E PRIMITIVE. — TOME 2 . CHAPITRE XXV
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fection qu'on rencontre dans certaines haches. Le polissage seul, même avec les moyens dont nous disposons, serait une chose assez longue. Il est donc tel instrument celtique en pierre dure qui , si on l'estimait à la difficulté du travail et au prix ordinaire des journées, coûterait fort cher.
Nous en étions a ces couteaux qui se détachent du Moc d'un seul coup, qu'on nomme copeaux et qui, presque toujours, en prennent plus ou moins la courbe. D'où vient celte courbe?
Faut-il croire que ces couteaux étaient droits au moment de leur séparation du bloc et que leur courbe ne s'est manifestée qu'avec le temps et par l'effet du ccmtact de l'air? Ce qui l'indiquerait, c'est que les plus épais ne se courbent pas et que sur ces rognons de silex (aillés en cône qu'on rencontre assez souvent et dont des copeaux ont, dit-on, été détachés, on trouve toujours les parois en lignes droites et non en lignes courbes ou convexes, d'où il résulte qu'en rapprochant les copeaux des blocs, il reste enlr'eux une large ouverture. Tels sont , du moins , ceux que j'ai vus jusqu'à présent.
Parmi ces éclats, il en est un, dessiné dans ce volume, pi. 11, fig. 8^, dont la courbe est surtout remarquable. Il est en silex bleuté et provient de la tourbe, où je l'ai trouvé en 1840. Il a 13 centimètres de longueur sur 2 de largeur, variant de la pointe au centre de 2 à 10 millimètres d'épaisseur. Uni, comme toujours, dans sa partie concave et à trois arêtes sur le côté convexe, il offre ce poli mat d'un
corps peu dur, d'un fruit, d*un morceau do fromage ou de beurre qu'on vient de trancher. En ceci, il ne diiTëre en rien des autres copeaux : mais ce qui le distingue, c'est qu'il forme complètement Tare. Sa courbe, au centre, est de 14 millimètres. Je ne Tai pas mesuré au moment où il fut extrait de la tourbière, mais à l'œil cette courbe paraissait moindre. Je ne donne, d'ailleurs, ceci que comme indication, c'est une expérience à faire. Certains grès ont de l'élasticité; d'autres pierres ont la même propriété ou plutôt le même défaut, car rien de plus difficile à conserver, même dans les substances les plus dures, qu'une surface plane ou une ligne droite.
Quoiqu'il en soit, il est évident que la confection de ces couteaux n'était pas le résultat d'un travail suivi comme celui des haches, des couteaux-lances, des couteaux-gouges ou ciseaux; il se faisait, ainsi que nous l'avons dit, en deux ou trois coups, et dès -lors dans ce travail on donnait beaucoup au hasard. Un copeau, long et mince, d'un beau silex, devait être un morceau de prix.
Quand l'opération ne réussissait pas, les fragments servaient à faire des pointes de flèches ou des scies propres à scier l'os, les coquilles et môme la pierre. Les éclats larges et solides servaient à ouvrir les huîtres, dont ces peuples faisaient une grande consommation.
Les couteaux que nous allons décrire et qui viennent de Danemarck n'ont donc aucun rapport de forme ni de travail avec ces copeaux. Le couteau n'' 10, qui a été trouvé dans les marais d'Utterslew, est de
l'espèce de ceux que les Danois appellent flintknive og landsespidser . Ils ressemblent assez à des têtes de lances, plus ou moins ettilées. Celui-ci, long de 18 centimètres a dû en avoir 19, car la pointe est brisée; sa plus grande largeur est de 22 millimètres, et de 12 à sa base. Bombé également des deux côtés , son épaisseur au milieu est de 1 centimètre ; ses bords sont tranchants jusqu'à 3 centimètres de cette base. Il est en silex gris. Il n'est poli nulle part et ne parait pas destiné à Tétre: ce genre de lance ou de couteau ne Test pas ordinairement.
Son analogue, n^ 10^, est intact. Sa longueur est de 16 centimètres; sa largeur de 33 millimètres; son épaisseur de 8. Coupant dans toute sa circonférence, il s'arrondit à l'extrémité qui n'a que 5 millimètres d'épaisseur; il a dû servir comme couteau, cependant il a plutôt la forme d'un fer de lance.
Le n° 1 1 qui vient aussi de Danemarck diffère des premiers par l'épaisseur de sa base qui est taillée carrément, large de 3 centimètres et épaisse de 2. Tranchant dans toute sa circonférence, sauf la tête, cet instrument n'a pas été soumis au polissage et son taillant, comme dans tous les outils de cette espèce, a un peu l'apparence d'une scie.
