‹ Antiquités anglo-normandes de DucarelChapitre 20 sur 56 · NORMANNIA · texte numérisé non relu

NORMANNIA

« Infeudationes militum qui debent servitia militaria duci Normau- » niæ , et in quot milit. quilibet tenelur ei servire.

» Richardus de Vernon debet io M. de Honore de Wnlliam , et

un point d’une grande importance dans ce temps. Il subsiste encore en partie , particulièrement une des tours , bâtie en pierre de taille , remarquable par sa hauteur et l’épaisseur extraordinaire de ses murs.

L’église collégiale et paroissiale de la Sainte-Vierge fut fondée vers l’année io52 , par Guillaume de Vernon , premier du nom , pour y établir un doyen et des chanoines séculiers , auxquels il donna , lors de la dédicace de l’église , sa terre nommée la Couture du Pré de Giverny , ainsi que le quart de la forêt de Vernon (i) , dans le Vexin normand. Cette donation fut confirmée en 1186 par Richard de Vernon. Ces terres sont encore dans les mains de ces chanoines (2). Le fondateur de cette collégiale est enterré dans le milieu du chœur , sous un ancien tombeau , sur lequel on voit son effigie en marbre blanc ( planche 3o , fig. 76 et 77 ) ; autour on lit les vers latins suivans , écrits en anciens caractères normands :

Vernonis princeps, urbs cui cognomina fecit Tristia te hoc Saxo busta Guielrae, tegunt ;

Qui dinn Saxa paras, hujus fundator et Ædis ,

Funere Parca ferox ultima fila secat.

Sur une des faces de ce tombeau , du côté de l’est,

3) ad servitium suum 00 M. in Constantin. Idem de Com. Morton 3) 5 M. Idem 16 M. de honore Vernone , ad custodiam castri de Ver- 33 none. 33

(1) La forêt de Vernon est près de celle des Andelys ; elle renferme une étendue de bois d’environ quatre lieues de circonférence.

(2) Ex Cartulario monasterii de Lyi'd in Normanniâ , c/c. ( Voir à la fin de l’ouvrage.

pn lit l’épitaphe suivante , écrite en vieux français :

[ Cy repose Guillaume de Vernon,

Digne de nom , prince et gubernateur De ces lieu ici dont lia pris son surnom.

Par droit canon de siens vrai zélateur ,

Du college de céans fondateur Et collateur des prebends et cure ,

De biens qu’ils ont principal donateur,

Conservateur de tout leur droicture ,

Autres grands biens selon Dieu et nature Aulmonier a perpétuellement.

Puis mort qui est commune à créature ,

Mettre la fait dedans ce monument En l’an mille soisante droutement Le dix-huit feburier : partant dis A un chacun de vous que dulcement Pries a Dieu qu’il lui donne Paradis,

Dans la même église , on voit aussi un autre cénotaphe , érigé en mémoire de Guillaume de Vernon ( planche 3o , fig. 64 ) , ancien connétable d’Angleterre , et de Marguerite , son épouse. Sur la table de cuivre sont gravés leurs portraits , ainsi que ceux de leurs sept fils et de deux filles ; on y trouve aussi les armes des Pembroke , des Pierre de Sancerre , des Vernon , des Ludlow , des Camville , ainsi que celles des Venions et Pepis réunies.

On lit sur ce monument l’inscription suivante :

Hic jacent

Dominus Willelmus , Vernon miles, quondam constabularius Auglias , Filius et heres domiui Ricardi Vernon militis ,

Qui quondam erat thesaurarius Calesie ;

Qui quidera dominus Willelmus

Obiit ultimo die meusis junii auno Domini millesimo CCCCLXVII. Et Margareta , uxor dicti Willelmi ,

Filia et hereditar. Domini Roberti Pypis de Spernores militis : Que quidem Margareta

Obiit. . . . die mensis .... anno Domini millesimo cccci.x» Quorum animabus propitietur Deus.

Ameu>

Outre cette église collégiale , il y a trois autres maisons religieuses , savoir : le couvent de Saint- Louis , appartenant aux clianoinesses hospitalières de Saint-Augustin , qui ont la surveillance de l’IIôtel- Dieu ; le couvent des Cordeliers et celui de la Congrégation de la Vierge. Hors la ville , on voit le couvent des Bénédictines , celui des Capucins et une maison de Pénitens.

De Vernon , je me rendis àPacy , dernière petite ville de la Normandie , située sur la rivière d’Eure , remarquable seulement par son grand marché de bestiaux.

Avant de quitter la Normandie , je terminerai ce voyage par quelques observations générales sur cette province.

