ET DU CÔTÉ DU NORD
Super his erexit
Ornavitque illustrissima et religiosissima Domina Gabriela Francisca de Froullay De Tessé , hujusce monasterii abbatissa,
Cujus pietate tam nobile magnificum Altare fuit Christo nascenti Consecratum uno eodemque anno.
MDCCVII.
Des stalles très-élégamment sculptées , qui sont fixées à une boiserie de douze pieds de hauteur , entourent ce monument. Elles se prolongent jusqu’à
vante de 1707. A côté de celle-ci était une portion des os frontaux d’une tète entourée d’herbes aromatiques , et euyeloppe’e d’un morceau de toile encore bien conservée ; quelques décombres remplissaient l’extrémité inférieure du cercueil ; ou y trouva une tête sculptée, avec les cheveux coupés à la naissance du col , comme les portent encore aujourd’hui les paysans normands. Cette boîte de plomb renfermait plusieurs ossemens , dont quelques-uns étaient chargés d’une matière jaunâtre semblable à de l’adipocire et couverts de petits cristaux lilacés de phosphate calcaire. Des anatomistes distingués ont reconnu à l’inspection de ces ossemens, qu’ils devaient appartenir à une femme de la taille de la reine Mathilde. Comme il ne restait plus aucun doute sur Inexistence réelle des restes de la Reine , spécifiés dans
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la grille du chœur, qui est couverte d’une riche tapisserie , pour qu’on ne puisse voir pendant le service divin cette partie du chœur réservée aux religieuses. Toutes les voûtes de cette église sont circulaires , et les arcades des portes et des fenêtres sont également à plein cintre.
Il ne me fut permis de voir aucune autre partie de l’abbaye (i) , que le parloir de l’abbesse , dont
l'inscription que Mm', de Tessé avait fait mettre eu 1707 , M. de Montlivault fit sceller de nouveau la boîte de plomb, dans laquelle on ajouta seulement irn tube de verre hermétiquement fermé , qui contenait le procès-verbal de cette découverte. Ce magistrat donna en même temps des ordres pour replacer un tombeau semblable à celui qui existait avant la révolution ( planche 17 , fig. 48. ) A cet effet , la pierre tumulaire de marbre noir portant l’inscription originale en caractères normands , que M. Lair avait sauvée , et qu’il avait déposée provisoirement dans l’église de l’abbaye de Saint-Etienne, fut rapportée pour être replacée sur le nouveau cénotaphe ; les deux inscriptions de 1707 furent également gravées sur les côtés nord et sud; à l’ouest, on apposa les armes ducales de la Normandie, et à l’est, vis-à-vis l’autel , l’inscription française suivante :
Ce tombeav renfermant les dépovilles mortelles De l’illvstre fondatrice de cette abbaye Renversé pendant les discordes civiles Et déplacé depvis vne longve sérié d’années A été restavré conformément av vœv des Amis de la religion de l’antiqvité et des arts m d c c c xix Par ordre
de Casimir comte de Montlivault conseiller d’état prefet et les soins
de Lechavdé d’Anisy directeur et Harou Romain architecte.
( Note du Traducteur . )
(1) Ducarel n’ayant pu voir la chapelle souterraine , j’en donnerai
/v He.&r. m
AN G LO- N OR MAN DES. m9 la vue domine sur une belle prairie , et s’étend à une très-grande distance. Parmi les objets curieux conservés dans le chartrier, il y avait un ancien ma-
ici la description. Cette crypte ou chapelle souterraine (planche 20 , fig.- 58), était dédiée à St. Benoît; mais elle est plus souvent désignée sous le nom de Tombeau de la Reine Mathilde ; l’architecture en est extrêmement élégante ; elle est décorée de trente-six colonnes , distantes de quatre pieds les unes des autres , avec un banc semicirculaire autour de la chapelle. Les chapiteaux des colonnes sont trèsvariés , et ont beaucoup de rapport avec ceux qui entourent le maître autel qui est directement placé au-dessus. L’autel de cette chapelle est moderne ; car une des pierres qui le composent est un fragment d’inscription sur laquelle on lit encore le nom de Montmorency. Ce 'ut dans l’enfoncement d’une partie du mur, au sud de cette chapelle, qu’on déposa les ossemens trouvés dans le relèvement des pierres tumulaires qui servaient de pavé dans l’ancien chapitre des dames de la Trinité. On y a placé l’inscription suivante :
Ossemens trouvés dans l’ancien chapitre des dames de la Trinité et déposés dans ce lieu le 4 mars 1818.
