‹ Antiquités celtiques et antédiluviennes (volume 2)Chapitre 11 sur 30 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

Des gissemeDS antiques et des conséquences qa*on peut tirer de lenr posîtki.

On a VU rimportance que nous attachons , danp TexploratioD d'un terrain, à la position de chaqueil^ripu Cette importance s'explique, puisque c'est la distaim où il se trouve de la superficie qui nous sert à mesiin|r l'âge de ce débris , de même que la nature des maft^ riaux qui le composent nous indique , avec son origine , celle de la race d'hommes dont il est l'œuvre.

La superposition des couches de détritus organique ou de la poussière des populations , est donc pour naii9 ce que l'écorce du globe , les granités , les porphyres , les schistes , les craies , bref tout ce qui constitue les ter* rains primitifs, secondaires, tertiaires ou clysmiens, est pour les géologues. Seulement, au lieu d'y chercher les élémens de ce globe et, parmi ces élémens, des races d'animaux aujourd'hui perdues , nous y cherchons des générations d'hommes.

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Les naturalistes reconnaissent avec oertitade, là diversité des espèces par celles des tests , des carapaces , des osseroens, des dents. C'est sur des données moins certaines qu'il faut démontrer l'existence des hoèlnies. Leurs traces sont bien moins maaifestes , pairoe qu'elles Bfmi moins répétées. Les restes fossiles des granAs quadrupèdes et, plus encore, des espèces qui sera^ prochent des temps modernes , abondent presque partout, tandis que, dans les mêmes lieux, ceiix des hommes sont rares ou tellement confondus dd^^gm masses , qu'il n'est pas toujours facile de les y retrouver.

Cette rareté augmente à mesure qu'en s'ék%nant de la surface, on descend dans les couches les plus ^ciennement habitées , soit parce que les créatures hiiitiaines étaient peu multipliées à cette époque, soit parce nue les animaux carnassiers, pluscommunset plus forts (]prils ne le sont aujourd'hui , ne laissaient intact aucun reste dcmt ils pouvaient se nourrir, soit ei^ à cause de Tosage antique de brûler les cadavres.

Qae nous reste-t-il donc, dans nos investigations soblerrannées, pour reconnaître le séjour de^^ces peuples ém limiers âges ? Nous l'avons dit : des cendres , des dliribons , des tessons d'argile , débris qui , n'ayant ni dflfte , ni inscription , ni caractère , annoncent sans doute l'existence de créatures sociables et industrieuses , mais ne disent ni dans quel temps , ni dans quels lieux vivaient ces créatures , ni dès - lors à quel peuple , à quelles moeurs , à quelle religion elles appartenaient.

Que tous ces objets confondus soient jetés pêle-mêle sur le sol, ils n'indiquent plus rien, et, comme ils n'ont

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de prix qae par ce qu'ils enseignent , dès ce moment ils tombent dans les non-valeurs et les futilités.

C'est donc leur position comparative qu'on doit éto dier ; c'est la superposition des couches sur lesquelles ik reposent ; c'est la nature de ces couches et des élénms qui les composent ; c'est enfin la cendre des morts qu'il fout analyser.

Tel a été notre but : nous avons tenté d'exhumer oes lambeaux épars et d'en faire, non un tout, la diose est impossible, mais un fragment perceptible qui pût, avant que ht matière en disparaisse , devenir un sujet d'étude pour les hommes qui n'en dédaignent aneon quand ils voient utilité pour l'ensemble.

Sans doute cette estime des âges par la superposition des cendres, et cette résurrection des générations an moyoi de tessons d'argile ou de quelques éclats de pierre, paraîtront bien hasardées ; mais je ne cesserai de le dire : si je m'appuie sur de si frêles témoignages , c'est que je n'en connais pas d'autres, c'est qu'il y a peu d'espoir d'en trouver. Nous parlons d'un temps aiH^à des temps, au-delà de toutes les traditions. Là, H ne s'agit plus de siècles et , dans cette nuit des jours lés, dans ces ténèbres, on se guide sur la moindre  défaut de monumens, il faut bien se contentflr 4e k poussière , et en l'absence des individus eux-mêmes j de la trace quy ont laissée leurs pas. Mais précisément parce que ces traces sur lesquelles reposent notre système, sont peu nombreuses, nous tenons à ce qu'elles se dessinent nettement et de manière à ce que la vérification en soit possible.

