‹ Antiquités anglo-normandes de DucarelChapitre 4 sur 56 · Monumens de ce temps · texte numérisé non relu

Monumens de ce temps

3°. Changement de destination des monumens depuis la révolution ;

4°. Leur destruction ou leur restauration , etc. ;

5°. Observations sur ce sujet.

INTRODUCTION. vij

Le développement de ce thème nous ferait entrevoir , dans la première division , quelques-uns des dogmes religieux , et même quelques détails de la vie domestique des Gaulois , malgré l’obscurité qui enveloppe l’origine de ce peuple. Il indiquerait les traces de l’existence politique et religieuse qui auraient été laissées sur la terre par un peuple chasseur et guerrier , habitant les sombres forêts de la Gaule , ou les antres creusés par la nature , à une époque où la propriété même était inconnue. Ainsi , des masses de pierres brutes , élevées par les efforts communs de toute une population , attesteraient seules son existence primitive. U nous le montrerait ensuite entraîné successivement vers les parties méridionales de la Gaule , rapportant , avec les dépouilles sanglantes de ses ennemis , le goût des arts et les besoins qu’ils font naître ; et ne pouvant les satisfaire , à cause de son ignorance , il devient à son tour l’esclave des peuples qu’il a vaincus. On le verrait aussi , imitateur grossier des chefs-d’œuvre de l’art qui ont frappé ses regards , se fatiguer en vains efforts pour les imiter , jusqu’à ce que 1 esclave , que la victoire et le sort lui ont assigné , cherchant à plaire à un maître barbare , lui communique les idées confuses qu’il a de ces monumens des arts. Ce dernier , en participant ainsi à ses travaux , entretient , ou plutôt développe cet esprit de conquête qui , par la suite , fait trouver au Gaulois un passage dans l’Italie , à travers la chaîne des Alpes ; et pour attester sa victoire , il brûle la ville de Romulus jusqu alors

INTRODUCTION

viij

triomphante , et veut effacer le nom romain de la surface de la terre. On nous peindrait aussi la démarche noble et gracieuse des filles Gauloises , la blancheur de leur teint , leurs yeux bleus , leurs longs cheveux blonds ; ainsi que cette force d’âme embellie par les soins affectueux quelles prodiguaient aux blessés , qui leur donnait un ascendant marqué sur un peuple guerrier , dont l’imagination portait quelquefois jusqu’au délire l’exaltation des sentimens. Aussi tel était le pouvoir des fées Gauloises et des vierges de l ile de Sayne , qu’on les vit ensuite promettre l’empire et en disposer. Enfin , cette période parvenue à sa fin , nous montrerait le Gaulois maître de Rome , se promenant gravement dans le Forum , traînant dans la fange la pourpre sénatoriale , et après avoir adopté les usages du peuple vaincu , lui faciliter par cette funeste imitation , les moyens de le dominer à son tour.

La seconde période nous ferait voir le Gaulois successivement chassé de Rome et de l’Italie , rentrant dans les forêts de la Gaule avec sa tunique encore chamarrée de lambeaux de pourpre romaine , mais toujours pressant à son côté son épée fidele qui l’accompagne au tombeau. On verrait à sa suite les légions romaines victorieuses , ayant à leur tête leurs enseignes couronnées et parfumées , pâlir encore au seul aspect du Gaulois qui fuit devant elles ; on verrait aussi ce dernier se contenter de lever les épaules , lorsqu’il regarde le centurion se promener

