CLASSEMENT DES PLANCHES
Les planches 1 et 2 , figures en silex caractérisées par l'œil , doivent être placées à la iin du chapitre XIII , entre les pages 142 et 143.
La planche 3 , images accidentelles que présente l'intérieur des silex , doit être avant la dernière page du chapitre XIV, entre les pages 146 et 147.
Les planches 4 et 5, types et caractères antédiluviens, chapitres XIX et XX, doivent être avant la dernière page du chapitre XX, entre les pages 202 et 203.
La planche 6, des différentes formes de haches en pierre,— haches diluviennes , doit être à la iin du chapitre XXII , entre les pages 220 et 221r.
Les planches 7 et 8, suite des diverses espèces de haches, chapitres XXIII et XXIV, doivent être avant la dernière page du chapitre XXIV, entre les pages 248 et 249.
La planche 9, suite de la description des haches celtiques, — hachesoutils , doit être à la lin du chapitre XXV, entre les pages 260 et 261.
Les planches 10 et 11, couteaux en pierre, — lances et scies ^ chapitre XXVI , et suite des outils des premiers âges , chapitre XXVII , doivent être à la fin du chapitre XXVI , entre les pages 268 et 269.
ont présenté des traces plus ou moins apparentes de l'existence de l'homme. Cependant cette exploration ne s'est pas étendue aussi loin que je l'aurais désiré : elle n'a guère dépassé les limites des départements de la Somme, du Pas-de-Calais, de l'Oise, de la Seine et de la Seine-Inférieure. Malgré la publicité de ce livre et la correspondance que j'ai eue à ce sujet aveo beaucoup de savants antiquaires et géologues, il en est peu que j'ai pu déterminer à étudier d'une manière suivie les bancs de silex placés à leur port4e> Dioit^n s'étoonar de cotte îndiQSrjence? Mm, car cette étude n'a rien de bien attrayant. Dans les fouilles archéologiques ou purement géologiques , le travail est presque toujours récompensé par des découvertes immédiates ou des indications plus ou moins positives, et cette investigation n'exige pas une attention continue : on reconnaît bien vite, dans une coupe de terrain et même dans une simple tranchée, la superposition des couches, leur nature identique ou leur diversité.
S'agit-il de recherches archéologiques 7 11 n'est pas diiBcile, dans ces terres qu'on ouvre, qu'on remue ou qu'on passe à la claie, d'apercevoir une Cbule, une statuette, une médaille. Ne rencontrerait-on que des débris de vases ou moins encore, une brique, une tuile, on est soutenu par l'espérance de trouver ^elqu'objet meilleur. Cet espoir double le courage, même du simple ouvrier , qui croit toujours au bout de sa pelle voir jaillir un flot d'or.
Il ii'an est pas ainsi dans le diluvium. Là^ rien
que eu Mbie , des silex , des blocs de grès eC , de loin à loio, qoelque deot gigantesque, qoelqa'énorme fragment de tète ou de fitoiur d'éléphant, de riiinoeéros, qui, après avoir éveillé la curiosité du travailleur, ne lui laisse qu'un regret : à peine ce débris du géant des premiers Ages est-il débarrassé de sa gangue et frappé par l'air, qu'on le voit s'affaisser et ae résoudre en poussière. Que reste-t-il alors au curieux? Un souvenir 9 un indice, encore n'est-ce pas celui qu'il cherche. Seul en face de ces masses de sable jetées ra nappes horitontales , courbé soos la voAte qu*a creusé la pioche, il hésite devant la tAcho quHl s'est imposée: ce sont ces innombrables silex qtt*il doit , au risque d'être enseveli sous leur ébou^ lement, examiiier un à un.
Heureux si le résultat était assuré ; mais bien des milliers de ces pierres vont passer dans sa moin sans que la moindre trace, sans que le plus petit signe lui indique œ travail qu'il demande; il n'y reconnait que le frottement des eaux ou l'effet du choc de la pierre contre la pierre.
C'^t ainsi qu'on peut chercher longtemps sans trouver 9 ou trouver sans reconnaître ce que l'oû cherehe. Sans doute il est de ces silex travaillés où la main de l'homme se montre tout d'abord, mais il ell est d'autres où ce travail humain n'apparaît qu'après un examen attentif et lorsque le morceau est ealièrement dégagé des parties de sable et d'argile qui l'enveloppent. On comprend alors comment il a échappé aux premièrea iovesligations.