WBS GiSSEMENS ANTIQUES. iéS

Ainsi avant d'arriver aux argumens matérids ^ #eM-« i-dire aux fouilles, explorations et analyses dlli%Éii» rains , nous allons , par un court exposé , vous indiquer leur situation. U ne s'agit pas ici de la question géoiogiquo) nous l'aborderons plus tard. C'est seulementlte la positi(m des lieux explorés que nous vous entredeodrons.

Je oomtttmce par rectifier une phrase qui pourrait offiâr un sens douteux. En décrivant les eottehes subterranées ou cette succession de terrains quilbrent habités par les tribus indigènes, nous nous sdmmes souvent servi de ces mots, à une grande profondeur; ces exprèsmos sont vagues et je dois les «pliquw.

Les fouilles dont nous nymia à parler ont été portées quelquefois jusqu'à 12 et ifi mètres au-^lessous de la superficie ; mais cette sij^rficie ne peut partout et» plane; il faut tenir compte de» terrains rapportés , et dès-lors déduire l'épaisseur des flipitériaux amassés siirim point par des travaux précédons, ou par quelqu'accident.

, Hwiant donc pour terme moyen du sol de la vallée , mi'hastonr de 2 mètres an -dessus du niveau de la SMinne, c'est à 80 à 40 centimètres de la surface qu'on mcoirtre le plus abondammrat les traces du moyoï-

Cinquante centimètres plus bas, on commence à trouver des débris romains, puis gallo-romains.

On continue à suivre ces derniers pebdant un mètre , e'est*«-dire jusqu'au niveau de la Somme. *

Après eux, viennent les vestiges gaulois purs qui

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iUtM'Asiideni sans interruption jusqu'à près de 2 mtoes ao-demous de ce niveau, preuve de la longue habitation iUt cttH peuples dans la vallée.

C'eHt iï un mètre plus bas, ou à 4 mètres environ andoHKous de ce même niveau, qu'on arrive au centre da sol (|ue nous avons nommé celtique , celui que foulèrent les (iaulois primitifs ou les peuples qui les précédèrent.

Knsuite, viennent les couches alluviennes inférieures dont la profondeur varie , et qui remontent quelquefois juNtprà la surface.

liC plus grand abaissement du terrain que nous avons nHionnu avoir été habité, est donc de 4 à 5 mètres andessous du niveau moyen de la Somme qui, de mdme (|uo toutes les rivières , a ses hautes et basses eaux.

On comprend que ce n'est que comme terme approximatif (|ue nous avons posé cette épaisseur des ooocbes formét's do dél>ri$ ; elle varie selon le nombre d'hommes (|ui ont séjourné dans chaque localité, et aussi sekm la dur(V> de lour st^jour^ puis encore selon hi natare de leurs travaux.

(«os travaux ou les vestiges qui en restent, deneoMnl ou\-niémos« |v*ir leur plus ou moins d'imporluee , I indication dos mœurs et des habitudes de ces éiointos. \\\r oxomplo.oont générations de tribus mados ot \ i vaut sinis la tonte . ou bi^i de peoples sours ot^mmo I étaient les Celtes et comme VobêL été pn^UU^IonHMit« dans la priMuiôre [lériiMle de lew eiganîsition sivialon toutes los nations do la terre. laîsaenieDt moins do traosois quo dix gènëraiioQS de citadins, oh de \xvi raiXVii duos oivilU^Ses.

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On peat induire de ceci, que la définition des coutumes et même de ia durée d'une nation sans annales, sans inscriptions, sans médailles, sans monumens, qae cette définition, dis -je, par les débris de son industrie et la poussière de ses tombes, n'est pas tout-èriiitiBiisoire, et que le passage des siècles n'effistce pas tMiÎMrs la délimitation qui sépare une race d'une autre ncn^ ûû ne confimdra jamais la jdaoe où une tribu phâomenne maintint d'âge en Age un comptoir de cemmerce, aveo celle où, pendant la même période, une légkm romaine tint plantées ses aigles.

Si ces deux peuples se sont remfdacés sur les mêmes terrains, comme, dans notre vallée, les Gaulois ont sucoédé aux Celtes, et y ont tour^-tour apporté leur oo&<tingent de ruines , de cendres et de poussière , la démarcation est plus difficile à établir. Elle n'est pas tout^is impossible, si l'on fiiit la part du temps de transition. J'appelle temps de transition la période pendant laquelle s'est opéré, avec le changemrat de propriétaires, celui des mœurs etconséquemmratdes arts et de l'industrie , soit que ce changement ait eu lieu par l'extermination des premiers possesseurs , comme firent les Romains dans quelques partf|B dite Gaules, soibqu'il .se fftt effectué par la fusion dcâ âÀix peuples , comme il arriva des Francs et des Gaulois.

