VOUS
DE B A YEUX
vous investis du royaume d’Angleterre. « Sic quidem » Rex Edwardus ægrotans , cum eo maxime crucia- » retur quod in se regium genus deficere videret , » per quemdam Goscelinum Wintoniensem nego- » tiatorem , qui solitus erat cum mercibus longin- » quas adiré terras , mandavit Willelmo , Norman- » norum Duci , ut sibi aliquem dirigeret à suo latere , » cui tuto committeret quæque vellet mandata. Quo » nuntio accepto , factoque magno procerum con- » ventu , dum singuli citantur , dum omnes recu- » sant barbaram expetere gentem , propter ilia quæ » facta audirent apud Geldefordiam , solum Huber- » tum Dux invenit qui se diceret spontaneâ hâc » legatione functurum. Itaque ab omnibus laudatus , » à Duce muneratus , profectus est cum grandi ap- » paratu , cum pompa magna , equis phaleratis et » fremitu terribilibus , hominibus serico indutis et » colore vestium spectabilibus. Ad regem veniens » honorificè suscipitur , et ei primæ in Angliâ suæ » mansionis villa quæ Esce dicitur, perpetuo pos » sidenda conceditur.
» Peracto colloquio , et mandatis acceptis , re- » versus ad Ducem , detulit insignia quibus Willel- » mus declarabatur hæres Edwardi Regis Anglorum : » spatbam scilicet cum capulo in quo erant inclusæ » sanc.torum reliquiæ , cornu de auro venatorium et » cervinum caput ingens (1). » Cette anecdote, toute
(1) C’est par erreur que ce texte, trop long , se trouve ici , il devrait faire partie des pièces justificatives.
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singulière qu’elle est , est dans les mœurs du temps ;
et l’histoire en fournit quantité d’exemples.
Maintenant , si l’on examine la possibilité de la chose , on verra qu’elle est conforme aux inclinations d’Edouard et à son amour pour la justice. Il appelle au trône un prince son parent , qui l’avait accueilli dans le malheur , le plus grand capitaine et le premier homme d’état de son siècle , et il en éloigne un sujet qu’il regarde comme incapable : tout est dans l’ordre.
Après avoir démontré la possibilité du fait , je crois qu’il est aisé de prouver qu’il a eu lieu. Je pars d’un fait reconnu et incontestable , c’est que Harold étant tombé entre les mains de Guy , comte de Ponthieu , et ayant été emprisonné par ce seigneur , n’a dû sa liberté qu’aux bons offices de Guillaume. Dans l’hypothèse où le duc de Normandie a formé le projet de succéder à Edouard , à qui ses infirmités ne promettent pas de longs jours , sa conduite dans ce cas est souverainement impolitique. Comment , il met tout en œuvre , il fait les plus grands sacrifices pour faire rendre la liberté au chef d’une faction puissante , qui aspire lui-même au trône , auquel il est appelé par ses talens et le vœu de la nation ! Il faut l’avouer , c’est avoir une bien mauvaise idée d’un homme dont la prudence seule éterniserait la mémoire. N’était-il pas plus naturel de laisser Harold dans les fers ou de payer sa rançon pour l’y retenir avec son frère et son neveu? Le
DE B A YEUX
comte cle Ponthieu savait , par sa pi’opre expérience, que le Duc de Normandie était un ennemi redoutable, et qu’il était dangereux de l’éconduire. Guillaume l’avait fait prisonnier à la bataille de Mortemer , et enfermer à la citadelle de Bayeux , d’où il n était sorti qu’au bout de deux ans à la condition de lui être toujours fidèle , et de le servir avec cent cavaliers tous les ans partout où il le voudrait. « YY i- » donem vero comitem Bajocis , quamdiu placuit in » carcere habui , et post duos annos hoaginium ab » eo tali tenore recepi ut exinde semper mihi fi- » delis existeret , et militare servitium ubi jussissem , » cum centum militibus milii singulis annis exhibe- » ret (1). «
Guy n’avait donc rien à refuser à Guillaume , après avoir fait un pareil traité avec lui. Quant au motif que l’on assigne au voyage de Harold , il consistait à obtenir la mise en liberté de son frère et de son neveu , qu’Edouard avait envoyés à Guillaume comme des otages qui devaient lui répondre de la fidélité de Godwin , père de Harold , qui avait conspiré contre lui , ce motif même pèche du côté de la vraisemblance : Harold devait savoir que le duc de Normandie , qui ne pardonnait pas les outrages, n’avait pas oublié la malheureuse affaire de Geldeford , où les Normands , compagnons du malheureux Alfred , frère d’Edouard , avaient été mis à
(1) Ord. Vit. Hist. Eccl. 1. VII. ap. Hist. Gall. t. XII. p. 620.
