‹ Antiquités celtiques et antédiluviennes (volume 2)Chapitre 10 sur 30 · CHAPITRE Vm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vm

les iBstromeiis qvi oit succédé m haches de pierre et des astres signes qai se rapprocbeit

des temps nodernes.

La coutume des Celtes et plus tard des Gaulois, comme de presque tous les peuples anciens, était de brûler le corps des morts qu'ils voulaient honorer.

Si c'était un chef, on brûlait avec lui son cheval , ses chiens , ses esclaves ; on jetait aussi dans le bûcher une partie de ses armes et de ses meubles ; l'autre partie, et probablement la meilleure, était réservée pour être placée près de l'urne funéraire. Alors rien d'étonnant dans cette quantité d'objets qui jonchent le sol , et dans ces masses de charbon et d'os broyés ou calcinés qu'on trouve avec les vases.

On se rappelle que ces vases sont toujours par groupes. Chacun avait sa destination : l'un contenait les cendres du mort principal , l'autre les mets qu'on lui destinait , un troisième des signes hiéroglyphiques ou son histoire.

Les os broyés ou calcinés, répandus aux environs, étaient ceux de sa suite.

Ce n'est que plus tard que l'on a cessé de brûler les corps , mais non de réunir autour du chef défunt les restes d'autres morts d'un rang inférieur; témoin la tombelle de Noyelles où un cône formé de plusieurs centaines de têtes coupées , ainsi que l'indiquait l'absence du tronc et la présence de la mâchoire inférieure , entourait deux à trois cadavres; témoin aussi les cercueils en pierre découverts en 1827, près de l'Etoile, entre Abbeville et Amiens , dans chacun desquels on a trouvé de cinq à dix têtes placées au front et aux pieds da squelette dans un ordre symétrique , le haut du crâne en bas. Dans l'un de ces cercueils les têtes , sauf le corps, étaient des têtes d'enfant.

Des armes de fer, des colliers en verroteries, des ornemens en cuivre revêtus d'une feuille d'or , et quel-* ques autres signes annoncent que ces sépultures ont précédé de bien peu l'ère chrétienne , si même elles ne lui sont postérieures ; cependant on trouve des tumuliis de la même date qui contiennent aussi des vases, du charbon , des ossemens d'animaux. Ceci prouverait seulement que la très-ancienne coutume de brûler les morts s'était perpétuée jusqu'alors.

Il eût d'ailleurs été à désirer, surtout pour l'antiquaire et l'historien, que cette superstition cessât plus tôt; elle est cause que tant de peuples n'ont laissé que des cendres pour souvenir. Nous ne connaîtrions que peu de chose des Egyptiens s'ils eussent brûlé leurs morts , et nous ne saurions rien des hommes dont nous recherchons les

traces s'ils n'avaient pas eu leurs ustensiles de pierre.

Quoiqu'il n'entre pas dans notre plan de décrire d'autres monumens que ceux qui appartiennent à l'époque celtique , nous dirons un mot de quelques objets qui se rapprochent un peu plus des temps modernes , notamment des haches de bronze qui paraissent avoir succédé à celles en pierre.

Cependant ces armes en métal, peut-être à cause de la rareté et de la cherté de la matière, n'ont prévalu entièrement qu'après une longue période, car la fabrication des instrumens en silex a continué jusqu'à l'invasion romaine et même plus tard : l'on trouve quelquefois dans les tombelies des haches de pierre à côtédes haches de bronze.

Le point où l'on rencontre ordinairement ces dernières , point intermédiaire entre le sol moderne et le sol celtique , annonce qu'elles appartiennent à l'époque gallo-romaine; mais il y en a aussi de plus anciennes. Les historiens nous apprennent que , lors de la conquête des Gaules, les habitans étaient amplement munis d'armes oflensives et défensives en fer et en bronze.

Plusieurs siècles avant , leurs monnaies d'or et d'argent étaient connues à Rome où l'on avait une haute idée de leur richesse. *

A l'appui de ceci et comme preuve matérielle de l'abondance des métaux ouvrés dans les Gaules, on peut citer ces ornemens de cuivre, de bronze et même d'or que vous y trouvez encore aujourd'hui.

• Voyez Strabon , César , Pline , etc.

138 ÏNSTRUMENS SUCCÉDANT

Cette richesse métallique n'ayant pu s'acquérir qa*à la longue et par les excursions des Gaulois dans presque toutes les parties de l'Europe , excursions dont nous ne connaissons que les dernières, on peut apercevoir la haute antiquité des instrumens en pierre et en os qu'on trouve sur le dernier plan, celui dont nous vous présentons l'historique.

Les départemens de l'Oise , de la Somme , de la Seine-Inférieure et du Calvados sont ceux où Ton a rencontré le plus de haches de bronze , ou ce qu'on est convenu de nommer ainsi. On y a aussi trouvé les moules qui servaient à les faire , ce qui indique qu'elles se fabriquaient dans le pays et qu'elles y étaient d'un usage habituel.

Reste à savoir quel était cet usage. On s'en est fort préoccupé; mais, de même que pour les haches en pierre, il n'est résulté de cette préoccupation et des dissertations qui en ont été la suite , que des solutions peu concluantes. Je crains de n'être pas plus explicite que mes devanciers , bien que les idées que je vais émettre ne soient pas les leurs.

