‹ Antiquité orientaleChapitre 44 sur 49 · LA TROADE · texte numérisé non relu

LA TROADE

| i. — Le Pays.

Sur la colline cTHissarlich, près du Scamandre, Schlieman a retrouvé l'Ilion du douzième siècle avant notre ère. « Entourée à l'orient par un large repli du fleuve, cette colline s'abaisse vers l'ouest en pentes douces. Les nombreux filets d'eau qui jaillissent sur ces pentes s'assemblent et forment deux ruisseaux qui se distinguent par leur abondance et leur température toujours égale. C'est comme une marque immuable qui nous permet de reconnaître dans cette citadelle escarpée la forteresse d'Ilion. Ils sont restés les mêmes qu'au temps où les Troyennes descendaient pour puiser l'eau et laver le linge ; aujourd'hui encore, les vieux murs

LES ARYAS D'ASIE MINEURE

contiennent l'eau et la rassemblent. » (Curtius, 1.66.)

Des créneaux de Pergame, l'œil voyaitle Simoïs et le Scamandre mêler leur course jusqu'à la mer où les flots de l'Hellespont se jettent dans la mer Egée. « Aucune ville royale de l'Ancien Monde ne fut aussi bien située. Derrière elle, les versants boisés et riches en troupeaux ; à ses pieds la plaine fertile, en face les cimes lointaines de Samothrace se dressaient en face de l'Ida. » (id.)

Priam commandait sur toute la terre qui va de Makar jusqu'à Lesbos, à la Phrygie et au large Hellespont.

| 2. — La Race.

La découverte parle docteur Schleman en 1871 de la Troie chantée par Homère, a remis en question toute l'histoire de l'antiquité orientale, cardans les 14 mètres de débris percés méthodiquement, en notant à quelle profondeur se trouvait chaque objet, on trouve la trace de deux incendies. Si la couche supérieure correspond aux événements de l'Iliade, l'autre remonterait à 25 siècles av. J.-C. D'après l'estimation de

LES IDÉES ET LES FORMES

M. d'Orcet, la fondation de Troie s'élèverait à 70 siècles avant notre ère.

§3. — Les Dates.

Le premier incendie de Troie est antérieur d'une douzaine de siècles à celui allumé par les Achéens, il coïncide avec l'invasion de Hycksos en Egypte, s5 siècles avant notre ère.

Chypre reçut une colonne deTroyens fugitifs.

C'est donc le second empire troyen qu'Homère a chanté.

On a supposé que les fondateurs de Troie, partis des bords de l'Atlantique, sont arrivés par le Danube, apportant avec eux le bronze?

La civilisation troyenne appartient à l'âge du bronze, d'après l'examen des armes découvertes.

Les incendiaires de Troie, d'après les textes égyptiens, senommaientTeucriens etDardaniens.

| 4. — L'Art troyen.

Troie était bâtie en briques crues, les fondements seuls du palais étaient en pierre. Trois mètres de cendres indiquent que le bois formait un élément considérable de la construction.

LES ARYAS D'ASIE MINEURE

Le palais aux portiques éclatants avec ses cinquante chambres nuptiales en pierre polie pour les gendres du roi. Ilion n'était que la forteresse de Troie.

La chouette à gorge de femme et à large nombril représente, à peu près seule, l'œuvre d'art.

Schlieman compare à des verres à Champagne munis, d'anses des cônes symboliques d'Aphrodite.

On nomme « fusaïoles », volcans ou carrousels, de petits monuments retrouvés par milliers dans les ruines de Troie.

Hyssarlick (Ilion) constitue la transition avec Tyrinthe et Mycènes, mais aussi il révèle une première Troie sans trace de métal, une Troie de Pâge de pierre et cela est d'une importance capitale : car on s'était figuré jusqu'ici que le bronze correspondait seul à l'existence des cités et qu'il n'y en avait pas à l'âge de la pierre.