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mort par les ordres de son père , après avoir été décimés et redécimés (i) ; l’expulsion des Normands d’Angleterre , qu’il avait aussi provoquée , etc. , etc. Il eut saisi avec empressement ce prétexte spécieux pour se délivrer d’un compétiteur dont il avait tout à craindre. Ce sont ces motifs , qui ne devaient pas rendre Harold agréable aux yeux de Guillaume , qu’Edouard a en vue , dans le discours que Wace lui fait tenir , et que nous avons rapporté plus haut , pour le détourner de son voyage en Normandie. D’ailleurs , on sait que Wlnoth , frère de Harold , du moment où il fut envoyé en otage en Normandie par Edouard , a passé ses jours dans les prisons , tant en Normandie qu’à Salisbury , où Guillaume-le-Conquérant l’avait fait transférer (2). En rendant à Harold son frère et son neveu , qui pouvaient l’aider de leurs conseils et de leurs bras , n’était-ce pas favoriser son ennemi et travailler contre ses propres intérêts et doit-on le supposer de la part de Guillaume ? D’un autre côté , n’était-ce pas rendre un service éminent à Edouard , que de le délivrer d’un sujet factieux , et qui était plus Roi que lui-mème , s’il est permis de s’exprimer ainsi ; Guillaume , au contraire , ne devait-il pas bien augurer de son
(1) Pièces justif. p.
(2' Wluodus à rege Edwardo Normanniam missus , quôd paler ( Godwigus ) eum obsidem dederat , ibi toto tempore Edwardi inextricabili captione irretitus , régnante Wilielmo in Angliam remissus , in viuculis Sarisburiæ consultait. Will. Malmesb. t. II. p. 83.
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entreprise , en ayant sous sa main des hommes dont il n’avait rien de bon à espérer , etc. , etc ? L’espèce d’énigme que présente la conduite de Guillaume , en supposant que la députation soit un fait controuvé , s’explique naturellement dans le cas contraire. Harold , ambassadeur d’un Roi puissant , parent du duc de Normandie et son ami , se rend auprès de sa personne pour y remplir une mission infiniment gracieuse. Un accident imprévu , une tempête lui fait faire naufrage ; il tombe entre les mains d’un seigneur qui l’emprisonne , suivant une coutume barbare ; Harold instruit le prince vers lequel il est envoyé du sujet de sa mission et de sa captivité ; ce prince interpose ses bons offices , paie sa rançon et le délivre ; il l’amène à son palais , lui fait , comme nous l’avons dit , l’accueil le plus distingué , etc. , etc. ; et pour tant de bienfaits , il demande à celui qu’il a obligé d’une manière aussi désintéressée et aussi généreuse , de lui rendre à son tour la nation favorable (1) , et de lui ménager la couronne dont son parent a disposé en sa faveur ; Guillaume en reçoit la promesse sous la foi du serment , accompagné de ce que la religion a de plus respectable, et qui en rend l’infraction si redoutable aux hommes même les moins scrupuleux. Il ajoute aux faveurs dont il l’a comblé , l’assurance de
(1) Harold pouvait influer sur la détermination nationale en faveur de Guillaume , de la manière dont son pere l’avait fait en faveur d’Edouard , et même d’une mauière plus prépondérante par ses talens et son crédit , supérieurs à ceux de Godwin.
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lui donner sa fille en mariage ; il veut , en cherchant à se l’attacher par des liens aussi sacrés , le faire regarder , s’il est parjure , comme le plus scélérat des hommes. Je le demande , dans quel autre état de choses Guillaume eût-il pu tenir une pareille conduite ? Il est vrai qu’il prend ses précautions en retenant Wlnoth , qui devait lui répondre de la fidélité de son frère ; c’est tout ce qu’il pouvait faire dans la position où il se trouvait. Il n’y a pas de doute que Guillaume , aussi pénétrant qu’il était, n’eût deviné Harold. Il avait prévu qu’il ne serait pas plus tôt de retour en Angleterre , qu’il lèverait le masque. Il eût bien voulu employer des moyens plus efficaces , mais le caractère public dont Harold était revêtu rendait sa personne inviolable aux yeux d’un prince qui avait autant d’honneur que de bravoure. Il est donc démontré qu’Edouard a résigné sa couronne à Guillaume ; il l’est également qu’il n’a jamais révoqué cet acte de justice que lui avait dicté l’amour de son peuple et sa reconnaissance envers un prince qui faisait l’admiration de l’univers , et dont il avait tant à se louer personnellement. Cette façon de parler , alloquitur fideles , le prouve indubitablement. Dans l’acception la plus naturelle , elle signifie qu’il fait connaître aux seigneurs de sa cour ses dernières volontés , et la désignation de Guillaume , duc de Nort mandie , pour son successeur. Les accessoires de cette scène représentent le Roi in extremis ; on voi-
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un prêtre en chasuble à ses côtés , avec une femme aux pieds de son lit , cpii paraît dans l’attitude de la plus profonde douleur ; il ne peut , dans une pareille position , faire de longs discours : il fait part seulement de son testament au seigneur que l’on voit auprès de lui , et qui ne peut être que Harold , alloquitur. C’est en vain que quelques historiens ont dit qu’Edouard l’a révoqué ; cette assertion est purement gratuite , et je ne perdrai pas de temps à la réfuter. Je termine ce chapitre auquel je n’ai donné un peu d’étendue que parce qu’il forme le point capital de la discussion , par une réflexion bien naturelle : c’est que la couronne d’Angleterre était élective , comme le prouvent l’élection d’Edouard , celle de Harold , et celle de Guillaume luimême, par la description de ce qui se passa au sacre de ce dernier , où l’on demanda le vœu des deux peuples , Anglais et Normands ; vaine formalité , si l’on veut, dans la circonstance, mais qui montre néanmoins que, lorsque la nation était libre, elle appelait au trône qui elle voulait , et que le prince , comme le dernier des citoyens , n'avait pas le droit de lui donner un maître. La question du testament est donc purement spéculative ; et si j’ai entrepris de l’éclaircir , c’est uniquement parce qu’elle justifie ce qui fait la base de notre monument, que Guillaume a été réellement désigné par Edouard pour lui succéder , et que la Tapisserie fixe ce point d’histoire , qui serait resté incertain sans son concours.
