‹ Antiquités celtiques et antédiluviennes (volume 2)Chapitre 13 sur 30 · FOUILLES DE 1837 A 1838 , A LA PORTELETTE · texte numérisé non relu

FOUILLES DE 1837 A 1838 , A LA PORTELETTE

morceaux qui m'avaient été donnés sans autre garantie qu'une parole d'amateur.

M. Picard, en homme consciencieux et qui cherche la vérité avant tout , accueillit le don que je lui faisais , mais il profita aussi de l'avis. Après un examen attentif, nous avons reconnu que ces instrumms, sans doute anciens, romains peut-être, ne pouvaient être celtiques; il était évident que la scie y avait passé, ce qui ne se voit jamais dans les morceaux d'une très-grande ancienneté. M. Picard a dû les écarter de sa notice, et je les ai rejetés aussi de la collection que j'ai for^ mée depuis. Il ne sera donc question ni de ceux-ci ni d'aucun autre dont l'origine ne me serait point parfaitemeait connue.

Ces fouilles dont les circonstances se ressemblent, ne pouvant avoir qu'un intérêt minime , je ne les décri- Tfi pas toutes ; mais dans celles que je citerai , dût-on m'aecMser de prolixité, je n'omettrai aucun détail ; car il s'agit de poser les faits de manière que tout le monde puisse les vérifier.

En 1832, une tranchée ayant été ouverte sou$ les remparts d' Abbeville , de là porte d'Hocquet à la porte de Rouen, pour y établir le canal de transit, deux haches celtiques, avec leurs gaines en corne de cerf, furent trouvées parles ouvriers. Depuis elles furent déposées au Musée de l'arrondissement où elles sont encore.

Le hasard seul les avait sauvées, car lesfouillesn'avaient pas été suivies. J'en exprimai le regret à la Société, en lui proposant de nommer une commission pour s'occuper des soodages qui allaient recommeqkper près de la

porte de Rouen ; mais l'absence de plusieurs de nos 001*^ lègues et les travaux dont les autres étaient accablés ne permirent pas de donner une suite immédiate à cette pro* position. Ce fut cette circonstance qui me détermina, malgré mon peu d'habitude de ce genre d'exploraticm, à me charger de celle-ci , non toutefois sans hésitation ; il en est ainsi au début de toutes les études: je erai-^ gnais de trop entreprendre.

Bientôt des découvertes heureuses me donnèrent coa*rage ; je continuai , et je finis par m'attacher à mon travail , parce que dès ce moment j'y entrevis une noovdle page d'histoire.

Nous étions alors en août 1837. Le but des travaux était le creusement de fossés pour la défense de la place, et l'étaUissement des fondations de la nouvelle porte de Rouen et de son pont.

L'excavation commancée à environ 30 mètres da canal de transit et à une ^ale distance de la Somme , se dessinait dans l'angle formé par ces deux cours d'eau . Elle devait s'étendre dans un espace de 540 mètres carrés. M. Ghallays, capitaine du génie, qui dirigeait les travaux, me donna toute facilité pour opérer les miens* Depuis , j'ai trouvé la même obligeance dans MM. Lam«bert et Frémont, aujourd'hui chefs de bataillon, et dans MM. de Lapisse et Thiébaud, officiers non moins distingués.

J'avais recommandé aux travailleurs de recueillir les débris de toute nature, et j'avais eu soin de leur faire voir des haches celtiques en silex, et le dessin de plusieurs montures de ces haches. J'achet^ d'avance et

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en bloc, tout ce qu'ils découvriraient. Je leur promis en outre une récompense pour chacun des morceaux qui présenteraient quelqu'intérêt.

Nous avons indiqué la configuration du sol ; c'est une surface un peu accidentée et qui, par suite d'anciens terrassemens , s'élève de 4 à 6 mètres aunlessus du niveau de ta Somme*

Voici le résultat des fouilles.

En partant de cette surface , on trouve d'abord une couche de 2 à 3 mètres d'épaisseur , composée d'un mélange de sable et de terre tourbeuse ; c'est un sol nouvellement remué, probablement à l'époque de la construc^ tion des bastioiis, ou du creusement des fossés voisins.