De ceci je parle par expérience, car, non: plus qu'un autre, je ne suis arrivé en un jour à un résultat : ce travail des silex ne m'a apparu qu'à la longue. Combien en ai-je touché dans tous les sens, mesuré sur toutes les faces sans en distinguer un seul digne d'être conservé , et c'est parmi ceux-là même, dans ces bancs où je n'en trouvais pas, que j'en ai depuis recueilli par centaines. Evidemment une partie m'était passée sous les yeux , mais alors mes yeux , moins exercés , ne les voyaient pas.
Depuis j'ai été plus heureux. Que de fois la pioèhe du terrassier a fait surgir à mes pieds la pierre où , sans hésiter , nous distinguions la main humaine I Quelle joie pour nous deux , l'ouvrier en recevant la pièce d'argent promise , moi en emportant mon trésor!
D'autres fois la découverte était moins prompte, le caillou désiré avait échappé aux travailleurs. Une trace presqu'invisible me le montrait entre mille. Bientôt cette trace me conduisait à une autre, et celle-ci à une autre encore. Le travail était manifeste. C'était nn type, une figure nouvelle pour moi; enfin c'était nne belle trouvaille, belle à mes yeux du moins, car de ces inscriptions des premiers âges, de cette langue souteri^ine, bien peu ont compris l'avenir. Qu'importe! si on le comprend un jour et si la lumière jaillft de ce faible rayon.
M'en fût-il pas ainsi , je ne regretterai ni mon temps ni mes peines, car à mesure que je faisais un pas dans cette voie inconnue, heureux de mes efforts,
SUJET DE CE DEinUÈME VOLUME. 5
je m'abandonnais à mes rêves , je me croyais ce Toyageor à qui se révélait un nouveau monde.
J'avais enirevu depuis longtemps cette race antédiluvienne et paodant bien des années anticipé sur la joie que j'éprouverais lorsque, dans ces bancs que la géologie a si souvent déelarés déserts et antérieurs à Tbomme, je trouverais enfin la preuve de l'existence de cet bomme, ou à défiuit de ses os, la trace de ses œuvres.
Parmi ces œuvres, a^ès tant de siècles écoulés et de commotions terribles , celles dont la matière était dure et solide pouvaient seules avoir résisté. Le mouvement des eaux et leur action dissolvante, le choc des blocs erratiques avaient dû briser, pulvériser tout et qui était friable ou oxidable. Si les ossements de tant d'animaux, de ces millions d'éléphants, d'hippopotames, de mastodontes, de rhinocéros, etc., n'avaiodt pas été broyés, c'est qu'entraînés vivants et en chair, ces grands mammifères, couverts de leur peau et de leur pelage, avaient été préservés par cette triple envdoppe. Dans ces vallées nouvelles alors, dans ces réservoirs creusés par l'efiTort du torrent s'entassaient péle-méle les corps et les monuments, dernières traces de tout ce qui avait été debout. N'est-ce pas encore ce que nous voyons après les débordements et les pluies d'orage? Oui, c'était dans ces dépôts, dans ces égouts du déluge que je devais enfin rencontrer une trace humaine, et ma joie fut grande quand je la trouvai.
On la nia d'abord , on la nia longtemps ; mais depuis, ces traces se répétèrent; j'ai pu en réunir des
centaines, puis des milliers. Cet appui moral, celte confiance qu'on me refusait ailleurs, je les rencontrai dans ce département: la Société d'Emulation, celle des Antiquaires de Picardie me vinrent en aide. Ces preuves si longtemps cherchées je ne fus plus seul à les voir : d' habiles géologues, de savants antiquaires en trouvèrent avec moi et reconnurent hautement et publiquen^ent que j'avais raison, que ma découverte était incontestable, que le diluvium contenait effeotivement des ouvrages d'hommes contemporains des mammifères antédiluviens. Enfin , M. le docteur Rigollot, membre correspondant de l'Institut» connu par ses travaux archéologiques, fit paraître en 1854 une brochure intitulée : Mémoire sur des instrumenli en silex trouva à SainIrAcheul près Amiens, et comîdérés sous les rapports géologique et archéologique* * Dans cette brochure accompagnée d'un plan géographique, de cinq coupes de terrain et des dessins des pierres taillées, M. le docteur RigoUot commence par constater la nature diluvienne du terrain. Après avoir rappelé que c'était dans ce terrain même qu'on avait recueilli à plusieurs reprises des ossements et des dents d'éléphants fossiles, il ajoute, page 1 1 : « Ma curiosité » fut bien autrement excitée quand, vers le mois d'août » dernier (1854), M. Dutilleux, membre de la Société » des Antiquaires de Picardie, m'apprit qu'on y trouvait » aussi des haches ou instruments. en silex, évidemment » travaillés de main d'homme.