TI

LES KHETTES

1 1. — Le Pays.

AuRamesseum,nous avons vu ce que l'Egypte devait appeler la campagne de Tan V, contre les Khetas, infatigables adversaires de l'Egypte qui faillirent s'emparer de Ramsès II vivant. Le vil ennemi de Cadesch a donc une importance véritable, puisque, à Thèbes, comme à Ipsamboul, sa défaite orne les murs. A un moment, d'après la lecture de M. de Rougé, les Khettes se trouvent à la tête d'une confédération qui semble réunir beaucoup d'éléments aryens, Lyciens, Cariens, Mysiens et Troyens. Ils réunissent deux mille cinq cents chars. Quinze années de guerre finirent par un traité gravé à Karnack et publié par Egger. On y trouve la formule « ami et allié ».

LES ARYAS d'aSIE MINEURE

On y convient de l'extradition des déserteurs et des criminels ; enfin Ramsès épouse la fille du chef des Khettes.

Bientôt, les Khettes eurent à lutter contre Assour, Salrnanasar fut vainqueur. C'étaient d'habiles cavaliers, de rudes conducteurs de char.

Cadech (Emese, Homs) avec son marais figure sur les bas-reliefs d'Egypte, Hamat, Gargemish étaient les villes Hittites. Il y a une langue et une écriture Khettéennes. M. Sayce lut sur une plaque représentant un guerrier : « Tardudimme roi du pays d'Ermé ».

§ 2. — La Race.

Lepeuple Khettéen se serait constitué en Syrie au seizième siècle avant notre ère; il a subi la double influence de l'Egypte (alliance de Ramsès avec le roi Khettéen Kilisar) et celle delà Babylonie. Ce furent des métallurgistes.

Leur sculpture rupestre a une importance considérable.

Ces montagnards de l'Amanus et du Taurus représentés dans un bas-relief de Ramsès II ont le front fuyant, le menton court, mais non le nez

LES IDÉES ET LES FORMES

sémitique; larges d'épaules ils portent des sandales recourbées ; ils avaient des gants longs et portaient les cheveux en nattes.

M. de Rougé s'est occupé de leur religion : le traité entre Ramsès II etKhatasourouest fait sous l'invocation des dieux égyptiens et Khettéens.

Thishoubou (Ranima m) Shaousbi (Istar).

Nous avons le portrait de Katasourou, roi des Khètes. Sapaloulou régnait presque sur toute la Syrie septentrionale.

A M. Perrot revient l'honneur d'avoir suivi les traces Khettéennes des bords de l'Euphrale à ceux de la mer Egée, d'avoir établi des rapports formels entre des monuments dispersés et frustes et d'avoir coordonné un commencement du chapitre Syro-Cappadocien. Quand on aura déchiffré les signes qui se trouvent à la fois à Gargamiseh et en Lycaonie, on découvrira peut-être quel rôle les Khettéens ontjoué dans la transmission de la civilisation d'Orient à l'Occident. M. Sayce les appelle proto-Arméniens ; maîtres de deux versants du Taurus, ils seraient par leur langue des Géorgiens. D'après les ruines deBoghaz Keuil, il y eut une ville plus importante qu'Ilion (1).

(1) Exploration archéologique de la Galatie, de la Bithynie, dune partie de la Mysie, de la Phrygie,de la Cappadoce et du Pont. Didot, 1870.

— Souvenir d'un voyage en Asie Mineure, Lévy, 1864.

LES ARYAS D'ASIE MINEURE

§3. — L'Art Khettéen.

Il ne reste rien des remparts de Cadeseh. Gargemisch, au bord de l'Euphrate, montre encore un double rempart.

A Tarse, il reste la trace d'une vaste enceinte; il y avait des monuments, à juger par le revers d'une monnaie, d'autres représentent un personnage debout sur un lion cornu. Les Grecs assimilaient le dieu de Tarse à Hercule.

