‹ Antiquités celtiques et antédiluviennes (volume 2)Chapitre 26 sur 30 · Mt^ange de silex roulés et i)p glaise argileuse · texte numérisé non relu

Mt^ange de silex roulés et i)p glaise argileuse

a, 3, S. Paquets et vnnes obliques de sable blond, mêlé tTim |w() do gravier et de silex.

3. lit de f;rès femigineux-diluvien.— Sable a^ntiDëpariui dmeot argilo-ferru^ineux {/er hydratt).

B- Deuxitme coucIh' {dftritique, W. Brong.)

1 . Masse de silex roulés t\ bris^, entmuèlés de gravier, dans dn sable n>1orié ■ divers de}^ par l'Iiydrale de fer.

3. Band** sinueuse de silex roulés, dans du saUe noir, teint par hk tnaii^ charbonneuse {Ugnittf).

^. Autre niaSM- de silex et do gravier, dans du sable femiginnix bran.

^=^ tnsiruutens reltiques eantenus dans la masse de silex H couverts couuneonx de sable remigineiu: Ksunsà 3 mètres M cmtimè&es aiMiossous de U surface atftudie du soi , les autres à s rahrs CO centimètres. •

PXI^ORATION d'autres BANCS DILUV^NS. 255

Ces diverses analyses et cette unanimité d'opinions ne laissent aucaç doute sur la nature diluvienne du bane de THÔpital. Les deux circonstances que je vais citer contribueront encore aie démontrer.

Qudqnes jours après cette visite, les ouvriers en étendant leur tranchée vers la rue Millevoye, retrouvèrent presqu'à la surface une veine de sable vert, et ils reconnurent que les 2 mètres de terrain rapportés provenaient de remblais mis depuis peu pour combler Texcavation résultant de Tenlèvement de ce saUe exploité pour la bâtisse. Je vérifiai ces faits, ils étaient constans.

L'autre circonstance est plus convaincante encore: le 26 août, dans la première couche de sable jaune argilo-ferrugineux , nous avons trouvé les dents d'im gros mammifère; je n'ai pas douté, au gissement, que ces dents ne fussent fossiles ; en effet elles ont été reconnues telles par MM. Bâillon, Ravin et Buteux.

Ces dents , fragmens des raachelières d'un éléphant , étaient à 2 mètres l]2de la superficie; la couche de sable vert qui devait avoir eu cette épaisseur de 2 mètres li2, n'ayant pas été entièrement enlevée, ces fossiles étaient séparés des terrains rapportés par un lit de 60 à 70 centimètres de ce même sable.

Un peu au-dessous des dents était un couteau en silex. C'était moins ce que je cherchais que le squelette de l'animal à qui avait appartenu cette mâchoire. J'ai fait fouiller avec le plus grand soin dans toute la partie adjacente du banc, tant dessus que dessous, mais rien n'a été trouvé.

256 EXPLORATION d' AUTRES RANGS DILOVIfim«

C'étaient les premiers débris d'animaux fossiles que présentait ce gissement ; depuis , j'en ai rencontré d'autres.

L'une des particularités de ce banc, qui avait d'abord frappé MM. Ravin et Bâillon et qui avait également attiré mon attention, c'était le lit de sable noir. Je consultai à ce sujet M. Brégeault, membre de la Société d'émulation et chimiste habile ". Voici sa réponse :

a Au reçu de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire je suis allé sur le terrain, et j'y ai trouvé toutes les choses telles que vous me les aviez signalées.

» Il me paraissait naturel de trouver à cette profondrar des dépôts d'oxide de fer charriés par l'infiltration des eaux, mais je ne m'expliquais pas aussi bien la présence simultanée de deux oxides différens du même métal, dans des conditions de gissement à peu près semblables, savoir : une couche présumée de deutoxide noir enve-* loppant un premier lit de silex ; puis , immédiatement au-dessous, le même banc de silex traversé dans toute son épaisseur par du carbonate de protoxide , formant à sa base une couche terreuse de couleur rougeâtre.

» En recueillant une portion du dépôt noir pour l'exa-» miner, sa grande légèreté me fit soupçonner que ce pouvait bien être de l'oxide de carbone provenant de la décomposition des plantes et des feuilles du voisinage. Dans cette hypothèse cependant, je ne concevais pas

" La Société a eu depuis à déplorer la mort de M. Brégeault, «dlevé à la fleur de l'âge. Homme aussi modeste qu'instruit, M. Brégeault jouissait à Abbeville de Tcstime de tous.

EIO'LORATION d' AUTRES BANCS DILUVIENS. 257

comment mie substance plus légère que toutes le$ autres, pouvait avoir pénétré à une aussi grande profondeur.