La Normandie peut être considérée comme un grand verger ; la terre labourable y est presque partout entremêlée de pommiers et de poiriers , plantés à environ quinze pieds les uns des autres ; et de chaque côté des routes , ces arbres forment des bordures qui ont quelquefois plusieurs milles de longueur. Ces routes sont extrêmement agréables pour

les

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les voyageurs, parce quelles ne sont pavées que clans quelques parties marécageuses. On trouve quelques hautes montagnes disséminées dans la province, qui est bien boisée et abonde en excellent gibier ; elle offre le plus bel aspect , particulièrement sur les bords de la Seine, qui, près de Rouen ,a la même largeur à-peu-près que la Tamise à Datchet ; mais elle est si remplie de bas fonds , quelle ne peut porter que des bateaux plats.

La Basse-Normandie est particulièrement un pays d'herbages, et elle en renferme une plus grande quantité que la Haute -Normandie , qui est plus propre à la culture du blé. On amène tous les ans , dans la Basse - Normandie , un grand nombre de bestiaux maigres qui s’y engraissent , et de là sont conduits au marché de Poissy , cpii sert à l’approvisionnement de Paris. Les bêtes à cornes ne sont pas de la grande espèce , et le mouton est àpeu-près de la grosseur de celui de Norfolk et d’un aussi bon goût, lorsqu’il est bien nourri.

Dans les environs de Condé-sur-Noireau , il y a une espèce de mouton beaucoup plus petite , qui est fort estimée , et qu’on envoie ordinairement en cadeau à Paris , pendant l’hiver. Les chevaux normands sont généralement beaux , d’une forme agréable , pleins d’ardeur et fort estimés en France ; ils ont tous la queue longue ; ce dont les propriétaires sont jaloux , et ils ne souffrent pas qu’ils soient écourtés suivant la mode ridicule de l’Angleterre.

L’espèce des ânes et des mulets est plus grande que la nôtre.

Les grandes villes sont bien peuplées ; mais la campagne ne l’est pas dans la même proportion.

Le cidre , un des produits de la province , est la boisson habituelle des Normands. J’en ai goûté plusieurs fois; je l’ai trouvé fort et nourrissant, mais rude et bien inférieur sous tous les rapports aux cidres d’Hereford et de Devon. Toutes les parties de La Normandie ne sont pas également renommées pour leur bon cidre. Le meilleur est celui du Bessin ou des environs d’Isigny , ainsi que celui de la vicomté d’Auge , qui est un des plus riches apanages du Duc d’Orléans. Lorsque la récolte des pommes est peu abondante , le cidre se vend six sous le gallon ; il vaut la moitié moins dans les bonnes années , aussi en distille-t-on annuellement une grande quantité , pour le convertir en eau-devie ; mais il n’est pas permis de la vendre ailleurs qu’en Bretagne et en Normandie , afin de ne porter aucun préjudice à la consommation des eauxde-vie de vin du Poitou , du pays d’Aunis et des autres provinces , seides eaux-de-vie admises à Paris , ou transportées dans les colonies françaises. Les diverses espèces de pommes dont on fait le cidre sont divisées en trois classes , parce qu’elles mûrissent et se récoltent à trois époques différentes. Les premières sont désignées sous les noms de pommes de Girard, Louvières , Gros-Rêleb,

Haze et Fresquciin ; les secondes sont les pommes dites de Prépetit , Doux-Evêque , Gallot , Gannevin , O range t , P et il- A uv riche , Petit-Rêlet , Petit - Damret et Amerdoux de Sully ; celles de la troisième classe , qui mûrissent plus tard , mais fournissent le meilleur cidre, sont les pommes d’ Au* fris lie , Marin-Onfry , Germaine , Bennevanelle (i), etc. Les Normands ont souvent sollicité la faveur d’exporter leurs cidres et leurs eaux-de-vie dans les colonies françaises, alléguant, pour motiver une tellë indulgence , qu’ils payent un tiers de tous les impôts répartis dans le royaume fie France. Cette province paye en effet plus de quatre-vingt-quatre millions par an. Mais ils n’ont reçu aucune réponse favorable à leur demande , parce qu’en leur accordant cette faveur , on aurait infailliblement ruiné d’autres provinces , qui n’auraient plus trouvé l’écoulement de leurs eaux-de-vie ; car la Normandie peut donner les siennes à neuf sous sterlings le gallon

(1) Toutes ces dénominations sont fort incorrectes , et la nomenclature très-incomplète. Par exemple , le Doux-Evêque est le Douxaux-Vepes ( malum dulce Vespis ); le Marin-Onfry est le Marin- Onfroy , qui tire son nom d’un seigneur de Saint-Laurent et de Vairet, lequel apporta de Biscaye plusieurs greffes de diverses pommiers qui sont encore aujourd’hui connus sous les dénominations de Marin-Oufroy , de Doux-Vairet et de Biscait. On peut consulter à ce sujet une lettre de Moisant de Brieux à Prémout-Graindorge , et le Traité de M. Louis Du Bois sur le pommier , le poirier et le cidre, t. i , p. 87. Au surplus , Rêlé ou Rayé, Oraugé , doivent être écrits en français sans le T final employé par Ducarel. Le Petit-Damret est le petit Ameré , ainsi nommé, parce que sa saveur est amère.

( Extrait d’un Traité de M. Louis Du Bois. )

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