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Un coup-d’œil rapide sur les faits particuliers et certaines façons de parler que l’on rencontre dans les inscriptions , achèveront de nous faire connaître l’auteur et l’origine de notre monument. Harold Dux Anglorum et sui milites equitant ad B os hum : Harold , duc des Anglais , et ses chevaliers , se dirigent vers Bosham. La qualification qu’on donne ici à Harold est française ; son père , aux titres et aux possessions duquel il a succédé , n’est jamais nommé que le comte Godwin. Le titre de Duc est inconnu dans les lois Anglo-Saxonnes , qui fixent letat des personnes (i) : celui de Comte est la qualification suprême, II, n’y a point de titre qui réponde à celui de Duc dans les compositions pour les meurtres des personnes libres et qualifiées dans les lois d’Athelstan. Dans les statuts de la ville de Londres, on lit : Ducis summi et prcepositi 4ooo trieuse : composition du chef suprême et du provôt 4ooo chryms. Le mot Holdes du texte que Wilkins a rendu par ceux-ci : Dux summus , ne peut être synonime de Dux , comme le sens l’indique ; il désigne , chez les Anglo-Saxons , un gouverneur de province , un homme chargé d’une fonction publique amovible , tels que l’étaient Godwin et Harold , son fils ; et pour le désigner , lorsqu’on traduit cette expression , on se sert toujours de celle-ci , Cornes. Chez les Français du Xe et du XIe siècles , chez lesquels le régime féodal est déjà
(1) Le mot Comte n’y est pas plus connu , c’est Eorl , qui lui correspond. Houacd cont. Anglo-Normand, slatuta eivitatis Londoniæ.
établi ,
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établi , Dux indique le souverain d’une province qui relève du Roi , qui a des troupes sous ses ordres , qui bat monnaie , etc. Ainsi , lorsque nos historiens nomment Hugues Capet , avant son avènement au trône , Dux Francorum , Duc des Français , ils désignent le souverain de l’Ile de France qui a sous lui des vassaux ou domestiques auxquels il a cédé certaines portions de terre , à charge de lui rendre un service militaire. On lit bien dans la charte de Saint-Denis , que Harold et ses frères ont souscrite , Harold Dux , Gyrdt Dux. C’est un usage introduit par les Normands qu’Edouard avait appelés en Angleterre , et qui ne donne pas plus de valeur à cette expression quelle n’en a dans les lois d’Athelstan. Sui milites , sui vassi , ses chevaliers , ses vassaux : cette expression appartient au régime féodal , qui ne fut introduit en Angleterre qu’après la conquête. Les Thanes étaient les chevaliers ou cavaliers Anglais qui ne marchaient que pour le service du Roi et quand il les appelait. Ecclesia , une église. La prière de Harold pour obtenir sans doute un bon voyage , ne peut avoir trait qu’à l’importante mission dont il est chargé. Ubi Harold et Wido parabolant , Harold et Guy ont une conférence. On voit un fou qui écoute , appuyé contre une colonne. On le reconnaît à sa cotte échiquetée de couleurs différentes. Nos princes en avaient. On lit dans la Chronique de Noianandie manuscrite : Comme ces choses eurent ainsi esté pourparlées , il y ot un fol
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a qui Guillaume le Bastard s’esbattoit volontiers 4 etc. Wace en dit autant :
El prime somme vint vous un fol ,
Galot ou non , un pel el col ,
A l’us de la chambre criant ,
Et li pareiz du pel batant :
Ovrez , dit-il , ovrez , ovrez :
Ja morrez tu it , levez , levez :
Ou est Guillaume , porkei dors?
Se ataiut est , ja seras mors En braies ert et eu chemise ,
Une chape a en sou col mise , etc.
( Roman de Rou. )
U nus clericus et Ælfgyva , un clerc et Ælfgyve. Ce nom Anglo-Saxon , comme celui d’Edouard, répond à notre Adelhaïde que l’on trouve dans Grégoire de Tours ( le Teuton ou Franco-Théotisque , que l’on parlait de son temps , est la mère-langue du Saxon ) ; nos historiens des siècles postérieurs rendent ce nom par celui d’Ale , Ele ou Adèle , qui en est une crâse ou une abréviation. C’est la princesse Adèle que Guillaume promet en mariage à Harold , et qui épousa dans la suite Etienne , comte de Blois , père du roi Etienne , qui succéda à Henri I.