» Après avoir obtenu pair le lavage une certaine quantité de cette poudre noire, je la soumis successivement à laction des acides sulfurique, chlorhydrique et nitrique, sans pouvoir en opérer la dissolution ; ce qui aurait eu lieu nécessairement par Faction des derniers acides au moins, si j'avais eu affaire à un oxide de fer. Réunissant alors mes dépôts sur un filtre , pour les séparer de Teau, et les faisant sécher, je les soumis à Taction du feu qui les brûla complètement, ne laissant qu'un léger résidu de cendres d'un gris brun.

> Il devenait dès-lors évident que ce premier dépôt noir n'était composé , pour la plus grande partie, que d'oxide de carbone. »

Suivant H. Ravin, ce charbon provenait des lignites tertiaires que les eaux diluviennes entraînaient après les avoir délavés, et qu'elles déposaient diversement avec les autres matières qu'elles charriaient.

Je partage l'opinion de M. Ravin. Nul doute à mes yeux que l'origine de cet oxide de carbone ne remonte comme le reste du banc aux temps diluviens.

La superposition des couches de sable et de silex ainsi expliquée, je n'ai plus qu'à indiquer la situation des lieux relativement au niveau de la vallée.

L'élévation du terrassement des remparts fait croire, au premier aspect, que le banc est dans un enfoncement; cependant sa superficie est de bien peu plus basse que la vallée, et lorsqu'on arrive au fond de l'excavation, on n'est encore qu'au niveau de la Somme ou fort peu

258 EXPLORATION d' AUTRES BANCS DILUVIENS.

au-dessous , car c'est là seulement que Teau comiDeiice à

paraître.

J'ai fait sonder à un mètre plus bas, espérant atteindre la craie comme au Moulin Quignon, continuation da même banc ; mais la sonde n'a rapporté que des silex eC du sable de diverses nuances où cependant le sable jaune dominait.

Ce sable teint fortement le linge. Les taches qu'il fait, semblables à celles de rouille, s'enlèvent difficilement. J'en ai remarqué qui avaient une teinte sanguinolente, et j'ai reconnu cette substance nommée sanguine oa ocre rouge , et qui est un oxide de fer.

Les ouvriers interrogés me dirent qu'ils en rencontraient quelquefois des morceaux de deux à trois becto*> grammes, et le lendemain ils m'en présentèrent un de la grosseur d'un œuf de poule. Depuis j'en ai trouvé moimême ainsi que quelques parties d'ocre jaune. Rien d'étrange à ce fait : le diluvium est formé par les débris des terrains antérieurs, et dans nos contrées plus parti* culièment, par ceux des terrains tertiaires et secondaires. Or ces terrains contiennent de l'ocre et de l'hématite, et ils en ont fourni au diluvium. Ce n'est pas d'ailleurs au milieu des silex mêmes qu'on retrouve ces substances^ mais dans les lits de sable et les argiles : à Menchecourt il y a beaucoup d'ocre.

J'ai observé à la superficie de ce même banc de l'Hôpital, à environ 60 centimètres au-dessous des terrain rapportés, un lit de ce grès brun et friable que nos paysans nomment sableret, et qui, étant réduit en poussière et délayé avec de l'eau, sert à aiguiser les faulx.

EXPLORATION d' AUTRES BANCS DILUVIENS. 259

Maintenant je reviens sur mes pas. Ce fut dans le courant de juin 1844, que je commençai à suivre les fouilles de F Hôpital et à étudier les masses de silex à mesure qu'on les extrayait de la mine. Je faisais cet examen sans beaucoup d'espoir ; car les années précédentes, à la suite des découvertes de Menchecourt, j'avais visité sans succès toutes les carrières semblables des environs d'Abbeville, notamment celle alors ouverte à l'extrémité du faubourg St-Gilles, à gauche de la route d'Epagnette, et cette autre déjà citée dite du Moulin Quignon.

Ces deux bancs présentent dans leur composition les mêmes élémens que celui de l'Hôpital; seulement au Moulin Quignon la couche d'humus est plus épaisse, et quelques signes annoncent un terrain dès longtemps habité. Aussi ai-je trouvé dans cette couche des fragmens de poterie et de pannes romaines, une meule en poudingue presque entière, également romaine, et une assez grande quantité d'ossemens de bœufs et de chevaux, remontant probablement à la même époque.

Cette couche de terre végétale et de débris antiques , variant de 80 à 120 centimètres dans son épaisseur, et formant la superficie du banc, arrivait sans intermédiaire jusqu'au sol diluvien, et remplaçait les remblais modernes que présente le gissement de l'Hôpital. A cela près, l'analogie de l'un à l'autre était complète: la première couche, après le sol rapporté, montrait au Moulin Quignon et à Epagnette ce même sable argilo- ferrugineux, et ces silex brisés diluviens ayant pris à leur surfstce la teinte brune de la masse qui les

260 EXPLORATION d' AUTRES BANCS DILUVIENS.

environnait; puis venaient des silex plus gros et des bandes de sable vert superposées, dominant .deux à trois couches d'un sable mélangé de lignites, ou d'oxide de carbone auquel il devait sa nuance noire, ainsi qœ les silex qu'il contenait.

