‹ Antiquités celtiques et antédiluviennes (volume 2)Chapitre 21 sur 30 · DES TERRAINS ENTOURANT ABBEVILLE · texte numérisé non relu

DES TERRAINS ENTOURANT ABBEVILLE

On fut plus explicite à Tégard de quelques couteaux eu silex : ils sortaient des terrains avoisinant Tancien pont Rouge et se rapprochaient aussi, quoique sur l'autre rive , de la zone où nous avions fait nos premières découvertes celtiques.

On ramassa là un assez grand nombre de boules en grès ou en silex et même en craie. Je ne les crois pas très^anciennes ; peut-être même sont-ce de ces boulets dont on se servait dans les premiers temps de Tartillerie. Une seule en silex légèrement aplatie a pu appartenir aux temps celtiques.

J'avais attribué cette origine celtique à une grande nautile taillée de manière à servir de coupe*, qui. avait, m'a-t-on dit, été trouvée sous la tourbe ; depuis, on m'en en a apporté une semblable ayant appartenu au dernier des Créqui , mort dans un village des environs d' Abbeville, à la Gn du siècle dernier. Ceci ne prouve pas que ces coupes soient modernes, mais n'annonce pas non plus qu'elles soient anciennes; je les crois du 15® siècle.

En mai 1844, on ouvre un tefrain situé entre l'ancien pont Rouge et la porte Marcadé, dans l'intention d'y établir le gazomètre.

On perce d'abord le sol à une profondeur de 6 mètres, dont 3 au-dessous du niveau du fleuve. Ici, mes prévisions ne sont pas trompées : la tourbe étant dépassée , l'on reconnaît les fragmens de plusieurs grandes amphores de pâte grise très-dure et semblables à celles qu*on déterre fréquemment à Noyelles-sur-Mer; elles sont évidemment romaines. Sur le même plan, on ramasse aussi quelques médailles du Bas-Empire.

Sous cette tourbe d'un mètre d'épaisseur, se montrait un sable gris-bleu parsemé de taches noires ann<mçaal le voisinage des cendres et le sol celtique ; bientdC je découvre quelques éclats d'un silex noir^ d'un graiii très-fin, taillés assez soigneusement, puis des moroeaiii de charbon.

Les urnes ne pouvaient être loin, je le dis aux tercw^ siers; ils ne tardèrent pas à les rencontrer. Leur pâle noi* râtre et friable était analogue à celles de la «Portctetteé

Je fis extraire , devant moi , un certain nombre de Ml pots; mais ainsi que les premiers dont ils avaient h forme, ils tombaient en morceaux dès qu'on écartait la terre qui les soutenait. Quoique j'en aie reraeitt soigneusement les tessons , il m'a été impossible d*€i recomposer un entier. Les ouvriers , à qui j'avais promit une assez forte somme s'ils parvenaient à en sauver, IM furent pas plus habiles que moi.

Us forent plus heureux dans la recherche des ailez ils retirèrent sous mes yeux , d'un lit de cendres et ck charbcm, à environ 2 mètres au-dessous du niveau de h rivière et à 50 centimètres sous le banc de tourbe , tu» certaine quantité de couteaux de ce même silex iM^ e bleu ; lem longueur variait de 4 à 17 centimètres, ^el ques-uns étaient très-délicatement travaillés. Nous èi donnerons les dessins.

U y avait aussi plusieurs fragmens de haches polies € un instrument assez curieux également en silex , enfl des figures d'animaux .

Je ne trouvai aucun os portant des traces évulente de travail. Les ossemens non ouvrés étaient de cerf, 4 sanglier, de cheval et de bœuf.

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La veine noire dessinée dans le sable au-dessous de ia umrbe et qui, comme je l'ai dit, était un lit de cendres et de charbon 9 contenait des tessons. Il est possible que ces cendres et diarbons aient primitivement été renfermés dans des umés, brisées ensuite par la surcharge de h, terre, puis tombées en dissolution.

Ces tessons étaient de 2 mètres moins proiSondément enfimiis que ceux qu'on a trouvés à la Portelette , stir le dernier plan; aussi m'ont-ils paru d'une pâte un peu moins grossière quoiqn'également mélangée de pierrailles. Quant aux instmmens en silex , ils sont mieux travaillés que ceux de k Portelette. Tout annonce que ce gissement de la porté Harcadé, Inea que celtique, est d'une date moins reculée que le premier.

