‹ Antiquités anglo-normandes de DucarelChapitre 18 sur 56 · Ï2 6 ANTIQUITÉS · texte numérisé non relu

Ï2 6 ANTIQUITÉS

Bochart ; en 1732 , on lui donna les revenus du collège du Cloutier.

Il y a également à Caen un jardin botanique , auquel est attaché un professeur qui y fait des cours.

Le Recteur , chef résident de l’Université , porte encore , en mémoire du premier fondateur , l’habit royal d’Angleterre , ou plutôt la robe rouge d’un docteur des lois civiles. Un ancien privilège l’exempte, ainsi que tous les autres officiers de l’Université , de certains droits ou» taxes ; et c’est par ce motif d’intérêt que plusieurs personnes distinguées sollicitent et achètent quelquefois les places les plus inférieures , telles que celles de bedeau , de balayeur , etc. , persuadés qu’ils né seront exposés à faire quelque dépense que dans le cas où le Recteur viendrait à mourir pendant son Rectorat. La dépense que nécessitent ses funérailles est en effet si excessive , que chaque officier souhaite, non sans raison , qu’il vive aussi long-temps que dure son Rectorat. Pour prévenir un malheur attaché à l’espèce humaine , l’Université a eu recours à l’expédient de ne nommer le Recteur que pour six mois ou même pour un temps plus court , quand il a déjà été en danger de perdre la vie. Cependant ces sages précautions furent inutiles il y a peu d’années ; le Recteur fut tué par l’éclat du canon d’un fusil de chasse , et les officiers se lamentent encore de la dépense qu’ils furent obligés de faire dans cette circonstance.

Le nombre des étudians , en y comprenant le Recteur, les professeurs, les régents, les maîtres et officiers

de l’Université s’élève à 1 5oo ; mais dans ce nombre sont compris les enfans qui composent les plus basses classes, et l’étude de ce qu’on appelle les humanités ; ce qui , en Angleterre , n’est considéré que comme l’étude de la Grammaire ou des premiers élémens des belles lettres. Enfin , cette Université , malgré ses nombreux privilèges et sa réputation tant vantée , est réellement au-dessous des plus petits col" léges des Universités d’Angleterre ; elle est actuellement sur son déclin , tant par la négligence que l’on apporte à l’étude des langues grecque et latine , et par la décadence générale des lettres en Normandie , que par la conduite des évêques , qui ont trouvé le moyen d’anéantir les prétentions des gradués , qui , d’après leur ancienneté et les intentions du fondateur , auraient le droit d’être pourvus de bénéfices.

L’hyppodrome ou l’Académie royale d’équitation , pour l’éducation des jeunes gentilshommes , dirigée par M. de La Pleignière, et qui est si vantée par le peuple de Caen , est particulièrement fréquentée par beaucoup d’Anglais. Cet établissement n’est qu’un vaste pensionnat , dont les meilleurs appartenions sont au-dessous de ceux d’Eaton. Le bâtiment forme un carré , dans le milieu duquel est une statue de Louis XIV. Trois des côtés de cet édifice renferment les logemens des élèves , et le quatrième est divisé en remises ou écuries. Il y a en outre un manège parfaitement disposé près de l’écurie destinée aux chevaux de l’établissement. Les élèves apprennent le français , les mathématiques , la musique , la danse , l ’é-

quitation , etc. : la dépense peut en être calculée d’après le prospectus de l’Académie , à quatre-vingtdeux livres sterlings. Il y avait lors de mon séjour vingt-six élèves , dont seize Anglais ou Irlandais , et dix Français ; mais en 1 767 , le nombre des Anglais n’était plus que de neuf, ainsi que je m’en suis informé.

On compte à Caen treize églises paroissiales, dont la principale est celle de Saint-Pierre, appelée autrefois Saint-Pierre-de-Darnetal ( Planche 22 , fig. 60) ; elle est située au milieu de la ville ; elle est remarquable par la beauté et la grâce de ses ornemens intérieurs et extérieurs , et particulièrement ceux de l’abside ou du rond-point derrière le chœur ( planche 23, fig. 61 ) ; par l’élégance et la hardiesse de sa flèche , qui est extrêmement élevée , et dont la construction est si bien ménagée , que dans quelque partie de l’église que l’on soit placé , on ne peut distinguer leà quatre piliers qui servent de base à cette flèche. Ce beau morceau d’architecture fut complètement terminé au commencement du XIVe. siècle, par un Anglais , nommé Nicholas (1) , qui était alors bourgeois de Caen , et trésorier de cette église. L’épitaphe suivante , conservée par M. de Bras , a été

(1) Cet architecte se nommait Nicolas Langlois ( nom fort commun en Normandie. ) C’est par un espèce de contresens que Ducarel a traduit ce nom par Nicholas an Englishman . C’est par une erreur plus ridicule encore que M. Dibdin fait venir front Germany ( ou littéralement de l’Allemagne), les belles pierres de taille tirées des carrières du village S Allemagne , près de Caen.

( Note du Traducteur. )

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de (r j /^e///uxjuc

terre

a Ctatu .

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faite à sa mort, arrivée en juillet 1 3 1 7 ; mais on n’est pas certain si elle a jamais été placée sur son tombeau :

Le veudredy devant tout droict La Saint Cler, que le temps n’est froit ,

Trespassa Nicolle l’Anglois L’an mil trois cents et dix-sepl.

Son corps gist cy , l’àme à Dieu soit 1 Chascun en prie , car c’est bien droict.

Bourgeois estoit de noble guise.

Moult de bien lisl en ceste église ;

Trésorier en fut longuement ,

Et par lui et par sa devise Fut la tour en sa voye mise D’estre faicte si noblement.

Prud’koms estoit courtois et sage Et sans orgueil et sans outrage De tous gens chery et aimé.

De sa mort ce fut grand dommage.

Son esprit soit en l’héritage De Paradis soit hoir clamé.

O lui gist sa femme première Qui moult fut de noble manière Et estoit nommée Germaine.

Envers Dieu fut moult ausmonière.

Qui les mettra en sa prière ,

Dieu les mette en bonne sepmaine.

Le jour que ce monde passa Et de ce siècle trespassa ,

Ce fut le second jour d’octobre L’an mil trois cens et dix-sept.

Grand dommage fut , comme on sçait; Car elle estoit bien sage et sobre.

Or priez par dévotion Qu’ils ayent pleine remission.

Michel Trégore , anglais de naissance , premier Recteur de l’Université de Caen , a été enterré à l’entrée du chœur de cette église , dans laquelle on voit encore son effigie. C’est aussi dans cette église que l’on chante le Te Deum dans les grandes fêtes ou pour tous les événemens remarquables. C’est également à Saint-Pierre que se réunit le clergé des autres paroisses pour les grandes processions.

L’église paroissiale de Sainte-Paix de Toussaints fut bâtie en 1061 , par le duc Guillaume, en commémoration d’un Concile provincial tenu p>ar son ordre dans un bâtiment situé sur l’emplacement qu’occupe maintenant l’église. Les historiens d’alors nous apprennent qu’il était d’usage, au temps du duc, pendant la tenue d’un Concile , de suspendre et de prévenir toute espèce de trouble et de contestation , et il était ordonné à tous les habitans de la ville de se tenir dans un état de tranquillité parfaite , afin d’éviter tout ce qui pourrait donner lieu à quelques rixes. C’est ce qu’on appelait la Trêve cle Dieu. Par ce même motif , l’église nouvellement érigée reçut le nom de Sainte-Paix de Toussaints. C’est à cette trêve ou plutôt à l’état de repos et de tranquillité ordonné par Guillaume - le - Conquérant , que plusieurs écrivains ont attribué avec quelque fondement l’origine de la cloche du Couvre-feu.

L’église de Saint-Étienne , située près de l’abbaye de ce nom , est regardée comme la première église de Caen : c’est pourquoi on la distingue par le

nom de Saint-Étienne-le-Vieil (i). Le peuple de Caen, abusé par une fausse tradition , répète que ces églises paroissiales, ainsi que celles de Saint-Sauveur , de Notre-Dame, de Saint-Pierre et de Saint-Jean ont été fondées dans le IVe. siècle par St-Regnobert , comte du Bessin , et ensuite évêque de Bayeux • mais Saint Étienne est beaucoup plus ancien que ces dernières. Sur un des piliers de cette église , vis-à-vis une des portes de la ville , on voit un bas- relief représentant un homme à cheval qui paraît entrer dans la ville. Sous les pieds de son cheval , un jeune

(î)D’ après un passage de la charte de fondation de l’abbaye deSaiut- Ëtienne, lequel est répété dans la charte de confirmation donnée par Henri II, plusieurs personnes ont été portées à croire que cette église de Saint- Étieune-le-Vieil était un monastère long-temps avant que Guillaumele-Conquérant eût bâti l’abbaye actuelle , et que pour la distinguer on lui donna le nom de P ieil. Le passage de cette charte s’exprime ainsi : « Partent quoque burgi trado in quâ prœfatum monasteriu/n j) constructum est , a muro in directurn , occidentern versus , sicut » via protenditur , quâ a J etc ri P. Stephani Monasterio ad urbe/n 3> Bajocensem itur. » Mais Huet , qui a développé ce sujet dans les Origines de Caen , prouve que le mot monasterium cité daus cette charte , n’est qu’une fausse interprétation du mot français moutier , qui , à cette époque , signifiait seulement une église , et non l’habitation de plusieurs religieux vivant en communauté sous des règles particulières. Ducarel s’est trompé , s’il a regardé cette église de Saint-Etienne dit le Vieil, comme plus ancienne que celle de l’abbaye de Saint-Étienne : cette dernière lui est antérieure de quatre siècles ; il aura été induit en erreur par un passage où il est parlé d’une église de Saint-Étienne plus ancienne que celle de l’abbaye ; mais la plus légère connaissance de l’architecture gothique suffit pour se convaincre que ce n’est pas le Saint-Étienne-le-Vieil , du temps de Guillaume , que nous voyons maintenant occupée par les chevaux de remonte, mais un ouvrage des XIVe. et XVe. siècles. ( Note du Tr.)

i32 ANTIQUITÉS

homme est étendu mort . et devant lui un homme et une femme sont à genoux. M. de Bras pense que ce bas-relief représente l’entrée du duc Guillaume dans la ville de Caen.