D'ailleurs peu ou point de silex entièrement roulés oa arrondis, mais beaucoup présentant des traces de dioc et d'un commencement de frottement qu'indiquait Témoussement des angles. Dans ce nombre il y en avait du poids de 2 à 4 kilog. qui étaient encore intacts tf recouverts de leur écorce. On voyait que c'était à pea de distance que le torrent les avait saisis et arradiés à leur gangue crayeuse.

Dans toutes les couches étaient mélangés avec le sable des silex broyés ou réduits à l'état de gravier, et tels qu'on en trouve dans tous les dépôts formés par les eaux torrentielles.

De loin à loin on rencontrait quelques blocs de grès, blocs erratiques demi-roulés dont vous pourrez voir chez moi un morceau long de 68 centimètres , large de 50 et épais de 33. Il provient du gissement de l'Hôpital.

On n'aperçoit dans aucun de ces bancs, pas plus à l'Hôpital qu'au Moulin Quignon ou à Epagnette, de traeea d'infiltrations alluviennes. S'il en existait, la nuance lûen tranchée des lits horizontaux superposés laissant à déoeavert la moindre fissure transversale, rendrait cette in-» filtration évidente ; mais il n'y en a point d'apparence^ M partout la partie diluvienne du banc est intacte. Je comprenais donc qu'ici une conGrmation des découvertes

de Menchecourt serait concluaute. Aussi je ne me bornai pas à y chercher moi-même; j'y employai les minears exploitant ces carrières, mais toutes ces démarches ne me procurèrent d'abord que ces oursins dits étoiles qu'admirent tant les ouvriers, et d'autres empreintes de coquilles ou de madrépores , enfin quelques silex brisés assez régulièrement qui, au premier aperçu, pouvaient tromper l'œil, mais pourtant qui n'étaient pas taillés.

Après tant de recherches inutiles je commençais à croire que la présence de haches dans la sablière de Menchecourt était un fait isolé, lorsque le 23 juillet 1844 une seconde tranchée ayant été ouverte dans le banc de THÔpital, j'y trouvai un silex ayant la forme d'une hache ébauchée. Il était au plus profond de l'excavation, mais à la matière qui l'entourait je vis qu'il provenait ou de la couche de sable jaune argilo-ferrugineux placé immédiatement sous les terrains rapportés à 2 mètres 50 centimètres de la superficie, ou bien du premier lit de la deuxième couche composée d'un mélange de gravier et de ce même sable ferrugineux .

Etonné de cette rencontre sur laquelle je ne comptais plus, je me demandais si cette hache, qui n'est ouvrée que sur une seule face, l'était vérilablement, lorsqu'en examinant la couche de sable blanc, croisée de silex et d'argile, placée à 5 mètres de la superficie, je vis un silex dont l'extrémité me parut taillée. Ici plus de doute : c'était une hache tronquée, mais évidemment travaillée des deux côtés.

Le 24 je continuai mes recherdies. Je découvris

262 EXPLORATION d' AUTRES BANCS DILUVIENS.

encore une hache, mais d'un travail peu déterminé. Quelques autres silex avaient des coupures plus évidentes, et je crus reconnaître ici de ces ébauches dont j'ai déjà parlé ; elles seront l'objet d'un chapitre spécial.

Le 25 je retirai de la même couche de sable blanc entremêlé d'argile où j'avais rencontré le second morceau, une autre grande hache douteuse au premier aspect, mais qui cesse de l'être après un examen attentif, surtoat lorsqu'on la rapproche de la première.

Le même jour la bande de sable noir de la deuxième couche, à 4 mètres 50 de la superficie, me fournit un large couteau ou hache plate que j'ai laissée dans sa gangue de sable et de gravier, où elle .est encore.

Le 27, après un examen attentif, je recueillis quelques silex travaillés, mais légèrement; et, soit intention, soit hasard, représentant des simulacres d'animaux.

Les 28 et 29 je ne découvris que des morceaux douteux.

Le 30 les ouvriers retirèrent devant moi de la couche de sable argilo-ferrugineux , à 2 mètres 50 de la superficie, un autre silex demi hache, demi couteau.

Ce fut ce même jour que MM. Ravin et Bâillon vinrent visiter le banc.