Un ciseau de fer était à quelques centimètres audessus. Il est douteux qu'il soit de la même époque que les vases et les couteaux de silex, et dè$-lorS qu'il ait servi à les tailler; il tenait vraisemblablement des couches supérieures.

On peut encore considérer cet emplacement, celui où exi aujourd'hui le gazomètre, comme ayant été un Heu consacré , ou un champ de sépulture ; et si les sondages avaient été poussés 2 mètres plus bas , on êmrait atteint le dernier plan celtique ou les assises de bois

On creusera en 1846 le terrain voisin. Ce remuement de terre amènera de nouvelles découvertes ; car le gissement doit s'étendre jusqu'à la Somme, et c'est dans la même direction et sous les fondations du quai , que furent trouvés les premiers éclats de silex ouvrés.

Par suite de ces mêmes travaux , on a ouvert des

tranchées dans les principales ' rues de la ville. Ces tranchées n'étant pas assez profondes pour atteiiMlre le sol celtique , je n'ai pu avoir que quelques médailles romaines du Bas-Empire , et un assez grand nombre de pièces françaises, des 15® et 16^ siècles.

En 1843, d'autres travaux avaient été entrepris à la porte Saint-Gilles, pour la construction d'une noavdle caserne; ils continuèrent en 1844. En creusant les fondations , on arriva jusqu'à la tourbe , mais sans dépasser le niveau de la Somme. Je n'y trouvai ui poterie celtique ni charbon, mais quelques sUex travaillés. Si l'on fîit descendu plus bas, je pense qu'on eût rencontré des objets d'une époque plus ancienne.

A quelque distance de là , et presque à la superficie, on trouva un filon de sable diluvien ; je n'y ai pas vu d'ossemens fossiles.

Je ne parle pas des objets ramassés sur le sol ; je me bornerai à les indiquer dans le chapitre des descriplioiia, ainsi que ceux que m'ont procurés les explorations des tourbières, explorations que je n'ai pu suivre que de loin à loin et dont conséquemment je connais moins les détails.

Les découvertes qui suivent appartiennent à une autre période et à une autre nature de terrain.

GHAPITB£ Xn.

Temks diiifieiH. Fouille dan la sablière de fciicliecoiirt-lès-Abbe?ille.

J'ai déjà parlé de traces d'hommes remontant à une antiquité bien plus reculée que la période celtique, et même que la tradition asiatique. J'ai dit que des haches de silex avaient été trouvées dans les sables de Menchecourt, parmi les ossemens anté-diluviens , et que ma conviction était, quoique je n'eusse pas assisté à leur extraction, qu'elles provenaient du lieu indiqué.

Il s'agit de vous faire partager cette conviction. J'espère que j'y parviendrai ; mais comme il est indispensable de bien constater la nature du terrain , car toute la question est là , je vais présen-ter quelques considérations sur l'ensemble des bancs diluviens ou dysmiens, et indiquer les signes auxquels on les reconnaît. Puis , de ces aperçus généraux,

nous passerons à l'examen des gissemens propres à notre vallée, ou ceux dans lesquels ont été trouvés les silex ouvrés, gissemens sur lesquels je vous donnerai aussi Topinion de nos collègues MM. Bâillon , Ravin et Buteox dont les ouvrages nous serviront plus d'une fois de guide et de modèle.

Les terrains diluviens ou clysmiens se composent en général du détritus des roches qui leur sont antérieures. Ces terrains antérieurs ne sont pas les mêmes pour toutes les contrées : dans la vallée du Rhône , des roches alpines, dans la vallée de la Somme, de la craie et des dépôts tertiaires forment ordinairement le diluvium.

Ces débris , entrcunés par des eaux torrentielles, ont roulé plus ou moins loin. Les uns, durs et pesans, ont été brisés par le choc ou usés par le frottement , et ont produit ainsi de grands amas de sable et de gravier. Les autres, appartenant à des matières moins oohérenteB^ ont été dissous ou tenus en suspension dans les eaox oà leurs molécules ont pu se mêler et se modifier en divenM combinaisons.