L’église paroissiale de Saint-Sauveur-du-Marclié est un édifice très-ancien , mais n’offrant rien de remarquable dans son intérieur. La forme particulière de l’arcade du portail à l’ouest et le genre extraordinaire des ornemens sculptés dans le fronton triangulaire qui le couronne , offre une preuve évidente de son antiquité ; c’est par ce motif que j’en donne ici le dessin ( planche 24 , fig. 63. )

Les autres églises paroissiales de Caen méritent à peine d’ètre citées, excepté celle de Saint-Nicolas-des- Champs , qui est remarquable par son antiquité.

Dans le faubourg Saint-Gilles, on trouvait l’ancienne chapelle de Saint-Tliomas-LVbbatu (1) , que Huet dit avoir été bâtie de temps immémorial. Les colonnes qui subsistent encore dans l’intérieur de cette chapelle diffèrent évidemment de toutes celles de ce genre observées jusqu’ici. Leurs chapiteaux sont également remarquables par leurs ornemens et les figures d’animaux extraordinaires qui se terminent en queues

(1) Ducarel s’est également trompé en désignant cet édifice comme une chapelle ; des litres et des chartes de la lin du Xlf. siècle prouvent que c’était un hospice particulier pour les lépreux , fondé probablement pour les vassaux de l’abbesse de Sainte-Trinité. Voyez M. l’abbé de La Rue ( Essais historiques sur Caen , t. II , page 196. ) Cet édifice a été entièrement détruit depuis le voyage de Ducarel.

( Note du Traducteur. )

de

ZtHi de G Enqcf/i

ANGLO-NORMANDES. i33

de poissons : « Desinentes in caudâ pisces. «Une partie de ces colonnes sont recouvertes de masses de terre qui proviennent des fouilles faites près du maître autel et de deux autels à l’ouest de la chapelle , d’après l’idée généralement répandue qu’un très-grand trésor y était enterré. On voit près des murs du choeur quelques ruines qui m’ont paru faire partie de deux tombeaux ; sur l’un , sont deux personnes à genoux devant une autre qui est assise ; sur le second est une longue inscription en caractères gothiques extrêmement altérés , contenant l’état du nombre de messes qui devaient être dites dans cette église , les terres des environs qui y étaient affectées , ainsi que les heures fixées par le curé pour dire ces mêmes messes , quoique depuis très-longtemps on n’y fasse plus de service. Du côté du nord de la chapelle , il n’y a que deux fenêtres ; celui-ci n’est pas aussi richement orné que celui du midi ( planche 24 , fig. 62 ). Ce fragment peut donner au lecteur une idée du mode de construction qui porte à Caen le nom d’ancien gothique , et qui est certainement bien antérieur à tous les édifices qu’on regarde comme architecture normande. (1)

Dans la chapelle de Ste.-Croix , située dans la collégiale du Saint-Sépulcre , on voyait autrefois un ta-

(1) M. l’abbé de La Rue n’est pas de ce sentiment ; il dit dans le même paragraphe cité ci-dessus , que les antiquaires qui ont vu les ruines de cet édifice eu fixaient la fondation vers le milieu du XIIe. siècle , et il renvoie à la planche de Ducarel ceux qui voudraient en déterminer l’âge d’après le style de son architecture.

( Note du Traducteur. )

bleau fort curieux , représentant la prise de Caen par Henri VI , roi d’Angleterre ; il fut exécuté et placé dans cette chapelle par l’ordre même de ce Roi ; mais il n’existe plus maintenant , et on suppose qu’il a été détruit par les Calvinistes , lorsqu’ils démolirent une partie de cette collégiale en i562.

Les murs de l’ancienne ville, dont on attribue la fondation au duc Guillaume , étaient flanqués de neufs tours , dont une , autrefois désignée sous le nom de Tour-au-Maréchal , porte maintenant celui de Tour-au-Massacre , en mémoire , disent les habitans , de l’horrible massacre de la garnison par les Anglais, lorsqu’ils prirent la ville. Mais il n’est pas probable que cet événement particulier ait donné lieu à cette dénomination , puisqu’il y a à Rouen et dans beaucoup d’autres villes, des tours qui portent ce même nom. Les murs actuels, qui ont près de soixante pieds de hauteur sur huit ou dix d épaisseur , sont flanqués de vingt-une tours rondes ou carrées , dont plusieurs ont des plates-formes propres à recevoir du canon.

La ville avait autrefois douze portes ; mais elle n’en a plus que six , savoir : la Porte-de-Bayeux , la Porte-Neuve , la Porte-Millet , la Porte-au-Berger , la Porte-Saint- Julien , et la Porte-d’Étienne ; les au > très ont été démolies depuis long-temps, (i)

(i) Les autres portes avaient été démolies depuis long-temps , pour construire les nouvelles fortifications : elles portaient le nom de Porteau-Bac , Porte-Artus ou Porte-au-Duc , Porte-de-la-Boucherie ou Porte-des-Prés , et quelquefois Porte-des-Jacobins , Porle-du-Mouliu, et Porte- du-Pont-Saint-Pierre.

Environ à un mille de Caen , sur la grande roule de Bayeux , on trouve les ruines d’une ancienne chapelle , démolie , dit-on , par les Anglais , sous le règne d’Édouard III. Les vestiges qui restent de cet ancien édifice laissent voir des arches à plein cintre , comme celles de Saint-Thomas-l’Abbatu. (i)

Près de cette chapelle, vers le midi , se trouvent les ruines d’un ancien hôpital pour les lépreux, nommé la Léproserie-de-Beaulieu , et communément la Maladrerie , fondée en 1 160 par Henri II , roi d’Angleterre. J’y ai remarqué cinq cheminées d’une construction fort singulière , rangées sur une même ligne, à une distance de vingt pieds les unes des autres. Chacune d’elles forme un cône obtus , fermé dans le haut et surmonté d’urte grande boule , de façon que le seul espace pratiqué pour le passage de la fumée se fait au travers de petites ouvertures qui se trouvent dans les côtés. Ces cheminées font partie d’un batiment qui formait autrefois un grand carré avec une cour dans le milieu. Des vestiges d’autres cheminées se voient encore sur les murs extérieurs , et à la même distance d’environ vingt pieds

(1) Sur la hauteur, à gauche de cette ancienne chapelle, on voit la belle abbaye d’Ardennes, fondée vers l’an J121 par un nommé Aiulphe de Caen. M. l’abbé de La Rue a fait connaître les fondateurs de donations faites à cette abbaye pendant les XIIe. , XIIIe. et XIVe. siècles , dans ses Essais historiques sur la ville de Caen. Quelques personnes pensent que cette abbaye a pris son nom et a été bâtie des débris d’un ancien temple consacré à la déesse Arduinna, divinité gauloise dont parle Tacite, et dont il est fait mention dans diverses inscriptions. ( Note du Traducteur. )

A NTIQUITÉS les unes des autres ; mais je n’ai découvert aucune trace qui pût m’indiquer si primitivement chacune de ces six cheminées dépendait d’un appartement séparé ; cependant , je suis porté à croire que chaque lépreux avait une chambre particulière , fermée par une légère cloison, comme dans les cellules des moines.

Depuis que j’ai quitté Caen , ces cheminées ont été abattues , et l’on a converti le bâtiment en une maison de correction , pour renfermer les mendians et les prostituées ; une partie de la magnifique chapelle qui était regardée comme l’église paroissiale des lépreux, et qui avait été ruinée par les Anglais, a été également changée en une vaste salle , disposée en chapelle , et séparée au moyen d’une grille de fer , au travers de laquelle les détenus peuvent entendre la messe qui s’y célèbre tous les jours.

Bayeux (i) , situé sur les bords de la petite rivière

(1) Ville de la Gaule celtique , désignée par Ptolémée sous le nom de Neomagus Biducassium, fut depuis connue sous les noms de Baiœ, Bagiæ , Baiocœ ou Bellocassium. Ses noms français subirent également plusieurs ckangemens. Dans le XIIe. et le XIIl*’. siècle elle portait ceux de Baex ou de Bajeves ; dans le XIVe. celui de Bajex; et Baïeux dans le XVIe.; enfin, le nom de Bayeux avec la position de l’y , au lieu de l’i , a prévalu et a été consacré par l’usage.

