‹ Antiquité orientaleChapitre 41 sur 49 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

LA SCULPTURE

La Médie artistique resta tributaire de la Babylonie; la Susiane, avant l'hégémonie persane, existait virtuellement : il en est souvent question dans les fastes anciens de la Kaldée et nous avons des bas-reliefs rupestres assez curieux, où le roi, les mains ramenées sur la poitrine semble prier, dans l'autre, on croirait qu'il fait un geste d'offrande. Malgré des différences d'accessoires propres à l'Elam dans la coiffure et le costume, ces bas-reliefs de Malamir, antérieurs aux Achemindes révèlent une exécution plutôt assyrienne.

A Pasagarde, parmi les ruines, se trouve un bas-relief représentant un curieux personnage, vêtu de la robe assyrienne, élevant du bras droit un objet indistinct mais rituel, une petite corne

LES ARYAS OU INDO-EUROPÉENS

s'arrondit autour de son oreille, signe d'inspiration; sur sa tête trois disques égyptiens s'élèvent chacun sur un nœud de joncs et de plumes d'autruche et son bras gauche disparaît dans le croisement des quatre ailes de génie babylonien.

Au soubassement de la salle hypostyle, on voit des cortèges évocateurs de la pompe persane, les gardes avec leur courte lance et les officiers, les uns coiffés d'une calotte ovoïde, les autres d'une tiare basse à plis, tous ont la chevelure et la barbe frisés, celle-ci peu longue et en pointe, la tunique colle jusqu'à la ceinture, on voit à peu près à tous des pantalons. Les Mèdes seraient-ils ceux dont les vêtements sont plus larges, en robes, et les Perses ceux aux habits ajustés?

A Behistoun, Darius est représenté, le pied sur un vaincu, la main sur son arc, suivi de deux gardes. Devant lui une file de prisonniers, le cou pris dans une même corde.

Ahoura Mazda plane dans le disque ailé d'Assour.

A la salle aux cents colonnes, les bas-reliefs des portes représentent le roi de Perse sur son trône.

Sa coiffure en casquette russe, laide déforme, jure avec la robe longue et bien plissée : un dais s'étend sur le monarque.

LES IDÉES ET LES FORMES

Les panneaux où, la robe relevée et passée dans sa ceinture, la tête ceinte d'un bandeau à la grecque, il combat les monstres, licorne (Persépolis) et griffon, offrent plus d'intérêt, mais ils sont rares : partout les murs du palais reflètent le roi et ses officiers, en profils monotones.

Ahoura Mazda avec la cidaris, la tiare plate remplaçant Assour dans le cercle solaire; voilà toute la représentation divine et cette figure d'étendard de petite dimension se place comme une sorte de blason au-dessus des bas-reliefs.

Aucune figure de femme, même de captive, ne nous est parvenue, et nous n'avons ni statuettes, ni amulettes.

Quant aux animaux ils se répètent, identiques comme les gardes doryphores.

L'art perse n'a connu le corps humain ni la draperie, il reproduit le personnage officiel en costume, sans les accents admirables des bras et des jambes de l'Assyrie.

Le Persan est joli homme, svelte, aux extrémités fines, à la taille cambrée, avec des indices de raffinement, puisque le roi qui tient le sceptre d'une main, de l'autre élève une fleur. Cependant on s'étonne que le personnage sculpté ne soit pas plus beau, alors que la race donne même aujourd'hui le type grec dans sa plus grande pureté : cela prouve une fois de plus que

LES ARYAS OU INDO-EUROPÉENS

le modèle ne suffît pas, que l'artiste sait rarement voir la beauté vivante. A considérer un morceau de sculpture persepolitaine, isolément, 'on croirait à une œuvre assyrienne de la décadence, même dans les plaques émaillées, le décor lui-même vient de Babylonie. Il y a une certaine sûreté dans l'exécution persane : on peut dire à maintes occasions que le travail en est excellent.

Aujourd'hui les Persans sont d'excellents graveurs de cachets : à la grande époque perse, ils recevaient leur glyptique de la Mésopotamie et de la Phénicie.

Le cachet de Darius représente une chasse au lion, un autre donne le roi terrassant un prisonnier relié à d'autres par une corde.

La monnaie perse, les fameuses dariques sont des travaux grecs ou phéniciens, malgré que le roi de Perse y soit représenté décochant une flèche : on les fabriqua pendant deux siècles, sous dix rois.

L'art persan est le dernier des arts orientaux, puisque déjà il subit l'influence hellénique; son apogée se place à l'aube du cinquième siècle ; avec lui l'hégémonie asiatique s'éteint, et le mahométisme seul lui redonnera une architecture.

On sait que les Parthes, puis les Sassanides restaurèrent après la mort d'Alexandre le culte

LES IDÉES ET LES FORMES

persan qui durerait encore sans la conquête arabe qui, en faisant cette race mahométane, Ta littéralement abolie. Cependant de toutes les familles dites orientales, c'est la plus parente de notre mentalité.

Flandin et Goste, Voyage en Perse, 1840.

Texier, Description de l'Arménie, de la Perse, 1884.

Perrot et Chipiez, la Perse, 1890.

Chipiez, Histoire des origines des ordres grecs.

Page 1