Du 1®'^ au 6 août on ne découvrit rien; mais le 7 les deux ouvriers que j'employais, et qui se nomment Philippe Courbet et Louis Forteguerre, l'un et l'autre terrassiers, domiciliés à Vauchelles-lès-Quesnoy, près AU)eville, me dirent qu'il y avait un nouveau com ou hache dans le lit de sable jaune. J'y fus, et nous trouvâmes ai

effet, à 4 mètres 33 centimètres de la superficie, une hache non polie, mais entière et que j'ai conservée dans sa gangue jaune. Elle était à la partie la plus basse de la deuxième couche de sable ferrugineux, au-dessous des trois veines de sable noir. M. Bâillon , sur ma prière, s'y est rendu immédiatement pour vérifier remplacement; ce qui a été facile, car j'avais prescrit d'avance aux ouvriers de laisser le terrain dans le même état. "

* Cette hache étant Pane des plus complètes de celles que j'ai rencontrées dans ce banc, et sa position rendant impossible toute communication avec Textérieur, j'ai cru devoir faire constater le feit par les ouvriers, et voici leur procès-verbal :

« Les soussignés Philippe Courbet, demeurant à Vauchelles-lès-Quesnoy, et Louis-François Forteguerre, demeurant audit Vauchelles, terrassiers, certiGent que dans le courant du mois de juillet 1844 plusieurs silex travailla ont été trouvés par nous dans le banc de sable jaune et silex ou cailloux roul^, situé à Âbbeville derrière le jardin de l'hôpital et le champ de foire; que ces silex travaillés ou coins étaient à plusieurs mètres au-dessous des terrains rapportés, et que, notamment le 7 août, nous avons trouvé à 4 mètres 33 centimètres de la surface, tout au fond de Fexcavation, et dans le banc de cailloux roulés et de sable jaune, on coin en silex travaillés entier, de la longueur de 17 centimètres sur la largeur de 7. Ce coin a été déterré en présence de Monsieur Boucher de Perthes, directeur des douanes à Âbbeville.

«Abbeville, 7 août 1844.

■f- Signé Courbet. »

« Nous soussignés , certifions que la marque ci-dessus est bien celle du sieur Forteguerre, dénommé d'autre part, qu'il a apposée en notre présence.

« A Abbeville, le 7 août 1844,

« Signé Watel.

Signé L. Van Robais. >

264 EXPLORATION d' AUTRES BANCS DILUVIENS.

J'ai continué pendant les derniers mois de Taiinée 1844 à surveiller l'exploitation de ce banc, par moimême ou par les ouvriers qui avaient, à la longue, appris à reconnaître la différence de la coupure d'un silex à sa cassure naturelle. J'ai encore recueilli un certain nombre de couteaux, et cinq haches ébauchées dont deux en partie usées par le frottement des silex bruts parmi lesquels le courant les avait entraînées.

Une autre de ces haches présente de ces bandes longitudinales qui étonnent toujours, parce qu'en démontrant un travail elles n'en expliquent pas le procédé.

J'ai reconnu cette même taille, dans ces ébauches d'animaux dont ce banc diluvien m'a fourni le plus d'exemples ; cependant cette coupe longitudinale est bien moins ordinaire dans ces sortes d'œnvres que celle par petits coups ou par écailles.

Ce fut le 26 août que nous découvrîmes dans la première couche de sable jaune ferrugineux les débris de l'éléphant fossile dont j'ai parlé.

C'est d'ailleurs au-dessous du lit qui contenait ses dents qu'ont été rencontrés tous les silex travaillés, sans exception ; et il ne faut pas perdre de vue qu'à la placé des deux mètres de remblai nouveau il y avait deux mètres de sable vert diluvien , conséquemment que c'est réellement sous 5 à 6 mètres de terrain vierge qu'étaiœt les haches et couteaux.

Ici encore la plus grande partie de ces morceaux portent des traces du sable qui les enveloppait dans le banc, et comme j'ai pris des échantillons de toutes les couchtô, avec la mesure de leur épaisseur et la distance de la superficie, la vérification en est facile.

Le 3 septembre je fis extraire d'une des veines de sable noir, à 5 mètres environ de la surface, une masse de forme ovale aplatie et arrondie sur les bords ; elle avait 9 centimètres de longueur sur 7 de largeur et 2 d'épaisseur. Je la pris d'abord pour un morceau de tourbe roulée, mais en Teicaminant j'ai vu qu'elle était disposée par feuilles ou sédimens successifs, comme les rocbes schisteuses : celle-ci d'ailleurs était friable. Je ne doutai pas que ce ne fôt cette matière délayée qui donnait la couleur, noire au sable et au silex de cette couche, et que son analyse ne confirmât ce qui en avait été dit. Je priai H. Brégeault de faire cette opération. Voici ses conclusions : « Analyse feite de cette substance, je