Ces haches de bronze ne sont pas toutes de môme forme ; on en pourrait citer trois à quatre variétés , mais il n'en est qu'une qui soit fort commune ; on la trouve quelquefois par masse de vingt à trente kilog. Elle est dessinée, planche 8, n° 2, dans l'atlas du Cours d'Antiquités monumentales de M. de Caumont.

Ces haches sont toujours munies d'une petite anse, et l'on voit à toutes, les traces du moule qui a servi à les couler.

Leur apparence est celle d'un coin à fendre du bois ,

AtX HACHIBS DE PIEHRC. 139

et sî elles n étaient pas creuses, on croirait que telle était leur destination.

J'ai dit que leur forme était toujours la même , mais non leur dimension. J'en connais de trois tailles qui varient de six à douze centimètres. La seconde taille offire un médium assez exact entre la première et la troisième, et si dans leur forme elles ressemblent à un coin, leur anse fait qu'elles ont aussi l'aspect d'une gaine ou d'un carquois.

Le nom de hache qu'on leur a appliqué est tout-à-fait de convention , et jamais on ne les eut appelées ainsi , si le côté opposé à l'ouverture n'eut pas représenté une sorte de tranchant qui d'ailleurs ne tranche point.

Leur composition est, comme le prouve M. de Caumont , d'après l'analyse de M. Vauquelin , de quatrevingt-sept parties de cuivre sur neuf parties d'étain et trois parties de fer. Ceci peut varier d'une hache à l'autre , mais non à un point qui puisse empêcher de présenter cette base comme ordinaire et comme celle de la valeur métallique. Le fer s'y trouve naturellement ; l'étain a été ajouté .

J'ai eu beaucoup de ces haches , je les ai données presque toutes, et je regrette de ne pas les avoir d'abord mieux examinées; cependant j'en conserve encore deux. La plus grande, trouvée près de Soissons , a douze centimètres de longueur, trois centimètres et demi de largeur à son ouverture, et trois d'épaisseur; elle pèse 240 grammes ; mais comme il y a une assez forte ébréchure et qu'elle a perdu quelque chose par l'oxidation, son poids primitif a dû être de 250 à 255 grammes.

140 mSTRUMENS SUCCÉDANT

L'autre, dont Forigme ne m'est pas bien connue, a sept centimètres et demi de longueur, deux centimètres dans sa plus grande largeur, et un centimètre et demi d'épaisseur ; elle pèse 85 grammes , ce qui forme précisément le tiers du poids de la première.

Voici maintenant la description de six des mêmes instrumens appartenant au musée d'Abbeville :

l®^ Douze centimètres et demi de longueur, 25 millimètres de largeur, 30 au tranchant, 20 d'épaisseur, poids 320 grammes;

2^®. Soixante-dix millimètres de longueur, 18 de largeur et 22 au tranchant , poids 85 grammes ;

3°^^. Soixante-quinze millimètres de longueur, 22 de largeur au tranchant , poids 80 grammes : cette hache a perdu deux morceaux pouvant représenter 5 à 6 grammes ;

4™®. Soixante-dix-huit millimètres de longueur, 31 de largeur au tranchant , poids 85 grammes ;

5°'*'. Soixante-douze millimètres de longueur, 23 de largeur au tranchant , poids 90 grammes;

6™®. Soixante-treize millimètres de longueur, 28 de largeur au tranchant , poids 55 grammes.

Ainsi trois des petites haches pèsent chacune 85 grammes. Une n'en pèse que 80; elle est endommagée, et son poids a dû être aussi de 84 à 85 grammes.

La plus grande , on vient de le voir, pèse 320 grammes; la seconde 240, c'est-à-dire 80 grammes de moins. Quatre fois 80 font le poids de la première, trois fois 80 font celui de la seconde. Oxidées ou endommcH. gées l'une et l'autre, elles ont dû peser neuves, cfaa-

cnne 15 à 20 grammes de plus , ce qui présente encore le chi&e de 85 grammes , poids de chacune des quatre petites haches.

Reste à expliquer la différence des deux dernières dont l'une pèse 90 grammes et Fautre seulement 55. Est-ce, dans la seconde, une nouvelle division de poids ? Je ne puis Taflirmer, mais je vois que la moitié de 55, qui est de 27 1 12, additionnée avec le premier chifiRre , forme 82 1(2 , ce qui , si Ton tient compte de l'oxidation, se rapproche encore de 85.

Maintenant je vais dire dans quelle intention je pose ces chiffres, dont on ne devra tirer de conséquences positives qu'après avoir pesé un plus grand nombre de ces haches ; car ici le rapprochement de poids et l'égalité des fractions peuvent fort bien n'être qu'accidentels ; il ne s'agit donc que d'une indication et d'une expérience à continuer.

Voici où elle peut conduire.

Mous en étions à savoir à quoi ces instrumens avaient pu être bons: il est évident qu'ils n'ont pas servi comme haches , ils ne coupent que peu ou point.

Comme coins , ils serviraient mal ; ils sont creux.

Comme outils , ciseaux ou couteaux, leur anse et leur épaisseur les y rendent impropres.

Comme herse ou instrument d'agriculture , ils ne valent pas mieux.

