IO ANTIQUITÉS
Gaultier Giffard , comte de Buckingham (i) , qui y mourut en 1102. On lit sur sa tombe l’inscription suivante :
Stemma Gifardorum Galterius ingenuoruni ,
Quæ meruit vivens busta , sepultus habet.
Teinpli fundator præsentis et ædificator ,
Hec velut ia proprio conditur ia tumulo, ( pour hic )
Qui se magnificurn patriæque probavit amicum ,
Dux virtute potens ac pietate nitens.
Relligiosorum , sed præcipuè monachorum Cultor , multimodè profuit ecclesiæ.
Amen.
L’ancienne ville d’Albemarle , dont le premier nom d’Aubermarle ou Aumarle fut ensuite adouci , et changé en celui d’Aumale , est située sur la rivière de Bresle , à quatre lieues au nord de la grande route de Rouen. C’est dans cette ville qu’on fabrique cette espèce d’étoffe commune , nommée serge d’Aumale, qui est fort en usage pour les vêtemens du bas peuple de France.
Près du vieux château , on voit l'ancienne abbaye des bénédictins de Saint-Martin , qui a été bâtie , en partie , sur le même terrain où était autrefois l’ancienne église paroissiale de Saint-Martin-de-Acceio ou d’Acey. On doit sa première fondation à Adelize ,
(1) Le fondateur donna aussi à ce prieuré plusieurs églises , ainsi que des terres et des châteaux situés en Angleterre ; au nombre de ces derniers était celui de Hewington Lougueviile , dans le comté de Buckingham , dans lequel on établit eusuite un prieuré semblable à celui de Longueville en Normandie.
comtesse
comtesse d’Albemarle et d’Holderness , fille de Robert II , duc de Normandie , et sœur , par sa mère , de Guillaume le Conquérant. Vers la fin du XIe. siècle, elle fonda un prieuré de moines , quelle tira de l’abbaye de Saint-Lucien à Reauvais , et leur donna l’église de Saint-Martin. Son fils , Etienne , comte d’Albemarle , non-seulement ratifia la donation faite par sa mère , mais il augmenta les revenus de ce prieuré , en y ajoutant l’église et la dîme de Rurstal , dans le comté d’York (i) , diverses églises en Angleterre , ainsi que beaucoup d’autres qui dépendaient du duché de Normandie. En n3o , Guillaume , comte d’Albemarle , fils d’Etienne , érigea , avec le consentement de Hugues , archevêque de Rouen , ce prieuré en une abbaye (2) dépendante de celle de Saint- Lucien àBeauvais. Cette disposition subsiste encore aujourd’hui.
Cette ville , qui a donné son nom à quelques fa-
(i) Voyez la charte de donation dans le Neustria Pia de DuMoustier , fol. 732. Aussitôt que l’abbé d’Albemarle eut obtenu cette charte, il envoya un prieur et quelques moines pour gérer les biens et percevoir les revenus qu’il avait en Angleterre. Quelque temps après ceuxci fixèrent leur résidence près delà chapelle Sainte-Hélène , dausBurstal-Garth , à l’est du comté d’York. Ils s’y maintinrent jusqu’à ce que les fréquentes saisies qu’on fit sur les biens des abbés étrangers pendant la dix-huitième année du règne du roi Richard II , les forcèrent de vendre à l’abbé et au couvent de Kirkstal dans l’Yorkshire , ce prieuré étranger , ainsi que tous les domaines que l’abbé d’Albemàrle possédait en Angleterre , le tout du consentement de Robert , évêque de Lincoln. — Voyez aussi la notice monastique de Tanner , p. 647.
(2) Voyez Du Monstier , au même article que ci-dessus.
ANTIQUITÉS milles nobles d’Angleterre (i), a été, pendant plusieurs années , le siège d’un duché dépendant du parlement de Paris. Philippe- Auguste ,roi de France, en prenant possession de la Normandie , donna à Renaud de Ponthieu , comte de Dammartin, le titre de comte d’Aumale : il ne laissa après lui que Blanche de Ponthieu , qui transmit , par son mariage , ce titre à Jean , comte d’Harcourt , par lequel
(1) Odon , comte de Champagne , ayant épousé Adelize , sœur de Guillaume le Conquérant , fut créé par ce roi comte d’Albemarle , et fut gratifié delà seigueurie de l’île d’Holderness , dansI’York-shire, à la recommandation de Jean , archevêque de Rouen , qui en mêmetemps lui donna la ville d’Albemarle , avec la condition que , dans toutes les expéditions où l’archevêque marcherait en personne , il porterait sa bannière avec douze chevaliers. Odon eut pour successeur son fils unique , Etienne , qui , indépendamment d’autres enfans , laissa Guillaume , surnommé le Gros , son fils aîné , pour successeur de ce comté. Guillaume le Gros mourut , en laissant seulement pour héritière de ses biens , une fille nommée Hawis ou Hawise , qui épousa en premières noces Guillaume de Magneville , comte d’Essex , en secondes , Guillaume de Fortibus; et en troisièmes, Baudouin de Bethune. Ces divers maris prirent le titre de comtes d’Albemarle , mais elle n’eut d’ enfans que du second, Guillaume de Fortibus, dont elle eut un fils , qui porta le même nom ; celui-ci épousa Aveline , fille de Richard lord Montfichet. Ce Guillaume , après la mort de sa mère et des trois maris de sa femme , devint comte d’Albemarle , et ne laissa que deux filles en mourant ; savoir , Hawise , morte sans postérité, et Aveline , qui , mariée à Edmond , comte de Lancastre , second fils du roi Henri III , devint comtesse d’Albemarle ; mais étant morte sans laisser d’enfans , le titre s’éteignit avec elle.
Milles , York et les autres auteurs qui ont écrit sur la noblesse anglaise , disent que le titre de comte d’Albemarle fut recréé par le roi Richard II , en faveur de son oncle Thomas Woodstock , duc de Glocester , sixième fils du roi Edouard III ; mais je crois qu’ils se sont trompés. Cependant il est certain que Richard II , le 29 septembre de la vingt-unième année de son règne t honora de la dignité
il échut à Jean ? le seul de ses enfans mâles. Ce dernier étant mort sans postérité mâle , le titre et la propriété échurent à Marie sa sœur , femme d’Antoine de Lorraine , comte de Vaudemont. Par cette transmission , le duché d’Aumale a formé une branche collatérale de la maison de Guise. Charles , duc d’Aumale , dernier mâle de cette branche , n’eut qu’une fdle , Anne de Lorraine , qui épousa Henri
de duc d’Aumarle Edouard , comte de Rutland, fils aîné’ d’Edmond de Langley , duc d’York , par sa première femme , Isabelle , fille et cohéritière de Pierre de Castille ; il ne jouit pas long - temps de ce titre , car dans la première année du règne d’Henri 1Y , il fut dépossédé de cette dignité par un acte du parlement. Le 9 juillet i4ia , Henri IV créa son second fils , Thomas de Lancastre , duc de Clarence et comte d’Albemarle ; mais ce prince ayant été tué , six années après , par les écossais , à la bataille de Baugny , et n’ayant pas laissé d’enfans , le titre d’Albemarle s’éteignit encore, jusqu’à ce qu’on le fit revivre en la personne de Richard de Beauchamp , comte de Warwick , qui , à cause de la bravoure qu’il avait déployée aux sièges et à la réduction de Caen , de Domfront , de Rouen et d’autres villes de France , fut créé en 1 4i 7 , comte d’Aumarle par Henri V , roi d’Angleterre. Ce Richard eut pour successeur son fils Henri , qui devint duc de Warwick , et mourut en i445 , ne laissant qu’une seule fille , nommée Anne , morte à l’âge de six ans.