L’expédition de Bretagne , dans les détails que donne la Tapisserie , ne ressemble nullement à ce que nous en dit l’histoire. Suivant Guillaume de Poitiers , l’auteur du temps qui se soit le plus étendu sur cette matière , l’armée normande ne passe pas
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Dol , dont elle ne fait pas même le siège , et se retire sans coup férir , après avoir inutilement attendu Conan , qui fuyait toujours. Dans la Tapisserie , au contraire , l’armée séjourne au Mont-St.-Michel , passe le Couesnon , où Harold sauve des soldats qui étaient tombés dans le fleuve ; arrive à Dol , que Conan abandonne ; vient et passe à Rennes , et fait ensuite le siège de Dinan , qui capitule , et dont Conan présente lui-même les clefs au bout d’une lance.
Hic Willelm venit Bagias , ici Guillaume vient à Bayeux. Bagias , en prenant le g pour IV , comme je l’ai prouvé , est une expression française et conforme à l’orthographe de Wace, qui écrit ciax pour ceux : Ciax de Sole et ciax d' O rival , pour ceux de Sole et ceux d’Orival. Willelm , si la Tapisserie était Anglaise , on lirait William. — Ubi sacramentum fecit Willelmo Duci , où il fait serment au duc Guillaume. La prestation de serment de Harold à Bayeux est un fait qui ne se trouve que dans Wace. Edwardus rex in lecto alloquitur fideles. Fideles , ses vassaux , façon de parler qui ne se rencontre que dans les auteurs Français ou les diplômes de leurs Rois , dans ceux de Henri I , etc. ; dans les Diplômes Anglais , on lit ministri au lieu de fideles.
Et hic dederunt Haroldo coronam Begis. Ce fait est contraire au témoignage de l’histoire , qui dit qu’il s’en est emparé: Hic residet Harold rex Anglorum , ici Harold , roi des Anglais , est sur son
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trône. La Tapisserie , en donnant depuis ce moment à Harold le nom de Roi d’Angleterre , et à Guillaume celui de Duc de Normandie , reconnaît les droits de la nation , et fait entendre par là que le testament d’Edouard ne lui donnait aucun droit à la couronne sans son intervention , lait extrêmement grave que confirme le surnom de Conquérant , et qui , tout en prouvant l’impartialité de l’auteur du monument , le rend par cela même infiniment pré cieux. Mathilde , d’ailleurs , a pu en user de la sorte, puisque son mari se borne à qualifier Harold de parjure , sans le traiter jamais d’usurpateur.
Isti mirantur stellam , ceux-ci observent une étoile: c’est la comète qui parut au mois d’avril 1066, et qui annonçait , suivant les préjugés du temps , un changement de dynastie.
Harold. Il tient une lance au lieu de sceptre. Les vaisseaux que l’on voit dans la frise , annoncent le sujet de la scène , le débarquement de Tostic , frère de Harold , et de Harold Halfager , roi de Norwège , avec une flotte combinée de 36o voiles. C’est une diversion opérée par la politique de Guillaume , pour protéger son débarquement et empêcher Harold de tomber sur lui avec toutes ses forces. Cette ruse lui réussit au gré de ses désirs : la victoire que Harold remporta sur son frère et le roi de Norwège son allié , l’épuisa et contribua beaucoup à sa défaite de Senlac.
Hic navis Anglica venit in terrain Willelmi Du -
cis , un navire Anglais aborde au pays du duc Guillaume. Guillaume de Jumiégcs confirme cette particularité dans les mêmes termes ; elle prouve que Guillaume avait des partisans en Angleterre qui l’instruisaient de ce qui s’y passait.
Hic THillebn dux jussit naves œdificare , le duc Guillaume commanda qu’on construisît des vaisseaux. Cette scène sert à expliquer la précédente , par laquelle on lui annonçait la mort d’Edouard et l’élévation de Harold , qui lui ravit la couronne qu’il se propose de conquérir.
Hic JHdlehn Dux in magno navigio , mare transmit et cenit ad pevennesœ , le duc Guillaume , dans un grand vaisseau , passe la mer et vient à Pevensey. JNavigium est une expression du temps : elle se trouve dans les bons auteurs. Pevennesœ est un terme français ; Xœ est pour Xè fermé : c’est le nom que l’on donne encore à ce petit port de mer , que les auteurs du temps nomment constamment Penvesellum , Penevesel/um , Pevenesellai , Capellus , Capey ( populaire ) , Pevenesellurn , Pevensey.
Hic milites festinaverunt Hestinga ut cibum râper entur : les soldats se hâtèrent de gagner Hastings pour y chercher des vivres. Raperentur (1) , cette faute se trouve sur un denier de la première race frappé à Verdun , Virduno fitur. Hastings est
(1) Le Blanc, étl. Holl. p. 78. pl. n°. 3. Jeu. u°. fin.
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nommé , dans les auteurs du temps , Hastinga , Hastingus , H as tin gœ , Hastingos , Astingœ , Al~ tingœ , Hastings , Hastaing.
Hic est THadard : celui-ci est Wadard. L’histoire ne parle pas de ce personnage.
Hic coquitur caro et hic minis traverunt ministri: on cuit ici des viandes , et les serviteurs de table font leurs fonctions. On peut remarquer la manière de cuire les viandes , les vases et les instrumens dont on se servait alors. Ils sont encore plus simples que ceux qui sont dépeints dans les miniatures des règlemens que Jacques II , roi de Majorque , donna pour sa maison , et qui ont été imprimés à la tête du 3e. volume des actes des saints du mois de juin des Bollandistes ( Lancelot ).