Les diverses pierres tumulaires dont on vient de parler ont été soigneusement décrites dans l’ouvrage manuscrit de M. Âuvray-la- Bataille, qui est maintenant en la possession de M. l’abbé de La Rue. On y retrouve i°. celle de Julienne de Saint-Célerin , morte le jour de Ste. Luce 1256 ; - a°. de Béalrix Cambernon , morte le treize des calendes d’octobre 1289 ; — 5°. c't’Amicie de Gournai , morte le premier mars 1294; — de Nicole de Goulvas , abbesse, morte le 10 mai i336. — 5°. de Marie de la Varignière , morte le 4 avril i4oi ; — 6°. d’Agnès de Thieville , abbesse , morte le i5 avril i422; — 70. celle de sa Sreur , Marguerite de Thieville , morte le 20 février i442 ; — 8°. de Blanche d’Auberville , morte le 20 avril 1470 ; — 90. enfin , celle de Catherine-le-Vicomte , morte le 26 mai 1492.
On a eu outre trouvé dans cet ancien chapitre deux tombes de pierre brisées transversalement , et qui primitivement n’en avaient lait qu’une seule , dans chacune desquelles 011 avait réuni les ossemens , la crosse et le voile de deux abbesses. Le tissu des étoffes et même le cuir des souliers étaient encore assez bien conservés , ainsi
nuscrit , qui contenait l’état des effets de la garderobe , joyaux , toilette , etc. , etc. , qui avaient appartenu à la reine Mathilde ; mais il ne me fut pas permis d’en prendre une copie. L’abbesse me refusa aussi la permission de voir une ancienne peinture qui décorait un de ses appartemens , et qu’on regardait comme le portrait de Mathilde , leur première abbesse , revêtue de ses habits de religieuse ; cependant plusieurs personnes pensent que cette peinture représente l’illustre fondatrice (i).
Cécile , fille aînée de Guillaume-le-Conquérant , fit profession à Fécamp en 10^5 ; elle vint ensuite à Caen , après la dédicace de cette abbaye , afin d’être élevée sous les yeux de Mathilde , la première abbesse ; à sa mort , elle lui succéda dans l’administration de l’abbaye , qu’elle gouverna avec
que des baies de laurier ; mais les ossemens étaient de la couleur du lilas le plus foncé , chargés de petits cristaux de phosphate de chaux; une boule d’ambre ou de succin , qui ornait la crosse d’une de ces abbesses , avait pris la couleur jaune rougeâtre du quartz résinite. Dans les terres remuées de cet ancien chapitre , on a aussi trouvé deux anneaux d’or unis et bombés extérieurement : l’un porte sur la paroi intérieure deux Y entrelacés, et l’autre un Y renversé, un cœur percé de flèches et les lettres D et C également entrelacées.
( Note du Traducteur. )
(i) Le portrait de cette Reine, maintenant au Muséum de Caen , était en effet à l’Abbaye-aux-Dames ; mais il est à présumer que celui dont parle Ducarel a été déchiré lors de la révolution , à cause de 1 habit religieux dont Mathilde était revêtue. Voyez ci-dessus la planche i4 , fig. 5o , dans laquelle on a donné ce portrait.
C Note du Traducteur. )
beaucoup de zèle et une piété remarquable pendant ]5 ans. Elle mourut le i3 juillet iia6 , et fut enterrée dans l’église du monastère , après avoir porté le voile cinquante-deux ans. Depuis cette époque , le gouvernement de cette abbaye a toujours été confié à des dames de la première distinction ; toutes les religieuses étaient également des filles nobles et on n’en admettait aucune autre à prendre le voile.