Le roi Charles II , en considération des services signalés que lui rendit le général Georges Monk de Potheridge dans le comté de Devoir , descendu de Marguerite , fille et cohéritière de Richard de Beauchamp , comte de Warwick , le créa duc d’Albemarle par lettrespatentes du 7 juillet de la douzième année de sonrègne , portant qu’il en jouirait à jamais lui et ses héritiers mâles. Ce duc , mort le 4 janvier 1669 , eut pour successeur son fils unique Christophe , qui perdit la vie à la Jamaïque en 1688. Comme il n’eut pas d’enfans, le titre d’Albemarle fut éteint de nouveau.
Enfin , Guillaume III , par ses lettres-patentes du 10 février 1696 , conféra le titre de comte d’Albemarle à Arnold-Joosl-Van-Keppel , et le petit-fils en jouit encore.
de Savoie , duc de Nemours , dont les deux fils , Charles et Amédée , furent successivement ducs de Nemours et d’Aumale. L’héritier du dernier de ces duchés fut Charles-Emmanuel , qui n’eut que deux filles , dont l’aînée , Marie-Jeanne-Baptiste , épousa Charles-Emmanuel , duc de Savoie , et vendit le duché d’Aumale au duc du Maine.
Rouen , anciennement Rothomagus , ou , comme il est appelé par corruption , Rothomurn et Roclomum , était autrefois la ville principale des Yelocasses , et est actuellement la capitale de la Haute- Normandie (i).
Cette ville , placée dans une plaine , sur les bords de la Seine , couronnée de trois côtés par de hautes montagnes , et ouverte seulement du côté de la rivière , présente un développement de près de deux lieues de tour , sans y comprendre les faubourgs de Saint-Sever , Cauchoise , Bouvreuil , Saint-Hilaire et
(1) Lorsque la Gaule était sous la domination des Romains , le pays des Velocasses renfermait non-seulement tout ce qui était à l’entour de la ville de Rouen , mais il s’étendait encore jusqu’à la rivière d’Oise. Sous les rois de France , la partie qui s’étend le long de la rivière d’Andelle fut appelée Pagus Rodo/nensis , le pays de Rouen , ou en langue vulgaire , Roumois ; mais l’autre partie , située entre la rivière d’Oise et celle d’Andelle , conserva le nom de Velocasses , et était désignée sous le nom de pagus F~elcassinus , ou le pays de Velguesin , changé depuis en celui de Vexin. Aussitôt que Charles le Simple eut cédé au duc Rollon la partie du Vexin, située entre les rivières d’Epte et d’Audelle , cette contrée prit le nom de Vexin normand , pour le distinguer de l’autre partie , placée entre les rivières d’Epte et d’Oise , qui , demeurant sous la domination de Charles , prit le nom de Vexin Français.
ANGLO-NORMANDES. i5
Beauvoisine. Les murs et les remparts sont flanqués de tours rondes , et du côté de la terre , ils sont bordés par un large fossé rempli d’eau. Les portes sont défendues par des bastions irréguliers , près de tomber en ruine. En général , les fortifications ont été extrêmement négligées depuis que le fort Sainte- Catherine a été démantelé. La ville est divisée en trente-sept paroisses (i) , dont quatre dans les faubourgs. Elle renferme sept hôpitaux , cinq maladreries , dix-sept chapelles , quarante-huit maisons religieuses de diverses dénominations , sans y comprendre la magnifique cathédrale. Outre ces édifices , Rouen contient plusieurs autres bâtimens publics , qui contribuent à son embellissement. Les rues sont généralement très-étroites , et la plupart des maisons mal bâties. La population est assez nombreuse : elle s’élève à plus de 60,000 âmes. Rouen fait un commerce très-lucratif et très-florissant , en approvisionnant , au moyen de la Seine , Paris et les autres villes de l’intérieur , des richesses variées que cette ville reçoit continuellement des pays étrangers.
Les quais sont beaux , larges , et si bien disposés , par rapport à l’élévation des eaux , que des vaisseaux de plus de 3oo tonneaux viennent jusqu’au bord prendre ou décharger leur cargaison.
L intérieur de la ville contient plusieurs grands marchés abondamment fournis de toute espèce de provisions. J’y ai remarqué une plus grande quan-
(0 L’une de ces paroisses, St.-Cande le Vieux , appartenait au diocèse de Lisieux
iG ANTIQUITÉS
tité de viande de boucherie que dans aucune autre ville de France. Tous les habitans sont également pourvus de bonne eau , non-seulement par les rivières de Robec et d’Aubette , qui coulent près d’une lieue dans la ville , et qui arrosent plusieurs rues , mais aussi par trente-cinq fontaines publiques convenablement disséminées dans les différens quartiers de la ville. Dans le marché aux veaux , il y a une fontaine triangulaire , dont la base supporte une statue mutilée de la fameuse Jeanne d’Arc , brûlée sur cette place comme sorcière , le io mai 1 43 1 . (i) Les docteurs de Sorbonne , qui furent consultés par le duc de Bedfort , se prononcèrent unanimement pour qu’elle fût exécutée. (2)
La cathédrale (3) est un des plus beaux monumens d’architecture gothique ; elle fut fondée vers
(1) Celte statue a été nouvellement déplacée.
(2) Les remords qu’éprouva Pierre Cauchon , évêque de Lisieux , prouvent que ces docteurs furent intimidés par les menaces du duc de Bedford , qui cherchait à cacher sa barbarie sous le manteau de la religion.
(5) M, Guilbert a publié en 1816 , une Notice sur la Cathédrale de Rouen , qui complète les renseignemeus que Ducarel donne sur cet édifice.
Le i5 septembre 1822, à cinq heures un quart du matin , la foudre est tombée sur le principal clocher de la Cathédrale , qu’elle a frappé dans le bas de la flèche qui le termine : en un instant la charpente inférieure a pris feu et les flammes se sont étendues avec nne telle rapidité , qu’à sept heures moins quelques minutes , la flèche , dans les deux tiers de sa hauteur , est tombée sur la voûte en avant du clocher , qui devint eu un instant le foyer principal de l’incendie ; cependant cette voûte ne s’écroula pas. (Note du T/ad. )
l’an 990 par Robert, archevêque de Rouen , frère de Richard II , duc de Normandie , et en partie construite sur l’emplacement qu’occupait l’ancienne église métropolitaine , qui avait été brûlée dans l’année 842. Le vaste vaisseau de la cathédrale ne fut complètement terminé cpie vers l’an io63 , époque à laquelle elle fut dédiée à la sainte Vierge avec beaucoup de solennité , en présence de Guillaume le Conquérant et d’une partie de la noblesse Normande. Les ailes qui forment la croix de l’église sont d’une construction plus récente , et n’ont été ajoutées que vers l’an 1100. Le portail , à l'extrémité ouest de cette église , présente le plus magnifique aspect par les statues , les bas-reliefs et les autres ornemens dont il est décoré , ainsi que par les deux tours très-élevées qui l’accompagnent ; mais malheureusement elles ne sont point du même style. La tour , au midi de ce portail , fut commencée en 1 485 , lorsque Robert de Croix-Mare était archevêque , elle fut achevée en 1 5o 7 , sous la prélature de Georges d’Amboise , cardinal-archevêque , premier ministre de Louis XII. Elle porte le nom de la Tour-de-Reurre , parce cpie le pape Innocent VIII , à la sollicitation du cardinal d’Estouteville , permit de manger du beurre et du lait pendant le carême à tous ceux qui contribueraient à la dépense de ce bâtiment. Cette même tour renferme une énorme cloche , nommée Georges d’Amboise , en l’honneur du cardinal de ce nom. Cette cloche pèse 36, 000 livres, sa circonférence est de 3o pieds , et sa hauteur,
i8 ANTIQUITÉS
en y comprenant les oreillons , est de io pieds. Il faut 16 hommes pour la tinter , et 3a pour la mettre en volée.