devant

INTRODUCTION, devant les soldats romains , en balançant son cep de vigne , ou lorsqu’il entend leurs trompettes sonner la Diane ( usage qui est resté à nps armées J. On nous ferait connaître ensuite l’établissement dans les Gaules de ces camps romains de forme carrée , dont les chemins réguliers , se croisaient à angles droits ; la tente de peau du soldat romain ; le tribunal de gazon où siégeait le général , placé près de l’autel à côté duquel on verrait aussi le victimaire , demi - nu , la tête couronnée de laurier , préparant les choses destinées aux sacrifices , et plus loin , à l’entrée du camp , une sentinelle, le doigt levé, dans l’attitude du silence. Enfin , on indiquerait l’époque ou les causes qui auraient ensuite converti ces memes camps en villes romaines , telles que celles des Lexoviens et des Viducasses. L’abolition des sacrifices humains , la destruction du culte des Druides , les révoltes partielles des Gaulois , leurs réunions nocturnes dans les forets pour y célébrer leurs mystères ; enfin , les tombeaux et les monumens Gallo-Romains , donneraient lieu à de nouveaux sujets de description. Le milieu de cette période ne nous présenterait plus qu’un seul empire dans le monde connu , dont les Romains étaient seuls les maîtres ; on les verrait imprimer le sceau de la victoire et de leur puissance sur le territoire des Gaules , en dirigeant leurs voies publiques depuis la porte du Capitole jusqu’aux extrémités de l’Armorique. On verrait aussi , pendant trois siècles , les Romains continuant à rester les maîtres de

INTRODUCTION

la Gaule , y introduire leur architecture , le seul des arts qui eût encore résisté à la décadence de l’empire , et y élever partout des monumens qui attestent et leur puissance et leurs victoires. Cependant le Gaulois apprenait l’art de vaincre , par ses défaites même ; réuni aux Francs , qui avaient formé des établissemens dans les Gaules pendant les deux derniers siècles , et conduit , depuis l’an 42° ? de victoire en victoire par les rois chevelus , il se rend enfin indépendant des Romains.

La troisième division nous peindrait le Franc , la tète levée , le regard farouche et menaçant , ne respirant que la guerre , et regardant la paix comme une horrible calamité ; vêtu d’une tunique courte , serrée sur les reins , qui était formée de la dépouille des ours ; armé d’une hache à deux tranchans , et de l’angon ou javelot , dont le fer , garni de deux crochets recourbés en forme d’hameçon , lui servait à retenir son ennemi. Un bouclier , une francisque et un cheval bridé , au col duquel le Franc suspendait les tètes des ennemis qu’il avait vaincus , formaient la parure et la richesse des chefs de tribus , qui ralliaient sous leur symbole tous les guerriers de leur famille , ainsi que leurs serfs , pour marcher au combat. On verrait ensuite ce peuple formé de diverses tribus de Germains , après avoir élevé , sur un pavois ou sur un bouclier , les rois qu’ils avaient élus , marcher à la victoire sous leurs ordres , chasser les Romains qui , depuis près (le cinq cents ans , étaient maîtres de la Gaule , et donner à son terri-

INTRODUCTION

xj

toire le nom de France , tiré de celui de ses nouveaux conquérans. On y décrirait aussi les effets du christianisme naissant chez les Francs ; là , l’image de la Vierge , remplaçant , dans le creux d’un vieux chêne , celle de Sécovia , prophétesse des Germains ; ici , de charitables disciples de J. C. , vieux , pauvres et ignorés , se faisant esclaves chez les Francs , pour proclamer sa Loi divine dans les Gaules ; on verrait une reine barbare , Clotilde , femme de Clovis , devenir chrétienne à la voix de ces nouveaux Apôtres , et amener ensuite ce chef des Francs à la connaissance du vrai Dieu. Enfin , après avoir fait connaître ces rois Francs , qui régnèrent plutôt en guerriers qu’en monarques , on arriverait à ces rois fainéans , gouvernés par les maires du palais , parmi lesquels on distinguerait Charles Martel, vainqueur des Sarrasins dans les plaines de Tours , sauvant la France du joug honteux de l’islamisme. On ferait sentir l’influence que les suites de cette conquête eurent sur les monumens de l’architecture romaine , qui , jusque-là , avait servi de type aux constructions Françaises et Normandes. Passant ensuite à l’époque de Charlemagne , on le verrait étendre la gloire du nom Français dans les diverses parties du monde; prévoir les ravages qu’exerceraient après lui en France les Angles , les Danois et les Saxons ; faire à ces derniers une guerre de trentetrois ans , et abandonner enfin les rênes de l’état aux mains débiles de ses successeurs.