Il en est résulté des dépôts de difi^érentes sortes : des masses d'argile, de marne , de sable, ont recouvert des bancs épais de silex, ou se sont confondues avec élit. Tel est l'aspect le plus général de nos terrains diluviens.

Mais les terrains tertiaires eux-mêmes et les terfvUs post-diluviras peuvent présenter, dans certains cas, dès dispositions analogues. Ainsi , pour être assurés que ncis terrains sont bien positivement diluviens , nous deveos examiner s'ils possèdent les caractères partiotdietlÉ à cette époque.

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Ces caractères consistent dans la position relatÎTe des dépdts, dans la nature chimique des matériaux qui les composent, dans les espèces minéralogiques qui les constituent , enfin dans les fossiles qu'ils contienncmt.

Quant à la position, nos terrains assis, tantôt sdr la eraie nue dépouillée du sol tertiaire, tantôt sur le sol tertiaire lui-même, sont presque partout couverts de terrains alluviass.

Ils occupent donc, entre ces deux formations, la place qui est propre aux terrains clysmiens. On les trouve d'ailleurs, sur des sites tellement élevés, qu'on ne saurait les attribuer ni aux alluvions de la mer, ni à celles des fleuves des temps actuels .

Les argiles et les marnes de ces terrains n'ont pas la même composition que celle des terrains tertiaires ou des lorrains alluviens ; les mélanges qui les constituent sont bits suivant d'autres proportions. Quand il arrive que les sables oflrent le même grain et la même couleur^ ils fl*ont pas la même distribution : on reconnaft aisément qo'ils ont été déplacés et remaniés. D'autres sables y sont de formation toute nouvelle, et proviennent d'une antre espèce de matériaux. Là, c'étaient des granités ou des trapps pulvérisés ; ici, ce sont des silex.

Les silex de ces diverses époques difiE&rent aussi les mis des autres : leur pâte n'a ni la même couleur ni la même écorce, et l'inégalité du frottement selon ces émiques leur a imprimé une diversité de forme dont chacune semble spéciale à chaque révolution. Les galets alluviens sont généralement plus volumineux que les galets tertiaires. Dans nos bancs diluviens, les silex

conservent leurs angles et leurs saillies ; il y en a pea à Tétat de galet véritable : la plupart n'ont été que roulés* Les galets amygdaloïdes , quand ils en contiennrat , sont tertiaires, comme une partie de leurs sables.

Mais ce qui caractérise plus sûrement que tout le reste les terrains clysmiens , ce sont les blocs erratiques et les débris organiques que ces terrains renferment; or les blocs erratiques sont représentés , dans nos valMes , par des grès en masses isolées et par des silex volumineux qui ont été visiblement roulés malgré leur poids.

Quant aux débris organiques , ce sont principalemaot des ossemens d'éléphans, de rhinocéros, d'hippqpotames , d'ours , d'hyènes , de cerfs , de bœufs ou d'ams , et d'autres mammifères dont les races, actuelleoiaiit détruites ou étrangères à nos climats, appartenaieût i l'époque diluvienne.

Dans les terrains d'alluvions, ou post-diluviens, nous ne trouvons que des espèces aujourd'hui vivantes et indigènes , y compris des os humains , et. ces débris y sont toujours entre-mélés de scories, de métaox ouvrés, de fragmens de briques, de poterie, vestiges de la civilisation et de l'industrie des peuples qui ont véeu dans ces temps.

Les alluvions , quels que soient les matériaux qollsi composent , que les dépôts soient limoneux , arénaflis . ou caillouteux , sont faciles à reconnaître par la disposition horizontale de leurs couchés. Des stratificatioiif aussi régulières n'existent jamais dans les terrains dikh viens. Là des sables divers, des graviers, des marnes.

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des Gailloax brisés et roulés , partout jetés en lits tourmeDtés et se répétant à des distances inégales , annoncent le mouvement d'une grande masse d'eau et Faction dévastatrice d'un courant furieux.

