CHAPITRE II
ARCHITECTURE
| 1 . — Le Temple.
Le stupa bouddhique fréquent dans le pays de Teraï n'est qu'un tertre soutenu par une plinthe maçonnée et renfermant des reliques.
La plus ancienne forme monumentale est le lat, pilier monolithe sur une base et que surmonte parfois une statue, mais l'époque en est récente, 200 ans avant J.-C. Alors le stupa fut entouré de barrières sculptées de motifs religieux.
La portée de Sanchi, souvent reproduite, montre l'erreur artistique qui applique à la pierre le genre de travail convenant au bois et cela est si frappant que des monuments considérables, reproduits sans une figure qui serve d'échelle de proportion, semblent des bibelots, des jouets
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compliqués. Les sept pagodes de Madras donnent l'idée d'un groupe de petites sculptures sur une étagère de collection.
L'Hindou n'a jamais eu la notion architecturale ; myope esthétique il ne voit que l'intérêt de la petite place qu'il touche et s'y acharne maladivement.
Or Pimpression de beauté ne résulte que de l'harmonie des proportions et aucune proportion ne demeure sous le découpage insensé de PArya du Gange. Notre moyen âge conçut et réalisa Tidée de la dentelle de pierre, mais il l'encadra dans les lignes génératrices de l'édifice, sans lui permettre de les déborder et de les déformer. La ciselure indéfinie est la pire tare. La pagode de Chawmuch à Satrunji n'a plus de forme.
La date du roi Açoka (265 av. J.-C.) est si basse qu'elle n'appartient pas même à l'antiquité.
Les explorateurs assurent que jusqu'au treizième siècle av. J.-C. on construisit en bois. Ce qui justifie cette opinion, c'est moins l'absence de monuments en pierre que le caractère des édifices existants, qui, quelles quesoientleu^ dimensions, sont découpés et fouillés comme des coffrets. La théorie aujourd'hui adoptée des origines indiennes de l'Europe, la certitude que les Ioniens sont bien les Yavanas descendus du montMerou, l'identification védique des mythes
LES IDÉES ET LES FORMES
grecs nous plongent dans un profond étonnement: l'Arya du Gange, admirable littérateur, prodigieux métaphysicien qui nous dépasse, comme il nous a précédés aux exercices de la pensée pure, ne réalise pas plus dans le domaine de l'art que dans celui du fait. La vision se substitue à la vue réelle et la vision sans règles ni système ne produit que d'étonnantes fantaisies.
Au lieu de cet édifice égyptien, kaldéen, chrétien, d'une précision mathématique où tout est raisonné, mesuré, voulu, où l'ornement a sa place marquée et unique, l'Indien semble un jour s'être attaqué à la montagne comme s'il voulait l'historier tout entière et que la mort seule Tait arrêté.
« Les premiers sages, antiques et justes, stimulés par les joies du sacrifice, avec les Devàs, s'en furent à la recherche de la lumière cachée, et réunis en un lieu obscur, ils ont, par leurs saintes prières, enfanté l'aurore. »
C'est la seule idée du temple du Rig-Vedah, i94 C. I.
A l'époque où Memphis, Abydos et Thèbes sur le Nil et Babylone sur l'Euphrate avaient produit leurs plus beaux monuments, la race indoeuropéenne n'avait pas de sanctuaire construit ni aux bords de l'Indus, ni aux bords du Gange.
L'enceinte sacrificiale s'appelait vedi, là ou le soma (l'alcool) était versé.
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La pagode (dagoba, châsse), chapelle de la haute Asie avec enceintes en l'honneur d'un dieu, ne doit jamais être tout à fait finie.
La cella (vimana) ne contient qu'une statue : il n'y a pas de fenêtre ; elle est surmontée de plusieurs étages en retrait (gopura), chacun avec un rebord de toits saillants. L'enceinte à colonne (mondapous) s'enclôt dans une autre à quatre portes orientées et à.toits étagés(gopuras). L'Inde a reçu cette forme de la Chine.
La pagode dravidienne est en somme une pyramide â étages sculptés et de forme plus élancée que l'égyptienne.
La pagode vichouienne de Siringam enferme en son aire vingt-six mille habitants.
Le temple dravidien (vimana) se compose d'une chambre où siège une statue ou un bètyle. Elle est précédée d'un porche (mandapa) et de pylônes (gapoura). Le sanctuaire s'augmente de salles à piliers pour les pèlerins et d'étangs.
Le temple de Tanjouratteint63 mètres. C'est une pyramideà i3étages, portantun dôme monolithe.
On distingue le style chaloukya, du nom de la dynastie du Bengale: ruines d'Halébid et de Somnathpoura.