Celte ville dont le sol , exhaussé presque partout de dix à douze pieds , prouve son antiquité , a subi une multitude de révolutions , qui l’auraient infailliblement effacée de la surface de la terre , sans sa belle position et ses établissemens religieux. Tel que le Nceomagus Le.xoviomm dont on a déjà parlé , le Noeomagus Biducassium ou l’ancien Bayeux devait être beaucoup plus grand que la nouvelle ville , et s’étendre comme presque toutes les villes routières de la Gaule de l’est à l’ouest. Le mont Phaunus , sur lequel l’église de

ANGLO-NORMANDES i37 d’Aure , à une lieue et demie de la mer , est une ville fort ancienne et assez mal bâtie. Elle est extrêmement négligée depuis plusieurs années , et elle tend tous les jours , vers son déclin. Cet abandon est dû

Saint-Vigor a probablement été bâtie des débris du temple de Be'lénus , devait en être une des extrémités à l’est , tandis qu’il s’étendait à l’ouest au-delà delà rivière d’Aure, en suivant le territoire de Saint- Laurent et du Vieux -Château , où l’on a partout retrouvé des vestiges d’antiquités romaines. On a découvert en 1760 les élémens d’un vaste palais, revêtu de marbres d’Italie et de l’Archipel , en creusant les fondemens du nouveau chœur de l’église de Saint-Laurent , relevé aux frais de M. d’Amours , seigneur de Villiers-le-Sec ; mais la crainte de la dépense ne permet pas de suivre les recherches, ni de les lier aux précédentes faites quelques toises plus loin , dans le couvent des Augustines , où l’on avait trouvé à une profondeur de douze pieds , un amas d’ossemens humains et de difTéreus animaux ; ce qui donnait à penser que ce lieu servait à déposer les restes des victimes immolées sur les autels des faux dieux. Les Gaulois consacraient à Mars les dépouilles des ennemis vaincus, et ils lui sacrifiaient le bétail qu’ils avaient pris , etc. , etc. ( Cœsar de Bel/o Gallico , lib. VI. ) Cette parcimonie avait privé jusqu’ici la ville et la province de documens précieux pour son histoire; mais M. le comte de Montlivault , préfet du Calvados , jaloux de contribuer à ce qui peut étendre les connaissances archéologiques de son département , vient d’allouer une légère somme pour commencer les fouilles. Les recherches ont été suivies avec beaucoup de discernernentparM.de Surville , iugéuieur des ponts et chaussées à Bayeux , qui a pour ainsi dire été guidé dans son travail par M. Lambert le jeune , employé à la sous-préfecture de Bayeux. Le mémoire , les plans , les coupes et l’élévation présumée d’un grand édifice Thermal , ainsi que les médailles et les autres objets d’antiquité qu’on y a trouvés, devant être iucessammeut publiés et lithographiés par M. le Patlu , ingénieur en chef, je m’abstiendrai d’en parler dans cette note , pour laisser au public le plaisir de jouir du travail de M. de Surville , qui s’est peutêtre un peu trop livré à ses conjectures. Outre ces découvertes récentes , M. de Caylus avait déjà donné le dessin et l’explication de diverses médailles, statues et vases antiques trouvés à Saint-FIoxel ,

en grande partie à l’état florissant de la ville de Caen, qui n’en est éloignée que de huit lieues ; elle contient actuellement dix-sept paroisses , en y comprenant celles des faubourgs et sept couvents , dont trois d’hommes et quatre de femmes.

Cette ville est le siège d’un évêché, dont le doyenné de Caen contribue à augmenter les revenus. L’évêque prend le titre de prototrône de la province , parce que sou évêché a été le premier érigé en Normandie ; il a par conséquent le pas sur tous les autres évêques , et prétend au droit de présider tous les conciles provinciaux en l’absence du métropolitain.

près du mont Phaunus. Une série de médailles des premiers empereurs a été également trouvée en 1775 , lorsqu’on reconstruisit le pont de Saint-Martin ; enfin , les membres de la commission des arts ont aussi recueilli dans les fouilles faites en démolissant le château , une colonne mutilée qui ne permettait de lire que les lettres suivantes;

P. CAES-SE SE ERO PIO PERT1N PP PONTIF MA THICO ARABIC ABENIC IM P. XII. C VR ANTONIN

el;

AVGDVRLVI

Cette commission a trouvé dans les mêmes ruines .une pierre tumulaire consacrée aux Dieux mânes d’une famille dont les noms sont inconnus ; elle s’exprime ainsi :

DIS MANIB MARTINI SEXTI FIL ET PERPETVAE CONIVG LIBERO RVMQ EORUM TE ©0 ILL AE ET MART1ALIS ET BOLANI PP ET DED CA VIT ARI

P/ 2Ô Cto ■

C‘; c^l t; » e (T ai l) e b t a i e ^ c 1-jaueu v.

ANGLO-NORMANDES. i3 9

Le diocèse contient 61 1 paroisses , et est divisé en quatre archidiaconats. Le revenu annuel de l’évêque s’élève , année commune , à 80,000 francs.

La cathédrale ( planche a5 , fig. 65 ) , érigée en 1 i5q par Philippe de Harcourt , évêque de Bayeux, et dédiée à la Sainte-Vierge (1) , forme un vaste édifice bâti en forme de croix , dont les arches sont en ogive. Sur le transept , au centre de la croix de leglise , s’élève une belle coupole d’une construction plus moderne , surmontée d’une lanterne à jour d’une forme élégante. Le portail à l’ouest est orné de deux grandes tours carrées, terminées chacune par une flèche très-élevée. La partie inférieure de la façade forme cinq porches ; le sommet de l’arche, au grand portail du milieu , est pointu ; cette arche est formée par cinq ogives, et les moulures qui le décorent sont enrichies de sculptures qui représentent les figures des principaux personnages de l’Ancien et du Nouveau Testament.

Les moulures des deux portes près du portail sont unies ; celles des deux extrémités de la façade sont décorées de sculptures, comme celle du portail. Dans le trumeau du centre de celui-ci il y a une statue de la Vierge , et de chaque côté , six figures des Apôtres , grandes comme nature. L’ensemble de ce portail et des deux portes à l’extrémité paraît être en rapport avec la cathédrale , et du même temps que cet édifice.

(0 L’intérieur de la nef est d’Odon de Contevillc.

i4o ANTIQUITÉS

L’intérieur de l’église n’est décoré ni de statues , ni d’aucun ornement , et le chœur , les tableaux et les peintures sur verre sont assez médiocres. Suivant un ancien registre de la cathédrale , il existait en 1 499 , à l’entrée de chaque côté du portail , deux statues colossales ; l’une de Guillaume-le-Conquérant , vis-à-vis la chapelle St-Gilles , et l’autre de St-Christophe , fesant face à la chapelle du St-Sépulcre ; mais l’une et l’autre disparurent pendant les ravages faits par les calvinistes. Dans une des fenêtres, et souà une figure de verre peint , qui représente Saint Exupère , fondateur présumé de cet évêché vers le milieu du troisième siècle , on lit les vers suivans :

Primitis hic pastor templi fuit hujus et autor;

Catholicamque fidem Northmannis altulit idem.

Je n’ai vu aucun tombeau , ni aucune épitaphe dans cette église ; cependant l’histoire rapporte qu’Agathe , la plus jeune fille de Guillaume-le-Conquérant , mourut en allant en Espagne , pour épouser Alphonse , roi de Galice , et que son corps fut rapporté dans le pays où elle était née , et déposé dans la cathédrale. (1)

(1) On prétend qu’elle passait une si grande partie de ses jours à prier, que ses genoux en étaient couverts de callosités ; et qu’après avoir été fiancée à Alphonse , elle demanda à Dieu de mourir Vierge , ce qui arriva effectivement. ( Ord. Vital. Rob. de Glocester. )

On voit encore au dehors de la tour méridionale, à sept ou huit pieds de hauteur du sol , l’épitaphe suivante , gravée en grands caractères sur un des piliers d’appui de cette tour :

Quarta dies pasclie fuerat , cum Clerus ad hujus

Vis-à-vis

ANGLO-NORMANDES. i/ji

Vis-à-vis du portail à l’ouest il y a une croix qui ressemble beaucoup à celle de Wattham , et qui avait été construite, ainsi que je m’en suis informé, sur la place même où les protestans avaient brûlé les reliques de la cathédrale en i562. Elle est ornée des statues de Saint Jean, de SaintMalo et de Saint Lô.

C’est laque j’ai eu la satisfaction de voir la fameuse tapisserie , ou plutôt la broderie historique qui , bien qu’exécutée très-grossièrement , représente cependant avec la plus grande exactitude les histoires d’IIarold ,

Que jacet hîc vetule venimus exequias.

Lelitie que diem magis amisisse dolemus ,

Quam centum taies si caderent vetule.

Cette inscription dont les lettres sont de la forme de celles dont ou se servait avant les diphtongues , ne porte ni date , ni nom appellatif. On croit qu’elle regarde la mailresse d’un duc de Normandie, qui , au lieu d’être enterrée dans l’église , comme elle l’avait désiré , fut pour ainsi dire enfermée dans l’épaisseur du mur de la tour , par ordre du chapitre. Cette inscription fut parodiée ainsi par de Senecé , premier valet de chambre de la reine Marie-Thérèse , femme de Louis XIV.

La vieille femme à maître Jacques Trépassa le beau jour de Pâques.

Tour la fourrer ici dedans,

En ce temps de réjouissance ,

Il nous fallut , malgré nos dents ,

Tronquer un repas d’importance.

One ne le pûmes achever Dont deuil plus cuisant nous opile Que si nous avions vu crever Toutes les vieilles de la ville.

( Histoire sommaire de Eayeux par l’abbé Beziers , p 54 et 55. )

{Note du Traducteur.)

ï4a A NT I QU I TÉ S

roi d’Angleterre , et de Guillaume , duc de Normandie, depuis l’ambassade du premier au duc Guillaume, d’après l’ordre d’Édouard -le -Confesseur, jusqu’à la mort de ce prince, tué à la bataille d’Hasting. On voit aussi ( d’après les inscriptions latines qui expliquent les différentes scènes ) , Odon , évêque de Bayeux , frère de Guillaume-le-Conquérant , mais d’un autre lit. Il est armé de pied en cap , et combattant trèsvaillamment. Le fond de cette tapisserie ( extrêmement remarquable, parce qu’elle conserve le genre et le goût du dessin de ce temps ) est formé d’une toile de lin blanche d’un pied onze pouces de largeur sur deux cent douze de longueur. Les figures des hommes , des chevaux , etc. , etc. , sont colorées dans le genre des mauvaises images , et le dessin n’est pas audessus de celui des figures qu’on voit sur les porcelaines de la Chine et du Japon ; celles des hommes , plus particulièrement, n’ont aucune proportion. Mais pour faire connaître d’une manière plus précise ce morceau d’antiquité , le lecteur voudra bien se reporter à l’Appendix , n°. ier. (i)

On croit, par tradition, que la reine Mathilde, femme du Conquérant , et les dames de sa Cour , brodèrent elles-mêmes cette tapisserie. Elle est exposée tous les ans , le jour et pendant l’octave de la fête de la Saint- Jean , autour de la nef de la cathédrale : le reste de

(i) La Société royale des Antiquaires de Londres vient de publier un très-beau dessin de cette broderie , exécuté à la Caméra Lucida par l’infortuné Stochard, mort le crayon à la main.