Hic fecerunt prandium et hic Episcopus cibum et potum benedicit : c’est ici que se fit le repas où un Evêque bénit les comestibles et la boisson. On voit sur le devant un officier à genoux présenter une espèce d’écuelle ouverte ; ce vase et cette attitude de servir à genoux se trouvent dans les miniatures des règlemens du roi de Majorque , à l’article des scutelliferi regii , et à celui de fercuiis. Ce vase est semblable aux calices qui sont entre les mains des ecclésiastiques dont on a placé les statues autour de la cathédrale de Bayeux , ainsi qu’à la coupe que tient levêque. On en voit aussi de semblables sur les tombeaux de quelques ecclésiastiques des XVe et XVIe siècles de cette cathédrale. Le
dépensier , dans les lois d’Ina , présentait au Boi l’assiette et la coupe pendant tout le repas , et n’offrait l’un et l’autre qu’une fois à ceux que le Boi admettait à sa table ; il faisait aussi l’essai des liqueurs. On ne voit sur la table ni fourchettes , ni cuillers: mangeaient-ils avec leurs mains? Le passage le pins ancien , rapporté par Ducange , où il en soit question , est de la fin du XIVe. siècle : Johannis de Mussis chronicum Placentinum ad an num i388. To. 16. col. 583. Utuntur tatiis , cugia riis , et forcellis argenti , et utuntur scudellis et scudellinis de petra. Anonymi annal. Mediolan. ad an. i38(). Ibid. col. 812. Scudellœ XXV alb ce argenti , cum diversis operagiis. Alice scudellœ cdbœ argenti XIV. Aliœ scudellœ LVI deauratce cum diversis operagiis. Forcella , vox Italien , Gcdlicè fourchette. Ms. thés. sed. apost. an. iaq5. Item unam forcellam poncleris unius unciœ. Il paraît que les fourchettes sont des diminutifs de ces grandes fourchettes en forme de lances dont un officier tient un paquet , et qui étaient destinées , suivant toute apparence , à servir ; elles ont la forme d’un angon (1) , et par conséquent sa destination. Cet instrument étant une fois entré dans le corps , ne s’en retirait pas facilement ; il devait nécessairement servir , dans ce cas , à attirer les viandes , et celui de la seconde
(î") L’augon était l’arme favorite des premiers français suivant Agatbias , il avait la forme d’une Heur de lis, un fer de lance , avec deux crocs recourbés en dessous. Ilist. Gall. t. x.
espèce , le plus pointu , à les découper , en donnant au couteau le moyen de faire son office., ou à les arrêter quand on les présentait. Ces instrumens étaient inconnus aux anciens. On voit une cuiller dans les Antiquités de Montfaucon-, qui ne semble point être une cuiller à bouche. ( Pl. 92. p. 223. ) O do Eps : Willelm : Piotbert : Eudes évêque : Guillaume : Robert. Dans la charte de Robert , fils de Guillaume le Conquérant , par laquelle il confirme la donation que l’évêque Eudes avait faite du prieuré de St.-Vigor à l’abbaye de St. - Benigne de Dijon , l’évêque Eudes signe ego Odo Eps etc. , et Robert , Rotbertus ; Guillaume y est nommé JEdlelmus. Cette charte est de l’an 1 096. J’en ai vu l’original.
h te jussit ut foderetur castellum at Hestenga : celui-ci ( Robert ) donna les ordres pour bâtir un château à Hastings. At Hestenga , ad Hestinga ( Calepin ). Il est bon de remarquer que des différens instrumens dont les ouvriers se servent , la pioche seide ressemble aux nôtres. ( 1 ) Le truble est une espèce de bêche ferrée par le bout , avec laquelle deux ouvriers semblent se battre , et prouvent de cette manière que c’était l’arme des vilains. J’en ai déjà fait la remarque.
Ceastra pour Castra , c’est l’orthographe à' Ead-
(1) On s’en sert dans le Bessin pour cultiver la terre et réparer
les fossés.
wardus
DE B A YEUX
wcirclus pour Adwardus , dont l’auteur du Panégyrique de la reine Emrae se sert. Nous avons conservé cette façon d’orthographier dans les mots Jean , protégea , et dans tous les mots ou le g doit exprimer un son doux devant a.
Hic domus incenditur : on met le leu à une maison. Particularité inconnue.
Hic ceciderunt Lewine et Gjrdt fratres Haroldi Regis. Lewine , dans sa souscription à la charte de St.-Denis, signe Leofvine. Il n’y a pas d’altération à celle de Gyrdt. L’histoire le nomme Word, Worth et Gurth ; elle le nomme aussi Gyrdt , mais cela se rencontre fort rarement.
Hic ceciderunt sirnul Angli et Franci in prœlio. Il y eut ici un grand carnage d’Anglais et de Français. Cette scène représente le fossé où les Français et les Anglais se culbutèrent vers la fin du jour qui occasionna le carnage dont parle l’inscription.