> persiste à la considérer comme un oxide de carbone

> participant un peu de la nature de la tourbe, parce

> qu'il exhale, en brûlant, une odeur légèrement empy-

> reumatique et qu'il laisse aussi un. résidu terreux. » Pendant que j'explorais le banc de l'Hôpital je ne

négligeais pas entièrement celui du Moulin Quignon. Ce banc est, comme on l'a vu, une suite du premier : ce sont les mêmes stratifications, les mêmes sables, les mêmes silex. Malgré cette conformité et le peu de distance de ces deux gissemens, qui ne sont éloignés l'un de l'autre que d'environ 300 mètres, toutes les recherches que depuis plusieurs années j'avais faites au Moulin Quignon pour y découvrir des silex ouvrés, avaient été inutiles, et ce n'est qu'à la fin de 1844, lorsque l'on changea la direction de la tranchée, que j'en recueillis quelques-uns; encore le travail, sauf dans un seul, n'est41 pas d'une évidence complète.

J'ai dit que le même banc se montrait au-delà du faubourg St-Gilles, vers Epagnette. Aujourd'hui cette partie de la mine a été fermée ; mais l'an dernier, je Tai fréquemment explorée sans y rien rencontrer.

Dans une couche de sable diluvien qu'on a atteint en creusant les fondations de la nouvelle caserne de St-Gilles, j'ai trouvé quelques silex et deux os portant des traces de travail; mais comme j'y ai remarqué une infiltratkm de terre végétale, * j'ai pensé que peut-être ces silex et ces os étaient là accidentellement, et qu'ils provenaieiit des couches supérieures.

Je ne parle pas de quelques autres fouilles qui n'ont pas été assez étudiées pour que les objets qu'elles ùot produits puissent éclairer la question : j'ai déjà fait observer que dans les investigations de cette nature, c'est moins l'objet lui-même qui présente de l'intérêt et pmit servir la vérité, que la position où il se trouve.

Nous bornant donc aux résultats qui ont été dûment constatés, il ressort de ce chapitre et des témoigna^fes à l'appui, trois faits principaux :

1 ^ Que le banc de l'Hôpital est diluvien ;

2^ Que ce banc contient des haches et couteaux de pierre taillés par l'homme;

3^ Que des ossemens fossiles d'animaux anté-diluviens accompagnent ces ouvrages humains.

* On voit, au premier aspect, quand un terrain a été remué soit par la main de Thommc, soit par un accident naturel. Les infiltrttioiis déterre sont surtout visibles dans les couches horizontales; (fies tes coupent perpendiculairement, aussi les ouvriers les nomment potmm*

Je ne me dissimule pas que ees faits blessent les idées reçues et contredisent plus d'un système ; mais combien de choses qui étaient improbables il y a un demi-siècle sont aujourd'hui prouvées, et combien d'autres que Ton repousse en ce moment comme absurdes, seront avant un autre demi-siècle reconnues rationnelles et incontestables. II en sera toujours ainsi, parce que la vérité est infinie et que chaque pas que Ton fait dans l'avenir jette une lueur sur le passé.

Qu'on n'oppose donc pas aux trois faits que nous venons de citer une fin de non recevoir, ou cette réponse toujours aisée, cela n'est pas possible, car nous répondrons , cela est'j et vous le répondrez avec nous, Messieurs, si vous voulez bien consentir à voir non par les yeux d'autrui , mais avec les vôtres et surtout avec votre raison.

Selon nous la première chose à faire dans les questions de l'espèce, et j'ajouterai même dans toutes les questions, c'est de remonter d'abord à la source; et avant la discussion théorique, d'en venir à une vérification matérielle. Malheureusement c'est ce qu'on ne &it presque jamais, et l'on préfère écrire pendant huit jours pour démontrer qu'une chose ne peut pas être que d'employer une heure à se convaincre qu'elle est. Je le répète donc : dans le sujet qui nous occupe, rien de plus suret en même temps de plus rationnel que de vérifier les faits, et c'est ce que je réclame à la fois de votre impartialité et de votre obligeance.

Avant de finir ce chapitre je crois devoir répondre à une objection qui m'a souvent été faite, et dont la solution a dû dès-lors me préoccuper.

268 EXPLORATION d' AUTRES BANCS DILUVIENS.

Comment ces silex travaillés, ces haches, ces couteaux, ces figures, se trouvent-ils là précisément dans un banc de silex ?

La manière dont se sont formés ces lits diluviens explique le foit. Les silex comme on peut le voir, et comme le prouve l'analyse de MM. Ravin, Bâillon et Buteux, ne sont pas liés en une masse compacte; ils sont au contraire isolés , séparés les uns des autres par la couche de sable et de gravier qui leur sert de gangue et qui est le résultat du détritus de diverses roches. On s'aperçoit donc facilement, et par leur position même, que ces lits se sont formés par reSet d'un torratit balayant la sur&ce et emportant non-seulement les silex, mais encore tout ce qui n'était pas solidement fixé au sol.