( Note du Traducteur. )

l’année elle est soigneusement roulée et renfermée dans une chapelle au midi , dédiée à Thomas Bccket , dont la mort est représentée dans plusieurs anciens tableaux insignifians.

Dans un vieil inventaire du trésor de la cathédrale de Bayeux, dressé dans l’année 1/176 , ce morceau d’ouvrage à l’aiguille est ainsi décrit : « Une » tente très-longue et étroite , de telle a broderie » de ymages et escripteaulx faisans représentation du » concpiest d’Angleterre ; laquelle est tendue environ » la nef de l’église le jour et par les Octaves des Re- » liques. »

Les prêtres de la cathédrale, auxquels je me suis adressé pour voir cette broderie remarquable par son antiquité , n’en avaient aucune connaissance : la circonstance seule de son exposition annuelle dans la cathédrale leur fit comprendre ce que je désirais ; mais personne ne se doutait que l’objet de mes recherches avait quelque rapport avec Guillaume-le- Conquérant , que l’on désigne toujours sous le nom du duc Guillaume.

Parmi les reliques et les autres objets précieux que l’on conserve dans le trésor de la cathédrale , on voit un coffre d’ivoire fort curieux , qui a , dit-on , été pris dans le pillage du camp des Sarrazins , après leur défaite et la victoire de Charles Martel près de Tours. La ferrure et la serrure sont d’argent doré. Autour de cette dernière est gravée une inscription arabe , dont un gentilhomme versé dans les lan-

J44 antiquités

gués orientales , a donné la traduction suivante : « Au » nom de Dieu , quelqu’honneur que nous rendions » à Dieu , nous ne pouvons l'honorer autant qu’il le » mérite; mais nous l’honorons par son saint nom. »(i) La chasuble avec laquelle St. Regnobert , second évêque de Bayeux , avait continué de dire la messe , est religieusement conservée dans cette même cassette , qui , suivant l’assertion de plusieurs écrivains , fut offerte à la cathédrale par Ermantrude , femme de Charles-le-Chauve , en reconnaissance de la cure véritablement extraordinaire que son mari éprouva par l’intercession de ce saint (2). Cette chasuble est portée solennellement par tous ses successeurs le jour de sa fête , et elle est encore en grande vénération

(1) M. Spencer Smythe , correspondant de la Société royale des an-

tiquaires de Londres , auteur d’une Notice historique sur ce monument du moyen âge , ayant soupçonné que la traduction donnée par M. Petis de la Croix était inexacte, fit passer une copie de l’inscription à M. de Hammer , savant orientaliste à Vienne, qui la lui renvoya avec la version suivaute : « Au nom de Dieu , clément et miséricordieux ! il a envoyé sa bonté et sa grâce devant lui. » Mais cette version pourrait elle-même être susceptible de quelque variante , car la prétendue copie faite par M. Cottmann était tellement fautive lorsque nous la comparâmes avec l’original , que M. Edouard Smythe , son fils, fut obligé de la refaire et de la calquer caractère pour caractère sur le texte original , telle enfin qu’elle se trouve dans la Notice précitée , mais sans une nouvelle explication : aussi cette Notice a-t-elle été critiquée. ( Note du Traducteur. )

(2) Les reliques de St. Regnobert, Renobert , Regmobert , Ragnobert ou Ragnebert ( car on lui a donné tous ces différeus noms ) , furent retirées de sa châsse et détruites en iâ62 par les Calvinistes , à la fureur desquels lien de ce qui appartenait à ce Saint n’échappa , excepté sa Chasuble. Quant à la qualification de second évêque de Bayeux,

parmi les dévotes de Bayeux. On y conservait aussi deux belles Licornes d’argent massif, l’une de quinze pieds de longueur , l’autre de neuf ; elles furent, diton, offertes à la cathédrale par Guillaume-le-Conquérant et son frère Odon , évêque de Rayeux. Lorsque François Ier. visita cette cathédrale en 1 53 1, l’évêque, le doyen et le chapitre lui firent présent de ces Licornes ; mais il répondit que, puisque le chapitre les avait gardées depuis le temps de Guillaume-le-Conquérant , il devait continuer à en prendre le même soin. Pendant les guerres de religion du XVIe. siècle , ces Licornes furent confiées au duc de Bouillon , gouverneur de la Normandie , pour les sauver du pillage ; mais le duc oublia sans doute de les faire remettre à la cathédrale , et elles sont maintenant entièrement perdues.

Le jour où l’évêque fait son entrée publique à Bayeux , et aussitôt que le Te Deum est fini , un habitant de la ville entre dans l’appartement de 1 évêque, où, mettant un genou en terre , il en reçoit une paire d’éperons d’argent ; et le jour de la fête de Dieu , ainsi que les autres fêtes où l’évêque officie pontificalement , le même homme , armé de pied en cap, tenant une épée nue à la main, marche immédiatement après l’évêque , et est tenu à rem-

qne Ducarel lui donne , cette fausse dénomination tire'e de l’historien du diocèse de Bayeux, n’est attestée que sur la foi d’une légende fabuleuse. Cet évêque parait n’avoir vécu que dans le VIIe. siècle , où on le voit assister à un concile tenu à Rlieims en 63o.

( Note du Traducteur. J

i4<3 ANTIQUITÉS

plir cette fonction par la place qu’il occupe, (i) Il y a près de la cathédrale un ancien palais qui appartient à l’évêque de Bayeux (2) ; mais il y réside

(1) L’homme d’armes ou Varmiger capiluli était un pauvre gentilhomme qui tenait son fief de la couronne même ; par ce fief, il était tenu de remplir les fonctions d’écuyer de l’évêque lorsque celui-ci officiait pontificalement.

(2) Ce palais, occupé en partie par la sous-préfecture de Bayeux, contient dans une de ses vastes salles un tableau du XVe. siècle , qui représente une des époques les plus mémorables de l’Histoire de France et de Normandie , la bataille de Formigny , gagnée le j5 avril i45o. La France lui doit d’avoir été délivrée des longs malheurs dont elle avait été affligée sous la domination des Anglais; elle en avait été reconnaissante ; mais pendant la révolution on avait transformé en une grange la petite chapelle élevée sur le champ de bataille même , pour perpétuer le souvenir de ce mémorable événement. Le conseil général du département du Calvados , animé du désir de réparer les maux faits pendant ces époques désastreuses , a déjà voté un fonds , soit pour racheter cette ancienne chapelle , soit pour réédifier un monument simple à la mémoire et à la gloire des Français , dout le sang sauva la Normandie. Une pyramide de granit du pays , avec une courte inscription , suffiraient pour prouver à une jeunesse ardente que la France attache au moins autant de reconnaissance au sang versé pour la délivrer du joug étranger , qu’à celui qui, par de folles idées de conquêtes, l’a deux fois livrée à l’invasion des barbares. J’espère qu’on me pardonnera de joiudre à cette note déjà fort longue , le récit de celte bataille mémorable , fait par Guillaume Gruel , présent à l’action , et qui rédigea les Mémoires du Connétable de Richemont , d’où ce récit est extrait.

« Le duc de Richemont étant à Coutances , reçut des lettres des sei- » guenrs de Clermont , de Castres , de l’amiral Coitivy et du grand » sénéchal , qui lui écrivirent que les Auglais avaient pris Valo- » gnes , et qu’encorc étaient-ils audit lieu , et qu'il leur semblait » qu’il devait tirer à Saiut-Lô , dont Mouseigneur fut bien mal » content ; mais toutefois il le fit , pour ce qu’ils lui avaieut ainsi » mandé , et lira à Saitil-Lô ; de plus, cette nuit , ils lui envoyèrent

un poursuivant (héraull) , qui arriva à Saiut-Lô au point du jour ,

ANGLO-NORMANDES. i/,7 rarement , parce qu'il a à Sommervieux , à très-peu de distance de la ville, une maison de campagne beaucoup plus commode.

Baveux possède un hôpital pour venir au secours

» lequel lui vint dire que les Anglais étaient passés le Vez , et qu’ils » tiraieut à Bayeux , et qu’il se rendit à Trivières , et que là ils se î) rendraient à lui , et qu’ils chargeraient toujours lesdits Anglais » eu l’attendant. Doue, au poiut du jour , mondit seigneur fut le pre- » mier qui ouït appeler le guet , et ht lever des geus pour ouvrir la » porte ; et incontinent il fit sonner ses trompettes à cheval , et s’arma » bien diligemment , puis ouït la messe.