Iiic O do Eps baculum tenens confortât pueros if). L’évêque Eudes , un bâton à la main , encourage les jeunes militaires. La notice a substitué francos au mot pueros : c’est une erreur. Cette expression
(1) Puer. Miles. Greg. Tur. Liv. 2. Hist. c. II. Procédant duo de nostris in campura , et ipsi inter se confligant. Tune ille cujus puer vicerit , regionem sine certamine oblinebit. Infra contligeulibus vero pueris pais Vandalorum victa succubuit , interfecloque puero , plautum c-grediendi Transimundus spopondit. ( Vet. aulæum Baj. ) Hic Odo Ep. confortât pueros: id est decei tantes excitât. ( Uucange , au mot Puer.
TAPISSERIE
singulière me semble désigner de jeunes militaires , signification que j’ai donnée au mot pueros. Ces jeunes militaires étaient ceux qui n’avaient point encore été reçus chevaliers , et qui n’ayant par conséquent pas le sang-froid des vieux soldats , ont besoin d’étre rappelés à leur devoir. L’auteur s’est servi de cette façon de parler pour 11e point entacher la réputation des vieux soldats qui combattaient avec Guillaume. O11 nommait ces jeunes gens des valets ou varlets , des damoiseaux (1).
Guillaume fut valiet petit A Falleze posé et norrit.
( Roman de Rou. )
Jadis estoit un Damoiseax Qui moult etoit comtes et beax ,
Li valles ot a nom Guillaumes :
Chercher peust-on en vingt reaimes ,
Aius com peust trover si geut Et s’estoit moult de haute gent.
Il n’estoit mie chevaliers,
Valles estoit. Sept ans entiers Avoit un Chastelain servi.
( Roman de Guillaume au Faucon. )
Ce mot puer avait deux acceptions chez les Romains ; il désignait tantôt un jeune homme qui n’était pas encore parvenu à l’âge de l’adolescence , tantôt un jeune esclave ; c’est dans ce dernier sens que Cicéron écrivait à Atticus (2) : eo die pueri
(jl Duc. au mot valeti.
(2) Ad Attic. Epist. lib. 2. ep. 7.
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lui mihi à te litteras reddiderunt et alii pueri post diern tertium ejus diei litteras alias attulerunt. Comme les jeunes gens qui n’étaient point encore reçus chevaliers rendaient des services militaires à ceux qui l’étaient , on les nommait des valets ou servants d’armes. Le mot pueros les peint exactement sous le double point de vue de leur âge et de leurs fonctions. Ils n’étaient pas oisifs au combat ; ils se battaient aussi , et suivaient les exemples que leur donnait le maître dont ils étaient en quelque sorte les élèves ( tirones ) , autre nom sous lequel ils sont connus.
Iïic Franci pugnant et ceciderunt qui erant cum Haroldo : Les Français combattent , et l’armée de Harold est taillée en pièces. La Tapisserie représente les Français qui y viennent à la charge et les Anglais en déroute. On voyait , dans la scène précédente , Guillaume rallier les siens , auxquels le bruit de sa mort avait fait lâcher pied : il se fait reconnaître en levant son casque.
Hic Harold Rex inter/ectus est : ici le roi Harold fut tué. Harold mourut les armes à la main. On le voit tombant , et un cavalier lui couper la cuisse sans descendre de cheval. Cette bassesse déplut tellement à Guillaume, qu’il dégrada ce chevalier de la milice. L’histoire raconte cette particularité.
Et fuga verterunt Angli : Les Anglais prirent la fuite. Cet évènement mit fin à la bataille , et il ter-
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mine la broderie. Cette particularité de la mort de Harold , qui mit fin au combat , est contredite par le témoignage de quelques historiens , qui disent qu’il fut tué dès le commencement , ce qui n’est pas vraisemblable : les Anglais n’auraient pas pu tenir aussi long-temps qu’ils le firent , après avoir perdu leur général et leur roi.
La bataille de Senlac , qui plaça Guillaume le Conquérant et sa postérité sur le trône d’Angleterre, fut donnée le i4 octobre 1066.
La Tapisserie est un monument du XIe siècle , parce quelle est en harmonie avec ses monumens : je l’ai prouvé.
La Tapisserie est l’ouvrage d’un homme . parce qu’il s’y rencontre des choses qui ne permettent pas à une femme d’y mettre la main. Ce n’est donc ni de Mathilde la Reine , ni de Mathilde l’Impératrice , quelle est l'ouvrage. On a donc mal raisonné lorsqu’on a argumenté, d’après cette supposition , que ce monument a dû périr dans l’incendie de 1 106 , qui réduisit en cendres la ville et la cathédrale de Bayeux. Que ce fait soit exact ou non , peu importe. La Tapisserie qui existe est un monument du XIe siècle. Pour revenir à l’exactitude que l’on a mise dans l'énoncé de ce lait , il me suffira d’observer que Wace , sur le témoignage duquel on s’appuie , dit (îj que l’on avait sauvé les effets précieux renfermés dans cette église.
(1) Vers 1 6^55 du Ms. de M. I’Iuquet.
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Les inscriptions renferment des noms propres saxons , Wadard , Aelfgyve , etc. , dont les Normands dit-on n’ont pu se servir. C’est une erreur. Les Normands sont Danois ; leur langue , pour me servir des expressions de M. Hume , est la meme , à quelque chose près , que celle des Saxons (1). Fautil s’étonner qu’ils aient des noms-propres semblables ?