Ce qui distingue ce couteau , est une arête partant de la base et se dirigeant en zig-zag vers sa pointe. Cette arête qui se répète de chaque côté en partageant l'instrument longitudinalement, atteint à peu près la moitié de sa longueur qui est de 15 centimètres. Elle était destinée à le retenir dans la main ou à
empêcher qu'il ne s'échappât de la pièce de bois dans laquelle on l'enfonçait.
Cette arête, faîte avec soin et au moyen de petits éclats successivement enlevés, est répétée dans un autre analogue, n° 11^, un peu moins long, mais plus étroit et plus épais. Ces deux morceaux rares sont en silex: le premier jaune, l'autre blanc.
Le n^ 12 aurait assez la forme de nos couteaux de table, si sa lame n'était pas tranchante des deux côtés. Soigneusement travaillé , il est en silex grisnoir. Sa longueur est de 18 centimètres, sa plus grande largeur de 3 1/2. C'est ce genre d'outil que les Danois appellent couteau à manche. Le renflement a angle droit, qui termine ce manche, annonce que, non plus que le précédent, il n'était destiné à avoir d'autre manche que celui qu'on y voit taillé dans la pierre même.
Son analogue, n^ 12^, est un peu plus petit.
Le n^ 13, long de 33 centimètres, large de 6 au milieu, a la forme d'un fer de lance. La partie étroite servant de manche, moins large et plus épaisse que la lame, a 9 centimètres de longueur, 3 de largeur, 2 d'épaisseur. Nonobstant sa forme de lance, cet instrument ne devait pas être emmanché, il est trop long et trop lourd pour supporter ce manche. 11 a , d'ailleurs, une poignée faite de la même pierre: on s'en servait comme d'un sabre. Il est en silex gris-noir, et précieux par sa taille et sa conservation. 11 vient du Danemarck.
Ses similaires, n« 13% long de 24 centimètres, et
n^ 13", long de 15, sont également bien faits. La poignée du premier est pourvue d'une arête qui contribuait à le retenir dans le bois. Ces deux morceaux devaient être fixés à un long manche et y remplacer le fer de lance.
Le n^ 14, en silex gris et noir, est un épieu ou couteau dentelé. C'est ce genre d'outil peu commun qa*on nomme râpe en Danemarck. Celui-ci ail centimètres de longueur ; il était plus long. Sa pointe est presque intacte, mais l'autre extrémité a été brisée. Les dents, au nombre de vingt de chaque c^té, sont acérées et assez régulières. Leur longueur est de 2 à 3 millimètres vers la base, et de 1 millimètre lorsqu'on se rapproche de la pointe. Cet instrument, qui pouvait servir comme arme ou comme outil 9 est d'un travail soigné, sans être poli.
Le n^ 15 est un couteau en forme de demi-lune. Il provient aussi du Danemarck. Ces couteaux étaient employés, par les anciens Scandinaves, à planer les peaux. Sa longueur est de 16 centimètres, sa courbe de 15 millimètres, sa plus grande largeur de 3 centimètres 1/2, sa plus grande épaisseur de 1 centimètre. Pointu à chaque extrémité, il est tranchant et légèrement dentelé dans toute sa circonférence.
L'analogue, n® 15^, a la même forme; seulement, il est moins recourbé et un peu plus large.
Un troisième, n® 15», ne représente la demi-lune que d'un côté ; l'autre est un taillant droit. Ces trois beaux instruments sont en silex brun.
Le n® 16, fait du même silex, a été trouvé à
268 COUTEAUX Ei> PIERRE.
Bunkcflod (Daneniarck), dans un marais. Il a la forme d'un ovale allongé, dont chaque cxlrémilé se dessine en pointe mousse. Sa longueur est de 16 centimètres, sa plus grande largeur de 4, son épaisseur au milieu de 13 millimètres. Taillé par petits éclats, il est bien travaillé; mais, non plus que les précédents, il n'oQVe de polissage. D'un côté règne, dans toute sa longueur, un tranchant légèrement dentelé, et de Tautre une scie. Les dents, faites avec soin, ont 1 à 2 millimètres de longueur. C'est une scie à main, très-propre à son œuvre.
Tous ces morceaux, n°MO à 16, sont représentés tome II, pi. 10.
S'il existe une grande analogie entre les haches du Danemarck, de Suède, de Norwége et celles qu'on trouve en France et dans le reste de l'Europe, si les couteaux-copeaux sont les mêmes, on a pu remarquer que cette ressemblance ne s'étend pas jusqu'aux instruments que nous venons de décrire, qui sont bien mieux faits que ceux de notre pays. Mais il ne faut pas perdre de vue que si ces outils Scandinaves sont très-anciens et antérieurs pour la plupart à Tusage des métaux, cette antiquité n'est rien auprès de celle des instruments antédiluviens et même ceux des anciens gissements celtiques.
Nous revenons dans le chapitre qui suit à ces instruments des premiers âges.
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