Cette cloche fut fondue par Jean Le Machon , de Chartres , qui , dit - on , mourut dix-neuf jours après , par leffet de la joie excessive que lui causa la réussite de son entreprise. U est enterré dans la partie inférieure de la nef de la cathédrale. Sur sa tombe est gravée la figure d’une cloche , avec l’inscription suivante :
Cy dessous gist Jehan Le Machon
De Chartres homme de fachon
Lequel fondist Georges d’Amboise
Qui trente-six mille livres poise
Mil cinqes cens un jour d’aoust deuxiesme
Puis mourus! le vingt et uniesme.
La cloche portait l’inscription suivante :
Je suis nommée Georges d’Amboise Qui bien trente-six mille poise ;
Et cil qui bien me poisera Quarante mille y trouvera.
La tour opposée , nommée tour de Saint-Romain , dans laquelle est le beffroi , paraît avoir été bâtie à différentes époques ; mais la totalité de cette construction est d’une date plus ancienne que celle dont nous venons de parler.
Le transept ou le centre de la croix de l’édifice forme une fort belle lanterne , sur laquelle s’élève une très-grande aiguille de 3o8 pieds de hauteur ,
qui
qui contribue beaucoup à l'embellissement de cette église. Cette flèche est supportée par quatre colonnes, dont chacune est formée d’un groupe de 3i petits pilastres étroitement unis les uns avec les autres. A l’extrémité ouest de la cathédrale , il y a une grande place carrée fermée de murs , qui porte le nom de Tarvis.
Outre le grand Portail à l’ouest, il y en a deux autres à l’est, richement décorés de sculptures et d’ornemens gothiques ; celui du côté de l’aile du nord prend le nom de Portail des Libraires , parce qu’il ouvre sur une place où il y avait autrefois beaucoup de boutiques de libraires ; et la porte de la même aile au midi , est nommée Portail de la Calende , parce qu’elle fait face à une place désignée par ce nom. Chacune de ces portes est flanquée de deux tours à plateformes , autour desquelles règne une balustrade à jour.
Suivant une description imprimée de la cathédrale , la longueur de l’église , avec la chapelle de la Vierge , serait de 4io pieds ; sa largeur de 83 , et sa longueur dans la partie de la croix, 164. Hauteur de la flèche , pieds : celle de la tour à l’ouest n’est que de 2 36. La largeur du portail à l’ouest , en y comprenant les deux tours , est de 1 70 pieds.
L’intérieur de la cathédrale , avec ses sept por- ‘ tiques, est composé , i°. d’une nef qu’on peut regarder comme la partie la plus ancienne de l’édifice , et qui a été successivement agrandie ; 20. d’un
chœur ; 3°. de deux bas-côtés latéraux , qui paraissent beaucoup trop étroits , en raison de leur hauteur ; 4°. enfin , de deux ailes qui forment la croix de l’église , et dont le développement est de 164 pieds. La nef et le chœur sont séparés des autres parties de l’église par quarante-quatre belles colonnes, non comprises les quatre qui supportent la lanterne et la flèche. Celles qui servent de support à la voûte du chœur sont rondes , et plusieurs sont garnies depuis leur base jusqu’au sommet , de fleurs-de-lis detaim doré , appliquées sur un fond d’azur ; mais les colonnes de la nef sont formées de petits pilastres groupés , comme on l’a déjà dit de celles qui supportent la flèche.
La chapelle de la Vierge est immédiatement placée derrière le maître autel , et de chaque côté de la galerie latérale qui circule autour de la nef et du chœur , on trouve plusieurs autres chapelles , au nombre de 24. Tout ce vaste temple reçoit la lumière par i3o croisées , avec des vitraux peints, dont plusieurs sont de la plus grande beauté. On croit généralement qu’ils ont été peints dans cette même ville. (1)
Le chœur est fort richement décoré ; le trône archiépiscopal est placé du côté du midi ; la partie
(1) Il est plus que probable qu’il existait une grande manufacture de verre peint à Rouen , car d’après les registres de la fabrique de la cathédrale d’Exeter , on voit que sous les règnes d’Edouard II et d’Edouard III , on emporta de Rouen à Exeter une quantité considérable de yerres peints destinés à décorer cette dernière cathédrale
ANGLO-NORMANDES. 21 circulaire à l’est est entourée d’une belle grille de bronze fort artistement travaillée , au travers de laquelle on aperçoit les chapelles environnantes , et principalement celle de la Vierge , qui est remarquable par les statues et la quantité d’ornemens dorés dont elle est enrichie. Le maître autel est élevé de trois marches au-dessus du pavé du chœur. Il est environné d’une balustrade de bronze qui s’étend aussi sur une partie du sanctuaire dans lequel se trouvent quatre colonnes du même métal , portant , chacune à leur sommet , une figure d’ange qui tient nn candélabre dans ses bras. Tout le chœur est pavé en beau marbre , et a été refait il y a près de trente ans , lorsqu’on a réparé toute la vieille église. A cette époque , les tombes de Richard Ier. , roi d’Angleterre , celle de son frère aîné , communément nommé Henri le Jeune, de Jean , duc de Bedford , régent de France et père d’Henri V , et enfin celle de Charles V , roi de France , furent relevées et remplacées dans le pavé par les inscriptions suivantes :
A droite de l’autel :
Cor
Eichardi regis Atiglia» Normanniae ducis Cor Leonis dicti obiit anrto arcxcix.
A gauche de l’autel :
Hic jacet Henricus Junior Richardi regis Angliæ Cor Leonis dicti frater obiit amio JICLXXXIII.
Dans le chœur , à droite de l’autel :
Ad
dextrum altaris latus Jacet
Johannes dux Betfordi Normannise prorex obiit anno MCCCCXXXV.
Et sur un marbre noir , au milieu du chœur
Et
æternæ memoriæ Sapientissimi principis Caroli V
• Galliarum regis
Normanniæ anteà ducis qui hanc ecclesiam amore singulari complexus beneficiisque immensis prosecutus eandem augustissimi cordis sui reliquit heredem ubi in omnium animis vivere nunquàm desinet obiit anno salutis liumauæ
MCCCLXXX,
gggjjgjjjjgg
En 1199, le cœur de Richard Ier., roi d’Angleterre , fut déposé , d’après ses intentions , à main droite du maître autel de la cathédrale , dans un superbe monument entouré d’une grille d argent (1) , construite aux frais des chanoines de cette église , dont il avait été le bienfaiteur. Il les avait , en outre , gratifiés de 3oo muids de vin à prendre sur les recettes de la ville. Ce monument porte la figure du roi revêtue de ses habits royaux. ( Planche 5 , fîg. 10. ) O11 y lit l’inscription suivante:
(2) Ad Chaluz cecidit regni rex cardo Ric’nardus ,
His férus, lus humilis , his agnus et his leopardus.
Casus erat lucis Chaluz persæcula nomeu Iguotum fuerat , sed certum nominis omen Tuncpatuit; res clausa fuit , sed luce cadetite Prodiit iu lucem per casum lucis ademptæ.
Anno milleno ducenteuo minus uno ,
Ambrosii festo , decessit ab orbe molesto.
Pictavus exta ducis sepelit , tellusque Chalutis Corpus dat claudi sub marmore Fontis-Ebraudi ,
Neustria tuque tegis cor (3) inexpugnable regis.
Sic loca per trina se sparsit tanta ruina ,
Nec fuit hoc funus , cui sufficeret locus unus.
Ejus vita brevis, cuuctis plangetur iuævis.
A main gauche du maître autel , on voit le magnifique tombeau d’Henri le jeune , deuxième fils d’Henri II , roi d’Angleterre, son coadjuteur dans
(1) Dans l’année i25o, le Doyen , les Chanoines et le Chapitre de Rouen , employèrent le produit de cette balustrade pour contribuer a la rançon de Saint-Louis , prisonnier dans la Terre Sainte.