Dans la courte période Saxonne, dont la durée

INTRODUCTION

xij

ne serait que de soixante-trois ans , nous verrions l’ardeur inquiète des Saxons ( alors désignés sous le nom de peuples du Nord ) , dominés de l’esprit de vengeance contre les Francs , depuis que Clotaire II avait fait massacrer tous ceux dont la taille surpassait la longueur de son épée. On ferait connaître les Saxons qui , après s’ètre emparés de la Grande- Bretagne, font des incursions sur les côtes de la Normandie , y poursuivent les malheureux Bretons , qu’ils avaient forcés de s’expatrier sur les côtes de l’Armorique , pour échapper à l’horrible massacre qu’ils en avaient fait. On les verrait encore occuper une partie du Bessin , et y laisser de faibles vestiges de leur architecture , remarquable par un arc extrêmement surbaissé , désigné sous le nom d’arc Saxon. La fin de cette période nous montrerait les peuples du Nord attirés en France par l’espoir du pillage , ne cessant d’y rentrer pour y commettre de nouveaux excès. Chassés plusieurs fois , ils obtenaient toujours de nouvelles concessions en y rentrant ; on les verrait enfin se fixer dans la Neustrie , province à laquelle ces hommes du Nord , ou Nord-man’s , avaient déjà imposé le nom de Normandie.

Cette période Normande et Anglo-Normande commencerait au fameux traité conclu à St.-Clair-sur- Epte , par lequel Charles le Simple donna à Rollon , chef des Normands , sa fille Giselle en mariage , avec la partie de la Neustrie qui avait déjà pris le nom de Normandie , sous la condition qu’il en fe-

INTRODUCTION. xiij

rait hommage à la couronne, et qu’il se ferait chrétien. On développerait les suites de cette concession , nécessitée par le désir que le peuple avait manifesté d’obtenir la paix avec ces barbares du Nord. Le gouvernement des premiers ducs de Normandie , et les établissemens qu’ils firent dans cette province , conduiraient à l’époque mémorable de Guillaume le Conquérant , de sa descente en Angleterre , et par suite à la domination Anglo-Normande. Cette matière ayant été traitée dans les Antiquités Anglo-Normandes de Ducarel, dont nous donnons ici la traduction , compléterait le travail relatif à cette période , en y faisant de légères additions, et comblerait l’intervalle de 912 à i^5o.

Enfin , cette sixième période , qui se trouve déjà reportée si loin de nous par l’effet de la révolution , développerait à notre imagination cette série , d’heurs et de malheurs , que la France dut , d’un côté , à la bataille d’Azincourt , et de l’autre aux guerres d’Italie , qui se perpétuèrent sous les règnes de Charles VIII , de Louis XII , et de François Ier. Aussitôt après l’abolition du régime féodal , fruit des connaissances acquises pendant ces memes guerres , on verrait renaître la peinture à l’huile , l’invention de l’imprimerie, de la boussole , et l’architecture reprendre un nouvel essor , au milieu des dissensions civiles et des plaies nombreuses que ferme le bon Henri aux journées d’Arques , d’Ivry et de Fontaine-Française. Le savant et l’artiste exerceraient ensuite leur plume et leur crayon , pour nous peindre les chefs-d’oeuvres enfantés sous le génie de feu , du héros-roi , qui , après

INTRODUCTION

avoir imprimé son caractère aux hommes instruits de son siècle , redonna une nouvelle existence à l’Académie Française créée sous Louis XIII , et forma celle des Inscriptions et des Sciences. Mais cet élan sublime donné aux armes, aux sciences et aux arts, se ralentit successivement; les dissensions civiles, les intrigues de la fin du règne de Louis XV , et surtout l’espèce de vertige qui entraîna la France dans cette guerre d’Amérique , où elle recueillit pour toute gloire ces principes d’insurrection , qui ont puissamment contribué à faire naître la révolution et tous les malheurs qu’elle a entraînés à sa suite. Au nombre de ceux-ci l'archéologue compte avec regret la destruction d’une multitude de monumens religieux , que le crayon de l’artiste n’a pu même conserver dans ces temps désastreux.

Page 1