A Taide de ces moyens de reconnaissance et de classification qui nous sont indiqués par nos principaux géologaes, U n'est guère possible de se tromper sur les gissmnens diluviens, et de les confondre avec les terrains postérieurs. Nous croyons donc qu'il suffira de voir les bancs de Menchecourt, de l'Hôpital et du Moulin-Quignon, pour être assuré qu'ils doivent être rangés dans la première catégorie. En effet , tout y annonce l'origine diluvienne: absence totale de débris modernes et de détritus d'animaux post-diluviens ; point de granités , il est vrai , ni de grandes roches, mais de gros silex, des grès épars , des sables purs , blancs , ou argilo-femigineux ; d'autres sables jaunes , verts ^ noirs, quelquefois par lits distincts, d'autrefois confondus avec les silex dont les bancs descendent à une grande profondeur, pour remonter presqu'immédiatement jusqu'à la surface du sol. Tel est l'ensemble de ces terrains où Ton reconnaît à chaque pas les traces d'une immense catastrophe et tous les désordres qu'ont dû causer, surtout dans les vallées , le passage des eaux diluviennes lorsqu'elles s'y précipitèrent avec les débris qu'elles entraînaient.

Quant à la forme et à la position des couches , si l'on en vient aux détails, elles ne peuvent être identiquement les mêmes dans les trois gissemens. Le banc de Menchecourt présente au premier aspect , d'autres signes que celui de l'Hôpital. Nul doute pourtant que ce ne soit la

continuation du même terrain ; seulement à Mencbeeoart le lit inférieur de silex est recouvert de 5 à 6 mètres db sable et de marne argileuse , ce qui n'existe , en telle abondance, ni à l'Hôpital, ni au Moulin-Quignon

Cette quantité de matière meuble explique la oonaervation d'un plus grand nombre de débris animaux; mais ce sable qui perce la couche de cailloux roulés au-dessus de laquelle se trouvent toujours les ossemens à MenciNH court , ce même sable , on le voit aussi au gissement de l'Hôpital; il y est dans une semblable position et il eaiH tient également des ossemens diluviens. S'il en a moins, c'est qu'ici la pente est plus rapide , et conséquernsMiC qu'il y est resté moins de limon. Les d^ris osseux ngli n'en ont pas été enveloppés se trouvant ainsi en ooBiMft avec les silex , ont dû être pulvérisés et je ne doute p^ que le sable argilo - ferrugineux qui adhère presqpia partout au silex, ne contienne des détritus aniniaiix réduits aujourd'hui en parcelles mélangées à des débris végétaux.

Les bancs de Menchecourt , de l'Hôpital et du MouIîd^ Quignon étant de même espèce , ou plutôt n'en formant qu'un seul, j'ai dû les réunir dans ce premier aperçu, ce qui ne nous empêchera pas de faire ensuite de chaoUB d'eux , l'objet d'un examen particulier ; mais avant , je vais rapporter l'opinion de nos collègues sur cette saiie de dépôt.

« Notre terrain clysmien , dit M. Buteux , page 134, de son Esquisse géologique du département de la Somme p est composé de sable , d'argile, de silex , de craie, qpi proviennent des terrains tertiaires voisins , des fossiies

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da terrain crétacé, et l'on peut suivre, au moyra des roches que rBiferme le terrain clysmien , la marche des eaux Tenues du sud-est. > Puis il définit ainsi le terrain dyamien ou dihivim de Farrondissement :

« Terre composée exï diverses proportions de sable , d'aide 9 de craie et de silex non roulés seuls; de silex mm roulés et en galets mêlés; amas et bancs de silex; amas de sable roussàtre avec de rares silex et de petits morceaux de craie ; limon argilo -sableux pur ; amas du »lex du fond de la vallée de Somme ; arbres du fond des principales vallées et tourbes du littoral , sables et f^ets inférieurs du Marquenterre. »

En ce qui concerne Menchecourt, M. Buteux, après avoir reconnu que le banc est entièrement diluvien , en parle de cette manière :

c A Menchecourt, les ossemens de rhinocéros, d'éléphans et autres fossiles , sont placés dans une couche de sable marneux traversée par des lits obliques de sable blanc de rivage , épais d'un pied environ , et par des Teines argileuses; ils sont mêlés à des coquilles terrestres et fluviales. »

La description de la même sablière a été faite par M. Ravin , et voici ce qu'il en dit dans son Mémoire géologique 9ur le bassin d'Amiens , première partie , pages 196 et 197 du volume de 1838 , des Mémoires de la Société d^émulation :

