‹ Antiquités anglo-normandes de DucarelChapitre 5 sur 56 · PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ DES ANTIQUAIRES DE LONDRES · texte numérisé non relu

PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ DES ANTIQUAIRES DE LONDRES

Milord ,

» L e s habitans de la Normandie conservent encore » aujourd’hui l’idée que les Anglais laissèrent de (< grands trésors dans cette province , lorsqu’ils fu- » rent forcés de l’abandonner à la France. Ces tré- » sors sont effectivement des palais magnifiques , de » belles églises et de somptueux monastères , ainsi » qu’une quantité de monumens de toute espèce , qui » font connaître la piété et la munificence de leurs » fondateurs.

» La différence entre le mode d’architecture em- » ployé par les Normands dans leurs édifices ; et » celui qui fut pratiqué par les Saxons contempo- » rains en Angleterre , fut signalée dès l’année 1742 , » par Votre Seigneurie , qui communiqua ses découvertes aux Antiquaires de sa connaissance , et » leur transmit quelques documens qui servirent à » établir des similitudes entre l’architecture normande » et celle des Saxons. Ces recherches donnèrent nais- » sance à de nouvelles observations de la part des » Antiquaires : je fus de ce nombre ; mais , comme » mes idées différaient totalement des leurs sur cet im-

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» portant sujet , je me rendis en Normandie en 1752, » dans l’intention de voir et d’examiner par moi- » même les édifices bâtis par le duc Guillaume , qui » pouvaient encore exister à Caen et dans les envi- » rons. Mes observations sont contenues dans l’ou- » vrage suivant ; mais , comme elles sont une con- » firmation des premières découvertes de Votre Sei- » gneurie , et quelles marquent du caractère de la v certitude , les documens quelle a bien voulu me « donner pour me servir de guide , je me plais à re- » connaître quelles vous appartiennent. J’espère que » le Lecteur voudra bien les considérer comme étant » entièrement l’ouvrage de Votre Seigneurie et non le » mien , quoiqu’il porte mon nom. La satisfaction » que j’ai éprouvée en faisant ces recherches , qui » furent le but de mon voyage à Caen , m’a déter- » miné à visiter quelques autres villes principales » de la Normandie , afin d’explorer ces anciens mo- » numens , qui contribuent non-seulement à éclair- » cir l’Histoire et les Antiquités de cette province ,

» mais qui servent aussi à faire connaître la piété ,

» la valeur et la munificence de nos anciens rois et » de notre noblesse normande. Les matériaux qui se » trouvent dans cette province , ont surpassé mon » attente ; et au milieu de mes recherches , j’ai trouvé » de nombreux secours dans la complaisance de plu- » sieurs savans distingués , qui m’ont communiqué » différentes chartes et des extraits de celles de plu- » sieurs maisons religieuses. C’est à leurs soins que » je dois aussi la connaissance de diverses particularités

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» ticularités fort curieuses et qui nous étaient » inconnues. Les planches qui ornent cet ouvrage » serviront non-seulement à retracer quelques-unes « des observations que j’ai faites sur les lieux , mais » elles contribueront encore à conserver le souvenir » de plusieurs monumens remarquables des Anti- » quités Anglo-Normandes , que leur vétusté ou la » négligence des propriétaires menacent d’une en- » tière destruction. »

» L’ancien normand , avec un caractère ardent et » belliqueux , paraît cependant avoir été plus enclin » à se défendre et à conserver dans sa famille la » propriété des terres gauloises dont il s’était empa- » ré , qu’à étendre ses conquêtes sur les possessions » des princes voisins. Impatient de se venger du plus » petit affront , prêt à prendre les armes dans les » occasions nécessaires , il sait en même-temps ap- » précier et goûter les douceurs de la paix et de la » tranquillité publique. L’amour des sciences et des » arts semble le dominer également. Il nous en reste » plusieurs preuves , surtout dans les monumens de » l’architecture.