Comme garnitures des pieux servant à fixer les tentes, l'anse aurait empêché les pieux d'entrer en terre et y aurait retenu la gaine quand on aurait voulu les enlever.

Le même inconvénient se serait présenté dans leur

emploi comme échelon ou point d'appui pour monter à Tassaut.

Je ne vois donc aucune de ces destinations présumées qui puisse être la vraie ou celle pour laquelle rinstniment a été fabriqué.

La nouvelle supposition qu'on pourrait faire est celle-ci.

Avant que les métaux , ou l'art de les employer, fassent répandus dans les Gaules , la pierre , et notamment le silex , était la matière ordinaire des armes , ustensiles et symboles. Une hache en silex, par la difficulté et le temps que demandaient sa taille et son polissage, devenait un objet de prix. Aussi, d'instrument purement religieux, la hache en pierre avait fini par être un moyen d'échange.

Quand la fonte des métaux fut connue des Celtes , ils abandonnèrent peu à peu l'ancienne fabrication dont ils sentaient l'inconvénient; alors la hache en cuivre, métal le plus souvent employé à cette époque , remplaça la hache de pierre et fut, comme elle, un symbole, un signe religieux , puis politique , puis commercial, et une sorte de monnaie.

Une hache de bronze représentait , selon son poids , une ou plusieurs haches en jade , en silex , en pierre oUaire, en porphyre, en granité, en serpentine, et valait un certain nombre de pièces de cuivre ; chaque hache devenait ainsi un lingot d'une valeur déterminée qui avait son cours comme toutes les autres monnaies. Aussi, l'on a trouvé des haches de bronze empilées dans des vases de terre et enfouies à côté de valeurs métalliques.

Mais pourquoi cette forme de gaine? Pourquoi une anse?

Peut-être la gaine, ou la partie creuse , servait-elle à contenir des fractions de métal en poudre, en grain, en petite monnaie. L'on m'a dit que quelques-unes de ces gaines en contenaient lorsqu'elles furent déterrées ; mais n'ayant pas eu l'occasion de vérifier le fait, je ne le donne pas comme certain. S'il est vrai, ces grains de métal ou ces petites pièces servaient à égaliser le poids ou à compléter la somme.

Quant à l'anse , elle pouvait être destinée à réunir ces haches au moyen d'un cordon , et à en former un groupe pour les paiemens considérables , ou bien encore à les suspendre à la ceinture. * Ces gaines servaient donc à la fois de bourse et de monnaie.

Il est possible aussi que ces valeurs, exclusivement destinées à solder les troupes , fussent échangées à certaines époques ; ceci expliquerait pourquoi Ton a trouvé tant de ces haches dans des terrains retranchés et paraissant avoir servi de camp.

Peut-être encore tenaient-elles lieu de poids; la régularité des divisions semblerait l'indiquer. Alors l'anse, moyen de suspension, aidait a la pesée.

• On peut voir, tome 16, page 362, des Mémoires de la Société des Antiquaires de Londres , la description d'une de ces gaines de bronze , dans Tanse de laquelle est passé un anneau du même métal , du diamètre de 62 millimètres. La hache en a 84 de longueur sur 31 de largeur. Un autre anneau plus petit , ovale et épais , est passé dans le premier. Ce dernier a 21 millimètres de long. Ce morceau curieux a été trouvé près de Tadcaster en Yorkshire.

Dans quelques occasions, elles pouvaient aussi devenir de petites mesures pour les liquides.

Ce n'est d'ailleurs qu'en vérifiant les rapports de pesanteur et de contenance de ces haches avec les mesures gauloises et romaines, qu'on pourrait savoir s'il y a dans cette donnée quelque chose de réel; mais ce qu'on peut admettre dès ce moment , c'est qu'étant d'un métal précieux à cette époque elles devaient avoir une valeur fixe et établie sur leur poids ; que dès lors il n'est pas probable qu'on les eut employées comme dents de herse , pieds de tente ou moyen d'escalade , ou à tout autre usage qui, en peu de temps, eut par le frottement amené leur détérioration .

D'ailleurs les traces de ce frottement apparaîtraient. Or, dans toutes celles que j'ai vues, les arêtes sont vives , et quand on y aperçoit des signes de déchet , ils proviennent d'oxidation et non d'usure.

D'un autre côté, si ces instrumens avaient été employés comme armes , coins ou haches , on y remarquerait les marques des chocs et des coups donnés ou reçus , et c'est ce qui n'a pas lieu.

L'emploi que nous leur attribuons n'empêche pas qu'elles n'aient pu en avoir un autre , et les anciaas auraient fait ce que peut-être, en des temps difficiles, nous aurions dû faire. Au lieu d'avoir recours aux valeurs idéales , ils avaient donné une valeur monétaire et ayant cours à tous les ustensiles , meubles ou bijoux en métal ; et chez eux ces haches ou gaines servaient selon les circonstances d'armes , de meubles , de mesures et de signes d'échanges.