Ainsi roulés, puis précipites, tous les corps mous, ligneux, cartilagineux, et même les roches de peu de consistance comme les craies, les schistes, ont été broyés sans laisser de traces ou du moins de formes saisissables. Que remarquons-nous donc ici 7 Que les bancs diluviens, au moment de leur formation, ne pouvaient ressemblerai rien à ce qu'ils sont aujourd'hui. En effet quelle est leur composition présente ? Des lits de sable mêlés de silex ; quelques os rares, quelques taches charbonneuses, mab beaucoup de matières minérales et calcaires. Eh bieni ces matières minérales formant en ce moment la masse presque entière de ces bancs, étaient dans le prindpe celles qui y tenaient le moins de place ; parce qu'étant les plus lourdes et donnant peu de prise aux eaux, c'étaient elles qui avaient dû être entraînées les dernières.

EXPLORATION d' AUTRES BANCS DILUVIENS. 269

Quant à oe que devaient être ces bancs au moment où l'eau s'arrêta, on peut aisément se le figurer. Le torrent avait balayé la superficie, notamment celle des vallées à travers lesquelles il se frayait un chemin en entraînant tout ce qui lui faisait obstacle ; arbres, plantes, êtres, monumens s'il en existait à cette époque, tout cédait à la puissance des eaux.

C'étaient principalement les matières végétales qui formaient la masse apparente des bancs primitifs; les dâ>ris animaux et les substances minérales ne venaient qa'^i seconde ligne, du moins quant à l'encombrement.

Les lieux les plus bas, ou le fond de ces bassins entourés de collines et formant entonnoir, étaient naturellement le récipient où s'entassaient tous ces débris, quand saisis par les fleuves ils n'étaient pas conduits à la mer. Ce sont ces catacombes naturelles qui ont reçu les cadavres de la nature morte et vivante, et les dépouilles des trois régnes.

Dans le principe l'affluence de ces dépouilles s'accumulant sans cesse, était telte que des vallées entières ont dû en être comblées et se trouver ainsi au niveau des plaines et peut-^tre des montagnes.

Les choses ne pouvaient demeurer dans cette situation. Ces arbres, ces plantes entraînés avec leur feuillage, ces cadavres encore couverts de leur chair ont dû bientôt tomber en décompostition, puis se dissoudre et s'afiaisser, et la masse se réduire d'autant.

Les troncs d'arbres et la charpente des grands animaux ont résisté plus longtemps; mais l'infiltration des eaux pluviales, les secousses qui résultaient du déplace-

270 EXPLORATION d' AUTRES BANCS DILUVIENS.

ment des parties dissoutes et l'équilibre qui s'établissait, en imprimant à cet amas un mouvement interne et une sorte de frottement, ont dû à la longue détruire aussi ces plantes ligneuses et même tous les ossemens que ne préservaient pas leur extrême dureté ou des couches épaisses de sable et de limon.

Les corps les moins résistans , et dans ce nombre je comprends les roches friables ou poreuses, ayant été ainsi broyés et réduits en graviers, puis en poussière, une époque vint où il ne resta plus que les élémens que Ton peut appeler insolubles et sur lesquels le temps n*a qu'une action insensible, telles que des substances pierreuses, sablonneuses, et quelques parties osseuses.

Parmi les substances pierreuses, les silex sont une des plus dures. Parmi les os, quelques portions de la char<pente et surtout les dents des grands mammifères et de plusieurs sauriens ont également beaucoup de solidité. Ce sont donc ces parties que la destruction atteignit le moins.

Quant aux végétaux, ils disparurent. Quelques taches noires , quelques lignites épars restèrent seuls pour constater leur ancienne présence, et ces détritus qui, ailleurs, auraient formé de riches tourbières, ici délayés par les eaux, ou broyés par le contact des masses pierreuses, ne laissaient que ces faibles traces.

Celles des substances molles ou des parties charnues et cartilagineuses des animaux s'affaissèrent plus encore, et ce n'est que par une analyse approfondie des résidus de ces dépôts qu'on pourrait peut-être en découvrir qu.elques vestiges.

EXPLORATION d' AUTRES BANCS DILUVIENS. 271

n est donc évident que les bancs diluviens d'aujourd'hui ne sont plus, quant à leur masse, ce qu'ils étaient autrefois. Ce sont bien les mêmes si l'on veut, mais concentrés, mais réduits à leur plus simple apparence ; et de cette immense variété d'élémens qui les composaient, élémens qui n'étaient autres que tout ce que la terre portait alors, il ne reste et n'a pu rester qu'un trèspetit nombre.