«Le quinzième jour d’avril l’an i45o , après que le Connétable eut » ouï la messe à Saint-Lô, il alla à la porte de l’église , et monta à » cheval ; il n’avait pas alors six hommes avec lui au partir ; puis il » chevaucha environ une lieue , et s’arrêta pour mettre ses gens en j) bataille ; après, il fit ses ordonnances , et mit le bâtard de la Tri- 33 mouille avec bien quinze ou vingt lances devant ; ensuite il euvoya 3> son avant-garde , en laquelle étaient Jacques de Saint-Paul , le ma*- 33 réchal de Loheac, le seigneur de Bossac et leurs archers; puis il 3> ordonna pour gouverner ses archers , Giles de Saint-Simon , Jean 33 de Malestroit et Philippe de Malestroit ; après , il ordonna que la 3> garde de son corps de certains gentilshommes dont les noms sui- 33 vent : premièrement Renaud de Voluire , Pierre du Pan, Yvon de » Trienua , Jean Budes , Hector Meriadec , Jean Dubois , Colinetde » Lignières et Guillaume Gruel. Puis il ordonna des gens pour l’ar- 33 rière-garde , et chevaucha en bonne ordonnance et le plus diligem- 33 ment que faire se pouvait , tant que les premiers de ses gens arri- 33 vèrent à Trivières , où bientôt après il arriva ; et à l’heure qu’il 33 s’y rendit , les Anglais saillirent de leur bataille environ quatre 33 cents, qui mirent en fuite bien treize cents archers qui étaient du 33 côté de M. de Clermont , et gagnèrent des couleuvrines dont ou leur 33 faisait guerre; et si ce n’eût été les gens d’armes qui tinrent lors 33 bon , je crois qu’ils eusseut fait un grand dommage à nos gens.

33 Or , comme le Connétable arriva à un moulin-à-vent qui y est, 33 tout était mêlé ; sur quoi, le plutôt qu’il put, il fit partir une 33 partie de son avant-garde avec ceux qui gouvernaient ses archers, 33 et les archers allèrent passer au bout de la bataille des Anglais, et

des pauvres ; espèce de charité qui manque dans beaucoup d’autres villes , où les voyageurs sont partout harassés par les mendians , qui étalent leurs infirmités à leurs yeux, parce qu’on n’établit aucuns secours pour eux dans leurs paroisses respectives. En général les pauvres , dans la plupart des provinces , n’ont d’autre ressource , quand ils sont ré-

)> de ceux qui avaient fait ladite saillie sur nos gens ; nosdits arcliers » en tuèrent bien six-vingt. Puis après , mondit seigneur vint passer » après ses arcliers au plus près de la bataille des Anglais , ensuite » s’approchèrent la bataille et les archers de nos gens , et vinrent vers « le Connétable, les seigneurs de Clermont , de Castres , l’amiral de ■» Coitivy , le grand sénéchal, Jacques de Cliabanues; Joachim Rouaut , » Geoffroy de Couvran , Olivier de Brou , Odet d’Aidie , Jean de Rous- » sevineu et toute leur bataille , et se joignirent ainsi nos batailles » ensemble. Puis le Connétable dit à l’amiral : Allons , vous et moi , » voir leurs contenances ; et mena mondit seigneur cet amiral entre ■» les deux batailles , et lui demanda : Que vous semble , M. l’admise rai , comment nous les devons prendre , ou par les bouts, ou par s> le milieu ? Et lois l’Amiral répondit à mondit seigneur qu’il fai- ■» sait grand doute qu’ils demeureraient eu leur fortification , et le » Connétable lui dit • Je voue à Dieu , ils n’y demeureront pas at cc » la grâce de Dieu. Et à cette heure, le grand sénéchal lui vint dew mander congé de faire descendre son enseigne à un taudis ( re- » doute ) , que les Auglais avaient fait. Sur quoi Monseigneur pensa » un peu , puis il lui dit qu’il en était content , et bientôt après , ces » gens fureut à ce taudis ; puis incontinent , sans plus rien dire , tout » le monde s’assembla pour donner dedans , et ainsi fut fait ; et n’ar- » rêtèrent point les Auglais ; ainsi fuient défaits , tués ou pris en fuite » au nombre d’environ bien six mille , et y fut pris Thomas Kyrie! , » qui était lieutenant du roi d’Angleterre; Henri de Norbery, et » Jannequiu Baquier , qui demeura prisonnier d’Eustache de Lespi- » nay , et Malhago s’enfuit.

» Aiusi furent les Anglais taillés eu pièces; et couchèrent monseiv seigneur et les autres seigneurs et capitaines sur le champ , lesyms n à Formigny, et les autres à Trhières. »

duits

ÂNGLO -NORMANDES fluits clans la misère par maladie ou par accident, que les secçmrs volontaires qu’ils reçoivent de leurs voisins. Car c’est une erreur d’imaginer qu’ils sont soutenus par les maisons religieuses , dont les portes leur sont fermées. On peut juger de la modicité de ces secours , puisque les religieux se plaignent continuellement qu’ils sont obérés , pour maintenir dans leur maison le nombre de moines qui est porté dans leur acte de fondation (i). Cela n’est cependant pas général en France ; quelques maisons religieuses sont tenues de faire aux pauvres des distributions générales ou journalières , notamment l’abbaye de Fécamp , où les moines sont obligés de donner une forte portion de pain et de viande à chaque pauvre qui la réclame , excepté depuis le Ier. août jusqu’au ier. septembre , parce qu’alors

(i)Je ne veux pas dire positivement que les pauvres ne reçoivent aucun secours des monastères ; mais il n’y a pas dans les maisons religieuses de ce pays des distributions journalières du genre de celles que les historiens nous disent qu’on faisait en Angleterre avant la ' réforme ; espèce de charité dont il nous reste quelques vestiges , particulièrement au palais Lambeth , où trente personnes pauvres reçoivent , sous le nom de Dole , une aumône qui est donnée trois fois par mois alternativement à dix personnes à la fois. Chacun de ces pauvres reçoit alors deux livres de bœuf , une cruche de bouillon , lin demi-quarteron de graisse et deux pences de monnaie. Outre ce dole , il y a toujours , lorsqu’on fait ces distributions , au moins trente autres pauvres d es environs ( nommés By-Pitchers ) , qui apportent des cruches et partagent le reste du bouillon et des alimens qu’on vient de distribuer. A la porte du college de la reine , à Oxford , on fait également des distributions fréquentes aux pauvres , sous le nom de Dole.

les pauvres sont employés à la récolte. Les moines prétendent que cette aumône leur coûte 20,000 liv. par an , mais personne ne les croit.

Il y a aussi à Bayeux une école où les enfans pauvres peuvent apprendre à faire de la dentelle , dont ils reçoivent le produit, déduction faite d’une légère rétribution en faveur de la maîtresse qui les instruit.

De Bayeux , je retournai à Caen (1) , pour me rendre à Troarn ou Trouard ( nom qu’on lui donne quelquefois ) , petit bourg situé sur la Dive. Cette place n’est remarquable que par son riche monas-

(i)En prenant cette route au lieu de celle de Creully , pour se rendre à Caen , l’auteur nous a privé du plaisir de nous faire connaître l’architecture militaire et les châteaux normands qui s’y rencontrent , et qui conservent encore quelques vestiges de l’ancienne manière de se fortifier. J’ai cru réparer cette omission en en faisant connaître quelques-uns dans cette note, et en donnant dans la planche 26, ( fig. 66 ), une idée de ce qui reste encore des hautes tours, des créneaux et des meurtrières du château de Creully , dont les Barons ont joué un si grand rôle dans nos chroniques normandes , soit en défendant le pays de l’invasioû des Saxons , soit en cherchant à déposséder de sou duché le duc Guillaume, dont ils étaient pareils ( Voir à la fin la généalogie des barons de Creully.) De l’autre côté de la rivière on voit les ruines de l’ancien château de Creulet , dont à peine il reste quelques vestiges : il est célèbre par la vieille terreur que ses habitans inspiraient aux paisibles vassaux , lorsque le beffroi les appelait à défendre ce château , ou à porter le pillage et la destruction sur les terres de Creully , placées de l’autre côté de la rivière de Seule. Plus loin et à l’embouchure de cette même rivière , on trouve le petit port et le village de Courseulles , auquel des antiquaires ont voulu donner le nom de Capitale des Curiosolites , à cause des vestiges des stations et des camps romains , qui se rencontrent fréquemment dans ses

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pj. XXV III .

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p{ .XXVII.

ANGLO-NORMANDES. i5i

1ère de Bénédictins , dédié à St. Martin , évêque , et fondé en 1048 ou io5o par Roger de Montgommery , cousin du roi Guillaume-le-Conquérant,

environs. En se rapprochant de Caen , on trouve le château de Fontaine-Henry , dont il reste à peine quelques vestiges et dont le propriétaire se plaît à répandre autant de bienfaits que ses ancêtres avaient peut-être inspiré de terreur. Partout cette contrée était hérissée de châteaux forts , où le pouvoir , effrayé du mal qu’il avait fait à ses voisins, se retranchait, jusqu’à ce qu’il trouvât une occasion de faire de nouvelles sorties pour recommencer ses excursions. Mais on aime à retrouver à côté de ces maisons de terreur, l’humble église de Tban , située dans un marais , et qui , depuis le VIIe. siècle , a résisté aux fureurs civiles et religieuses. Plus loin est celle d’Anisy ( planche 27 , fig. 59 , 71, 72 et 70) , modèle d’architeciure normande ou plutôt Gallo-romaine ( dite en arête de poisson) dont les habitans paraissent même avoir attiré l’attention de Guillaume-le-Conquéraut , puisque Wace, dans son Roman du duc Guillaume s’exprime ainsi à leur égard.

Li boen citeau de Roem Et la jovente de Chaem ,

Et de Faleise, et d’Argentoen,

Et d’ Anisie , et de Matoen.

Voyez les Essais historiques sur la ville de Caen , de M» l’abbé de La Rue , page 5oo , tom. 2.

Parmi les nombreuses constructions gallo-romaines qui se rencontrent dans plusieurs églises normandes , il faut remarquer celles de l’église de Mouen ( planche 28 ; fig. 67 , 68 , 69 et 70 ) , et particulièrement la face à l’est, dans laquelle on retrouve un modèle de la coupe rhomboïdale des pierres et de la manière d’en poser les assises en échiquier, tel qu’on le voit encore dans un amphithéâtre romain situé à Sim'ies , près de Nîmes , et dans beaucoup d’autres monumens disséminés par toute l’Italie.