De la Cilicie passant à Boghaz Keuil des kilomètres de mur témoignent d'une grande cité. Comme vassaux des Mèdes, les Khettéens furent battus par Cresus. Meyer croit que l'Arya a dominé en Cappadoce.

Au point de vue architectural, on trouve le chapiteau à volute chez le Khettéen.

A Gargemisch, une dalle représente une Astarté, nue et ailée, avec le geste phénicien des mains aux mamelles.

Elle porte un bonnet conique. Cette dalle provient d'un parement mural.

A Singirli une suite de ces plaques figure une chasse au lion.

A Abiston deux lions de seuil de 2 mètres de haut.

LES IDÉES ET LES FORMES

Un bas-relief présente deux personnages dont un ailé avec la mitre sur un lion accroupi.

Un autre où la tiare ressemble extraordinairement à notre chapeau en tuyau de poêle ; le personnage tient de chaque main un objet semblable à un bilboquet.

Sur trois dalles on voit une chasse, thème qu'on retrouvera sur des plaques encore en place à Sindjirti; une stèle représente un personnage à souliers à becs devant une table d'offrandes.

Une autre stèle brisée et fruste montre un homme tenant une palme et un instrument de musique.

Lorsqu'on lira le Khettéen, on connaîtra lesnoms de ceux qui luttèrent contre l'Egypte et l'Assyrie.

A Marach on a trouvé, outre un lion maçonné dans le mur de la citadelle, un profil aux longs cheveux de type arya pur.

A Eujuck, Perrot a découvert deux sphinx devant un tell ou amas de décombres. Ces sphinx sans relief et imparfaitement dégagés du bloc, sont debout; le kalft finit en enroulement.

C'est encore une procession religieuse : des prêtres aux manteaux larges, aux amples manches, une prêtresse tenant l'ustensile qui ressemble au bilboquet ; la robe traîne.

Un taureau furieux qui fonce, un lion dévorant un bélier.

LES ARYAS D'ASIE MINEURE

Pour la première la forme de l'aigle à deux têtes se rencontre : l'invention en reviendrait donc à la Ptérie.

La déesse est assise, Anaït en face d'un taureau qui domine la scène; le grand prêtre indique que la religion locale se trouve ici figurée.

A Gherdek Kaiasi, taillé dans le roc un portique à trois colonnes donne accès à deux chambres funéraires ; aucune inscription sur cette tombe, la plus importante de la Gappadoce.

Le costume cappadocien se signale par la mitre pointue, la tunique serrée à la taille et le soulier à bec retourné.

Visiblement la Gappadoce a imité la Mésopotamie, mais le type est beaucoup moins musculaire.

Eujuck est antérieur à Boghaz Keuil. Perrot place les bas-reliefs d'Iasili-Kaïa entre le second empire assyrien et le règne de Cyrus.

Sayce a réuni les symboles cappadociens, il en ressort une filiation entre les œuvres de Gargamisch et celle d'Eujuck. La Ptérie, canton de la Cappadoce que Crésus ravagea et où il fut battu par Cyrus.

Perrot a identifié Boghaz Keuil à la capitale ptérienne.

Le prétendu temple d'Anaïtis est un palais complètement rasé, de 42 sur 67.

LES IDÉES ET LES FORMES

Texier y a vu un trône orné de lions. Perrot conclutdes études qu'il lit sur place que ce palais, malgré la moindre échelle, « ne paraîtrait pas indigne de figurer auprès de ceux de Calacli et de Ninive ».

Il a retrouvé deux citadelles et une porte en arche avec deux têtes de lions ; il signale des rapports de construction avec Tyrinthe et Mycènes.

Non loin de Baghaz Keuil, à Iasili-Kaïa une série de bas-reliefs rupestres dans une cour taillée en plein roc.

Ce sont deux processions qui font le tour de la salle et, chose singulière, les figures vont en grandissant vers le point de rencontre et passent de 75 centimètres à 2 mètres.