« C'est dans les endroits les plus larges et les plus creux de la vallée de Somme , là où les eaux étaient les plus profondes et les moins agitées , dans les emplacemens qu'occupent aujourd'hui les villes d'Abbeville et

d'Amiens, que ces vieux ossemens sont accuniulés en plus grand nombre. Ils ont été déposés avec les allaviens de cette époque , à l'embouchure des affluens les plus considérables qui se rendaient alors dans ces espèces de lacs; au confluent de la Celle avec la Somme, au sudouest d'Amiens, à celui du Scardon vers Menchecourt. »

A l'appui de ce système, que j'adopte entièrement, M. Ravin cite une lettre de M. Bâillon, lettre que je transcris aussi, car elle achève d'éclairer la question en expliquant comment tout ce qui se trouvait sur le sol, lorsque le torrent diluvien traversa la vallée, a dû non-seulement être balayé , mais enfoui , et c'est ce qui est arrivé.

« On commence à trouver des ossemens à dix ou douze pieds de profondeur dans les sables de Mendiecourt, dit M. Bâillon ; mais on en trouve une bien plus grande quantité à dix-huit et vingt pieds. Il y a de ces ossemens qui furent brisés avant d'être enfouis, et d'autres dont les angles sont arrondis, sans doute parce qu'ils ont été roulés par les eaux; mais ils ne sont pas enterrés aussi profondément que ceux qui sont demeurés intacts. Ceux-là sont déposés au fond de la sablière : ils y sont entiers, sans brisure ni frottement, et il est probable qu'ils étaient encore articulés quand ils ont été recouverts. J'y ai trouvé tout un membre postérieur de rhinocéros dont les os étaient encore dans leur situation relative ordinaire. Us ont dû être joints par des ligamens , et même entourés de muscles à l'époque de leur enfouissement. Le squelette entier du même animal gisait à peu de distance.

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€ Taî remarqué que toutes les fois qu'on rencontrait des ossemens disposés de cette majiière, et pour ainsi dire encore articulés , on trouvait également que le sable formait sur un de leurs côtés une agglomération trèsdure. » *

L'attention que les naturalistes comme les géologues oàt portée à celte sablière n'est d'ailleurs pas nouvelle. Située dans l'un des faubourgs d' Abbeville, à 1 50 mètres environ à gauche de la route de Boulogne et contre le chemin de Laviers , elle appartenait et appartient proba- Uement encore à un ancien fermier de ma famille , M. Dubois de St. -Nicolas. Je cite cette circonstance parce que ce fut elle qui amena la première visite que mon père, alors président de cette Société, fit à cette sablière avec M. Traullé , comme lui membre associé de rinstitut, et MM. Deleuze, de Coursel, de Lhéritier, et, je crois, Arthur Young, qui se trouvaient alors à

* Les espèces de mammifères que M. BaiUon a recueillies dans les sables de Menchecourt, sont celles-ci :

Elephas primigenius, Blum.

Rhinocéros tichorinus, Cuv» Oss. f.

Cheval fossile, d'une taille moyenne et d'une forme plus grêle que celle des chevaux vivans.

Felis spelœa, Cuv. Oss. {.

Canis spelœus , Goldf.

Hyœna spelœa, Cuv. Règ. An.

Ursus ctruscus, Cuv. Oss. f.

Cervus somonensis, Desm. Encycl.

Cervus Guettardi,Desm. Encycl.

Bos bombifrons, Harlan.

Abbeville. Les procès - verbaux de la Société d'émalation des années 1798 ou 1799 doivent en fioûie mention.

Depuis, M. Bâillon s'en est occupé activement et il a fait au Muséum de Paris , dont il est correspondant, de riches envois de ces ossemens. Moi-même j'en ai donné à ce Musée ainsi qu'à celui d* Abbeville un assez grand nombre, bien convaincu que les collections de cette nature ne sont utiles que lorsqu'elles sont publiques.