Dans l'un et l'autre cas, à l'endroit où les couches se rencontrent, une certaine confusion des vestiges ou des traces doit exister; et c'est ainsi que les débris du moyenâge se trouvent mêlés avec les débris romains, et ceux-ci avec les vestiges gaulois.

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Ce qui appartient aux Celtes est mieux tranché; pourtant il n'est pas rare de trouver des instrumens de bronze qui, par leur seul poids, sont descendus jusqu'au gissemrat celtique.

L'épaisseur et la nature des couches des détritus des populations ne peuvent donc avoir qu'une égalité et même une spécialité relatives. Ces couches sont quelquefois distinctes, et quelquefois aussi elles ne le sont pas. La nature du sol et leur base plus ou moins compacte et solide, exercent dans la position de ces couches une grande influence d'ordre ou de désordre.

Malgré ces causes d'inégalité, ce mode d'appréciation des âges et des races par la superposition des débris, ne manque pas d'une certaine certitude, et je pense qu'on en acquerra la preuve, si l'on dirige les sondages de la manière que nous venons d'indiquer.

Dans ceux que j'ai fait faire à Abbeville et dans ses environs, la profondeur atteinte est, comme on vient de le voir, de 4 à 5 mètres au-dessous du niveau de la Somme ; mais dans les tourbières on descend quelquefois à 2 ou 3 mètres plus bas; aussi il y est moins facile de constater la nuance des couches et les aoeideos du terrain^ parce que là on n'épuise pas l'eau comme on le fait pour les travaux d'art, et qu'ensuite les instrumens employés à Textraction de la tourbe, en agitant cette eau, délaient le terrain.

Quand la tourbe est ancienne et qu'elle est divisée par des lits de tuf et de sable , on parvient encore , avec un peu de soin et à l'aide de la drague, à reconnaître la superposition. Elle m'a semblé être à-peu-près la

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même qae celle que j'avais étudiée dans les terrains mis à sec de la Portelette.

C'est aiasi qu'à llareuil, à Gouy et dans quelques astres tourbières, j'ai pu constater la division des époques e^ établir la succession des générations modernes , moya[i-âge, romaines, gauloises et celtiques; car la tourbe, partout consi^rvatrice , rapportait le témoignage de l'existence de tous ces peuples.

Au-dessous de ces détritus , lorsque vous avez atteint laprofimdeur da 6 à 7 mètres, l'instrument à touri)er ramtee encore des ossemens de gros quadrupèdes, oerfs , bœufs , sangliers. Pourquoi les dépouilles de ces animaux qui n'habitent que les forêts , se trouvent-dles là? Comment les couches intermédiaires oonti^iiKnt-elles cette quantité d'instrumens de fer, de hnmze , de pierre, dl«rgile , bref cette série de débris aqperposés anncniçant le long séjour des hommes sur ertte terre aujourd'hui inondée et qui , d'après l'épaisseur des lits de tourbe, doit l'être depuis bieâ longtemps? Ce sont des questions qu'il n^est pas plus facile de réscKidre que celle de l'enfouissement des urnes dont j'ai parlé au chapitre 111.

Si l'explication que j'ai donnée , dans ce même chapitre , sur la pression et le tassraient des terres, n'a pas paru dteuée de probabilité , on peut, avec quelques modifications, l'appliquer à la question présente, et supposer que le sol anciennement halntaUe, ou la surface, était un des lits de sable ou de tuf aujourd'hui sous la tourbe , ou bien que cette surface était la tourbe elle-même, sofide et compacte, qui depuis, imbibée d'eau , s'est dissoute sous de fréquentes inondations.

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Par cette double transformation du terrain, s'expliqueraient Tabondance et la diversité des objets qu'il renferme. Les uns y ont été apportés par les alluviens et les cours d'eau, tandis que les autres, tombés ou abandonnés sur la superficie, y ont été d'année en année couverts de nouvelles couches produites par les détritus annuels dès végétaux ou des générations.

