CHYPRE
| 1. — Le Pays,
Cette île a, à peu près, la dimension de la Corse ; du côté de l'Asie elle est inhospitalière et aride, sa côte orientale au contraire, fertile, abonde en mouillages.
Léonard de Vinci a laissé une description de cette île : « Aux bords méridionaux de la Cilicie se voit, au midi, l'île qui fut le royaume de la déesse Vénus. La beauté de la douce colline invite les navires vagabonds à se récréer parmi ses verdures fleuries, car des vents trompeurs emplissent l'île et la mer qui la baigne de suaves arômes. »
M. de Cesnola a découvert des centaines de figures, des milliers de bijoux et de vases, il dit
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avoir exploré à peu près quinze mille tombes.
Les noms de Paphos, Amathonte, Idalie, Golgos nous sont familiers, ce sont des synonymes de P Aphrodite Pandemos ; mais qui sait si l'Aphrodite Uranie n'eut pas Istar pour prototype, Astarté pour étape ?
Les mythes orientaux s'adoucirent en passant par Pile fortunée : Kypris brille aux vers de Piliade.
Les bas-reliefs des sarcophages d'Amathonte sont curieux par l'accommodation du mythe grec au goût asiatique.
§2. — La Race.
Qui, du Phénicien ou du Grec, prit pied le premier à Chypre, et quel est le rapport des Kypriotes (Khittim) de la Bible avec les khetas des inscriptions égyptiennes ?
A moins de très longues pages exposant l'aspect multiple de semblables questions, on ne peut que poser le problème. Il serait malhonnête d'oser une assertion douteuse; mais l'écriture dite cypriote est un dialecte grec.
La ville de Kition précéda Paphos et Amathonte. Même danslaGenèse,Kitionestrangépar-
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mi les japhétides, par Iavan (yavanas, ioniens).
L'hypothèse d'une exode de Troyens, après la ruine de leur cité, peut être admise. Qui sait si les signes cypriotes ne sont pas troyens : on les a trouvés dans les ruines d'Ilion.
Le Phénicien n'a jamais tenu qu'un comptoir; ilnepouvait doncpasvoiravec déplaisir Chypre se peupler, puisque cela lui représentait des clients et qu'il ne voulait pas d'autres genres de sujets.
Il y a eu des rois à Chypre, et même neuf royaumes, mais ils payaient tribut tantôt à Sargon, tantôt à l'Egypte ou à la Perse.
Athénée donne des détails sur la vie sensuelle et dépravée des Cypriotes.
Le grand rôle de Chypre fut géographique ; l'île était pour l'Occident comme un dernier boulevard et pour l'Orient le point le plus avancé.
| 3. — L'Art cypriote.
Titus, pendant la guerre de Judée, visita le temple de Paphos dont on voit une vague figure sur les monnaies, M. Lang, à Dali, M. de Cesnola à Golgos, ont trouvé un temple rectangulaire avec un cône symbolique au centre, et beaucoup d'exvotos.
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Murs de briques crépis en blanc; piliers de bois à chapiteaux lapidaires. La circonstance remarquable est dans la foule des statues alignées le long de la nef, statues de fidèles et non de dieux, statues votives probablement. Au seuil un colossal bénitier, le vase d'Amathonte, 2 mètres de diamètre (au Louvre), aux anses simulées en palmettes grecques encadrant un taureau de profil. Perrot y voit un analogue de la mer d'airain de Jérusalem qui était un réservoir deau à ablution.
Le trésor cypriote de Curium trouvé par M. de Cesnola, très abondant en bijoux d'or, comprend des scarabées au cartouche de Toutmès III, des cylindres sargonides, des pierres gravées à sujets helléniques. La réunion de ces objets caractéristique des trois courants d'influence que subissait l'artiste cypriote. Curium, selon Strabon, est une colonie d'Argos.
Kition, plus syrienne que les autres cités de l'île, a livré un sarcophage anthropoïde. Idalie a présenté un arrangement de squelettes assez curieux allongés sur des banquettes se faisant face et ayant entre eux des vases et objets dédicatoires.
Amathonte donne des cubes de pierre semblables à un dé colossal; à l'intérieur les sarcophages sont placés le long des parois comme
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des coffres. Neo-Paphos offre une disposition tout à fait remarquable : une cour quadrangulaire entourée de piliers précède les caveaux et ces piliers d'un dorique trapu ; le tout taillé dans le roc et non construit.
Il y a, pour l'esthète, un style cypriote fait de plastique grecque et de perversion asiatique. Il importe peu que les coiffures et les ceintures soient égyptiennes ou assyriennes, le traitement des corps et de la draperie, l'expression du visage constituent une physionomie qui saute à l'œil.
Le fameux geste de la Vénus de Médicis se trouve dans des statuettes cypriotes.
Au reste, on ne se trompe point en découvrant un charme éro tique à l'art de cette île amoureuse entre tous, aux belles forêts, à la végétation merveilleuse et qui passait pour la patrie de la rose, l'île qui sent bon, contient aussi le henné d'un si grand rôle dans les artifices féminins, et l'intérieur du sol aussi riche que la surface, le cuivre prenant son nom du lieu, cuprum.
Le musée de New-York possède la collection des statues votives du temple d'Idalie. Chacune tient un objet d'offrande, fleur, fruit, parfum. Elles portent presque toutes un costume à l'égyptienne.