La femme Normande , la reine Mathilde , n’a pu dit-on encore donner aux Normands , sujets de son mari , le nom de Français. Qu’on jette un coup-d’œil sur les lois de Guillaume le Conquérant et de Henri I , son bis et son successeur ; sur les chartes de cette même Mathilde , que l’on fait auteur de la Tapisserie , on verra ces princes nommer constamment français ( /ranci ) les Normands leurs sujets (2).
On a eu tort de dire que les artistes chargés de l’exécution n’ont consigné dans la frise les jongleries de Taillefer , que parce qu’ils les connaissaient par tradition. Que l’on consulte Robert Dumont et Henri de Huntingdon , on verra le contraire. Taillefer était un chevalier Normand , parent de Guillaume le Conquérant du côté de sa mère.
(i) Hume, p. 137 el 1 55.
(a) Houard , anc. lois des Français , t. II. Glanville , p. 1 53 , i5g. Spelman ex Rub. libr. scacc. fol. 162 , Houard, p. 196. Actes de Rymer , 1. 1. Houard , coût. Auglo-Norm. p. 364. t. I. Access. R. de Monte ad Sigeb. ap. llist- Gall. t. XI. p. t6S. Heurici Huntirgd. hist. p. 568.
TAPISSERIE
Henri I , roi d’Angleterre , n’est pas , comme on l’a avancé , le premier qui ait traduit les fables d’Esope. Alfred , formé par des instituteurs français ( per Gai licanos Doctores , dit Ingulfe , omnibus litteris opprime instructus erat ) , Alfred les avait traduites du grec en saxon dans le IXe. siècle (1). Une femme normande , nommée Marie , en donna , au XIII6 siècle , une traduction sur le manuscrit saxon d’Alfred. On veut qu’Alfred ne soit pas auteur de la traduction dont Marie s’est servie : s’il n’est pas auteur de cette traduction , il n’en est pas moins traducteur des fables d’Esope , suivant le témoignage des auteurs que j’ai cités (os).
On ne peut objecter que les monumens de deux siècles qui se touchent peuvent se confondre : au XIe et au XIIe surtout ; tout a pris une nouvelle face dans le XIIe , armes , usages , costumes , etc.
Le récit de la Tapisserie est digue de la majesté de l’Histoire ; je n’en excepte pas la partie politique ; j’en ai exposé les raisons. Il porte le cachet de la vérité et de l’impartialité. L’ambassade de Harold et son objet , sont conformes aux inclinations d’Edouard ; il était presque devenu Normand , dit Ingulfe : Penh in Normannum transierat. Harold , en l’acceptant , avait une arrière - pensée qu’il n’a pu réaliser : la mise en liberté de son frère et de son
(1) Iugulf. p. 912. Spelman, p. 24. Abbas Rieval , p. 355. Annal. Beverl. p. 96. Hume , Hist. éd. in-4°. 1. 1. p. g4. f2 ) M. Léchaudé : Ducarel , nouv. éd. p. 33i etsuiv. Note.
DE BAYEUX
neveu , les intérêts de Guillaume , s’y opposaient.
Ce récit comprend les événemens qui se sont passés depuis l’ambassade de Harold jusqu’à la bataille de Senlac , c’est-à-dire , s’il faut en croire la date fixée dans la frise , depuis la saison des semailles, octobre io65 , jusqu’au 14 du même mois 1066. Guillaume de Poitiers place l’expédition de Bretagne dans la belle saison , au temps où les blés n’étaient pas encore parvenus à leur maturité: u Erant tune in aristis fruges immaturæ. » La Tapisserie renferme encore des notes caractéristiques du temps , pour parler en termes de chronologie ; il y est question de la comète de 1066 ; elle ne parut que cinq jours : on commença à la voir le YII des kalendes de mai (1).
Edouard envoie Harold en ambassade en Normandie ; il est poussé , par les vents contraires , sur la cûte du Ponthieu. Saisi et jeté en prison par le Comte , il est mis en liberté par les bons offices de Guillaume, qui le mène à son palais, lui promet sa fille en mariage , et l’emmène ensuite à une expédition qu’il méditait contre la Bretagne ; là il lui donne les armes ; de retour en Normandie , Harold , après avoir prêté serment à Guillaume , s’embarque pour l’Angleterre , et rend compte au Roi du succès de son message. Edouard meurt : Harold est couronné E.oi d’Angleterre. Un vaisseau
(1) Excerpt. Hist. Ms. Reg. n. 83c)4
TAPISSERIE anglais instruit Guillaume de ces événemens ; il fait les préparatifs d’une descente en Angleterre ; il aborde à Pevensey ; il se retranche et fait bâtir un château à Hastings. Harold ne tarde pas à se présenter ; la bataille s’engage , Harold est tué d’un coup de flèche dans l’œil ; les Anglais prennent la fuite.