Outre ces haches en gauie, il en existe d'une autre forme , qui sans être. rares sont moins communes que les premières. Celle qu'on peut voir dans ma collection a été retirée du marais d'Epagnette, près d'Abbeville. Elle n'est pas creuse ; elle pèse 580 grammes ; elle a 18 centimètres de longueur, 6 de largeur à son tranchant , et seulement deux à son extrémité, et 2 li2 dans sa plus grande épaisseur ; elle ressemble , quant à la forme, i celle qui est dessinée, pi. 8, fig. 9, dans l'atlas du Cours déjà cité d'Antiquités monumentales de H. de Caumont ; mais ce bord saillant ne s'étend que jusqu'au milieu de sa longueur, ou jusqu'au point le plus élevé du renflement qui , comme je viens de le dire , s'élève à 2 centimètres 1[2.

Au milieu , est une ouverture de 5 millimètres de diamètre , et pénétrant de deux centiniètres dans la hache en remontant vers le tranchant.

Cet instrument , conservé dans la tourbe, est aussi intact que s'il sortait du moule , et il a presque le brillant de l'or, ce que j'ai déjà remarqué dans d'autres ustensiles de cuivre extraits des tourbières.

Cette forme est encore moins explicable que celle des instrumens précédens ; car il est impossible de la fixer à un manche comme on peut le faire des autres. Le trou de celle-ci ne la traversant pas ne peut servir à y placer une cheville , et le creux qui résulte de la saillie du bord , étant à peine de 60 millimètres , ne saurait rien retenir. Le moyen indiqué par Sir Joseph Banck , tome 19, page 103, {Archeologia or miscelUmeous tracts reUuing to antiquity), ne me semble donc pas résoudre la question.

146 INSTRUMENS SUGGÉDAMT

Employait -on cet instrument à travailler la terre? Non : il est trop lourd et trop court. Par cette même raison , il ne pourrait sans un manche servir d'arme de guerre.

Il n'eut pas mieux convenu à fendre le bois ; car, dans ce cas , l'extrémité opposée au tranchant serait large et plane; ici, elle n'a que 3 millimètres d'épaisseur •

 la rigueur, il pouvait aider à égaliser et à polir les corps durs ; mais était-ce bien son office , et un simple silex n'eut-il pas mieux valu ?

Les bûcherons ont , je le sais , un outil presque ana-» logue pour enlever l'écorce des arbres et préparer le tan. Ces outils sont en bois ou en os ; le cuivre, lourd et cher alors, n'y pouvait convenir.

Si ces haches massives ne sont pas aussi des lingots représentant une valeur, ce sont donc encore de ces ustensiles tenant à des usages aujourd'hui oubliés.

Outre ces instrumens problématiques , les Gaulois avaient des épéesde bronze. Ici, point d'incertitude: ces armes étaient à la fois offensives et défensives , car il y en a qui ont près d'un mètre de longueur.

Il en est d'autres qui n'ont que 50 centimètres , dont le manche est aussi plat que la lame , et qu'on peut comparer à ces couteaux qu'emploient les papetiers, instrumens qui ne peuvent servir utilement ni à traH** cher ni à percer.

Dès-lors ceux-ci étaient-ils bien une arme de combat ; et , puisque les haches en bronze avaient remplacé les haches en pierre, ces couteaux métalliques n'avaient-îls pas aussi succédé aux couteaux de silex d(mt ils oe

diff^nt pas essentiellement pour la forme? Dans ce cas, ils auront eu une fonction analogue en servant dans les sacrifices.

Nous avons paiement trouvé quelques poignards en Goivre que Von peut croire celtiques on gaulois. Le plus remarquable est long de 29 centimètres ; il est garni d'une petite anse , probablement pour être mis à la ceinture ; il était dans la tourbe , à 3 ou 4 mètres au-dessous du niveau de la Somme , près de la porte du Bois ; il ressemble à un stylet indien. Sa lame fine et arrondie a été tordue , probablement avec intention , et pour rendre les Messures plus dangereuses.

Deux autres instrumens de cuivre qui ont, Tan 16 centimètres de longueur, Tautre 17, étaient dans la tourbe, au pied du Hont-Caubert, à une demi4ieue d'Âbbeville. Sont-ce des flèches , des poignards ou des stylets? Us pouvaient servir à chacun de ces usages.

Ayant la conviction que les meubles de bronze ont SDCcédé à ceux en pierre , j'ai cherché la r^rodnction métallique de ces grossières images en silex que j'avais si souvent rencontrées près des vases celtiques; mais je n'ai aperçu de. figures d'animaux qu'on pûtrapprocher de celles-ci , que sur les premières monnaies gauloises qp'il ne faut pas confondre avec celles qui ont paru d^nis l'occupation romaine. Dans ces premières médailles on voit , autour de ces figures, des signes dont on n'a pas encore la clef et qui peut-être ne sont pas sans rapport avec ceux dont nous aurons à parler.

Les médailles gauloises de la première origine, ou (xSks qu'ona nomméesceltiques, sans être commones, ne

sont pas d'une très-grande rareté. Il n'en est pas ainsi des statuettes, ou figures en métal : on en trouve pea. Voici la description de deux que je crois anciennes.