(2) Richard Ier. mourut des suites d’une blessure qu’il reçut au siège de Chalus ( dans le Limosin , ) qui portait alors le nom de Chaluz.
(3) Quelques copies portent inæstimabi/e au lieu d ’ inexpugnabile ,
le royaume pendant quelque temps , et deux fois couronné roi par l’ordre de son père , d’abord à Westminster , et ensuite à Winchester. Sa statue de marbre blanc , revêtue de ses habits royaux ( planche 5 , fig. 12 ) , et placée sur son tombeau , ne porte aucune inscription. Son corps avait d’abord été déposé dans leglise de Saint-Julien , au Mans , près de celui de son grand-père le comte Geoffroy ; mais les habitans de Rouen , auxquels il avait légué ses dépouilles mortelles , firent de pressantes sollicitations près du roi son père , et du pape Lucius III. Apres avoir obtenu un ordre pour sa translation (i) , des seigneurs Normands portèrent son corps sur leurs épaules depuis le Mans jusqu’à Rouen , où il fut enterré de nouveau avec la plus grande pompe , en présence de Richard , archevêque de Cantorbéry , de Rotrou , archevêque de Rouen , et de plusieurs autres prélats tant Anglais que Normands. (2)
(1) Plusieurs notes conserve'es dans les archives de la cathédrale de Rouen , font mention de lettres adressées au Pape , par Bertrand de Beceyras , évêque d’Agen , Odon , duc de Bourgogne , Robert , duc de Narbonne , Guillaume , châtelain de Saint-Omer , et plusieurs autres personnages de distinction , qui témoigneut que telles étalent les dernières volontés du prince , et qu’étant sur son lit de mort au château de Martel , dans la vicomté de Turenne , lorsqu’on le sollicita de rétracter cette promesse, sous prétexte que les chemins qui conduisaient à Rouen étaient impraticables, et qu’il ferait mieux de désigner pour sa sépulture l’église de’ Grandmont , dans le Limousin , il persista , malgré les vives instances qu’on lui faisait , à vouloir être enterré près de son oncle Guillaume Plantagenet.
(2) Sou frère Geoffroy , duc de Bretagne et comte de Ricliemond , quatrième fils du roi Henri II , fonda un canonicat dans l’église de
ANGLO-NORMANDES. a5
Entre deux piliers au nord du chœur , et parallèlement au maître autel , on voit une tombe de marbre noir , sous laquelle est enterré le célèbre Jean de Lancastre ( troisième fils d’Henri IY , roi d’Angleterre , ) duc de Bedford , d’Anjou et d’Alençon , connétable d’Angleterre et régent de France , cité , avec raison , comme le meilleur général qui soit sorti de la maison royale des Plantagenets. Cette tombe , détruite en 1 562 par les huguenots , lorsqu’ils se rendirent maîtres de la ville de Rouen , n’offre ni statue , ni inscriptions ; on y a suppléé lors de la réparation du nouveau pavé du chœur , en mettant à sa place une table de bronze.
J’ai recherché , le plus scrupuleusement possible les statues des rois Henri le Jeune et Richard Ier. , donton vient de parler; et j’ai parcouru les différentes chapelles où les ouvriers , en réparant l’église , avaient employé plusieurs inscriptions brisées ; mais toutes mes recherches furent infructueuses , et je ne pus me procurer aucuns renseignemens ni sur ces statues , ni sur la pierre tumulaire qui avait été placée
Rouen , afin qu’un chapelain pût prier journellement pour l’àme du prince Henri , et il le dota de vingt livres de rente annuelle. Cette donation fut confirme'e par sa femme Constance , duchesse de Bretagne et comtesse de Richemond. Marguerite , fille de Louis le jeune , roi de France , et veuve de ce prince Henri , voulant donner un témoignage de l’estime qu’elle portait à son dernier mari , déposa trois cents marcs d’argent dans les mains de l’abbé de Clairvaux , pour établir dans la même église d’autres chanoines, qui prieraient pour le repos de son âme. Ce service est célébré annuellement le jour de Saint-Barnabe'.
ANTIQUITÉS en mémoire du duc de Bedford ; quoique M. Bréval l’eût vue peu d’années auparavant dans la bibliothèque de leglise ; mais Montfaucon , dans le 2r, vol. des Monumens de la Monarchie Française , avait heureusement donné une gravure des deux premiers princes , dessinée d’après les figures memes qui existaient encore de son temps. Quant à l’inscription du duc de Bedford , elle a été copiée d’après la planche que Sandford en a donnée dans son Histoire généalogique des rois d’Angleterre, p. 3 1 4 > laquelle a été gravée d’après un dessin fait par sir William Dugdale. ( Planche 5 , fig. 1 1. )
On a été long-temps fort indécis sur la place où l’on avait déposé le corps de Guillaume , troisième fils de l’impératrice Maud , par son second mari Geoffroy Plantagenet , comte d’Anjou , et frère d’Henri II , roi d’Angleterre , mort à Bouen en 1 1 64 , et enterré dans la cathédrale. Mais il est plus que probable que cette place était dans le chœur et du côté droit du maître autel , puisque celle qu’occupait le corps d’Henri le jeune était connu , et qu’il avait ordonné , à ses derniers momens , que son corps serait déposé à côté de celui de son oncle Guillaume Plantagenet.
Au midi de la chapelle de la Vierge , on voit le tombeau de Charles V , roi de France , enlevé du milieu du chœur , pour être déposé de nouveau dans 1 endroit même où son cœur avait été primitivement placé. Au-dessus de ce tombeau d’une belle exécution , on voit une statue couchée , de marbre
blanc
blanc , représentant le Roi avec la couronne sur la tète , revêtu de ses habits royaux , et portant son cœur dans sa main. La balustrade d’argent qui entourait autrefois ce monument , a été enlevée par les Huguenots , qui pillèrent la cathédrale , pendant la guerre civile , sous François II.
La quantité de figures et la beauté des ornemens qui accompagnent le superbe tombeau en marbre noir et blanc de 16 pieds de large sur 21 pieds de haut , qui est placé dans la même chapelle , à droite de l’autel , justifient le nom qu’on lui a donné , de Mausolée des deux cardinaux Georges d’Amboise , oncle et neveu (i). Dans la partie inférieure du monument , on voit six figures de marbre blanc , représentant la Foi , la Charité, la Prudence , la Force, la Justice et la Tempérance , placées dans des niches et séparées par des pilastres chargés d’emblèmes funéraires. Dans la partie supérieure en marbre noir , sont placées les statues des deux cardinaux , en marbre blanc ; l’un et l’autre représentés à genoux , ayant les mains jointes et élevées au ciel. On lit les vers suivans sur le fronton de ce monument :
(1) Ce beau mausole'e a été érigé en 1622 par Georges d’Amboise, neveu du cardinal , lorsqu’il n’était encore qu’archevèque de Rouen , et qu’il n’avait pas beaucoup d’espoir d’obtenir la pourpre. La statue , qui avait été placée sur le mausolée, à cette même époque , ne le représentait qu’avec ses habits archiépiscopaux ; mais aussitôt qu’il eut obtenu le chapeau de Cardinal , il la fit jeter bas , et la remplaça par une statue de cardinal , telle qu’elle est maintenant. Ce mausolée a été , dit-on , sept ans à construire
Pastor eram cleri , populi pater ; aurea se se Lilia subdebant , quercus et ipsa mihi.
Mortuus en jaceo ; morte extinguuutur honores;
At virtus , mortis nescia , morte viret.
La voûte offre une multitude de figures , particulièrement celles des douze apôtres , grouppées deux à deux. Les corps des deux cardinaux sont enterrés dans un caveau placé sous le mausolée , et dans un sarcophage de marbre noir , relevé d’ornemens en marbre blanc.