Après avoir traversé un lit de sable fluvial, d'une épaisseur variable , l'on tombe dans une couche de tuf calcaire, d'un mètre dix centimètres. Ce tuf est friable; néanmoins quelques beaux groupes formés par l'encroûtement de plantes ou de racines , y ont été recueillis.

Sons le tuf, on rencontre une autre couche de sable très-fin, bleuâtre, variant de 2 à 5 mètres.

Vient après, un lit de tourbe de 2 à 3 mètres.

Sous la tourbe, est une nouvelle couche de sable bleuâtre, qu'on peut aussi estimer à 2 mètres.

Puis un lit de silex. Je dis un lit, car la première apparence me l'avait fait croire ; mais un examen plus approfondi m'a montré que ces silex taillés pour la plupart et mêlés de poteries, de charbon et d'ossemens, étaient aussi quelquefois par places ou par taches.

Les silex non taillés étaient brisés et l'avaient été avec intention , soit que l'usage et le rit le voulussent

ainsi , soit toat simplement pour qu'ils se rangeassent mieux.

En définitive , la couche ou le gissement de eaiilôux et de tourbe pouvait avoir 30 centimètres d'épaisseur, se répétant dans quelques places par doubles et triples assises superposées ; ce qui donnait à la tranche environ un mètre de profondeur, et 3 mètres à Tensembie des terrains tourbeux.

Immédiatement au-dessous de la dernière assise, était une couche mince de charbon de bois et de détritus de végétaux, placés là de main d'hommes, formant par suite de la décomposition, une pâte noirâtre de mauvaiiae odeur.

Après cette couche, venait une sorte de plate-foroie à claire-voie faite de petits madriers de chêne grossissement équarris, et travaillés, autant qu'on pouvait le remarquer, avec des instrumens à tranchans irr^^U^n^ probablement en pierre ou en os.

Sous ces pièces de bois dont les plus grandes avai0Qt2 mètres de longueur sur 4 centimètres de largeur, les plus petites 50 à 60 centimètres, et dont j'ai constaté la prés^ice dans un rayon de 1 2 à 15 mètres , (m retrouvait le sable bleu se présentant par lits d'épaiswvr variable.

Sur quelques pomts, la tourbe se montrait encore ; sw d'autres, on rencontrait la craie.

Les travaux du génie s'arrêtaient là ; et, l'eau n'étant plus contenue, il me fut impossible de pousser les fouilles plus loin.

On voit par ce qui précède que c'est à 12 mètres 80

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centimètres aa -dessous de la surface du sol, et 4 à 5 Hiètres aa-dessous du niveau de la rivière, à une distance d'environ 30 mètres de cette rivière et du canal de transit, que se trouve le terrain vierge ou la craie. C'est immédiatement au-dessus de ce terrain et dans une couche de tourbe, mais plus souvent dans celle de sable bleu de 2 mètres d'épaisseur, que sont ces taches superposées ou ces amas de silex, poteries, ossemais, mélange qui repose sur un lit de charbon et de plantes décomposées .

Ce lit est lui-même appuyé sur le plancher dont je viens de parler, plancher composé de pièces de bois placées à quelques pouces les unes des autres , le tout âitouré de la couche de sable précédant la craie ou un dernier lit de tourbe.

Pour faciliter la vérification de ces gissemens on trouvera dans mon cabinet, en regard des objets, des échantillons de toutes les couches de sable, tourbe , tuf, silex, c^idres et charbon que nous avons traversées . Vous y trouverez aussi l'une des assises de bois que vous reccmnaitrez aisément pour n'avoir pas été travaillée avec le fer« Chaque morceau, ainsi que les échantilknifi , porte un numéro d'ordre avec l'indication des profondeurs.

Quant à l'ensemble du terrain, en peut encore aujourd'hui, lorsque les eaux sont basses, en suivre sur quelques points, les couches diverses. En voici d'aiUeurs la coupe, travail que je dois à l'obligeance de H. Ravin.

188 FomLLES DE 1837 i t838,

Coupe des terraigs alliiTieiis de la Portelette,

Maunuu la ditporition At lot tt éf i^mllHnt qu'il rmferm.

Sssiiig'^ià^^feii?^

ËcheUe: 0», 05c pour mitre.

* La Ûhdie indiqne le nivean des eau octneltes de Ea Somme, doai la profondeur est de S mètres.

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