Toutes les deux sont en bronze et hautes d'un peu plus de 5 centimètres sur 2 1[2 de largeur. La pre^ mière a été trouvée en 1837, près de Pontusval (Finis^ tère), sous une pierre druidique qui fut abattue pour élargir un sentier. Elle représente une femme en buste, coifiTée en cheveux bouclés et descendant le long des joues. Dessinée de face , cette femme a des yeux énormes et une bouche exiguë ; le nez est usé par un long firottement , ce qui annonce que ce morceau a servi à un usage habituel. 11 a pu être coulé, néanmoins je n'en suis pas certain.

La seconde , trouvée à Noyelles-sur-Mer, près Âbbe* ville, en 1838, sous les débris d'une maison romaine et près d'une tombelie , semble avoir été taillée dans le bronze. Elle est encore plus grossière que la première , et représente une tête d'homme entourée d'une sorte de capuchon dont les deux coins s'élèvent comme des ooi^ nés, et dont le centre vient se recourber sur le firont. Ceci ressemble un peu au costume que l'on donnait aux fous au moyen-âge , mais ce n'est ni le style de cette époque ni le caractère de ses figures. Ainsi que diffls la première , les yeux sont très-grands , la bouche petite et à peine indiquée. Ces deux figures sont en métal

plein.

Une troisième, à- peu- près de la même grandeur, ayant véritablement le costume ou les emblèmes des fous , appartient bien , je crois , à l'époque de transitkm

OU au moyen-âge. Elle est en bronze conlé et a été trouvée au Crotoy. Je la signale ici comme moyen de comparaison.

Une quatrième en cuivre, haute de 5 centimètres, trouvée en 1844 près d' Auxi-le-Château , représente un lion assis taillé dans un bloc de métal. La sculpture est si grossière, qu'on doute qu'elle ait été faite avec un outil de fer. Ce morceau est évidemment fort ancien.

Deux autres figures de lion en bronze, dont l'une de 10 centimètres de hauteur et l'autre de 6 , sont de l'époque romaine. Elles ont été coulées , puis finies au burin. Plusieurs siècles séparent probablement celles^i de la précédente, quoique provenant du même sol.

Parmi les objets rares découverts aux environs d'Abbeville et que j'ai pu sauver de la destruction , je ne dois pas omettre un bronze, haut de 13 centimètres, iai^e de 10, représentant une divinité indienne ayant quatre bras , les reins ornés d'une ceinture de têtes humaines, et tenant un glaive et un bouclier; c'est, je crois, la figure de Siva.

Ce morceau a été trouvé à Homoy, non loin d'Abbeville , à un mètre de profondeur. Comment était-il là ei depuis combien de temps y était -il? C'est ce qu'il serait bien difficile de déterminer.

Je ne me prononcerai pas davantage sur une figure dont la hauteur est de 1 1 centimètres sur 6 de largeur. Elle peut être d'une très-haute antiquité , mais ce n'est pas chose certaine. Elle représente un homme ou une vieille femme en robe , la tète enveloppée dans un capu-

Chon , le tout en craie grossièrement taillée: Elle était sous la tourbe , à Mareuil près Âbbeville.

Les tourbières et le lit de la Somme m'imt firéqnemment procuré des figurines en terre grise non iramis- 6ée , variant de 3 à 6 centimètres de hauteur, et reptésentant des enfants entièrement nus.

Ces figurines tenaient à quelque usage habitud, à quelque superstition locale , sinon elles ne seraient pas si communes.

Il en est qui dififèrent des autres en ce que l'enfant est emmaillotté ou enseveli. La plus ordinaire est celle o& l'enfant tient par les ailes un oiseau qu'il semble vouloir déchirer.

Ces figurines ont déjà été l'objet de l'attention des antiquaires : on les a cru gauloises , puis romaines , et l'on en a ramassé à Valencendre , canton de Hontreoil*' sur-Mer, au lieu qu'on dit être l'ancien Quentovic.

J'en ai remarqué une qui porte une trace que je pre^ nais pour un reste de vernis; mais j'ai vu que c'était l'effet de la cuisson et d'une sorte de vitrificati^m pitH duite par la violence du feu.

Ces statuettes pourraient bien appartenir aux premiers temps du Christianisme; j'en ai trouvé de presque semblables tenant une boule surmontée d'une croix. Elles sont en général d'un assez bon dessin.

<2uant à ces images de femme drapée et portant un enfant , que l'on recueille en si grande quantité dans la rivière de Somme ou les terrains qui l'avoisinent , si ce ne sont pias des Isis , ce sont des Madones du moyen-âge. Ces statuettes, de 12 à 14 centhnètres de hant, sont en

terre rouge , grise , blanche , d'une très-^^rande dureté , eC pas mal modelées.

Si j'en parle ici c'est à cause d'une particularité assez étrange : elles sont sans tête , et je n'ai jamais pu m'en procurer une seule entière. Évidemment la tête a été enlevée avec intention ; car partout elle est détachée de la même manière ; celle de l'enfant l'est aussi , mais non toujours.

Ces %ures ont une longue chevelure qui , bien que la tète manque, couvre aicore une partie du dos. Sous la base est un trou poli qui remonte intérieurement vers le col et semble annoncer qu'elles étaient destinées à contenir quelque chose , ou à être portées au bout d'une bannière ou d'une pique.