Cette abbaye est non seulement exempte de toute juridiction épiscopale, mais elle a une officialité et une juridiction particulière sur quatre paroisses , qui sont nommées ses Privilèges. Guillaume-le-Conquérant ayant accordé à son abbaye de Saint-Étienne le droit de placer les armes de l’abbé sur toutes les portes de la ville , et aux barrières des faubourgs, ainsi que celui de percevoir les anciens impôts dits la Petite Coutume , pendant sept jours de chaque année , donna le même privilège à l’abbesse de Sainte Trinité , sur la demande que lui en fit la reine Mathilde. Ainsi , en vertu de cette concession , l’abbesse perçoit tous les droits dus pendant les trois jours qui précèdent et les quatre qui suivent le dimanche de la Trinité, de la meme manière qu’ils sont perçus par l’abbé de Saint Étienne , . trois jours avant , et quatre jours après la Saint-Michel. Le revenu annuel de l’abbaye est évalué à 70,000 livres.
Une partie de l’enceinte et la grande porte extérieure servaient autrefois de forteresse , sous le nom
ANTIQUITÉS de Fort de Sainte-Trinité de Caen (i) , dans lequel il y avait toujours une garnison commandée par un capitaine , dont le traitement annuel était de près de cent couronnes (600 liv. ) Ce fort , ainsi que les deux principales tours de l’église abbatiale , qui étaient d’une grande utilité pour découvrir et empêcher les approches de l’ennemi , furent détruits en i36o par Charles , roi de Navarre , pendant la guerre qu’il soutint contre Charles , dauphin , régent , et ensuite roi de France sous le nom de Charles V. Une partie de la porte de ce fort et quelques traces des fossés subsistent encore. Les habitans de plusieurs maisons de Caen , qui dépendaient de cette abbaye , étaient obligés , d’après les conditions de leur bail , de tenir constamment les fossés du fort en réparation , avant sa destruction.
Outre ces deux grandes abbayes , il y a à Caen
(1) En entrant à gauche dans la cour de l’abbaye , on voit encore les vestiges d’un ancien palais attenant également aux murs intérieurs de ce fort, dont il ne reste plus que les deux gables , l’un contient une vaste cheminée ornée de deux colonnes fort élégantes ; l’autre est remarquable par une ligue de petites colonnes avec des arceaux à plein cintre , surmontés d’une grande croisée en ogive, la seule qui se trouve dans cette abbaye : ce qui ferait croire que cette partie est plus moderne. La position de cet édifice près des murs extérieurs semble indiquer qu’il servait autrefois d’habitation au gouverneur du fort de Sainte-Trinité , quoiqu’on lui donne pompeusement le nom de Palais de la reine Mathilde. Dans la nouvelle distribution de cette abbaye , que l’on va convertir en hôpital civil , l’administration municipale de la ville de Caen s’étant vue forcée par les plans de l’architecte de faire abattre cette ancienne construction , je l’ai dessinée C planche 21 , fig. 69 ), afin d’en conserver le souvenir. ( Note du Traducteur. )
/ V 2/ tuf Jç .
six couvens d’hommes , cinq de femmes et trois hôpitaux , indépendamment de plusieurs autres établissemens religieux ; mais aucuns d’eux n’ont été fondés par des Anglais.
L’Université de Caen a été fondée par Jean , duc de Bedford , régent de France , au nom et par l’ordre de son neveu , le jeune roi Henri VI. Le goût pour la culture des belles-lettres qui fleurissait à cette époque dans le midi de la France , excita , dit-on , le duc à donner , par politique , la même impulsion aux Normands , dans l’espérance qu’en établissant avec de si grands avantages une pépinière de savans , il pourrait regagner, en faveur des Anglais , l’affection des Normands , qui commençait à décliner d’une manière sensible. Il donna , à cet effet , des lettres patentes sous le grand sceau , datées de Rouen , du mois de janvier i43i , en vertu desquelles fut fondée l’Université , pour l’étude des lois civiles et canoniques. En même temps , la majeure partie d’un bâtiment considérable de la rue des Cordeliers fut disposée pour les professeurs , et l’autre partie pour le Bailliage.
