiques, conslatés par les historiens anciens , étaient les mêmes que ceux que l'on parle encore aujourd'hui.
Une première preuve de l'identité des anciens idiomes celtes et des idiomes actuels se tire de ce fait que plusieurs mots, donnés comme gaulois par les auteurs anciens, appartiennent encore aux patois ou au français. Nous allons en citer quelques exemples.
Diodore de Sicile, qui vivait du temps de César, dit que les Gaulois se servaient, dans le combat, d'une sorte de pique qu'ils appelaient lance, ^ayxt'a (1). Varron., et après lui Aulu-Gelle, disent que le mot lancea est espagnol (2). Cela signifie seulement qu'il est celte, et employé des deux côtés des Pyrénées.
Suétone, dans la Vie de VitelUus, dit que bec de coq, roslrum yallinacœi, en latin, se disait becco, en patois toulousain. Les mots BEC et COQ, de pure origine celtique, existaient donc au premier siècle de l'ère vulgaire (3).
Pline dit que les Celtes appelaient les bracelets viriolœ[^ . Le mot virole signifie encore anneau^ cercle ; et de ce mot viennent le français virer j et l'aquitain hiroula, tourner.
Pausanias dit que les Gaulois qui pénétrèrent en Grèce appelaient un cheval marca (5). En bas-breton, un clieval s'appelle encore march. Ce mot appartenait aussi aux patois celtes de la conquête. La loi des Bavarois s'exprime ainsi : « Si c'est un cheval, que nous appelons march (6). » De march est venu maréchal,
Pline dit que l'alouette, nommée, en latin, galerita, se nommait
(1) Diodor. Sicul., iib. V. cap. 30.
(2) Aul. Gell.,lib.XV, cap. 30.
(3) Suetoii:, Vitell., cap. 18, iii fine.
(4) Pline, HiHor. natur., Iib. XXXIIl, cap. 12.
(5) Pausan., Iib. X. Phocide, cap. 19.
(6) Le.T Bajuvar. Editio Merlodi, cap. 7, § 1.
en gaulois ulauda (1). Elle se nomme encore, parmi nous el suivant les idiomes, alauso, lauzo,laiizetto, alouette.
Quinlilien dit que les Espagnols appelaient canthus la bande de fer qui enveloppe une roue (2). Du Cange constate que, dans des titres du quatorzième siècle on disait canta, pour traduire le patois chante, d'où xïeni jante, qui se dit canso en patois aquitain.
Le Digeste s'exprime ainsi : « .... Les biens que les Grecs nommaient paraphernaux, et que les (iaulois nomment pecuHum, pécule (3). »
L'auteur du traité en grec des Fleuves, attribué à Plutarque, dit que la ville de Lyon reçut le nom de Lugdunum, des mots lug et dunum, qui, en gaulois, signifient, le premier corbeau, le second montagne. Nous ne croyons pas qu'il soit nécessaire d'accepter l'étymologie ; mais dune veut dire encore monticule ; et, selon le dictionnaire français-celtique du Père de Rostrenen , lug veut dire corbeau, en bas-brelon.
Nous pourrions multiplier ces exemples, et montrer que d'autres mots, usités aujourd'bui dans tel ou tel idiome de la France, étaient cités comme gaulois ou celtes par les auteurs anciens, ce qui montre bien que la langue celtique n'a pas sensiblement changé depuis deux mille ans, car ce qui est vrai d'un mot peut et doit se conclure de tous les autres.
Il serait surtout curieux de remarquer que les noms des fleuves, des hommes, des localités n'ont i)as changé depuis les temps les plus reculés, et qu'ils sont encore ce qu'ils étaient avant l'invasion romaine. Ainsi, du temps de César el de Strabon, comme aujourd'hui, Paris s'apf)elait Paris, nâ^Kx; Auch s'appelait Ausc, Aû(rx; le Tech s'af)i)elait Tecum; le Var, le Jura, s'a[)pelaient Var et Jura. Strabon nomme la (baronne, ra/ioOva, Garouna, qui est son nom patois; et si l'on étudie les noms des chefs gaulois qui envahirent l'Italie, la (irèce et l'Asie, ne retrouvera-t-on pas les noms actuels
(1) IMiiK;, lliator. nnlur., lib II, cap. 37. 44.
(2; Quintilian., lil). I, cap. r>.
(3) L. IX. § 3. Digest., De jurix dot.
dans les noms de Bellovèse, qui est Belbèzc ou Beauvoir; dans Epossognat, Cassignat, Clondic, Cogentiac, et tant d'autres, cités par César ou par Tite-Live?
La forme des mots et la prononciation, restées les mêmes, prouvent donc l'idenlitc des idiomes actuels de la France avec cette antique langue celtique, que Septime Sévère nommait la langue gauloise , lingua gallica dans une loi du Digeste. En l'année 387, saint Jérôme disait que les Galates, établis en Asie-Mineure, entre le Taurus et l'Hellespont, depuis six siècles, parlaient encore une langue tout à fait différente du grec , et semblable à la langue de Trêves (1), c'est-à-dire au celte parlé par les Belges, qui était la langue de leurs pères. Nous allons montrer que la colonie militaire établie par Trajan dans la Dacie, avec des soldats gaulois, et séparée depuis plus de seize siècles du monde latin, parle encore aujourd'hui la langue du Languedoc et de l'Aquitaine.