De l’autre côté de la chapelle , on voit un tombeau magnifique, érigé en l’honneur de Louis de Brezé, grand sénéchal , lieutenant-général et gouverneur de la Normandie , mort en iôai. L’ensemble de ce tombeau , qui représente les différens états de la vie de M. de Brezé , est composé de quatre colonnes corinthiennes de marbre noir , posées sur un socle de marbre blanc statuaire , et couronnées de chapiteaux du même marbre. Les entre-colonnemens sont enrichis de guirlandes de fleurs et de fruits dorés. On voit au centre un sarcophage de marbre noir , sur lequel est placée une figure couchée , parfaitement exécutée , qui représente M. de Brezé. Dans une espèce de niche , du côté de la tète de cette même figure, on voit Diane de Poitiers , sa femme , en habits de veuve , à genoux et les bras croisés l’un sur l’autre, et à ses pieds la figure d’une autre femme, tenant un jeune enfant dans ses bras. Au-dessus du sarcophage, quatre caryatides , portant sur leur tête des corbeilles de fleurs et de fruits, représentent la Prudence,
la Gloire, la "Victoire et la Force ; dans le milieu , selève la statue de M. de Brezé , revêtu de ses insignes , avec une couronne de comte sur la tète. Les caryatides supportent un entablement , dont les principales parties sont richement dorées. Au centre de la corniche , une autre figure de marbre blanc représente M. de Brezé à cheval et armé de pied en cap. La totalité du monument est couronnée par une attique d’ordre composite qui forme une niche , dans laquelle est placée une figure de femme , représentant la Force. Dans la frise au-dessus de sa tête , on lit ces mots en lettres d’or : In virtute tabernaculum ejus. Cette corniche est terminée par deux lions quisupportent chacun un écusson aux armes deM. de Brezé, et sur un piédestal , une chèvre couchée , qui était son cimier. Ce monument , dont toutes les figures sont en marbre , a été construit aux frais de la duchesse de Valentinois , veuve de M. de Brezé. Cette femme qui fut successivement la maîtresse de deux rois , avait fait une promesse à son mari , en quatre vers latins , qui faisaient partie de son épitaphe; mais ses exécuteurs testamentaires ne la firent pas graver ; car bien quelle lui eût promis de partager son même tombeau , cependant elle fut enterrée dans un magnifique mausolée de marbre statuaire dans la chapelle du château d’Ànet , près de Paris, qui avait été bâti pour elle par Henri II , roi de France. Yoici ces vers :
lloc , Lodoice , tibi posuit , Bresse , sepulchrum Piclonis araisso mœsla Diana viro.
Indmilsa tibi quoudam et fidissima conjux Ut fuit iu thalamo , sic erit in tumulo.
On voit aussi plusieurs autres tombeaux dans la même chapelle , entre autres ceux de l’archevêque Odon Rigault, mort en 1275 ; de Guillaume de Flavacourt , archevêque de Rouen , mort en 1 3o6 ; de l’archevêque Raoul Roussel , mort en ; enfin ,
celui de Charles de La Rochefoucault , baron de Celfrin , qui fut tué à la prise du Mont Sainte-Catherine, en i562.
Dans la chapelle de Saint Romain , on trouve les restes du fameux Rollon , premier duc de Normandie, qui avaient été exhumés d’auprès du maître autel , lorsqu’on a rebâti et élargi le chœur; l’inscription qui y était alors s’exprimait ainsi :
DuxNormannorum , cunctorum norraa bonorum ,
Rollo férus , fortis , quem gens normannica mortis
Invocat articulo , claudilur hoc tumulo.
Ipsi provideat tua sic clementia , Christe,
Te ut semper videat cætibus angclicis^
Mais, après sa translation , on grava l’épitaphe suivante:
Dux Normannorum , timor hostis et arma suorum ,
Rollo sub hoc titulo claudilur iu tumulo.
Majores cujus probitas provexit ut ejus Survivit nec avus , nec pater , aut proavus.
Ducentem fortes regem multasque cohortes Devicit Daciæ congrediens acie ;
Frixonas , Vualcros Halbacenses , Haynaucos Hos simul adjunctos Rollo dédit profugos.
Egit ad hoc Fresios per plurima vulnera victos ,
Ut sibi jurarent atque tributa darent.
Bajocas cepit , hinc Parisios superavit.
Nemo fuit Francis asperior cuneis.
Annis triginta Gallorum cædibus arva
Implevit , pigro bella gerens Carolo.
Post militas strages , prædas , incendia , cædes ,
Utile cumGallis fædus iuit cupidis.
Supplex Franconi meruit baptismate tingi :
Sic periit veteris omne nefas hominis.
Ut fuit ante lupus , sic post fit mitibus agnus;
Pax ita mutatum mulceat anteDeum !
Guillaume , dit Longue-Épée , fils et successeur de Rollon ( qui fut assassiné à Pecquigny, en 944, pendant une conférence avec Arnoult , comte de Flandres ) , avait d’abord été enterré dans le choeur; mais lors de la restauration de la cathédrale , ses restes furent exhumés et déposés à main droite de l’autel de la chapelle Sainte Anne, avec une nouvelle pierre tumuiaire , sur laquelle on lit les vers suivans :
Rollonis natus, Gulielmus Longa vocatus Spatha , deo gratus , jacct hoc tumulo tumulatus.
Panem canonicis in honore Dei genitricis Contulit : ergo pia adjuvet ipsum Virgo Maria;
Et qui cuncta videt sibi vivo pane frui det.
Anno centeno no vies duo cum quadrageno ,
Defuit in membris ter denà luce decembris.
Cum nato cunctis escas tribuente quiescas.
Qui panem Christi pro matris honore dedisti ,
Qui dédit hoc munus , hune salvet trinus et unus.
Lorsque cette tombe était dans le choeur, on y lisait l’inscription suivante :
Quos defendebat Gulielmus , nemo premebat ;
Auxilio caruit cædere quem volnit.
Regibus ac ducibus metuenda manus fuit ejus ;
Belliger Henricus Cæsar eum limuit
3i ANTIQUITÉS
Rexit Normannos vigiuti quinque per aunos ,
Militis atque ducis promptus in officiis.
Cœnobium pulchrè reparavit Gemmeticense ,
Et decrevit ibi ferre jugum monacbi.
Fervidus iuvicti coluit uormam Benedicti ,
Cui petiit subdi plenus amore Dei.
Distulit hoc abbas Martinus ; diva potestas Sæva per arma mori prætulit omen ei.
Narnque, dolis comitis Arnulphi nectus inermis ,
Corruit. Æthereum possit habere Deum !
Dans le haut de la nef, on trouve la tombe de St. Maurille , archevêque de Rouen, mort en 1067 , et à quelques pas de celle-ci , celle de Sybille , fille de Geoffroy de Conversane , et veuve de Robert II , duc de Normandie. Son corps repose sous une tombe de pierre , sur laquelle on lit l’inscription suivante :
Nobilitas , species, laus, gloria , magna potestas Vivere perpetuo non faciunt hominem ;
Nam generosa , potens , dives , comitissa Sybilla Hoc jacet in ttimulo condita , facta cinis ;
Cujus larga manus , mens provida, vita pudica Prodesset patriæ, si diuturna foret.
Normanni dominant gens Appula deflet alumnam,
Cujus in occasu gloria magua ruit.
Velleris aurati cum Titan sydus iuibat,
Mortem passa ruit. Sit sibi vita Deus!
U existe encore beaucoup d’autres tombeaux dans la cathédrale , et particulièrement celui du cardinal d’Estouteville ; mais comme ces objets n’avaient aucun rapport, ni avec l’histoire de la Normandie , ni avec celle de l’Angleterre , je n’en ai pas fait mention.