( Note du Traducteur. )

i5s ANTIQUITÉS

et comte d’Arundel , Chichester et Shrewsbury (1).

On voit sur plusieurs parties des murs et sur la voûte de l’église de cette abbaye , les anciennes armes de Normandie ( deux léopards passans ) , ainsi que celles de France et d’Angleterre écartelées. Près du maître-autel , on remarque le tombeau de la femme du premier fondateur , nommée Mabile , fille de Guillaume Talvas, et héritière de la riche famille de Bellème. La haine que cette comtesse portait au fondateur de l’abbaye d 'Uticum ou Saint-Evroult en Normandie, fut cause que la maison de Troarn fut horriblement saccagée par les soldats qui y furent en garnison ; ces excès joints aux autres vexations qu’elle fit éprouver à quelques gentilshommes , la firent assassiner dans son lit au château de Bures , en 1082. On lisait sur sa tombe cette inscription , qu’y fit placer Durand , alors abbé de ce monastère:

Altà clarentûm de stirpe creata parentuin Hàc tegitur tumbâ maxima Mabilia.

Hæc inter célébrés famosa magis mulieres Claruit iu lato orbe sui inerilo.

(1) Ce Roger de Montgommery était fils de Hugues de Moutgommery et de Josalmie sa femme , fille de Turolp , seigneur de Pontaudemer , par Weva , sœur de Gunnor, femme de Richard II, duc de Normandie. Peu après la conquête de l’Angleterre , Guillaume-le-Conquérant conféra le titre de comte d’Arundel , Chichester et Shrewsbury à ce même Roger , qui fut aussi nommé vicomte de l’Hiêmois. Il avait commandé le centre de l’armée de Guillaume à la bataille d’Hastings. Lors de la dédicace de ce monastère de Troarn , il l’enrichit du manoir de Horkesly ou Horsly , dans le c-omté de Glocester , où l’on établit un prieur et quelques moines qui dépendaient de celte abbaye.

Acrior iiigeiiio , sensu , vigil , impigra facto,

Utilis eloquio , provida consilio :

Exilis forma , sed grandis prorsus honestas,

Uapsilis in sumptu , culta satis habitu.

Hæc. scutum patriæ fuit , hæc munitio marcliæ ,

Vicinisque suis grata vel horribilis ;

Sed, quia mortales non omuia possumus omnes,

Hæc periit gladio , noc'.e perempta dolo ;

Et quia nunc opus est defunctæ'ferre juvamen,

Quisquis amicus adest subveniendo probet.

De Caen , je traversai Lisieux pour me rendre â Evreux , siège d’un évêque qui est de droit comte de Brosville , Illiers et Condé-sur-Iton.

Le diocèse d’Evreux a quinze lieues de long sur 5 de large ; il renferme le pays d’Ouche , le district nommé la Campagne de Neufbourg , le Pont-del’Arche , Elbeuf , Conches , Laigle , Breteuil , Verneuil , Nonancourt , Ivry et Pacy ; G4o paroisses , i i abbayes et un grand nombre d’églises collégiales prieurés et autres maisons religieuses.

Evreux , le Mediolanum de Ptolémée , d’Ammien- Marcellin , d’Antonin , et des tables de Peutinger , nommé Ebroïcum par les écrivains plus modernes , est regardé comme une des villes les plus anciennes de la Normandie. Sous la domination romaine il faisait partie de la seconde Lyonnaise , et sous les rois francs , était compris dans le royaume de Neustrie. Charles-le-Simple le céda au duc Rollon. Richard Ier. , duc de Normandie , l’érigea en comté , en faveur de son fils Robert. Le défaut d’héritiers mâles le fit échoir à Almeric, comte deMontfort ,

fils de Simon de Montfort par Agnès , fdle de Richard , fils aîné de ce meme Robert , premier comte d’Évreux. Simon , fils aîné de cet Almeric , comte de Montfort et d’Évreux , passa en Angleterre pour épouser Amicie , une des sœurs et cohéritière de Robert Fitz-Parnel, comte de Leicester, et obtint par elle ce comté , ainsi que la charge de grand-maître d’Angleterre qu’il joignit à ses autres titres de comte de Montfort et d’Evreux. Ce dernier titre appartient actuellement au duc de Bouillon , qui a donné en échange la principauté de Sedan.

La ville est bâtie dans une vallée extrêmement fertile et très-agréable , étant abritée des vents du nord et du midi par des collines escarpées , et arrosée par la rivière d’Iton , qui se divise en trois branches à peu de distance des murs. Un des bras de cette rivière coule au nord de la ville , l’autre circule autour , et le troisième , qui n’est qu’un canal fait aux frais de Jeanne de France , fille de Louis Hutin et veuve de Philippe , comte d’Evreux , ensuite roi de Navarre , coupe la ville en deux parties. Evreux , en y comprenant ses faubourgs , contient neuf paroisses (i) et plusieurs maisons religieuses. Les plus remarquables de celles-ci sont l’Abbaye de Bénédictins de Saint-Taurin , appartenant aux moines de la

(l^ Il n’y a dans la ville que Saint-Pierre, et Saint-Nicolas , et daus les faubourgs les églises de Saint-Thomas , Saint-Denis , Saint-Léger , Nolre-Dame-de-la-Ronde , Saint-Aquilin , Saint-Gilles , et Saint- Germain.

congrégation de St-Maur , ainsi que l’Abbaye de la Ste-Trinité de Notre-Sauveur , fondée pour des religieuses bénédictines.

La cathédrale , dédiée sous l’invocation de la Ste-Vierge , est généralement regardée comme un des plus beaux édifices gothiques de France. Elle fut bâtie par Henri Ier. , roi d’Angleterre , à la place de celle qui fut fondée , dit -on , en l’année [\\i , par St-Taurin , l’un des évêques d’Evreux ; elle fut brûlée , ainsi que la plus grande partie des églises et des édifices publics de cette ville , en 1 1 1 g , de l’avis même de Ouen , évêque de ce diocèse , par Henri Ier. , pendant ses différens avec le comte Almeric : le prince voulait réduire les habitans à la nécessité (i) de se rendre à ses troupes , qui les te-

(1) Guillaume , comte d’Evreux , étant mort sans enfans , ses biens passèrent à Alméric ou Amaury de Moulfort , son parent ; mais Henri 1er. , qui connaissait parfaitement l’esprit inquiet et turbulent d’Alméric , qu’il savait entièrement de'vouë aux intérêts du roi de France , lui refusa l’investiture de ce comté. Alméric , piqué de ce traitement , auquel le roi avait été poussé par l’instigation de Ouen, évêque d’Evreux, forma une ligue contre Henri, avec le roi de France et les comtes -de Flandre et d’Anjou ; étayant levé une armée considérable , il mit le siège devant Evreux , qui , peu de temps après , lui fut livré par la trahison de Guillaume Pointel , gouverneur. Aussitôt qu’Alméric eut pris possession de la ville , il passa la garnison anglaise au fil de l’épée , en chassa tous les ecclésiastiques , pilla les églises , le palais de l’évêque et toutes les maisons des principaux habitans. Henri , appréhendant avec raison que la conduite du comte Alméric u’entraiuàt à la révolte son voisin , Eustache de Pacy , seigneur de Breleuil , quoiqu’il eût épousé Julienne , sa fille naturelle , chercha , par de belles promesses , à l’attirer dans sou parti. 11 y réussit , et livra , comme

liaient assiégés depuis long-temps. Cette cathédrale est bâtie en forme de croix ; la nef et le chœur

garant de l’exécution de ses engagemens , le fils de Raoul Haranc qu’il remit entre les mains d’Eustache , qui lui - même confia en même-temps à la garde du roi ses deux fils , comme gage de sa fidélité. Eustache , qui depuis long-temps cherchait une occasion de se venger de Raoul Haranc , à cause de quelques différens qu’ils avaient eu ensemble , ne se vit pas plutôt maître du fils de celuici , qu’il lui fit crever les yeux et le mit dans cet état hors de la ville. Cet acte de perfidie et d’inhumanité révolta tellement Henri , qu’il envoya aussitôt les deux fils d’Eustache à Raoul Haranc pour se venger du cruel traitement qu’on avait fait éprouver à son fils , leur fit crever les yeux et couper le uez , et les renvoya ainsi mutilés à leur père.