» L’usage de sceller d’un grand sceau en cire les » chartes et les autres actes publics , afin d’en cons- » tater l’authenticité , paraît avoir été pratiqué par » les Normands depuis une longue suite d’années ; il » est même probable que ce sont eux qui l’ont in- » troduit en Angleterre Je ne discuterai pas ici la » question de savoir à qu’elle contrée ou à quel peu-

» pie on doit attribuer l’honneur de cette invention.

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» Est - ce un de nos monarques Anglo-Saxons , » qui en fit usage le premier ? Il est , du reste , » bien constaté qu’Edouard le Confesseur em- » ploya un sceau de cire , avec diverses emprein- » tes pour sceller plusieurs de ses chartes ; quel- » ques-unes de ces empreintes existent encore , » mais elles sont extrêmement rares , ou la plu- » part entièrement effacées. Le plus parfait que » j’aie vu jusqu’ici , appartient à Thomas Astle , » écuyer , correspondant de la Société royale et » de celle des Antiquaires de Londres. Comme » il diffère , sous plusieurs points , de la copie d’un » sceau d’Edouard , donné par John Speed , et d’un » autre du même roi , attaché à une charte conservée dans l’abbaye de St.-Denis , à Paris (i) ,je me

(1) Uu des côtés du sceau ( gravé dans Speed ) représente le roi , portant sur sa tête une espèce de calotte avec un diadème à l’entour : sur le devant de celui-ci , sont placées trois lignes ou points qui ne s’élèvent pas au-dessus du milieu de la tête ; et dans sa main droite , il tient uu bâton surmonté d’une croix. Il est représenté de la même manière dans le sceau de l’abbaye de St.-Denis ; au lieu que dans celui de M. Astle , une seule ligne part du devant du diadème , et s’élève jusqu’au sommet de la tête Le bâton que le roi tient à sa main droite est terminé par trois boules réunies.

Au revers du sceau de Speed , le devant de la calotte que le roi porte sur sa tête est chargé d’un ornement qui ressemble à une double croix de St. -André. Son manteau est aussi attaché sur l’épaule droite , d’où les plis tombent directement sur ses genoux. Dans le sceau de M. Asile , un seul trait part du bord du diadème , et s’élève jusqu’au sommet de la calotte. Le manteau du roi est attaché au milieu de la poitrine , et vieut tomber en s’inclinant sur chacun de ses bras.

Le revers du sceau conservé dans l’abbaye de St.-Denis , est le même que celui qui est gravé dans Speed.;

suis déterminé à le faire graver ( planche ire. , fig. » ire. ) Quelques parties de l’inscription ayant été » altérées dans celui de M. Astle , j’y ai suppléé par » la copie de Speed. La charte à laquelle ce sceau » est fixé , est écrite en caractères Saxons , et n’a » point de date ; mais comme il y est fait mention de

Stigand , alors archevêque de Cantorbéry , cette » date peut être fixée entre les années io5a et 10G6. 3) Cette charte remarquable porte sur la couverture 33 ces mots écrits de la même main , « Carta Edwardi

33 REGIS DE SaCA ET SoCNE ET LIBERTATIBUS ECCLIÆ

33 Christi. 33 Elle est écrite en caractères saxons, et tra- 33 duite en latin ainsi qu’il suit , par Edouard Lye , 33 recteur de l’église de Yardley - Hatting , dans le 33 Northampton :

33 Ego Eddwardus rex saluto omnes meos epis- 33 copos , et meos comités , et meos prœpositos , et 33 omnes meos t/ianos , in comitatibus , ubi Stigan- » dus Arcluepiscopus et conventus apud Christi ec- 33 clesiam in Cantianorum urbe habent terras , ami- 33 cè. Notifico autem cobis, me iis concessisse , ut 33 suit digiu , qui liabeant sua Sacam et Socn in lit - 33 tore et in flumine , in sylvâ et in campo , Toln et 33 Team , Grithbrice et Hamsocn , Foresteall , e£lN- 33 fangentheon et Flemena-Fermth super suos pro- » prios hommes , intrà burgum et extrà , tàm plenè 33 et libéré quàm mei proprii procuratores illud ex - 33 quirere debuerunt : et super quotcunque thanos 3> ego iis dedi , et nolo ut quispiam quodvis inibi » disponat , nisi conventus et eorum procuratores

» quibus illud concredere volent. Quamobrem ego has » consuetudines vel rectitudines dedi , meœ animœ » in ceternam redemptionem , sicut Canutus prias » fecerat. Ac nolo permittere ut quispiam hune do - » nationem infragat salvâ meâ amicitiâ.