Il faudrait donc encore ici croire à l'état mobile du fond de la vallée , et à l'abaissement successif des couches supérieures par le tassement des plus profondes.

C'est à 6 ou 7 mètres de la superficie, que vous cessez ordinairement, dans les tourbières, de trouver des débris humains. Or la superficie de ces tourbières, y compris la couche d'herbe et d'humus, excède de 1 à 2 mètres la hauteur moyenne de la rivière ; c'est donc, comme nous le disions, entre 4 et 5 mètres au-dessous de ce niveaa de la Somme, qu'on trouve le dernier plan du sol celtique. Ce dernier plan n'est plus la tourbe, mais la craie ou le banc de silex , quelquefois un lit de sable, ou de terre végétale dans laquelle j'ai trouvé des arbres, notamment des chênes, debout et enracinés. J'en parlerai plus tard.

La première fois que j^'ai remarqué cette superposition de débris divers, et leur grande abondance, c'était à la Portelette, en 1837. J'ai dû justement m'en étonner, car je ne pouvais croire qu'il en fût ainsi ailleurs ; je pensais que c'était une de ces occasions qui se rencontrent rarement, et que cette richesse toute locale était circonscrite dans un cercle très-restreint. Aussi, les travaux* terminés, quand on cessa d'épuiser l'eau et que la Somme

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pénétra sur le fond que j'explorais, je crus mes études arrêtées et ce fut sans beaucoup d'espoir que je suivis les sondages qu'on dirigeait sur d'autres points. Mais bîaitôt je reconnus que s'ils étaient moins riches en objets celtiques que le gissement que nous quittions, ils n'en étaient pourtant pas dépourvus. C'est ainsi que j'ai pu retrouver presque partout ce même sol celtique, et sur ce sol les signes caractéristiques de l'époque que j'étudiais.

Outre ces travaux qui ne me coûtaien^que la peine de les suivre, et quelques primes accordées aux ouvriers, j'ai fait exécuter pour mon compte des fouilles assez étendues, soit dans les tourbières, soit dans ce qu'on appelle les croupes de la Somme, qui ne sont que les alluvions de son ancien lit.

' Xàs^ résultats de ces explorations , je l'ai déjà dit , B^oot pas toujours été des découvertes bien précieuses; ^pis leur uniformité et la ressemblance des circonstances et des produits, m'ont donné la certitude que cette partie de la vallée n'était pas la seule qui fût habitée ou parcourue par ces peuples , et que sur les deux rives du fleuve , depuis son embouchure jusqu'à Amiens et probablement au-delà, on retrouve partout la même nature d'antiquités, leur même superposition, ou la même sQOcession de débris révélant les mêmes causes ou les mêmes hommes.

Cette grande quantité d'urnes, cette masse de charbons , de cendres , et de ces symboles en pierre et en os que nous avons considérés comme appartenant exclu^vement aux cultes des dieux ou au souvenir des morts.

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et qui furent successivement découverts dans la position où probablement ils avaient été enfouis, prouvent qa'Os l'avaient été dans une intention bien arrêtée et à des places consacrées à cet usage ; aussi avons-nous signalé ces amas d'objets comme le résultat de dépôts faits par plusieurs générations, ou bien comme étant la suite d'une consécration opérée spontanément après une bataille, une élection , une paix , ou tout autre événement aoqdd aurait pris part une grande réunion d'hommes qui tons auraient voulu laisser là un souvenir ou une marque de leur passage.

Entre ces deux versions, je paacherais pour. la pre^ mière. Il est à croire que la population de notre vallée n'a pas été transitoire, et que les peuples qui y ont laissé ces traces, peuples nomades peut-être, y revenaient sans cesse, parce que c'était le sol natal, le berceau de lenr nation, la patrie.

C'est toujours aux environs des lacs et des fleuves^, notamment vers leur embouchure, qu'ontrôuve les vestiges des plus nombreuses et des plus anciennes popnb^ tiens; et, si leurs rives n'ont pas été les premiers points habités sur la terre , il est présumable que ce sont œox qui, lorsqu'ils l'ont été, n'ont plus cessé de l'être, et oeci parce qu'ils offirent à-peu-près partout ce qui est iaÊÊh pensable à la vie, l'eau, première garantie de lafertiS#, et, pour les peuples chasseurs et pêcheurs, abondance de gibier et de poisson.