Les fonds baptismaux sont placés dans le milieu d’une des ailes de l’église. La forme du baptistère
est un carré oblong de marbre noir , placé dans la direction de l’ouest à l’est; elle a beaucoup de rapport avec celle des anciens autels construits dans la forme d’un sarcophage.
La maison du chapitre est vaste ; elle a été bâtie aux frais de Guillaume Bonne-Ame , archevêque de Rouen, mort en 1110, et déposé sous une tombe placée près du mur à l’ouest.
Le corps de bâtiment de la bibliothèque de la cathédrale forme une belle galerie de cent pieds de long sur 20 de large; mais elle n’est pas suffisamment éclairée. Elle contient un grand nombre de livres imprimés et manuscrits , ainsi que plusieurs portraits assez insignifians de ceux qui l’avaient enrichie ; elle est ouverte tous les jours, à toutes les personnes qui veulent étudier , depuis 8 heures du matin jusqu a midi , et de 2 à 6 le soir , les dimanches et fêtes exceptés. Sur la porte , on lit l’inscription suivante :
Si quem sancta tenet meditaudi in lege voluntas ,
Hic poterit resideus sacris intendere libris.
Depuis le règne d’IIenri II , roi d’Angleterre et duc de Normandie, le chapitre, composé de l’archevêque , d’un doyen , de soixante chanoines et de dix prébendiers (1) , a joui du privilège extraordinaire
(1) Plusieurs terres, en Angleterre , appartenaient à ces prébendiers ou chanoines ; savoir : le manoir de Clere en Surrey, le manoir d’Oteri en Devonshire, le manoir de Kilburn dans l’Yorkshire, et la chapelle deTikehull; cette dernière, suivant le cartulaire de la cathédrale ,
de donner la grâce tous les ans , le jour de l’Ascension , à un criminel ou à un de ses complices , arreté pour meurtre dans la juridiction de la ville , et , s’il n’y en a pas , à tout autre malfaiteur , quelle que soit l’atrocité de son crime , pourvu qu’il soit né dans la ville, et qu’il ne soit pas accusé de haute trahison. Voici la manière dont le chapitre exerce ce privilège.
Pendant les trois jours des Rogations , deux chanoines , suivis du greffier et de deux chapelains , visitent toutes les prisons de la ville et des faubourgs , et après avoir dressé un procès-verbal de l’interrogatoire et des aveux faits par les prisonniers des crimes dont ils sont respectivement chargés , ils le déposent au chapitre.
Le jour de la fête de l’Ascension , ce même chapitre, après avoir entendu la lecture de ce procès-verbal et des aveux des prévenus , procède au choix de celui qui doit obtenir son pardon. Ce choix fait , un des chapelains porte son nom par écrit au Parlement , qui s’assemble extraordinairement au palais ce même joür. Le Parlement , après avoir reçu le billet du chapitre , se rend en corps à la Grande Chambre , dans laquelle le prisonnier désigné est amené chargé de ses fers , et placé sur la sellette ; là , on lui fait connaître
fut donnée par le roi Jean , etc. « Data à domino rege Johanne , quandô » fuit cornes, ad quatuor præbendas, ad facieudum anniversaria pa- » tris sui et fratrum quæ valet C. marc, undè LX. marcæ assignatæ sunt ad quatuor præbendas , et XL. marcæ assignatæ obitum H. et R. et Johan. facieudum. » Voyez le Monasticon deDugdale, vol. II , p. 1017, dans lequel on trouve le nom de plusieurs églises en Angleterre , qui . furent données à ces chanoines.
que
que le choix est tombé sur lui , et que conséquemment il a droit de prétendre au privilège de Saint-Romain (i); après quoi le criminel est remis entre les mains du chapelain , qui , accompagné de 60 gardes , le conduit dans un appartement , où on lui ôte ses fers qu’on lui jette sur les bras ; on le laisse alors dans la vieille Tour , où il y a une petite chapelle dédiée à St.-Romain bâtie sur un emplacement du palais des anciens ducs de Normandie (2) ; là , il attend l’arrivée de la procession. Aussitôt que ces divers actes préparatoires ont été notifiés au chapitre , la procession part de la cathédrale , accompagnée de deux chanoines , qui portent la châsse de St.-Romain ; arrivée à la vieille Tour , on dépose la châsse dans la chapelle , devant le criminel , qui est à genoux , la tète nue et portant ses fers sur son bras. Alors , l’archevêque , ou , en son absence, un des chanoines , après lui avoir fait répéter hautement l’aveu de son crime , lui pose la main sur la tête, et lui
(1) On croit généralement que ce fut par l’intercession de ce saint, que le chapitre obtint ce privilège ; mais on a la preuve qu’il est beaucoup plus récent. Ce saint, particulièrement honoré des habitansde Rouen, descendait d’une branche de la famille des princes de Gueldre ; il fut promu à 1 archevêché deRouen en Go i , et occupa ce siégé jusqu’à sa mort, arrivée en 644. Sou corps déposé dans un tombeau de marbre, fut placé dans 1 église de Saint-Godard, où il resta jusqu’en io36. Alors l’arche-
vêque Robert Ier. le fit transporter dans la cathédrale; en 1090, l’archevêque Bonne-Ame fit placer ses restes dans une superbe châsse enrichie d’or et de pierres précieuses; mais en i56a , les calvinistes la brûlèrent, ainsi que celles de plusieurs autres saints ; cependant quelques parties de ces reliques furent alors conservées et déposées dans la châsse qu’on voit encore.
Cet ancien palais avait été bâti en g44 , parle duc Richard ll'r*
A NTIQUITÉS donne l’absolution. Après quoi le criminel , toujours à genoux , élève trois fois la châsse , aux acclamations de tout le peuple assemblé pour voir cette cérémonie. La procession retourne ensuite à la cathédrale , suivie du criminel couronné de fleurs , et qui porte dans ses bras la châsse de St-Romain ; après l’avoir déposée sur le maître autel , il salue le chapitre , et retourne à la chapelle de St. -Romain, où il entend une Messe célébrée par le chapelain de cette confrérie. La Messe terminée , il est conduit par ce même chapelain dans un endroit hors de la juridiction de la ville , où , après une plus sérieuse exhortation que lui fait un religieux particulièrement affecté à cet office , on lui donne du vin et des rafraîchissemens. Il retourne ensuite avec le même chapelain , dans un appartement dépendant de la cathédrale , où on lui a préparé un souper et un lit pour passer la nuit , et le lendemain matin , il reçoit sa pleine et entière liberté (i).
Je ne dois pas oublier de faire remarquer que l’inauguration des ducs de Normandie a toujours eu lieu dans la cathédrale de Rouen.
L’ancienne abbaye royale de Saint-Audoen ou Saint-Ouen (2) , est située au milieu de la ville. Elle
(1) Un privilège semblable est exercé de temps immémorial par l’évêque d’Orléans, lorsqu’il prend possession de son évêché; ce privilège s’étend même jusqu’à délivrer des prisons de la ville tous ceux qui y sont détenus ( sans doute pour dettes ou pour de légers crimes.)
(2) St.-Audoen ou St.-Ouen , auquel cette abbaye est dédiée , naquit à Saucy , près de Soissons, et descendait d’une famille distinguée de cette ville. 11 fut élevé dans l’abbaye de Saint-Médard de Sois-
A N G L O- N O RM A N D E S.
fat originairement fondée par Clotaire IPr. , roi de France , vers l’an 538 (i), et dédiée alors à St-Pierre ;
sons , d’où il fut envoyé à la Cour de Clotaire II , qui lui confia plusieurs missions fort importantes, et Dagobert , son successeur au trône , le nomma son référendaire et son chancelier. Promu au siège archiépiscopal de Rouen en 646 , il mourut à Clichy, le 24 août 689 , sou corps fut reporté à Rouen, où son tombeau avait été construit de son vivant ; trois ans après , son successeur Ausbert fit placer ses reliques dans une châsse d’argent , qui fut portée à Paris dans l’année 842, puis reportée à Rouen , en 918 , et enfin brûlée par les calvinistes en i562.