Nous avons vu que les ossemens de rhinocéros et d'éléphans étaient ceux qu'on rencontrait le plus frér quemment à Menchecourt, et cependant, par un cas rare, j'y ai trouvé parmi ces mêmes fossiles une écaille de la nuque d'un grand crocodile. Voici ce qu'ea dit le Dictionnaire universel d'Histoire naturelle, tome 4®» page 361, année 1843 :

« Les ossemens de la famille des crocodiliens, ou peutêtre mieux encore , de l'ordre des crocodiliens , se trouvent en grand nombre dans plusieurs formations géologiques, depuis le lias jusqu'au terrain tertiaire dit éocène. Dans les terrains meubles, au contraire, les os de crocodile sont très -rares en Europe; Cuvier n*en cite dans ses Ossemens fossiles qu'un calcaneum découvert à Brentfort, dans le comté de Middlesex, avec des os d^éléphant, de rhinocéros, d'hyppopotame et de cerf, et il annonce qu'on vient de l'assurer qu'il s'en est trouvé dans les couches meubles du Val d'Arno.

a Depuis la publication de cet ouvrage (Oss. fo$$.), il n'a été découvert, à notre connaissance, dans ces terrains meubles, qu'une écaille osseuse de la nuque d'une très-

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grande espèce déterrée également avec des os de rhinocéros et de bœuf, par M. Boucher de Perthes, dans les sablières de Menchecourt à Abbeville. »

J'y ai également recueilli un os portant indice de travail ; mais il était seul , Tindice était faible et dès-lors contestable. Depuis, on m'en a apporté deux autres, évidemment travaillés, qui étaient confondus avec des ossemens fossiles; mais sont-ils fossiles eux-mêmes? Je n'oserais l'affirmer. Je n'aurais donc pas considéré ceci comme tirant à conséquence si, à l'appui, il ne s'était pas présenté d'autres faits d'une nature plus grave.

Je vous ai dit que parmi ces débris diluviens , os d'éléphans, de rhinocéros , de crocodiles, sous plusieurs couches de sable et à une profondeur de plusieurs mètres au-dessous des terrains modernes, on avait rencontré des vestiges de l'industrie humaine, et qu'un silex taillé me fut un jour apporté avec une masse de sable et d'ossemens tirés du fond de cette sablière.

Quand il s'agit d'un ordre de choses généralement admis et d'un système établi sur une longue expérience, ce n'est pas légèrement qu'on peut les mettre en doute. Ici un fait isolé ne prouve rien ; aussi n'en aurais-je pas parlé si cette circonstance ne s'était pas renouvelée.

Cette première découverte avait rendu mes recherches plus attentives, et quoique je n'aie pu suivre , à cause de l'éloignement de cette sablière, un aussi grand nombre de fouilles que je l'aurais voulu , j'ai pourtant de loin à loin pu diriger les ouvriers et j'en ai obtenu, de 1842 à 1843, trois autres haches en pierre dont je vous donnerai la description.

Je n'étais pas présent lorsqu'elles ont été extraites de la sablière ; mais m'y étant rendu au premier avis , j'ai constaté autant qu'on peut le faire après coup, la place et la couche de sable où chacune était enfouie. Ces couches étaient précisément celles où l'on rencontre les ossemens. Les trois haches, il est vrai, n*ont pas été trouvées dans la dernière ; mais aucune ne l'a été dans celle qui touche aux terrains rapportés dont elles étaient séparées par plusieurs mètres de teire vierge; bref elles étaient, l'une à 4 mètres 40 centimètres, et les autres à 9 mètres environ de la superficie.

Quant à l'espèce de sable dans lequel elles se trouvaient c'est chose facile à constater, car toutes en portent encore des traces, et de celles qui ne laissent aucon doute : on ne simule pas ces agglomérations , ce sont les siècles qui les font.

D'un autre côté, l'aspect du terrain et de ces lits de sable superposés , sable compact et exempt de toute apparence de détritus moderne , ne permet pas de croire que ces haches soient parvenues à cette profondeur par un accident postérieur à la formation du banc, ou par infiltration des couches supérieures ; car on en verrait des vestiges. Je n'ai donc pas douté qu'elles ne fussent là depuis que les ossemens y sont, et dès-lors qu'elles n'y aient été amenées par la même cause ou par le même torrent.