La suite de personnages à mitre pointue propre aux Saces représente le cortège proprement dit.

On reconnaîtles divinités à leur taille et au socle ou à l'animal qui les porte, enfin à leurs ailes.

Le relief est si fruste qu'on hésite sur le sexe des figures. On y a vu jusqu'aux amazones du Thermodon, fondatrices d'Éphèse?

Un dieu étrange à mitre pointue a le corps formé de quatre lions. On croit découvrir l'idée d'un couple divin mais sans pouvoir le nommer, probablement une version de Istar et Tammvz; Atis et Cybèle, disent certains.

LES ARYAS D'ASIE MINEURE

Le clergé a l'aspect de l'eunuque.

On suit les Kheltéens enPhrygie.

Ancyre, fondée par les Phrygiens, selcii Hérodote, a livré un lion passant, à Kabalo.

Perrot a découvert à Ghiaour Kalisy, sur un mamelon, une tour et sur la muraille deux personnages de 3 mètres, l'un imberbe, L'autre barbu et portant une mitre à garde-nuque : le costume est identique à celui de Boghaz Keuil.

En Lycaonie, à Ibriz, deux figures rupestres. Un dieu à mitre cornue, tenant des épis d'une main et des raisins de l'autre, est adoré par un prêtre en costume syrien.

La Lycaonie offre diverses sculptures attribuables aux Khettéens.

A Karebeli, sur un piton calcaire, dans un encadrement, marche un homme armé de l'arc et de la lance et coiffé de la tiare pointue ; il est chaussé et ceinturé à la façon Khettéenne.

On appelle Niobé de Sipyle ou Grande Image une figure presque détachée du rocher, assise et penchée en avant.

Est-ce la mère des Dieux des Magnésiens, citée par Pausanias ? Ovide parle aussi de cette femme sur la cime d'un mont.

Serait-ce la plus ancienne Cybèle que cette figure de Banète-Souret ?

On a quelques bronzes cappadociens assez

LES IDÉES ET LES FORMES

laids et des i ntailles à signes Khettéens,des sceaux d'argile, des coins d'une facture fille de la Syrie.

La Phénicie occupa les côtes de la Sardaigne mais l'intérieur resta autonome.

Les laoléens seraient des Lybiens? Ils fournirent des mercenaires à l'Egypte et à Cartilage. Diodore dit des Lybiens : (dis n'ont pas de villes, ils ne possèdent que des tours où ils déposent leurs provisions. »

La Sardaigne a les nouraghes, tours en cône tronqué à porte basse formant une chambre ronde à dôme allongé. On les trouve par groupes de 20 ou 3o.

Sont-ce des tombes? des temples, des forteresses jouant le rôle du pyrgos grec, la tour de défense ?

La Marmora a décrit les tombes proches des nouraghes : une stèle ovale de deux à trois mètres se dresse au-dessus du mur qui ne s'élève qu'à 1 mètre et où on ne pourrait être qu'à plat ventre. La stèle avait au bas une ouverture, pour des offrandes ? On trouve des pierres levées, des cromlechs en Sardaigne et l'ensemble ferait croire à une race celtique?

On appelle idoles sardes de petits bronzes fort laids où des guerriers à boucliers ronds tirent de Tare, types soldatesques.

Quelques-uns portent suspendus au col un

LES ARYAS D'ASIE MINEURE

petit sac comme le sac à bétel ; imberbes mais d'un type indou.

A Teti et à Abini on a trouvé beaucoup de ces bronzes et des épées votives, des barques symboliques. En Sardaigne le sol est riche en gisements métalliques. La poterie n'a pas d'ornements caractéristique.

Une réflexion s'impose: la quasi immobilité du peuple sarde, malgré ses contacts avec la Phénicie. Le commerce ne constitue pas la civilisation, il en charrie les éléments à condition qu'il rencontre une terre propice.

Page 1