Dans ce nombre, les substances terreuses et minérales, les graviers , les sables , les galets , les fragmens de roches tiennent la place principale. Il est donc naturel que les œuvres des hommes, fabriquées avec les mêmes galets, les mêmes roches, aient survécu comme ces matières non ouvrées. Le travail ici n'altère en rien la solidité de la pierre ; il contribue même à l'augmenter.

Ce sont aussi, l'expérience le prouve, les matières les plus dures comparativement à celles avec lesquelles elles étaient en contact, qui forment aujourd'hui la base ou l'élément principal des bancs diluviens. Mais Ton conçoit que ces matières doivent varier selon les localités, et que l'espèce de roche ou de pierre qui abondait le plus sur la surface qu'a jadis parcourue le torrent, se trouve en majorité d^ns ces bancs.

Ainsi dans les contrées couvertes de granité, de porphyre, de grunslein et de trachyte, les dépôts diluviens présentent surtout des fragmens de ces roches, et si l'on y trouve un jour des ustensiles, armes ou symboles, ils seront de ces mêmes substances.

Dans notre vallée où il n'y a ni granité, ni porphyre, mais où les silex sont communs, c'étaient les silex que

nos pères employaient pour fabriquer leurs haches, leurs couteaux, et c'est aussi des instrumens en silex qu'on y rainasse communément.

Ce n'est pas qu'il soit impossible d'en rencontrer fiûts d'une autre matière, et j'ai parlé d'une hache en porphyre déterrée à Menchecourt; mais ce fait n'est pa9 ordinaire. Il est clair que les morceaux ouvrés qu'on recueille pêle-mêle avec d'autres roches, n'ont dû être saisis par le torrent qu'à une petite distance ; car ^'ils fiassent venus de loin parmi ces corps durs, ils n'aur raient pu résister à leur choc, ni même à un long frottement.

La hache de porphyre, de Menchecourt, était avec dag os entourés d'une masse de limon. Ainsi garantie elle • pu errer longtemps sans se détériorer.

On peut donc ici établir cette distinction sur la prove* nance des objets ouvrés, et aussi sur celle des ossemws fossiles. Ceux qu'on trouve dans les dépôts pierreux sont probablement indigènes ; ce sont des instrumens fabriqués dans le pays, et les os proviennent d'animaux qui y ont vécu.

Lorsqu'au contraire ces os ou ces instrumens sont dans des masses de sable fluviatil ou marin, ou dans des lits limoneux, ils peuvent venir de fort loin.

Ici encore on nous dira : pourquoi donc n'y a -t-il pas là des os humains 7 Ce limon dont l'enveloppe conserve les dépouilles des animaux ne devait-il pas aussi conseiv ver celles des hommes ?

Nous répondrons: oui, il doit les conserver, et puisque dans les terrains diluviens on a trouvé les œuvres des

hommes, t6t ou tard on y découvrira leurs os. Telle est ma conviction.

Qu'on les trouve moins fréquemment que ceux des immaux, cela s'explique par la différence du nombre. Il y avait alors sur la terre et il y a encore bien plus d'anioiaux qu'il n'y a d'hommes. ^

Ensuite les animaux dont mi rencontre communément les restes sont les quadrupèdes les plus grands, les nastodontes , les éléphans , les rhinocéros. Quelques po^onnes en ont conclu que ces espèces étaient les plus répandues sur le globe ; et pourtant cela n'est pas probable. Les espèces moyennes étaient certainement plus multipliées que les très-grandes, et les petites plus que les moyennes ; c'est une loi de la nature, loi universelle, et qui devait exister alors comme aujourd'hoi.

Pourquoi donc remarque-t-on moins de vestiges des petites races que des moyennes , et moins des moyennes que des grandes? C'est que les os de ces grandes espèces offrent plus de résistance et par leur taille et par leur dureté, et que partout où les gros ossemens se sont, dans le torrent qui les entraînait , trouvés en contact avec les petits , ces derniers ont dû être brisés et réduits en poussière.

Il est certains os de mammifères même très-forts, qu'on ne retrouve jamais. Faut-il en conclure que ces os manquaient à leur charpente ?

 l'époque où le torrent diluvien ravageait la terre , il a dû périr des millions d'oiseaux et de reptiles, et pourtant les fossiles d'oiseaux et de reptiles sont rares dans le diluvium ; si l'on en trouve, c'est dans les terrains

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tertiaires , dans les gypses et les marnes de cette époque.

II est encore une cause de la rareté des débris humains parmi les dépôts d'os d'animaux ; c'est que les hommes, dans les convulsions de la nature, dans les périls qui menacent la vie de tous les êtres, sont ceux de ces êtres qui savent le mieux prévoir le péril , le combattre et s'y soustraire, et le torrent dévastateur qoi enlève les troupeaux d'une vallée n'enlève pas toujoun le berger.