Ajoutons que tous les peuples antiques ont en un respect superstitieux pour les grandes eaux : ils en ont fait le séjour de leurs divinités les plus influentes. C'était

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sur les bords des fleuves qu'ils déposaient les cendres de leurs chefs et de leurs proches, et qu'ils désiraient être inhumés eux-mêmes. La possession de ces rives, objet de l'ambition de tous, devait donc être un sujet continod de ffmne et de conquête. Ainsi s'explique cet amas de d^rk qtii les couvre et qui, du moyen-Âge, nous ramène , en traversant le sd romain , 0kis le sol gaulois , jusqu'aux temps celtiques.

Si l'on reconnaît ensuite qu'une des couches de tourbe qui recouvrent le dernier lit de cendres et d'ossemens, est de la tourbe dite bocageuse , et si l'on suppose que les ustensiles trouvés dans les bancs diluviens de Menche* ooort et de l'Hôpital avaient été balayés sur le terrain même de la vallée , par le torrent qui les déposa où on les raMmitre aqourd'hui, on peut entrevoir pendant quelle longue succession de siècles le point sur lequel nous sommes a été habité , et depuis quel temps les arts et l'industrie y sont restés dans un état de stagnation, car les ouvrages humains que l'on trouve dans les bancs diluviens présentent une analc^e trèsgrande dans les formes, l'intention et le mode de travail, avec ceux des gissemens celtiques les plus rapprochés du sol gaulois.

De ceci nous avons tiré la conséquence, devenue pour MUS conviction, que, pendant bien des siècles, et je ne crains pas de dire des centaines de siècles , les hommes jetés comme en-dehors de leur nature progressive, sont demeurés dans une sorte d'assoupissement, véritable sommeil de l'intelligence.

Lorsqu'on réfléchit sur ce passé de j'étre humain et

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sur cette longue immobilité de sa raison , on croirait qae cette raison ne brille chez lui que par éclair et que h barbarie est son état habituel.

La position intellectuelle de ces peuples des Gaulés, ne parait donc point avoir essentiellement varié pendant l'immense période qui sépare les temps diluviens de» temps romains, flibitant un pays rempli de lacs et dé forêts , nos pères ont été ce que sont encore les Indiens de l'Amérique du nord et , depuis plus long-temps encore , les peuples nomades de l'Asie et de l'Afrique , les Tartares, les Mongols, les Bédouins. Or tous nos calculs ne peuvent estimer ce temps, puisque les plus anciennes traditions, notamment pour les Arabes pasteurs, nous les montrent précisément ce que nous les voyons aujourd*hai^ et que de la tente de Jacob à celle du Scheik moderne^ il n'y a pas de difiFérence sensible.

Gomment^ lorsque ces peuples entourés, pressés, étreintspar la civilisation, n'en ont rien acquis; lorsqu'ils sont encore ce qu'ils étaient ; comment, dis-je , ne comprendrons-nous pas que les Celtes, nos aïeux, ont pa demeurer barbares , quand toute l'Europe , quand tonte la terre était barbare.

Le prodige n'est donc point qu'un peuple reste indéfiniment dans le même état. 11 doit y rester tant que les causes qui l'y ont conduit demeurent les mêmes. Lé même sol, le même climat, les mêmes besoins, les mêmes mœurs, les mêmes préjugés , les mêmes fautes et surtout la même absence d'une morale et d'une reli-gion rationnelles, doivent l'empêcher d'en sortir; le prodige serait qu'il en sortit avant que ces causes cessassent.

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Qaand il fait un progrès, c'est que quelque chose a changé dans sa position , c'est que sa nature ou sa volonté s'est améliorée , ou bien encore qu'il a reçu une impulsion du dehors et que quelque puissant génie, quelqu'homme d'une intelligence supérieure a ouvert devant lui une voie nouvelle et qu'il y est étitré.

Sans ces modifications, sans les efforts persévérans de la raison de tous ou au moins de la majorité , sans cet aiguillon incessant que cette impulsion a mis en nous comme un nouveau sens, sans cette voix intérieure qui nous dit : marche , immobiles dans notre somnolence , nous serions encore ce que nous étions il y a cinquante siècles , sacrifiant des hommes aux dieux ou aux guerriers, nous nourrissant de leur chair et fabriquant des armes de leurs os; enfin nous serions ce que sont tant de peuplades, môme dans des lieux qui furent anciennement civilisés , et ce qu'elles seront dans mille siècles , si rien ne change dans les circonstances qui les entourent ou dans les liens qui les étreignent.