Je n'ai pu attribuer cette mutilation qu'à un scrupule religieux ou à un fanatisme iconoclaste. Peut-être était-ce des statuettes d'Isis que les premiers chrétiens auront décapitées et jetées dans le fleuve pour qu'on ne les confondit pas avec la Sainte Vierge. Peut-être aussi quelque secte ennemie des chrétiens aura voulu détruire l'un des signes de leur religion.

La Somme m'a fourni également quelques figures en terre noire ou rouge , représentant , les unes, un vieillard à longue barbe, les autres, des animaux. U est fort difficile d'ra déterminer l'époque. Elles ont plutôt le caractère romain que celui du moyen-âge.

Le morceau que je vais décrire pourrait bien aussi s'éloigner de la période celtique ; cependant il est si étrange, que je crois devoir en parler. C'est un jade vert légère-^ ment transparent, trouvé il y a vingtHÛnq ans 4a<is la

plaine d*AilIy - le - haut - Clocher (Somme), par fine paysanne qui ramassait des silex pour les réparations de la route. Il m'a été donné par M. Devismes , pharmaden à Abbeville , qui le tenait de cette même paysanne.

Cette pierre , légèrement aplatie, est un carré long ; sa longueur est de 21 millimètres , sa largeur de 12, son épaisseur de 7 à 8 an milieu, car, de chaque côté, eUe finit en biseau comme certaines haches celtiques.

Sur l'une de ses faces, est gravé en creux un boste de femme ou de jeune homme , dont la tête est entourée de rayons avec une petite tour sur le sommet.

Sous cette tét«, une boule, avec un manche on double ligne, forme triangle. On pourrait aussi prendre ceci pour une bulle d'air suspendue à un chalumeau.

Au milieu, est une tête de bélier que traverse un cadacée ; à côté , est une palme.

Sur le revers, sont Favant-train d'un cheval, la tête, le cou, le poitrail et deux jambes, le tout formant un crois» sant; la crinière est hérissée et le poitrail représente une figure de vieillard.

Devant ce cheval et à peu de distance de sa lèvre inférieure , est un autre petit croissant.

Des deux jambes , sort un épi de blé sur lequel est une abeille ou une fourmi.

Tous ces attributs sont gravés en creux avec une déli* catesse infinie.

C'est cette perfection du travail qui m'a laissé des doutes sur son ancienneté ; mais s'il n'est pas moderne , il n'est pas non plus du moyen-âge ; il appartiendrait donc à l'époque gallo-romaine , et serait certainement Fceavre

d'un artiste habile. Le dessin en est très-pur, et Ton sait combien est grande la difficulté de graver ces sortes de pierre.

Les signes de celle-ci s»smblent tenir du paganisme et de la religion des druides. La tête a quelque rapport avec celle de Cybèle, et le cheval est gaulois. Cependant au premier aspect , soit par leur position , soit par leur étrangeté même , on les prendrait pour un rébus ; ce qui ne prouverait rien contre leur antiquité. Les rébus sont loin d'être une invention moderne : FEgypte les connais-*sait , ses hiéroglyphes ne sont pas autre chose.

Ce morceau n'est pas unique , ce qui indiquerait que le symbole qu'il reproduit taoïait à quelque usage ou tradition répandue dans les Gaules. Cette description allait être imprimée, lorsqu'on ouvrant l'atlas du Recueil ie$ monumens antiques de V ancienne Gaule, par M. Grivaud de la Vincelle, Paris 1817, 3 vol. in-4**., j'ai trouvé , planche 37, fig. 5 et 6 , le dessin d'une pierre découverte près de Lorient, qui, sauf la taille, est absolument semblable. H. de la Yincelle la regardait comme un talisman astronomique gaulois. Cette opinion peut être fondée ; il n'est aucune nation qui n'ait eu ses amulettes.

C'est aussi comme des amulettes qu'on peut considérer divers morceaux de jayet, trouvés entre le terrain celtique et le sol gallo-romain , position intermédiaire qui nous met dans l'impossibilité d'affirmer à quelle époque ils appartiennent.

L'un , du diamètre de 25 millimètres et de l'épaisseur de 19 , est une boule aplatie sur une foce , et sur laquelle

sont sculptés des ovales et des cœurs. Au milieu est un petit trou qui servait probablement à passer un lien pour la suspendre au cou.

Une seconde, recouverte de signes à-^eu-^rès semblables , a la grosseur et la forme d'un œuf de pigeon.

Une troisième, longue de 18 millimètres et large de 13^ représente une sorte d'abeille , ou un insecte ailé qui se termine par une tête d'homme coiffée d'une mitre. EHe est également percée. Si cet objet n'est pas antique , il est du moyen-âge, et dans ce cas il n'en serait que plus curieux , car il a du rapport avec les abeilles de nos premiers, rois.

Une autre amulette était aussi destinée à être pwtée ^ ainsi que l'annonce le trou qui surmonte la tête , et l'on s'aperçoit au frottement qu'elle l'a été longtemps. Sa longueur est de 6 centimètres, sa largeur de 10 milUrmètres ; elle est en os , grossièrement sculptée et représente une femme se terminant en gaine , et dans une attitude de cariatide. Ce morceau provient des tourbières de Mareuil; c'est probablement encore une image des premiers temps du Christianisme , une figure de Vierge. J'en ai trouvé de semblables en cuivre.