Eustache de Pacy , craignant avec raison le ressentiment du roi Henri , se jeta avec ses troupes dans la ville de Lyre , qui était fortifiée , et envoya sa femme Julienne à Breteuil , avec ordre de mettre cette ville dans le meilleur état de défense. Les habitans de Breteuil, qui étaient extrêmement attachés au parti du roi Henri, lui firent connaître les dispositions d’Eustache et de sa femme. Sur ces entrefaites , le roi marcha directement sur Breteuil , où il fut reçu par les habitans avec les marques de la plus grande joie ; et en même-temps il investit le château , dans lequel Julienne s’était renfermée avec un petit nombre de troupes. Julienne , prévoyant qu’il lui serait impossible de soutenir long-temps lej siège du château , demanda à capituler avec son père , qui y consentit. Celle-ci sortit du château pour régler quelques articles de la capitulation : mais à peine la conférence était-elle commencée , qu’elle saisit l’occasion de percer le roi du fer d’une flèche , qui heureusement le blessa peu dangereusement. Indigné de la conduite de Julienne , le roi ordonna un assaut général et fit couper le pont , afin d’intercepter toute communication de la ville avec le château. Julienue , voyant qu’elle était privée de tout espoir de recevoir du secours de son mari , et qu’elle serait bientôt forcée de rendre le château à la discrétion de son père , dont elle ne pouvait plus espérer aucune faveur , prit le parti de se laisser glisser dans le fossé , au moyen d’une corde attachée à une des fenêtres du château ; et de-là elle rejoi-

sont

A N G LO- NO R M ANDES. i57

sont séparés des chapelles et des ailes latérales par trente-deux pilastres élégans. L’intersection de la croix forme un dôme octogone ou une lanterne , sur laquelle s’élève une belle tour terminée par une flèche , qu’érigea Louis XI à la demande et sous l’inspection du fameux cardinal Balue , lorsqu’il était évêque de ce diocèse. Derrière le sanctuaire et près du cimetière , on voyait trois figures de chanoines fixées contre un pilier , ayant la tète couverte de leur aumusse , suivant l’usage du temps. A peu de

gnit son mari. Après sa fuite , les assie'ge’s ouvrirent les portes et se rendirent au roi. Maître du château de Breteuil , le roi fit le sie'ge d’Evreux , dont la garnison se défendit vaillamment. Plusieurs événemens ayant empêché le roi de s’avancer , et ses troupes étant extrêmement harassées parles fatigues et les maladies, il assembla un conseil de guerre , auquel assista Ouen , évêque d’Evreux. Dans ce conseil , le roi fit connaître l’état de détresse où son armée était réduite , et dit que le seul moyen qui lui restait pour réduire la ville , était d’y mettre le feu , mais que cette mesure devant nécessairement causer un dommage considérable aux églises et aux maisons des citoyens , il donnait en même temps sa parole royale , que si le conseil consentait à sa proposition , il ferait réparer les dommages , quels qu’ils fussent , à ses propres dépens. L’évêque hésita quelque temps ; mais à la fin il y consentit , en faisant quelques remontrances au roi. Aussitôt on mit le feu du côté du nord , et les flammes , favorisées par une grande sécheresse , se communiquèrent en un instant d’une extrémité de la ville à l’autre. L’église de Saint-Sauveur , placée au centre de la ville , fut la première brûlée , et successivement la cathédrale et plusieurs autres églises paroissiales furent réduites en cendres. Aussitôt après cette horrible exécution , la paix fut signée entre Henri et Alméric , par la médiation du pape Calixte II , et le roi tint exactement les promesses qu’il avait faites de rebâtir la cathédrale , etc. , etc. , ainsi que de réparer les pertes des habitans.

distance de celles-ci , et contre un autre pilier , on retrouvait encore la figure d’un chanoine , la tète nue et élevant les mains sur sa tête , en signe de pénitence. La tradition porte que cette dernière figure désignait un chanoine qui , ayant été convaincu d’hérésie , avait été excommunié et privé de ses bénéfices ecclésiastiques ; mais ayant ensuite abjuré ses erreurs , il fut réconcilié avec l’église et rétabli dans tous ses droits et privilèges. A cela , il faut ajouter , que le chapitre , afin de perpétuer le souvenir de ce fait, exigea, lorsqu’Henri Ier. , roi d’A ngleterre , fit reconstruire la cathédrale , que ces figures seraient toujours fixées aux piliers de l’église.

Le chapitre de cette cathédrale est composé de trente et un chanoines , parmi lesquels on compte sept dignitaires; savoir : le doyen , le grand chantre , les trois archidiacres , d’Evreux , du Neufbourg et d’Ouche ; le trésorier et le pénitencier (i). Huit de ces chanoines , créés dès la première fondation , sont barons , à cause de la baronnie d’Angerville , qui leur appartient. Immédiatement après les dignitaires vient l’abbé du Bec , auquel une place de chanoine est toujours réservée dans cette cathédrale. ( Planche

L’Abbaye , dédiée à St-Taurin , est placée près

(r) Le doyen est choisi par le chapitre , mais tous les autres dignitaires et les chanoines sont à la collation de l’évêque.

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ANGLO-NORMANDES. i59

du lieu même où ce Saint fut enterré. Derrière le sanctuaire de l’église abbatiale , à huit pieds de profondeur , il y a un caveau dans lequel on descend par un double escalier de six pieds ; on y trouve une tombe , dans laquelle , suivant l’assertion des moines , on déposa le corps de St-Taurin. Elle est journellement l’objet de la vénération et de la visite des habitans de cette contrée , qui sont persuadés que , par l’intercession de ce Saint , ils sont guéris de toutes les maladies qui les affligent.

Environ à une demi-lieue à l’ouest de la ville , on voit un des plus magnifiques palais , bâti vers la fin de l’avant-dernier siècle , par Godefroi Maurice, duc de Bouillon. Il est généralement connu sous le nom de château de Navarre , parce qu’il a été bâti à peu de distance de l’emplacement occupé autrefois par un ancien édifice qui portait ce nom , et qui avait été construit aux frais et par l’ordre de Jeanne de France , fille du roi Louis Hutin et veuve de Philippe , comte d’Evreux et roi de Navarre. Ce palais forme un carré parfait , et ses quatre faces , auxquelles on accède par une double rampe , sont parfaitement uniformes. Le centre forme un vaste sallon orné des plus beaux marbres , de bustes antiques , de bas-reliefs , etc. , etc. Les grands appartenons sont également si bien décorés , qu’ils méritent de fixer l’attention et la curiosité des voyageurs.

La route d’Evreux au Bec passe à travers Co-

ANTIQUITÉS cherel (i) , petit village auprès duquel des laboureurs , en cherchant de la pierre en i685 , découvrirent un vaste sépulcre ( planche 3o , figure 75), dans lequel on trouva les squelettes de vingt hommes , dont les tètes étaient placées entre deux pierres, ainsi qu’il était autrefois pratiqué , et dont les ossemens étaient conservés dans leur état naturel. Près de-là on trouva des urnes lacrymatoires , des haches de pierre ou casse-tète , d’autres en bronze (2) , des

(t) Village remarquable par les tumuli qu'on y a découverts et par la bataille que gagna Duguesclin en i364 , contre le roi de Navarre.

( Note du Traducteur. )

(2) Ces dernières haches , désignées par le mot latiu d ’ceneæ , ou par celui de secures , se rencontrent fréquemment dans toutes les parties de la Normandie qui ont été occupées par les romains. Ceuxci , pour contenir les peuples remuans de l’Armorique , furent forcés de multiplier dans ces provinces les magistratures , auxquelles était attaché le droit de faire porter devant elles les haches entourées de faisceaux. L’usage d’enfouir ( souvent en très-grand nombre ) ces mêmes haches dans le tombeau de la personne qui , pendant sa vie , avait été revêtue d’une de ces magistratures , a dû nécessairement contribuer à en laisser beaucoup à l’entour des villes gallo-romaines ; aussi en trouva-t-on plus d’une soixantaine réunies , dans des fouilles qui furent faites auprès de la ville de Vire et dans beaucoup d’autres endroits de la province : il est inutile de les signaler ici.

Suivant MM. de Caylus , Molinet , Oberlin , Montfaucon et autres savans antiquaires , ces monumens de bronze , connus sous le nom de haches , servaient également aux usages domestiques , aux services militaires , aux victimaires et aux licteurs ; mais cependant la coupe cunéiforme de ces bronzes ne s’accorde nullement avec l’idée que nous pouvons nous en former , d’après le service qu’on tire des haches aujourd’hui eu usage ; car , quelle espèce de force répercutive pouvait- on tirer d’un outil dont l'ouverture supérieure in-

üvssS

ANGLO-NORMANDES. 161 pointes de flèches , des os brûlés , etc. ; mais aucune inscription ni aucun objet digne de remarque et qui pût fixer les idées , ni sur les lieux où ils étaient , ni sur les temps où ils y furent déposés.

dique qu’il n’avait qu’une action perpendiculaire , telle que celle d’un coin chassé dans le bois? Quel secours pouvait-on aussi tirer de l’anneau placé sur le flauc de quelques-unes de ces haches ( fig. 1 et 2 )? Enfin , quelle espèce de levier ou de pression pouvait-on opérer avec un instrument à double tranchant ( tel que celui de la figure 3 ) , ou avec un double bourrelet dans une des extrémités ( figures î et 4 ) , pour y introduire sans doute un manche de bois fendu , qui ne pouvait que s’éclater davantage à la moindre pression ?

Telles sont les questions qui naissent naturellement du nom générique de haches , improprement donné jusqu’ici à quelques-uns de ces instrumens de bronze ; mais cette matière métallique , dont ils étaient formés , ne permettait même pas de leur donner un tranchant assez vif pour couper le bois ; ils étaient , d’ailleurs , beaucoup trop petits pour servir aux usages domestiques, et leur force, comme arme offensive , ne pouvait qu’entrer en balance avec celle des casse-tête de silex des indiens ou des gaulois. Toutes ces considérations portent à croire que la plupart de ces haches ( celles particulièrement qui ont des anueaux ) , n’étaient que des espèces de coins qui servaient à armer l’extrémité des piquets destinés à fixer les tentes des soldats romains , ou à mettre leurs chevaux au piquet dans les camps.

Si le soldat romain portait en marche plus de soixante livres pesant , tant en armes qu’en équipages militaires , parmi lesquels on citait l’épieu et les piquets des tentes , ces deruiers devaient doue avoir une forme particulière pour être aussi soigneusement conservés , et fatiguer presqu’inutilement le soldat; car dans un pays de forêts tel que la Gaule, il n’était pas difficile de trouver à tous les campemens du bois susceptible de former ces piquets au moment même où l’on en avait besoin.