Quant à la similitude des actes et des œuvres de peuples séparés par des temps et des distances si incommensurables, elle me parait une conséquence simple delà marche des choses, et lorsque nous aurons reconnu la possibilité de l'uniformité des positions, d'après celle des habitudes , si nous admettons également celle de la transmission indéfinie dcces habitudes quand , devenues préjugés , mœurs , religion , elles enveloppent à la fois le corps et l'âme , il sortira naturellement de ce faisceau de causes , l'analogie des conséquences , et dès-lors la

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ressemblance presque complète des actes et des cAvhres à des époques si différentes en apparence. Je dis en apparence , parce qu'en réalité , ces époques n'en forment qu'une , période de stagnation , temps d'arrêt de la vie intellectuelle : mille siècles d'immobilité laissent moiiis de traces qu'une minute de mouvement.

Dès-lors , cette immensité de jours et ces myriades de générations présentent un tout uniforme et compact, sans nul interstice où l'on puisse placer les jalons des souvenirs ; c'est la répétition des mêmes faits tournant dans le même cercle ; c'est le balancier d'une pendule frappant éternellement des coups, dont le premier est semblable au second comme au cent millième. Que ces coups forment des secondes, des minutes, des heures ou des siècles , on ne saurait noter la différence de l'un à l'autre , ni même celle des périodes qu'ils composent : c'est l'éternité qui passe et fuit sans laisser de traces.

Tels furent ces jours morts, jours sans rayons, joiffe intermédiaires formant le passage du néant à la vie. On n'y peut donc pas classer les temps par les hommes , ni les hommes par leurs œuvres. Ces œuvres sont restées ce qu'étaient les hommes, et les hommes ce qu'étaient leurs appétits, leurs mœurs, c'est-à-dire ceux de la nature, et d'une nature grossière qui usant moins de la raison qoe de rinstinct, rejetait l'âme humaine au niveau de la brute.

L'animal fait son nid, son terrier, sa ruche, d'après un principe unique ; s'il le perfectionne, c'est insaosîMement et sans jamais dépasser une certaine limite. H en est ainsi de l'homme dans l'état sauvage : il ne sort pas du petit cercle qu'il s'est tracé ; il pourrait faire davan-

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lage, mais il ne le fait pas; il fait ce qu'on a fait et comme il Ta vu faire , et, ra enchaînant sa raison dans Tomière de Timitation ou de la raison d*ar^nii , il la réduit à Tinstinct ou à l'état mécanique.

Tant qu'il demeure dans cette position, ses œuvres ont le même cachet ; c'est une machine qui produit toujours , mais qui produit la même chose et de la même manière.

Alors comment diviser par âge et par peuple, des laits ou des œuvres qui semblent nés ensemble?

C'est ce qui a lieu pour ces premiers ustensiles. Les mteies besoins, les mêmes superstitions les ont maintenus toujours les mêmes ; et d'une hache de pierre des premiers lœips du monde à celle qui touche aux temps modernes , il n'y a pas de différence assez sensible pour qu'on puisse dire : eelle4à est la plus vieille.

Quand on le dit, c'est qu'on la trouve dans son gissement primitif, c'est qu'on l'a extraite d'un banc dihiviai qui, depuis sa formation, n'a plus eu de c<mimunication avec les terrains supérieurs. Alors l'aodenneté de ce travail de l'homme est nettement ind^uée, non par l'objet lui-même, mais par sa position.

La définition des âges par la nature des débris n'est dcmc pas celle que nous adoptons exclusivement; le gissement ou la situation de ces objets nous guidera d'abord.

Dans la période qui se rapproche un peu plus des temps actuels, nous admettrons ^core comme indication , en outre de la forme , la nature de l'instrument qui

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a dû contribuer à imprimer cette forme, et qu'il ii'e$t pas toujours impossible de reconnaître ; on le peut même à une simple marque , à un seul stygmate.

Nous avons \u que là où Ton ne trouve que des os , il était facile de savoir si les plaies que portant ces os étaient le résultat d'une blessure faite avec la dent on avec la main ; conséquemment ^ si c'était un homme oo un animal qui avait atteint la victime. Ceci est chose essentielle à distinguer , car la différence de Tune à l'autre constitue la séparation des siècles, ou celle d'une époque à une autre, et la délimitation entre le règne des animaux et celui des hommes.