Dans ces grands charniers de d^ouilles modernes, dans ces terrains d'alluvions qui datent de nos jours oa d'une époque où les hommes étaient déjà nombreux, on ne trouve que peu d'ossemens humains comparativement à ceux des animaux.

Les Usages des hommes, notamment celui de brûler les cadavres, nous en avons déjà fait la remarque, mit dû aussi contribuer à faire disparaître leurs restes. Aujourd'hui l'agriculture et l'industrie en convertissant en engrais ou en noir animal tous les résidus des char^ niers et des abattoirs , pourraient faire croire à nos descendans , étonnés de cette disette d'ossemens, que nous vivions à une époque où les animaux étaient peu multipliés.

Rien dès -lors de bien étrange à cette absence de débris humains dans les dépôts limoneux si riches ea autres fossiles, et conséquemment dans le banc de Menchecourt.

Dans celui de l'Hôpital, l'étrangeté serait qu'il s' trouvât lorsqu'il y en a si peu d'autres mammifères.

Que des œuvres des hommes, ces instrumens de pierre soient les seuls qui restent , la cause en est simple ; nous venons de l'indiquer: c'étaient en effet les moins attaquables par l'action du temps et de la décomposition, et surtout par celle des eaux qui mirent en mouvement tous ces débris. A ce choc des corps contre les corps, i ce frottement incessant des masses en mouvement, dioc et frottement dont tous ces silex portent des marqiies , les silex seuls pouvaient résister.

Quant au temps qui s'est écoulé depuis l'instant où ils furent jetés par le torrent au point où nous les avons ramassés, instant qu'on doit considérer comme celui de la formation du banc, nul doute que ce temps ne soit séparé de notre époque par une période immense, peutêtre par plusieurs révolutions , et que de tous les monumens connus, ceux que nous annonçons ne soient les plus vieux.

Mais qu'y a-t-il en ceci qui puisse choquer notre raison. Qui de nous ignore qu'il n'est point de terme à l'existence d'une forme inerte, quand cette forme est par sa nature , indissoluble et inoxidable , et qu'elle se trouve dans une situation où elle n'éprouve ni frottement ni choc. Or, depuis que le banc diluvien a pris son assiette, les objets qui y étaient enfouis sont restés immobiles ; un ou plusieurs déluges ont pu même passer dessus sans les atteindre. Le temps pour eux était donc arrêté. Cent siècles se sont ainsi écoulés sans qu'ils en conservent la trace; et dans cent autres siècles, si les circonstances ne varient pas, ils seront aicore les mêmes.

Tout cela, nous l'avons déjà dit; mais il est des choses, même évidentes, qu'on ne peut faire admettre qu'à force de les redire, parce qu'il est bien moins de choses incroyables, que de préjugés qui tendent à les faire considérer comme telles.

Un autre motif d'incrédulité, motif que nous avons également combattu , c'est la ressemblance des objets trouvés dans les bancs diluviens avec ceux qu'on attribue à des peuples dont nous foulons encore les traces, et qdi n'ont précédé que de peu de siècles la civilisation moderne.

Nous avons répondu à ceci, qu'une figure ou forme, quand elle était devenue symbolique ou sacrée^ pouvait se perpétuer indéfiniment. Qui sait si une partie des haches et couteaux trouvés dans les gissemens celtiques n'avait pas précédemment été retirée des bancs diluviens. Ce que nous faisons aujourd'hui, nos pères ont pu le faire, dans un autre but sans doute; mais, comme nous, ils ont pu distinguer les ouvrages de l'art de ceux de la nature, et recueillir ces anciennes haches, soit pour en faire des oflrandes, soit pour leur servir de modèles.

Quoique nombreuses , ces objections ne seront pas les seules ; mais à mesure qu'on nous les soumettra , nous nous efforcerons d'y répondre et de le faire d'une manière , sinon convaincante , du moins rationnelle.

Ce n'est pas que je ne sache combien il est fadie, quand on suit une idée, de se laisser entraîner par ce qui tend à lui donner un corps, et de prendre un fantôme pour la réalité. C'est aussi dans cette crainte que me défiant de moi-même, j'en ai appelé aux lumières de

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tous. Jusqu'à présent elles ne m'ont pas fait défaut, et j'ai vu plus d'un incrédule se rendre à Tévidence ; c'est donc avec quelque garantie que je puis offrir ici ma conviction.

Avant d'aborder les questions difliciles, ou la description des objets qui pourront donner matière à controverse, nous nous occuperons des morceaux qui ne peuvent offrir aucun doute, et nous commencerons par les instrumens en corne de cerf et en os qui tous appar-** tiennent à la période celtique.

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