» On ne peut pas présumer qu’Harold , qui n’a » porté la couronne que vingt- neuf jours , ait «jamais fait usage d'un grand sceau. Pour sup- » pléer à cette lacune , on a gravé ( planche ire. , fig. » 2 ) le seul portrait de ce prince , qui soit mainte- » nant connu. Nous en devons la première publica- » tion au zèle du père Montfaucon , qui l’a copié » d’après un beau dessin enluminé , qui se trouve » dans un manuscrit Anglais du onzième siècle con- » servé dans la bibliothèque de feu M. Colbert. Ha- » rold est représenté sur son trône assis sur un cous- » sin ; ses pieds posent sur un tabouret ; il tient une » bannière de la main droite , et de la gauche un » sceptre surmonté d’une colombe ; de chaque côté du » trône , on voit deux pupitres sur lesquels sont pla- » cés des livres ouverts , et près de chaque pupitre » la figure de deux saints , la main élevée , comme » s’ils donnaient la bénédiction.

» Le sceau de Guillaume le Conquérant ( planche » i re. , fig. 3 , ) est gravé d’après la copie de celui que » Speed a tiré d’une charte donnée par ce monarque » à l’abbé et au couvent de Westminster. Un petit » sceau du même roi , attaché à la charte de fonda- » tion de l’abbaye de Battle , dans le Sussex , a été » gravé dans l’édition que le docteur Wilkins a don-

Lit h tfc Cr.< ftiu/é’/fntX/tsi ,

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» née de l’ouvrage de M. Selden. ( Vol 3 , p. 1632. )

» Les archevêques et les évêques avaient aussi leur » sceau particulier : celui de Lanfranc , archevêque » de Cantorbéry , n’existe plus ( autant que je puis » le croire ) ; mais on connaît le grand sceau de son » successeur Anselme ( d’abord moine à l’abbaye du » Bec ) , qui occupa ce même siège depuis 1093 jus- » qu’à 1 1 1 /|. Ce sceau est annexé à un acte qui existe » dans la collection de Thomas Astle , écuyer , ( plan- » che 2 , fig. 4 )• L’acte auquel il est attaché contient » les expressions suivantes :

» Ego Anselmus sce. Dorobernensis'E.ccWe. Archieps. » reddo monachis ejusdem Ecclie. medietatem altaris » Xpisti. , quam in manu meâ habebam post mortem » predecessoris mei Lanfranci Archiepi. , qui eis aliam » medietatem cognitâ veritate , quod ad illos perti- » neret , in vitâ sua reddiderat. Similiter manerium » quod Stistede vocatur eisdem monachis reddo ;quo- » niàm hoc ad res eorum pertinere et pertinuisse sci- » tur. Testes JFill. Ecclie. Xpisti. archidiac. Haimo vi- » cecomes ; Haimo , fdius Vitalis ; Robertus , filius » JFatsonis ; fVimundus homo Vicecomitis ; Raulfus » nepos Epi. Gundulfï ; et alii plures. »

» J’ai réuni aux sceaux d’Edouard le Confesseur , » de l’archevêque Anselme et d’Odon , qui n’avaient »pas été publiés jusqu’ici , celui de l’impératrice Ma- » tliilde ou Maud ( planche 2 , fig. 5 , ) , quoiqu’il ait » été déjà gravé par Sandford et Vincent , parce » qu’on peut , avec raison , le considérer comme un » exemple très-ancien ( s’il n’est même le premier )

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