( Note du Traducteur. )

16a ANTIQUITÉS

M. l’abbé de Cocherel a donné une savante dissertation (i) sur cette singulière découverte.

La célèbre Abbaye de Bénédictins du Bec , généralement désignée sous le nom de Bec - Hellouin , est située près de Brionne , dans le domaine de Burneville , à environ neuf lieues de Rouen. Elle est placée dans une vallée étroite fermée par deux montagnes assez élevées et dans une petite langue de terre de près d’un mille anglais , formé par la jonction de la rivière de Rille et d’un petit ruisseau nommé le Bec , qui sort des montagnes voisines. Cette Abbaye fut originairement fondée en io34 par Hellouin , noble danois , dont les ancêtres accompagnèrent le duc Rollon dans sa descente en Normandie , et obtinrent de lui la terre de Burneville en récompense de leurs services. Peu de temps après que cet édifice fut construit , il s?en écroula une très-grande partie. Lanfranc , qui était alors prieur de ce monastère , engagea un des Hellouin à en ériger un autre à peu de distance du premier. Le second bâtiment fut entièrement terminé en 1073 , et dédié à la Vierge avec la plus grande pompe , par le même Lanfranc , alors archevêque de Cantorbéry , en présence d’Odon , évêque de Bayeux , Gilbert , évêque d’Evreux , Guilbert ,

(1) Elle est intitule'e : Relation et dissertation touchant l’origine et l’antiquité de quelques corps trouvés dans un ancien tombeau au village de Cocherel , entre Evreux et Vernon , en l’année i685. Elle est imprimée dans l’appendice de l’Histoire civile et ecclésiastique du comté d’Evreux , par M. Le Brasseur , iu-4°. , Paris, 1722.

ANGLO-NORMANDES. ï63

ëvéque de Lisieux , ‘Robert , évêque de Séez , Ernauld , évêque du Mans, ainsi que d’une grande quantité de la noblesse de France , d’Angleterre et de Normandie. Le noble fondateur la dota richement (i) et lui accorda des privilèges et des exemptions considérables , qui furent ensuite confirmés par les rois de France , ainsi que par Henri I , Henri II , Jean , Henri III , Étienne et Henri Y , rois d’Angleterre , qui devinrent également les bienfaiteurs de cette Abbaye. (2)

(1) Il donna à l’Abbaye non-seulemeut la seigneurie de Burueville , mais encore des terres près de celle-ci , ainsi que celles de Tavillé , Surcé , Sarné , etc.

(2) Beaucoup d’églises , de manoirs et de terres situés en Angleterre appartenaient à cette abbaye. La seigneurie de Blakenham , en Suffolk ; de Wivelford ou Willesford , dans le comté de Lincoln ; Cowick près Exeter , dans le Devonshire ; Hou ou Hoo , daus le Sussex , et Lesingham dans le Norfolk ; les seigneuries et les églises du petit et du grand Okeburn , dans le Wiltshire ; la seigneurie et l’église de Riselip , dans Middlesex ; l’église et plusieurs terres à Godeliff , dans le comté de Monmouth ; une partie de la ville de Tooting, en Surrey, et l’église de Steventon , daus le Berkshire; le prieuré de Wellesford , dans le Liucolnsliire ; d’Okeburn , dans le Wiltshire ; de Ponington , dans le comté de Dorset ; de Riselip , en Middlesex ; de Wedon , dans le Northampton ; de Steventon , dans le Berkshire ; de Cowicke , eu Devonshire ; de Tooting , dans le Surry ; d’Hoo , en Sussex , et de Stoke , en Suffolk , ainsi qu’une infinité d’autres chapelles appartenaient à cette Abbaye. Guillaume , comte de Mortaiu , en Normandie , et de Cornouailles , en Angleterre , neveu de Guillaume-le-Conquérant , donna à cette abbaye la seigneur rie de Preston , dans le territoire de Pevensel ou Pevensey , dépendant de celui de Sussex ; et Hugues , comte de Chester , mort en 1101 , lui donna la seigneurie d’Alherston , dans le comté de War- W'ick.

iG4 ANTIQUITÉS

L’église abbatiale actuelle , bâtie en 12^3 sur l’emplacement de celle qui avait été brûlée en 1264, est , avec raison , regardée comme un des plus beaux monumens gothiques de France. Le choeur , le sanctuaire , ainsi que les six chapelles latérales qui l’entourent, sont pavés de marbre noir et blanc, et la totalité de l’église a été décorée à grands frais de sculptures et d’ornemens divers , depuis que les moines de la congrégation de St-Maur en prirent possession en [626. Le maître-autel est formé de huit grosses colonnes de jaspe , posées sur des embases de bronze surdoré , qui supportent un entablement chargé de reliefs richement dorés. Le tabernacle est revêtu des marbres les plus rares : audessus repose l’enfant Jésus en marbre statuaire , et à côté de lui on voit les statues de la sainte Vierge et de saint Joseph.

Le Jubé à l’extrémité ouest du choeur , bâti , ainsi que le maître-autel et les chapelles latérales , d’après les dessins de Guillaume de la Tremblaye , moine de cette Abbaye, est un beau morceau d’architecture , dans la composition duquel on a fait entrer les marbres d’Italie les plus riches. La façade est coupée par deux belles colonnes et quatre pilastres de jaspe , dont les piédestaux et les chapiteaux sont de marbre statuaire. Le tout est d’ordre composite , excepté la frise , qui est enrichie de triglyphes en marbre noir et blanc. Tous les métopes sont de’ jaspe , et sur chacun d’eux sont placés di-

vers

ANGLO-NORMANDES. iGj

vers attributs du temple de Salomon. L’arclie d’alliance est placée dans la métope du milieu , et alternativement de chaque côté, on voit la table des propositions , l’autel des sacrifices , ainsi que les attributs des évangélistes. Dans le tympan est un bas-relief de métal doré , représentant Adam et Eve au pied de l’arbre de vie , exprimant une vive douleur et déplorant la faute qu’ils ont commise. Au-dessus de la corniche règne une balustrade de jaspe , au centre de laquelle s’élève un magnifique crucifix ; on remarque à ses pieds les statues de la Ste. Vierge et de St. Jean , parfaitement sculptées. L’entrée du choeur , à travers ce jubé , est fermée par une belle grille en fer travaillée à jour et enrichie d’ornemens dorés. L’embrasure de cette porte est revêtue de marbres d’Italie , dans lesquels il y a deux niches de lapis-lazuli , qui contiennent les statues de St. Benoît et de St. Maur , son disciple : l’une et l’autre sont placées sur des piédestaux enrichis de divers marbres et ornés de pilastres qui supportent une imposte ou archivolte de marbre statuaire.

Cette église renfermait une grande quantité de tombeaux fort anciens et fort curieux. On voyait parmi eux celui de l’impératrice Maud , fille de Henri Ier. , femme de l’empereur Henri IV et mère du roi Henri II , communément nommée la Vierge des

Anglais. Cette illustre princesse , une des plus grandes bienfaitrices de cette Abbaye , mourut à Rouen

i66 ANTIQUITÉS

le io septembre de l’année 1167 , et fut enterrée devant l’autel de la Vierge , dans un tombeau de marbre , sur lequel on lisait l’inscription suivante :

Orlu magna, viro major , sed maxima partir ,

Hic jacet Heurici filia , sponsa , parens. (1)

Le corps de l’impératrice ne fut déplacé qiTen 1282, époque à laquelle des ouvriers , en remuant les terres pour reconstruire la nouvelle église , découvrirent son corps enveloppé dans une peau de boeuf (2) , d’où on la retira pour l’enterrer de nouveau , avec la plus grande pompe , dans le sanctuaire , devant le maître autel. L’ancienne tombe fut aussi trouvée dans le même temps , et replacée

(1) Gabriel Dumoulin, dans son Histoire géne'rale de la Normandie , prétend que l’impératrice fut enterrée dans l’église de Notre- Dame-des-Prés , dans le faubourg de Rouen , et qu’Aruould , e’vêque de Lisieux , composa pour elle l’épitaphe suivante :

Regia progenies , stirps Regia , Cæsaris uxor ,

Hic est magna brevi clausa Matilda loco.

Virlutum titulis liumani culmen honoris ,

Excessif mulier nil mulieris habens.

Septembres décima , reguo post régna recepto ,

Creditur æternam continuasse diem.

Plusieurs écrivains normands ont copié cette assertion de Dumoii lin , mais il est évident que c’est une erreur.

(2) Quelques antiquaires prétendent que les princesses normandes étaient eusevelies dans une peau de cerf ; mais les historiens contemporains disent , peaux de bœuf, et particulièrement en parlant de Henri I , qui fut porté de Lyons à Reading.

( Note du Traducteur. )

ANÛLO-NORMANDES. *67

sur ses dépouilles mortelles. Mais dans le XVIF. siècle , cette même tombe étant entièrement dégradée , fut remplacée par le monument actuel en bronze , sur lequel on lit l’inscription suivante :

Et æternæ augustæ Matildis memoriæ ,

Quæ

Ortu magna, viro major , sed maxima partu ,

Hic jacet Henrici filia , sponsa , parens :

Quippe quæ extitit

Henrici I, Anglorum regis , filia Nobilissima ,

Henrici IV , Romanorum imperatoris;

Sponsa augustissima ,

Godofredi Pulchri Andegavensium Fosteriore thoro præclara conjux ,

De quo facta est

Henrici II , Angliæ regis , parens illustrissima.

Erga Beccensem ecclesiam impensè munifica Quam , dum viveret , thesauris suis ditavit ,

Et post obilum

Sui corporis volait esse custodem.

Fallcem vitæ sortita est exitum , IV idus septembris

An. Dom. MCLXVIII.

In monumentum æternum posuerunt Monachi Beccenses congr. Sti- Mau ri.

An. iMDCLXXXIV.

Au milieu du chapitre on voit le tombeau d’Helluin , premier fondateur de cette Abbaye. Le premier tombeau fut enlevé en 1714 , par l’ordre des moines , qui lui en substituèrent un nouveau en marbre blanc , supporté par six pilastres de jaspe oriental j et sur lequel on a gravé l’épitaphe suivante:

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