Il est encore d'autres nuances dans ces vestiges, oo dans cette application de la main humaine : la coupure faite par le fer ou le bronze n'est pas la même que celle produite par le tranchant d'une pierre ou d'une coquille ; la première est franche et nette , l'autre est plus ou moins inégale et déchiquetée.

L'action d'un instrument en métal se distingue aussi sur la pierre tendre, telle que la craie, le gypse.

Il n'en est pas de même sur celle qui se sépare par éclats, notamment sur les silex. Ici c'est le choc qui brise et non l'outil qui coupe , et la différence n'est pas toujours facile à saisir. Aussi ai-je dit que c'était mmiis le travail que présentait un silex, qui faisait preuve d'ancienneté et témoignage de l'époque celtique, que scm entourage et l'endroit où on le rencontrait.

Nous conseillons donc à ceux qui étudient la question , de n'avoir foi aux silex que lorsqu'ils porteront une fprme évidemment celtique, ou quand ils auront leur

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accompagnement ordinaire de poteries, de eeqdres et de charbon.

J'en excepte les silex d^s bancs diluviens , déposés là pur les aourans et cpi'oa trouve isolément ^ii milieu de masses de sable et d'ossc^Qoens fossiles , ou bien raeore entourés d'un amas de cailloux roulés ou brisés. Ils y sont plus reccmnaissables qu'ailleurs, car leur forme tfaoehe sur toutes celles qui les environnent. Là, point 4e ces aeeidens mixtes cpiniiie l'atteinte d'nna rpue ou le cfaae du fer d'un cheval, aeeidens qui aujourd'hui jettent tant d'incertitude sur l'origine des moreeaux. Dans les courans diluviens, au milieu des U*aces di^s convulsions de la natare, quand la siaîn de rhpmi}^ a agi , on la reconnaît aussitôt.

D'un autre côté, lors^e ces d)jets tiravaillés sont séparés des terrains remués, par {^sieurs lits restés intaets, leur position devient la garantie de lew origine et de leur haute antiquité.

Nous voyons d'ailleurs , par ces gissemens superposés qui eommencent aux terrains clysmiens pour finir à ceux qâ touchent aux débris gallo-romains , que cette antiquité des objets dits celtiques peut varier à l'infini, puisqa'elle comprend une période qui s'étend d^uis les premi^s âges du monde jusqu'à l'aurore de la eivi^ lisation.

Résumant ce qui vient d'être exposé , nous disons : les signes propres à reconnaître l'ancienneté comparative des monumens des premiers âges, comme ceux que nous attribuons à la race celtique , sont :

1®. La forme;

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2?. La nature du travail;

3^. Le gissement.

La forme ne peut démontrer précisément l'âge, car la nomenclature des instrumens en pierre se borne à cinq ou six typés principaux qu'on retrouve , plus ou moins perfectionnés, dans les diverses couches du sol.

De ces types , le plus tranché et le mieux connu est celui des haches ou coins. On en rencontre depuis les terrains anté'-diluvi^is jusqu'à l'époque romaine, et, selon quelques-uns, jusqu'à l'invasion des Normands; nous en avons conclu que comme arme , ustensile , talisman ou objet de religion , cette forme s'est perpétuée pendant un grand nombre de siècles.

Nous avons vu aussi que l'art de disposer la pierre en ustensiles, en urnes, en symboles, est une des premières industries de l'homme, et l'une de celles qui ont duré le plus longtemps. On peut même dire qu'elle dure encore, car plusieurs peuplades, notamment celles de la Nouvelle-Zélande , font des casse-têtes en jade qui , pour la forme, ne difièrent pas essentiellement des plus anciennes haches. Les pointes de flèches en silex ou agate des sauvages des Iles de la mer du sud, sont semblables à celles qu'on trouve dans les sépultures celtiques. La forme ne peut donc pas indiquer l'âge d'une manière absolue.

n en est de même du plus ou moins de perfection du travail. Dans tous les temps il y a eu des ouvriers plus patients et plus habiles les uns que les autres.

Ainsi, lorsque dans une quantité de silex ébauchés, il s'en trouve de finis ou d'adroitement tra-

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vailles, l'on n'en saurait induire qu'ils sont d'une autre époque.

Revenons donc à cette conclusion, que la preuve d'ancienneté à-peu-près irrécusable est le gissement, c'estpA^lire la profondeur où l'objet a été découvert.

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