Vers le i5 février 1 436, le roi créa des chaires de professeurs pour les lettres et la théologie ; et par d’autres lettres patentes , datées de Kensington , le 19 mars 1 437 , il ajouta une chaire de physique , et délégua le gouvernement de l’Université au Bailli de Caen , pendant le temps de sa gestion. En 1439 , l’établissement de cette Université , ainsi que les privilèges qui lui avaient été accordés par Henri VI ,
furent confirmés par deux bulles du pape Eugène IV, en y ajoutant tous les autres privilèges et immunités dont jouissaient à cette époque quelques Universités de France ; ce qui donna lieu à la lettre particulière que le Roi écrivit à ce même Pontife , pour demander cette faveur (i). Par la même bulle , le Pape désigna l’évêque de Bayeux pour être chancelier de l’Université , et un anglais , nommé Michel Trégore, pour Recteur ou vice-cliancelier, ainsique les évêques de Lisieux et de Coutances , comme conservateurs de ses privilèges apostoliques.
Le bruit et le tumulte causés par le concours du peuple qui suivaient journellement la Cour de justice étant incompatibles avec la tranquillité et la liberté nécessaires pour la culture des lettres , Henri YI, sur la demande des professeurs , donna , en i442 , la totalité du bâtiment à l’Université , qu’il dota en même temps fort libéralement ; et il transféra la Cour de justice dans une autre partie de la ville.
En i45o , les Français s’étant rendus maîtres de la ville de Caen et de presque tout le pays que les Anglais occupaient en France , l’Université fut de nouveau créée par Charles VII , à la demande des trois états de Normandie. Elle obtint en même temps de nouveaux privilèges , confirmés par les papes Nicolas Y, Calixte III, Pie II, et Innocent VIII.
(i) Celte lettre est tire'e d’im manuscrit de la bibliothèque Lambeth , sous le n°. 211 , intitulé : Opusculum ex missiuis litteris se- » renissimi principes Henrici sexti , Angliœ et Franciœ regis , etc. , » etc. » Page 44. ( Voir à la fin de l’ouvrage. )
Cette
Cette Université est la seule en France qui possède cinq facultés , savoir : de théologie , des lois civiles et canoniques , de physique , des droits et des arts. Outre les écoles publiques , il y a quatre collèges qui en dépendent , savoir : le collège du Mont , le collège des Arts , le collège Du Bois , et celui du Cloutier ; mais on ne doit en compter réellement que trois , car celui du Cloutier n’a pas de professeurs.
On dit que le nombre des professeurs s’élève audessus de soixante ; mais le traitement de plusieurs de ceux-ci est très-modique ; quelques-uns n’avaient pas plus de soixante livres ( ou environ deux livres douze schillings six pences ) par an. Les principales chaires sont au nombre de douze, savoir : deux pour la théologie, deux pour les lois civiles , deux pour les lois canoniques , une pour les lois françaises , quatre pour la physique , auxquelles Louis XV régnant , en a ajouté une pour la chimie. Dans la faculté des arts, le collège Du Bois et celui des Arts ont chacun six professeurs, et le collège du Mont sept, dont deux de philosophie et cinq de littérature.
La bibliothèque est un vaste édifice régulier assez bien pourvu de bons livres ; elle est ouverte au public deux jours de la semaine (i). Elle fut enrichie par le cardinal de Luynes , archevêque de Sens , qui y ajouta encore la curieuse bibliothèque du célèbre
(1) Elle a été depuis transférée dans un vaste et beau local dépendant des bâtimens de l’hôtel -de-ville de Caen. Elle est ouverte tous les jours non fériés, ( Note du Traducteur. )