Le bouddhisme a dressé des piliers symboliques (tats), des stoupas ou topes, et des chaityas ou cavernes sacrées.
Un chachya a d'ordinaire une façade rupestre, une nef à colonnes avec un chœur (dagoba).
Il faut signaler les couvents (vilharas), sculptés et peints.
Le Djaïnisme a des temples hypètres (bettus) avec une statue au milieu, souvent colossale.
Sur une étendue d'une demi-lieue, le flanc de la montagne a été creusé en temples et en chapelles à deux ou trois étages. Les sanctuaires bouddhistes se mêlent aux brahmaniques, ce sont des cryptes sans sculptures et qu'anime seule une statue assise de Gautama. Des marches taillées dans le roc mènent aux divers speos.
Le temple de Kaïlas (paradis) est un défi d'architectonique j rupestre, il est monolithe. On pénètre-d'abord sous un portique, puis par un pont, dans une pagode dont les piliers posent sur des éléphants : deux obélisques très sculptés se dressent à l'égyptienne. Ce temple est hypètre et à la clarté solaire cette ornementation exagérée, surchargée, aux figures tantôt hiératiques, tantôt convulsives, souvent obscènes, effarent comme une vision. Les avatars de Civa et de Vishnou, en reliefs qui sont presque de la ronde bosse, s'étalent voluptueux et inquiétants. Ces groupes divins, malgré l'aisance et le fini de l'exécution, produisent sur un Latin une impression de malaise. Kali et ses huit bras armés de
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poignards est barbare. Krisnah avec sa flûte est fantasque. Les yeux de jade ou de stuc blanc achèvent de dérouter le spectateur.
Le temple d'Eléphanta, dans l'île de ce nom, à une heure de bateau de Bombay, a un escalier aux centaines de marches qui monte au sanctuaire.
La salle de quarante mètres carrés est soutenue par des colonnes cannelées avec des chapiteaux à figures dans le goût égyptien. Des reliefs colossaux se détachent presque de la paroi, d'un mérite bien inférieur à ceux d'Ellora. On connaît le mariage de Siva jolie et amoureuse avec Parvati très grand et mitrérdes femmes grasses mais souples mènent une ronde autour du Dieu à tête d'éléphant, le sage Ganeça.
L'inévitable bétyle met là sa banalité.
L'Indien a travaillé ses temples comme une noix et on est frappé de la monotone égalité d'exécution, de la constance des mouvements, de Pimpersonnalité de toute cette sculpture qui semble un colossal vermiculé de la pierre.
Sauf le Bouddha à l'expression doucement énigmatique, les autres figures poncives et sans invention, se répètent grasses, et gesticulantes, à la fois décadentes et sauvages.
La race qu'on coudoyé dans la rue est incomparablement plus belle que celle contemplée dans l'œuvre d'art.
LES IDÉES ET LES FORMES
En face de la Perse, on s'étonne de l'infériorité artistique comparée à la puissance métaphysique ; arrivé aux Indes, le même effet se produit et plus vif encore.
Isolez un des piliers à Madura, il s'impose par la curieuse invention, la singulière aisance d'exécution ; c'est un morceau d'art; mais rattachez-le au monument et vous avez une impression d'halluciné. Des somnambules ont dû tailler ces pierres qui, vraiment, tiennent plus du songe que de la réalité. Limitée sur un petit objet, la fantaisie séduit, mais un monument entier conçu en rêve irrite notre goût. Ce n'est pas avec l'imagination qu'on perçoit l'architecture, c'est avec la partie la plus saine de l'intelligence. Certes, la valeur artistique n'est pas niable et en isolant des figures, on donnerait une belle idée de l'art indien ; elle serait fausse.
L'indologie a bizarrement commencé par un apocryphe, l'EzourVedam, œuvre d'un jésuite français, missionnaire à Pondichéry, que Voltaire prit pour un livre antique et sacré, et dans l'ordre monumental les stèles d'Acoka au troisième siècle av. J.-C. inaugureraient leur construction ?
Les voyageurs nous parlent de lingam et de statues barbouillées de couleur rouge, dans une vision de décadence. Reportons-nous aux Vedas,
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à leurs mille hymnes d'un caractère si hautement primitif et nous leur trouverons une saveur aussi pure qu'aux plus vénérés textes d'Israël.
Qu'est-ce donc que ce touranien ou scythe que l'Arya trouve établi dans l'Inde ? Ces gens sont jaunes ; il y a aussi des noirs. Gog et Magog.
L'Inde se mêle à l'histoire de la Perse sous Darius ; à celle de la Grèce au temps d'Alexandre.