(1) L’abbaye, bâtie par le roi Clotaire, fut en grande partie détruite par les Normands en 842. Le duc Rollon, en se faisant Chrétien , contribua beaucoup à la réparation des dégâts causés aux bâti— mens ; et ceux-ci furent ensuite parfaitement restaurés par les donations de ses successeurs Guillaume-Longue-Epée , Richard 1er. et Richard II, ducs de Normandie. En io35 , l’abbé Nicolas désirant effacer tous les vestiges de la fureur des Normands , entreprit de relever le premier édifice, et posa les fondemens d’une nouvelle église , qui ne fut terminée que 90 ans après. Cette église ayant été brûlée dix années après sa dédicace ; elle fut rebâtie par Richard Ier. , roi d’Angleterre , et l’impératrice Maud, mais eu 1238 , elle fut également détruite par le feu. Une très-petite partie de l’édifice qui avait été sauvée des flammes fut réservée par les moines pour le service divin , et ceux-ci s’y établirent, jusqu’à ce que l’abbé Jean Marcdargent, d’autres disent Roussel, eût jeté en i3i8, les fondemens du superbe édifice qu’on voit maintenant. Ce même abbé vécut encore assez long-temps pour voir terminer entièrement le chœur, les chapelles latérales , le transept ou la croisée de la grande croix , une partie des ailes de côté , ainsi que la chapelle de la Vierge. Le roi Edouard-le-Confesseur donna à cette abbaye les manoirs de Mercy ou de West-Meresey , de Doniland, de Findringho et de Peet en Essex ; on établit ensuite dans le premier , un couvent de l’ordre de Saint-Benoit , qui forma un monastère pour cette abbaye de Saint-Ouen. L’évêque Tanner , dans sa Notifia Monastica, et divers autres écrivains , disent que, lors de l’abolition des prieurés étrangers en Angleterre, Henri V donna celui-ci, ainsi que le manoir , à l’archevêque Chicheley. Mais on lit dans le Cartu-
mais l’église actuelle est un ouvrage du XIVe. siècle , regardé par les hommes de goût comme un des plus beaux monumens de l’architecture gothique , en France ; cependant la partie à l’ouest n’a pas été terminée suivant le plan que l’architecte avait composé pour ce côté de l’église (i).
Les murs de cette abbaye sont soutenus en dehors par 3a arc-boutans ou éperons , placés à égale distance , et tellement bien disposés , qu’ils n’empêchent pas la lumière de percer à travers les vi-
laire de cette abbaye , que plusieurs de ces prieurés étrangers , situés en Angleterre , ayant été supprimés par un acte du Parlement tenu àLeicesteren i4i4 , daus la deuxième année du règne d’Henri V , l’abbé et les religieux du couvent de Saint-Ouen , nonobstant cet arrêt , obtinrent , par leur influence à la Cour d’Angleterre , une exception pour leur prieuré de West-Meresey ; mais craignant que celuici ne fût enveloppé dans la loi générale , et ayant également besoin de se procurer une somme d’argent pour les besoins pressans de l’abbaye , ils concédèrent définitivement ce prieuré, ainsique le manoir de West- Meresey à Henri Chicheley , archevêque de Cantorbéry, et à son frère Guillaume Chicheley, ainsi qu’à ses successeurs, moyennant une somme de ^,5oo livres payée à l’abbé et au couvent, pour les besoins généraux de l’abbaye ; 5oo livres pour réparer le cloître qui fait lace à la maison du chapitre , et pour y établir une fenêtre avec des vitraux , sur lesquels serait représenté Henri Cicheley , archevêque de Cantorbéry, revêtu de ses habits pontificaux , et placé à genoux devant la figure de St. -Thomas Becket , portant lui-même des vêtemens semblables ; enfin , 1000 livres pour les moines , devant .être employées par eux en habillemens ou autres objets à leur usage personnel. Une partie de la charte de concession existe encore dans les archives de cette abbaye , d’où l’on a tiré la copie, qui se trouve à la fin de cet ouvrage.
(1) Le dessin original du plan de ce portail , tel qu’il devait être exécuté dans le principe , avait été conservé dans les archives de l’abbaye. Ce plan a été gravé depuis 5o ans sur ce même dessin.
/*/ 6 ,/ig /?.
be T Aiiba^c be J5* 1®um .
a "Rouen -
ANGLO-NORMANDES. 3c}
traux. Sur le centre de la croix de la nef, il y a une grande tour ( planche 6 , fig. 1 3 ) , regardée comme un chef-d’œuvre de ce genre d’architecture. Son élévation de cent pieds au-dessus de la voûte de l’église, forme un point de vue fort agréable , lorsqu’on entre dans la ville. Le grand portail, à l’ouest, est d’une belle proportion; il fut terminé tel qu’on le voit encore , pendant que le cardinal Innocent Cibo , mort en i5i8, était abbé de ce monastère ; mais comme on l’a déjà dit, ce portail est bien inférieur à celui qui avait été projeté. Le portique du midi mérite de fixer l’attention des curieux , par la beauté et la variété des ornemens qui le décorent; on remarque particulièrement les beaux cul-de-lampes ou pendentifs qui produisent un trèsbel effet , par une combinaison variée d’ornemens en spirale , qui semblent suspendus à la voûte. L’intérieur de ce vaste édifice reçoit le jour par trois lignes de fenêtres en ogive, qui , avec les trois belles rosaces placées l’une à l’ouest , et les deux autres aux extrémités des ailes , produisent la plus grande masse de lumière qui puisse se rencontrer dans un semblable monument. La rangée inférieure des fenêtres est garnie de vitraux peints , qui représentent les traits les plus remarquables de l’Ancien Testament. Sur la ligne de fenêtres au-dessus, on remarque beaucoup de traits de l’histoire et de l’Ecriture- Sainte. Les piliers qui portent la voûte sont d’un travail extrêmement délicat , et leurs proportions bien observées. Le chœur , semi-circulaire , est d’une
4 o ANTIQUITÉS
grande beauté ; l’espace entre les arcades qui le séparent des ailes latérales, est fermé par une grille d’un travail recherché. La chapelle de la Vierge est placée derrière le chœur , entouré lui-même de douze autres chapelles , dans l’une desquelles il existe une horloge , dont une figure du diable marque les heures. Le jubé ou grille qui sépare le chœur de la nef, a été donné par le cardinal d’Estouteville ; quoiqu’en partie dépouillé de la plupart des ornemens et des figures qui l’enrichissaient autrefois, il est encore justement admiré comme un chef-d’œuvre de serrurerie.
Cette abbaye possède peu de tombeaux remarquables , parce quelle a été fréquemment endommagée par le feu , et qu’elle fut ensuite pillée par les calvinistes , sous les ordres du prince de Condé. Parmi ceux qui y subsistent encore , on distingue dans la chapelle Sainte-Marie celui du fils aîné du fameux lord Talbot , comte de Shrewsbury , commandant des armées anglaises en France, sous le règne d’Henri VI; on y lit l’inscription suivante:
Cy gist noble homme Jean (1) Talbot , fils du sieur de Talbot, Maréchal de France , qui décéda ès années de Puérilité le iv januier mccccxxxviii.
Le corps de Richard III , duc de Normandie , mort en 1027 , fut enterré dans l’ancienne église abbatiale ; mais les fréquentes révolutions quelle
(1) Leuomde baptême du fils aîné de Talbot, comte de Shrewsbury , était Thomas. Jean , créé baron de Liste ,son second fils, fut tué à côté de son père , à la bataille de Chàtillon , le 20 juillet i458.
a éprouvées ont fait disparaître les traces de ce tombeau , on ignore même la place qu’il occupait.