La mort de Harold est glorieuse ; Epaminondas et Julien , dont il avait les talens et la bravoure , périrent de la même manière d’un coup de flèche , le premier dans la poitrine , le second dans le côté. J’ai dit qu’il avait les talens de ces deux hommes immortels. Plus heureux , qu’il eût été beau pour ce grand-homme d’avoir , dans l’espace de sept jours , tué et vaincu dpuv rois et un général en bataille rangée , levé une armée , triomphé du plus grand capitaine de son siècle avec des recrues , et ce qui vaut mieux encore , assuré l’indépendance de sa pa-, trie ! La fortune ne l’a pas voulu
Si ce monument est intéressant , parce qu’il est contemporain , il l’est encore davantage , parce qu’il donne des notions sur un événement d’où date la civilisation de l’Angleterre ; tout est étonnant dans » cette entreprise du duc Guillaume , dit le savant » auteur de l’Art de vérifier les dates (i). Le dessein, » les préparatifs , l’exécution et le succès. Les suites
(ij Art de vérifier les Dates , tome Ier. , page 798.
« en
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» en furent encore plus heureuses pour l’Angleterre: » cette révolution y produisit un renouvellement » entier : c’est-là proprement l’époque de sa gran- » deur et de sa force. Le commerce des Fran- » çais adoucit les mœurs demi - barbares des An- » glais ; les arts , les sciences , la religion , fleurirent » parmi eux ; enfin , l’Angleterre est redevable à » Guillaume le Conquérant de sa puissance , de son » éclat , et de la grande figure qu’elle a depuis » faite en Europe. Ainsi , un moderne a raison >5 de dire que la nation qui le déteste lui doit sa » gloire. »
Cette haine des Anglais pour Guillaume date du temps de la conquête. « Si Guillaume , dit un auteur « anglais contemporain (1 ) , a été quelquefois trop dur » envers les Anglais , c’est qu’il le* a trouvés presque « tous infidèW » Inde proposition regis , fortassis merito excusalur , si aliquando durior in Anglos fuerit quod pen 'e nullum eorum Jîdelem invenerit • Leur haine invétérée , continue le même auteur, avait placé ce prince dans une situation forcée , puisque les Normands sont portés de leur naturel à traiter avec bonté les étrangers qui leur font bon accueil. Exigebat hoc , nisifallor , indurata in Regem pervicacia ; cum sint Normanni in conniventes advenus nalurali benignitate proclives (2). Si les Anglais ,
(1) Willelm. Malm. t. III. p. io4.
(2) Id. M. ld.
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consultant mieux leurs intérêts , eussent obéi à la nécessité , en se soumettant sans murmure, le règne de Guillaume le Conquérant sei’ait regardé comme l’âge d’or de l’Angleterre. Quelles raisons aurait-il eues d’en mal user avec ses nouveaux sujets ? Quoi qu’il en soit et quoi qu’ils en disent , si la somme du mal et du bien que Guillaume a fait à l’Angleterre était mise dans une balance , celle rln bien l’emporterait de beaucoup sur l’autre.
Je vais maintenant , au lieu de pièces justificatives , rassembler sous un seul point de vue les nombreuses citations disséminées dans le cours de ce mémoire , afin de mettre le lecteur à portée de les vérifier , et , par ce moyen , de me juger moimême. Le savant recueil des Antiquités grecques et latines de Montfaucon m’a fourni des monumens du haut et du bas - empire , qui m ont donné des documens sur la marine , les armes et les usages de l’antiquité. J’ai trouvé le costume des princes souverains de la Tapisserie dans la gravure d’une mosaïque du Vatican du IXe siècle , que Leblanc a insérée dans une dissertation qui est à la suite de son Traité des monnaies (i); dans trois gravures que Baluze a fait insérer dans son édition des Capitulaires , tirées du livre de prières de Charlesle-Chauve , de sa Bible et d’un ancien manuscrit
(1) Le Blanc , Diss. hist. éd. Holl. p. 19:
des Capitulaires , des casques , des boucliers , un costume militaire capable de former un objet de comparaison entre ceux de la Tapisserie et du IXe siècle. Je ne parle pas du costume des souverains, qui peut servir d’objet de comparaison. Le mausolée de Geoffroy Plantagenêt, élevé dans la cathédrale du Mans peu de temps après sa mort , par l'évêque Guillaume de Passavant , m’a donné les costumes des souverains du second ordre du XIIe. siècle (i) ; l’initiation militaire du même prince , décrite par J. de Marmoutier , m’a aussi donné les armes du même temps. J’ai trouvé dans 1 ’Orclo ad benedicendum Ducem Âquitaniœ (2) , le costume et les insignes des souverains du XIe ; dans la nouvelle Diplomatique , des caractères et des inscriptions pour vérifier celles de la Tapisserie ; le Catalogue des armes en usage dans les siècles qui ont précédé l’invention de la poudre à canon , dans un inventaire de l’arsenal de Louis Hutin (3) ; et dans Ducange , des costumes , des usages, des armes , etc. , etc. ; dans les historiens du XIe et du XIIe siècles , des costumes , des usages et des témoignages qui appuient le récit de la Tapisserie ; dans nos anciennes églises , des notions sur l’architecture ; dans les sceaux , des costumes , des symboles de la puissance souveraine ;
(1) Joann. Maj. Mon. List. , page 17 et seq.
(2) Ordo ad bened. duc. Aquit. ap. hist. Gall. , tom. XII , p. 48.
(3) Ducange , au mot arma.