Vous n'en douterez pas plus que moi. Messieurs, quand vous aurez vérifié les faits ; mais pour que cette vérification soit entière, c'est-à-dire pour que vous

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étudiiez avec fruit chaque portion du sol, et notamment les points dont les haches proviennent, ce n'est pas assez de comprendre vous-même la question , il faut que vous puissiez être compris des ouvriers ; et pour qu'ils vous comprennent , il est indispensable que vous parliez leur langue. Après avoir copié la science dans Taperçu que je viens de vous présenter, je vais traduire cette science en termes de pratique, et vous désigner chaque couche ou chaque espèce de sable par les noms que les mineurs et les propriétaires eux-mêmes leur donnent. Sans cette précaution, je le répète, aucune investigation ne vous serait possible, parce que nul ne saurait dans Menche- <x>urt, de quelle chose vous voulez parler.

Cette carrière, dont le sable est très-bon pour la bâtisse, est exploitée par MM. Yimeux, Cambrai et Cauchy, entrepreneurs de travaux , lesquels y emploient plus ou moins de bras, selon Tabondance et la facilité d'extraction du sable qu'ils recherchent. Vous jugerez alors que l'aspect du sol doit varier journellement, et que le toisé que je vais indiquer ne peut pas être exactement celui qu'on a pu prendre à d'autres époques. L'essentiel est que la nature du terrain soit la même, et qu'il n'y ait pas confusion dans la désignation des couches.

C'est donc l'état de la sablière lorsque les haches y furent trouvées que je rappelle ici, en vous faisant observer que la surface du banc, notre point de départ, s'élève d'environ 4 mètres au-dessus de la route ou de la grande rue de Menchecourt qui est elle-même de 4 à 5 mètres audessus du niveau de la rivière, car c'est à 9 ou 10 mètres

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auHlessous de la première superficie, qu'on atteint Teau dans ta sablière.

De même que dans tous les terrains diluviens, lés couches inégales et accidentées varient d'épaisseur sdôh les places; cependant elles sont ici moins irrégiïlières que dans les bancs de THÔpital et du Moulin Quignrà. Les cailloux brisés ou roulés n'y sont pas aussi nombreux , ou bien, étant plus disséminés dans la matière terreuse, ils se montrent moins. On n'en trouve presque pas dails les couches intermédiaires. C'est qu'ici encore les terrains marno-sableux et glaiseux sont déposéis entre deux lits de silex, dont l'un est placé immédiatement au-dessous de la dernière couche de sablé, tandis que l'autre occupe la surface ou la portion supérieure de toute la masse , en se développant dans une épaisseur variable de 50 à 150 centimètres.

Les silex qu'on aperçoit dans le lit d'argile marneuse et dans celui de marne argileuse sont blancs comme s'ils avaient été passés au feu ; ce que j'aurais attribué à la marne dont leur surface est infiltrée, si cette blancheur n'avait pas pénétré à une certaine profondeur.

Faut-il croire que cette teinte blanche qu'on prendrait dans quelques-uns pour un principe de décomposition, et qui diffère entièrement de celle causée par le contact de la craie, est antérieure à leur enfouissement dans le banc , et qu'elle provient de Vèïïet alternatif dés rosées et d'un soleil brûlant pendant leur longue expbsition à l'air avant d'avoir été saisis par le courant dtlnvien, ou bien est-ce réellement la suite d'un contact igné?

Ces silex dont la pftte, quand la teinte blanche ne Ta

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pas envahie , est d'un gris-bleuté, sont bien rarement couverts de leur éoorce. Ils se présentent isolément, lardés, dans la marne ou l'argile, en petits fragmens anguleux de 2 à 6 centimètres de long. Ils ne sont point roulés, et en ceci ils difi%rent essentiellement des silex des deux lits principaux , notamment de celui du fond. Us n'ont donc point la même origine.

C'est & 3 et 4 mètres de la superficie qu^on trouve le plus de ces silex blancs. Quand on arrive dans la troisième couche ou la couche argilo-sableuse, on n*en voit que fort peu, et Ton n'en voit plus du tout dans les couches de sable pur.

Je ne puis d'ailleurs affirmer que cette particularité de la blànchenr des silex dans l'argile marneuse , se répète constamment à Menchecourt ; je Tai observée â deux époques diflfi6rentes , mais une autre fois je l'ai cherchée inutilement.