L'objet suivant est plus ancien : haut de 9 centimètres, il représente la tête d'un homme ayant la barbe partagée et peignée par-derrière, les cheveux arrondis à -peu -près comme ceux de nos prêtres. Trouvé dans une tourbière , il est fait d'un tibia de chevreuil on d^iin quadrupède de cette famille. Le dessin en est bon et il a bien le caractère antique.

Un autre , également en os , représente un soldat en

pied tenant une ]^que et un bouclier , le tout d'un travail très^grossier. Cette figure semble ancienne , toutefois on ne peut TaflOrmer^ elle était sur le sol gallo-romain, mais elle pouvait provenir des couches supérieures.

i'ai annoncé que tous les otgets décrits dans ce chapitre n'étaient là que comme termes de transition, et poor indiquer l'approche des temps modernes.

Voici maintenant la description de quelques instrum&as qui , s'il faut s'en rapporter au sol dont on les a extraits , sont très^vieux. Je n'oserais les attribuer aux Celtes , car ils sont en far, métal que ces peuples n'ont connu que fort tard , et qu'ils n'ont que bien rarement ea^doyé en si fortes pièces; mais, d'après le gissement, <tt peut les croire gaulois ou gallo-romains.

Le premier est une masse de fer, laquelle , m'ont dit les g^is de l'art , a été forgée d'une manière qui n'est phis usitée aujourd'hui ; ils pensent que cette opération a en lieu à firoidet à l'aide de deux pia*res. Ce morceau a été trouvé entre Abbeville et Epagne , à 7 ou 8 mètres de profondeur, en creusant un puits à marne; il était sous cette marne , et son ancienneté est certainement fort grande. Sa longueur totale est de 55 centimètres , sa largeur au milieu de 10 , son épaisseur de 4 à 5.

Sa forme est une masse ovale qui, de chaque c6té, se termine par deux longues pointes dont une en crochet. Était-ce un grappin, étaii-ce un soc de charrue?

Le second morceau a été trouvé en 1842, à Condé-Folie (Somme), à six mètres de profondeur, par H. Duli^e; sa longueur est de 33 centimètres, sa largeur de 9: c^est probablement un outil de culture^ une sorte de

bêche à deuit pointes dont on se servait à Taide d'un manche en bois. Peut-être aussi était-ce un ioucbet pour l'extraction de la tourbe : on en emploie un aujourd'hui qui est presque semblable.

Le troisième fut découvert en 1844 , à la porte d'Hooquet , à trois mètres au-dessous du niveau de la Somme ^ sous 30 centimètres de tuf, et 50 centimètres de tourbe ; il ressemble , par sa forme , à une hache de sapeur ; sa longueur est de 46 centimètres, sa largeur au tranchant de 17; ce tranchant était soigneusemait aiguisé et devait couper très-nettement.

On voit que l'instrument était emmanché droit comme une bêche ; mais en était-ce une 7 Â son aspect redoutable, on le prendrait presque pour un instrument de suppUce.

A cette liste des instrumens douteux quant à l'époque^ je dois ajouter quelques détails sur ceux en bois. Le bois par sa nature ne résiste à la décomposition que lorsqu'il est placé dans des circonstances particulières; aussi , malgré mes recherches , n'ai-je trouvé que bien peu d'outils de cette matière.

J'ai déjà parlé des haches en bois et j'ai donné la description des manches adhérens aux gaines; ceux-ci ne présentent aucun doute , non plus que ces planches et soliveaux placés au-dessus des urnes celtiques, et qu'on reconnaît avoir été équarris avec des pierres tranchantes.

J'ai en outre rencontré dans le gissement celtique de la Portelette , mais sans pouvoir affirmer qu'elles ne provenaient pas des couches supérieures, un certain

nomlNre de planchettes de la longueur de 10 à 12 centimètres, de la largeur de 7 à 8, formant un carré long, et qui n'avaient pas été taillées avec le fer. J'ignore à quoi elles pouvaient servir.

Un autre instrument en bois , à tête arrondie , du diamètre de 21 millimètres et dont la longueur totale est de 5 centimètres 1(2, a tout-À-fait la forme d'un clou de voiture.

Un troisième , ayant l'aspect d'un lampion sans fond , est une sorte de grand anneau où pourrait passer un bras d'enfant ; le diamètre intérieur du trou formant un rond exact est de 45 millimètres ; la longueur totale du morceau est de 9 centimètres. On s'aperçoit qu'on a profité d'un nœud et des accidens du bois, pour perfectionner sa forme qu'il doit en grande partie à la nature.

i'ai trouvé dans le même lieu quelques autres débris de bois ouvrés ; mais, dans l'état de détérioration où ils sont, il est difficile de connaître leur forme primitive, et dès-lors leur véritable destination.

Ceux d'une meilleure conservation ou d'un travail r^^er m'ont laissé des doutes sur leur antiquité. De ce nombre sont des boules aplaties ou disques , de la largeur de 6 centimètres et de l'épaisseur de 4 , qu'on rencontre assez fréquemment dans les tourbières , et dont j'ai trouvé le similaire en pierre , sans pouvoir indiquer non plus la date de leur origine.

Ainsi que je l'ai remarqué , quand la tourbe atteint la surface et qu'elle est molle encore, la profondeur où sont les objets ne prouve pas toujours leur ancienneté.