La longueur totale de l’église Saint-Ouen , prise depuis la chapelle de la Vierge à l’est , jusqu’au portail à l’ouest, est de 4i6 pieds 8 pouces français ; celle de la nef, depuis la porte du chœur jusqu’au portail à l’ouest, 234 pieds; celle du chœur, 108 pieds ;de la chapelle de la Vierge , G6 pieds ; et la distance entre cette chapelle et le chœur , est de 8 pieds 8 pouces. Largeur de la nef , en y comprenant les deux ailes latérales , 78 pieds ; ces ailes en ont 32, et la nef 34- Hauteur du pavé à la voûte, 100 pieds. La longueur des ailes de la croix de l’église , depuis le portail au nord , jusqu’à celui du midi , i3o pieds , et sa largeur 34-
Les moines de cette abbaye ont fait graver à leurs frais sept planches de cuivre , qui représentent cette magnifique église et le couvent.
Le réfectoire , la maison du chapitre et le cloître sont d’une construction fort élégante.
J’ai remarqué dans ce dernier , qui paraît beaucoup plus ancien que 1 eglise , quelques vieux pupitres en pierre attachés aux piliers , destinés à placer des livres (1) ; mais je n’y ai pas vu de croix , ni d’images de saints.
(i)Dans les couvens des bénédictins , il était autrefois d’usage que les moines se réunissent à une heure déterminée dans le cloitre , pour y cultiver en commun les hautes sciences. Les uns fesaient des lectures , tandis que les autres transcrivaient les ouvrages de la société ; c’est pour ce motif qu’il y avait des pupitres placés dans le cloître.
4 a ANTIQUITÉS
Il existe une très-vieille tour à l’angle nord de la section de la croix , qui a été , d’après l’opinion des moines , bâtie par Richard Ier. , roi d’Angleterre , et l’impératrice Maud.
Plusieurs rois d’Angleterre ont fait des donations à cette abbaye. Guillaume-le-Conquérant donna à l’abbé et au couvent un droit exclusif d’établir des boucheries et de prélever certains droits sur toutes les marchandises vendues dans le ressort de l’abbaye. Henri Ier. les exempta , ainsi que les navires qui appartenaient à leurs vassaux , de tous droits d’octroi et de coutume quels qu’ils fussent, tant en Angleterre , qu’en Normandie ; enfin , Richard Ier. leur concéda le village de Poses avec ses dépendances , et la dime des moulins , en échange d’une petite pièce de terre située à Limay , près du Pont de l'Arche. L’original de ce contrat d’échange existe encore à l’abbaye de Saint-Ouen (i) , il est contre-scellé du grand sceau de Richard , comme duc de Normandie ( planche 6, fig. ï4- )
A l’ouest du quai , et à l’angle des murs de la ville , on trouve une vieille citadelle , qui a obtenu le nom de Vieux-Palais , depuis la construction de celui dans lequel le Parlement tient ses séances ; cette citadelle est entourée de fossés, et flanquée de tours du côté de la terre , comme il y en avait du côté de la rivière ; mais ces dernières furent ensuite détruites , et remplacées par un bastion , dont l’angle
(1) Ric/tardus Dei gratiâ , etc. Voir à la lin du volume.
saillant
saillant s’étend jusqu’au bord de l’eau , qui sert aussi à la défense de la ville de ce côté , à l’aide d’un parapet et de plusieurs autres ouvrages extérieurs. En i4i8, aussitôt après que la ville se fut rendue aux Anglais , Henri Y fit bâtir la citadelle ( planche 7 , fig. i5), afin de contenir les liabitans ; il se servit d’un stratagème assez grossier pour faire construire ce château , en profitant d’un article de la capitulation , par lequel il était convenu qu’il serait assigné , suivant la volonté du Roi , une suffisante quantité de terre près des murs , soit au-dedans , soit en dehors de la ville , afin d’y bâtir un palais pour sa résidence royale. Lors de l’exécution des travaux , qui ne furent complètement terminés que la 21e. année du règne d’Henri VI , on fut obligé d’abattre une maison de religieuses béguines qui se trouvait située dans la ligne des fortifications ; mais par sa charte , datée de Rouen , du 4 février 1 443 , Henri donna en échange à ces religieuses , une habitation beaucoup plus commode dans la paroisse Saint- Vigor. Un pont-levis sert à la communication de la citadelle , dont la porte est surmontée des armes de France.
Du côté des murs , au nord-ouest de la ville , visà-vis le faubourg Bouvreuil , on voit les restes d’un vieux château , bâti par Philippe-Auguste , qui porte le nom de Fontaine-Gaalor ; les seules parties qui subsistent encore sont la porte et trois tours , l’une nommée Tour du Gascon , l’autre Tour du Donjon , et la troisième Tour de la Pucelle.
Au midi de ce château , et presqu’à l’extrémité de la ville , près de la Seine , était situé le palais du duc Rollon , dont on ne voit plus de vestiges. L’église de Saint-Pierre-du-Châtel et un couvent de Cordeliers ont été bâtis sur l’emplacement que ce palais occupait. Le dessin ci-contre de la statue de ce prince , ( planche 7 , figure. 16 ) , qui était placée sur son tombeau , est tiré du muséum des Monumens français.
On trouve auprès du pont un petit château , bâti par Henri Y en 1419 , sur l’emplacement du vieux Barbican , dans lequel il y avait autrefois un capitaine , à la garde duquel il était confié. Ce château appartient maintenant au gouverneur ; mais il n’y réside pas.
A peu de distance de ce château et près de la halle , on trouve la Vieille* 'Tour , qui faisait autrefois partie du superbe palais bâti en q5o par Richard Ier. , duc de Normandie , et détruit par Philippe-Auguste en 1204. H y a dans cette tour une chapelle que ce même duc dédia à St-Romain ; on conduisait dans celle-ci le criminel qui jouit du privilège de Saint-Romain ; mais Philippe-Auguste ayant transporté cette chapelle au château de Fontaine-Gaalor , lorsqu’il détruisit le palais , le chapitre de la cathédrale , pour conserver son privilège , fit construire une autre chapelle sur l’emplacement même qu’occupait la première : c’est dans ce nouvel oratoire que le criminel porte la châsse de St-Romain.
Le bâtiment nommé le Palais , où s’assemble le Parlement , a été bâti aux frais des habitans de la ville vers la fin du XVe. siècle; le fond de l’édifice forme un carré d’une architecture gothique , entouré de boutiques de libraires. D’un coté , un escalier en pierre conduit dans une vaste salle ( dite Salle des procureurs ), dont l’aspect , tant intérieur qu’extérieur , ressemble en petit à la Chambre de Westminster. On rencontre continuellement dans cette salle une quantité d’hommes de loi en robe et en rabat , marchant à droite et à gauche les mains chargées de paperasses, et affectant un grand air affairé. A la suite de celle-ci , il s’en trouve une plus petite , appelée la Chambre des requêtes , sur la porte de laquelle sont placées les armes de France , supportées par deux cerfs ailés , ainsi que le portrait de Charles VI. On voit dans d’autres parties ces mêmes armes supportées par des porcs-épics , comme du temps de Louis XII.
Sur une fontaine du Vieux Marché , situé près du palais et de la cathédrale , on avait placé l’inscription suivante , qui fait allusion au marché , à la cour de justice et à l’église.
Elige , dives, inops, reus , advena, civis !
Jus veniara , victum dant Thémis , ara forum.
Sur la place de la Pucelle , dans une grande cour dépendant de la maison de M. Forteville , ancien Procureur-général de Rouen , on voit de beaux basreliefs qui représentent l’entrevue d’Henri VIII, roi