BHe n'existe pas à l'Hôpital ni au Moulin Quignon , tandis qu'elle est commune dai^s les tourbières de la Somme, notamment dans celle qu'on exploite à l'entrée d'Âbbeville, ptès la porte du Bois. Il suffit de briser quelques tourbes , pour rencontrer , au moins dans une , des fragmens de ces silex blancs dont la grosseur varie d'une noisette à une noix . La drague en ramène de plus gros, mais alors cette apparence de calcination est moins prononcée; cependant elle l'est encore au point de fï^apper les ouvriers eux-mêmes , car plusieurs fois ils m'ont dési^ gné ces silex blancs des tourbières sous le nom de cailloux brûlés. J'en ai trouvé aussi de grisâtres, mais plus rarement; dans ceux-ci, la calcination est indubitable.

J'en viens à Tindication des couches du dépôt de Menchecourt, en les désignant par leur nom vulgaire. II ne faut pas perdre de vue que chaque couche, ou ce que les ouvriers considèrent comme tel , en contient réellement plusieurs. Vous en trouverez le détail dans la coupe dessinée ci-après, et je me borne ici à une simple nomeor clature à laquelle je joins des échantillons pris par moir même et revêtus des doubles noms : ceux du peuple et ceux des livres. Le rapprochement en deviendra plus aisé, et l'examen que je réclame dans l'intérêt de la science et de la vérité ne pourra laisser de doutes.

La première couche, ou la superGcie formant coteau, se compose d'un lit d'environ 3 mètres de ce que les ouvriers nomment prêle. C'est un mélange de débris divers et de terrains rapportés, dits remblais. A Menchecourt il n'y a que peu ou point de remblais, et la première couche se compose de terre végétale et de lits superposés d'argile, de silex brisés, de glaise, de marne. Ensemble 3"*. »»^.

Deuxième couche, dite sable gras jaune.

C'est du sable marneux mêlé de gravier siliceux , de petits morceaux de craie roulée , de silex brisés: son épaisseur moyenne est de. . 1 50

Troisième couche, dite sable gras ^is.C'est encore un terrain argilo-sableux, contenant de la glaise blonde et des veines de sable ocreux. Une hache en silex blanc a été trouvée dans cette couche, dont l'épaisseur est

d'un mètre: ci 1 »»

SABLIERE DE MENCHECOURT. 233

D'autre part . 6"*. 50^

Quatrième couche, dite $able aigre jaune : la couleur en est plus foncée que la précédente . Cette couche se compose de glaise grise sableuse, de coquilles brisées, de sable ocreux,

de glaise pure 2 »»

Cinquième couche, sable aigre blanc. C'est celle que Ton exploite pour la bâtisse ; elle repose sur le lit inférieur de cailloux roulés. C'est principalement dans ce sable aigre blanc que l'on trouve les ossemens diluviens et les haches.

Ce sable est plus pur que les précédens: c'est un sable coquillier sans mélange d'argile ni de marne. Ici l'eau commence à paraître. L'épaisseur de cette couche est de 3 »»

Total. . . 10°'. 50«.

Nous passons à la coupe du même terrain faite par M. Ravin a la fin de 1844, coupe qui servira à la fois de point de comparaison et de complément à celle qui précède : il y a d'ailleurs identité presque complète dans les indications.

TEBBAIN DILUVIEN,

Coofe rèdnile dn lemin de Menchrconrt fris Akbeville.

XVI t^>«?«'«P«e;?TS|'"«rS^*'S*^^,

SABLIERE DE MENCHECOURT. 235

(explication B£ la planche ou DE LA CbUPE).

(I. Tferré véigftafe 'skit)erficietfe, iiovte ; Tiumus. TemusnMeniesj . . , ,, .

M alhrîeiis. j 1'* l^c^ végëtàle ihfMeùre , argileuse ( mélange ( d^humus et d'argile).

(m. Argile brune, biëfeuse infériéiurciment. IV. Banc supérieur de silex roulés et brisés^ contenant des paquets de marne blahene et de craie Brwi j . — iBT- <. roQl<^ en fragmens am^^alins.

niiclTsmieDdé-i \j^^^ f V. Glaise ferrugineuse brune, compacte (vulgaire-

^ * ment bief).

linoiio • dé- ( ^^* Argile marneuse , piquée de silex brisés à ^/ tritkiie. I écorce blanche.

ac I VU. Sable marneux (isable gras des ouvriers).

2 (La puissance de cette couche peut s'âever

0S [ / ' au-ddà de 5 mètres; elle contient des osse-

mens de mammifères).

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