158 INSTRUMENS SUGGÉDANT

Parmi les instrumens en bois , je ne dois pas om^tre la pirogue trouvée sous la tourbe à Estrebœuf près Saint- Valery-sur-Somme. Cette pirogue , faite d'un seul tronc de chêne , longue de 10 mètres et large de 60 centimètres , a déjà été citée dans le premier chafûtre de ce livre.

Les anciens canots qu'on peut attribuer aux Gaukns , aux Celtes , ne sont pas très-rares ; Ton en a découvert plusieurs en Angleterre. L'un des plus remarquables l'a été à North - Stoke dans le Sussex , en juillet 1834, par H. Thomas Phillips, les dimensions en 8(mt à-peu-près les mêmes que celles du précédent.

J'ajouterai à cette nomenclature , deux morceaux qui ont été recueillis il y a vingt-cinq ans , à Gouy , pr6g Âbbeville, dans une tourbière appartraant à H. Judcy ; ce sont deux bêches en bois ; Tune est aujourd'hui au Musée d' Abbeville, et l'autre m'a été donnée par M. Bâillon. Elles sont toutes deux semblables , de la grandeur et de la forme à-peu-près de nos bêches ordinaires; le manche se termine par une poignée ouverte pour passer la main , ainsi qu'on le fait encore.

Ces pelles sont peut-être gaul(Hses, peut-être nK maines , peut-être plus nouvelles , car on s'aperçmt qud leur extrémité a été garnie de métal.

Je pourrais étendre ces citations , car j'ai réuni on grand nombre de ces morceaux à date douteuse ; mais ceux-ci suffiront pour signaler l'époque de transition et les rencontres qu'on peut faire dans les couches supérieures , avant d'arriver au véritable sol celtique.

Nous résumons ainsi ce que nous venons de dire : les

plus vieux monamens de la terre sont ces meubles , ces ustensiles qui, nés des premiers besoins de l'homme, ont pour ainsi dire paru avec lui.

Après les meubles créés par la nécessité, sont venues les armes qui ne sont encore que la conséquence de Tamour de soi ou de l'instinct de la propriété.

Après les armes , parurent les symboles , les idoles , les amulettes ; car en se défendant contre le danger connu, les hommes ont voulu se prémunir aussi contre l'inconnu.

Les premiers de ces outils , de ces images , étaient en bms, en craie, ensuite en pierre plus dure. Ces derniers, sauf de rares exceptions , sont les seuls que nous trouvions aujourd'hui.

On le voit donc : meubles et ustensiles d'abord , puis armes , puis idoles et amulettes , ces essais primitifs de l'industrie de l'homme deviennent successivement des symboles religieux, puis commerciaux, et enfin des signes représentatifs du prix des choses et une sorte de monnaie. Une hache en silex, en porphyre, en serpentine, représentait telle valeur en terre, en fruits, en bestiaux , et l'ébauche en pierre d'un animal payait un animal vivant.

n en a été ainsi jusqu'à ce que les métaux et l'art de les fondre aient été connus. Alors , on a dû , soit pour les ustensiles usuels , soit pour les armes , soit surtout pour les moyens d'échange, les préférer aux matières infusibles bien plus difBciles à travailler.

La forme dite hache était depuis un temps immémorial usitée chez les Celtes et les peuples qui les ont

précédés. Cette forme traditionnelle se perpétua, et la hache en cuivre, arme, symbole, poids ou mesure , remplaça la hache en pierre; il en fut de môme des couteaux en silex qui , peu à peu , disparurent pour fiodre place à ceux en bronze.

Ces sculptures d'essai, ces silex où l'artiste saiH vage proÛtait , pour abréfçer son travail , de tous les accidens, de toutes les ressemblances, furent donc abandonnées ; et , dès qu'on sut modeler des figures en terre et les durcir par la cuisson ou les couler en cuivre , en bronze , en étain , en or, en argent, partout des ébauches céramiques puis métalliques remplacèrent les esquisses en pierre.

Ces esquisses dès-lors n'eurent plus aucune valeur ; on les laissa sur le sol , de là leur abondance ; tandis que les figures en métal furent fondues pour en faire de moins grossières ou de plus utiles. Ainsi s'explique la grande rareté de celles qui tiennent à cette première période de l'art du fondeur.

Les images en ronde bosse, taillées dans le cuivre, ont sans doute précédé les monnaies, comme elles avaient été précédées ellesHfnêmes par les sculptures en pierre. En effet les premières monnaies celtiques ne portent de figure que d'un côté , et cette figure est très en relief.

Ce qui est resté de ces monnaies des premiers âges de l'industrie monétaire chez les Celtes et les Gaulais , nous prouve que ces peuples , même à l'époque où ils connaissaient la fonte des métaux , n'avaient pas encore supprimé leurs premiers symboles, et ces similaires

d'animaux reparaissent sur leur monnaie , entourés de leurs signes mystérieux.

Ce ne fut que dans les derniers temps de Toccupation romaine que les Gaulois y ont définitivement renoncé , et que les attributs du paganisme et les animaux de la Rome conquérante, Taigle, le sphynx, le lion, remplacèrent Turus , le cheval , le sanglier, ces premiers blasons des Gaules.

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