ES PATOIS UU TEMPS DE TRAJA
Si l'on excepte Herculanum, conservée sous la lave, et Pompéies, conservée sous la cendre, nous ne savons pas d'exhumation plus curieuse et plus instructive que celle des patois méridionaux portés en Dacie par les soldats de Trajan, conservés intacts depuis dix-huit siècles sous la couche épaisse des idiomes de l'invasion, et reparaissant aujourd'hui avec la forme et la prononciation qu'ils avaient à leur départ d'Auch, de Toulouse et de Narbonne.
La colonie militaire établie par Trajan sur les bords du Danube, dans les pays nommés aujourd'liui la Valachie et la Moldavie (2), est
(1) Saint Jérôme, 3^ fragm. sur le comment, de TÉpître de saint Paul aux Galates.
(2) Voici en quels termes s'explique Eutrope sur les colonies fondées par Trajan :
... Trajcmm, victâ Dacid, ex toto orbe romano in/initas en copias
rtstée, depuis Aurélien, sans communication avec la mère patrie. Les Gotlis l'envahirent et l'occupèrent; et, après les Golhs, les Iluns, les Avares, les Bulgares, les Petchenégues, les Outses, les Turcs, les Russes, les Croates. Cependant la langue primitive de cette colonie d'origine gauloise, qu'on appelle aujourd'hui la langue roumane^ et qui se nomme elle-même Romanesc, si l'on a soin de la dépouiller des éléments étrangers qui l'ont pénétrée, n'est autre chose que le patois sous-pyrénéen. Elle n'a rien reçu, ni pu recevoir des débris du latin; elle est restée ce qu'elle était dans la bouche des soldats qui la portèrent en Dacie ; et elle est, pour nous, une preuve irrécusable de l'identité des patois celtes du premier siècle de l'ère vulgaire avec les patois méridionaux d'aujourd'hui.
Nous allons placer sous les yeux du lecteur un spécimen suf lisant pour le convaincre. Ceux qui voudraient pousser plus avant leurs recherches, n'auraient qu'à opérer le dépouillement complet du Vocabulaire Français-Valaque de Poyenar, Aaron etHill, directeur et professeurs du collège de Saint-Sava, à Bucharest, imprimé dans cette ville, en IR^iO.