* Amiens, 1854, imprimerie Duval et Herii\^nt, place Périgord, n* S.
SUn DE os HBUXlàME YOLUMB. 7
» Ce bit , toat étonsant qu'il dut paraître , Tétait cepeocbint moins depuis que M. Boucher de Perthes avait nmoneé avoir fiiit de semblables découvertes k Meuobeeourt et an moulin Quignon, aux portes d'AUbeville. U est vrai que les savants ne cherchèrent pas À vérifier las assertions de M. de Perthes, qu'ils n'y crurent pas, et que le volume qu'il a publié en 1847 sous le titre d'Antiquitéê eeUiques d «ntédiliA' tnannei, n'a pas été aeoueilli avec faveur. *
> Conduit par les circonstances à soutenir la même thèâe que M. Boucher de Perthes, j'ai pensé que la qoestîoQ géologique était la plus importante et la première à traiter.
> Le terrain où les silex taillés ont été trouvés est* il bien un véritable diluvium ancien ? Est-ce réellement dans les eoaches inférieures, là où se rencontrent les ossements de pachydermes, que gisent ces silex?
B Craignant qu'on m'aceusftt de prévention, ne voulant pas me fier à mes propres lumières et désirant donner toutes les garanties possibles d'authenticité au fiiit qu'il s'agissait de constater, je priai M. Buteux, membre de la Société géologique de France, à qui on doit un si bon mémoire sur la géologie du département de la Somme, de venir à Amiens étudier de
* Gela est vrai en ce qai concerne la France ; mais il n*en a pas été de même à Tétranger, notamment en Angleterre, où Ton a traduit une partie de Touvrage de M. Boucher de Perthes et reproduit les dessins. (Voir le mémoire Stone période du docteur A. Hume. Urerpool, 1S51).
nouveau ce terrain qu'il connaissait bien d'ailleurs. M. Buteui voulut bien répondre à ma prière, et, après un examen attentif des lieux, il m'en donna- une noie descriptive qu'on lira à la suite de ce mémdre.
9 J'eus recours aussi à l'obligeance de M« Dotllleux qui, le premier, m'avait donné l'éveil sur les trouvailles faites à Saint-Âcbeul, et je lui suis redevable des dessins très-exacts représentant diverses coupes et le plan des fouilles faites sur ce terrain^ qui ^iricbissent mon travail.
> LfC témoignage de ces Meœieurs, tel satisfeisant qu'il fût, ne sufBsait pas encore à me contenter; je sollicitai de nouveau M. Buteux et rengageai à revenir, et à faire son possible pour amener avea lui un géoU^ue ayant une* position officielle et dont le nom pût faire autorité; il fut assez heureux pour déekier à venir a Amiens M. E. Hébert, professeur de géologie à Técole normale supérieure de Paris , qui , depuis plusieurs années, n'épargne ni fatigues ni voyages pour étudier, d'une manière toute spéciale, les terrains quaternaires dont on apprécie de plus en plus la véritable importance. Mous visitâmes ensemble les exploitations de Saint- Acheul et de Saint-Rocb; et, afin de compléter nos études, nous nous rendîmes à Abbeville pour examiner les terrains où s'étaient faites des découvertes du même genre et voir la collection très-curieuse de haches celtiques et de silex taillés rassemblés par M. Boucher de Perthes.
» A Abbeville comme à Amiens, les silex taillés se rencontrent exclusivement dans la partie inférieure
de rexploilatioD, aa milieu des sables et des cailloux ; quelques-uns, parmi ceux qui furent trouvés à Saint- Âobeuly sont encore recouverts d'une gangue calcaire adhérente qui, à certaines places, enveloppe les cailloux et les graviers ; gangue qui n'existe qu'à cette place et ne se retrouve dans aucune des couches supérieures.
» A Saint-Acbeul, dans le lieu même où se recueillent ees produits de l'industrie humaine, on a trouvé un morceau de défense d'éléphant que possède M. DuliUoQx, et des dents et des os d'espèces peut-être perdues , des genres equus , bo$ , cervu$ , dont la substance est dense, lourde, comme imprégnée de matière calcaire et peut-être siliceuse, et qui ne ressemblent en rien aux ossements d'hommes, de bœufs, de chevaux recueillis dans les couches superficielles; ceux-ci sont poreux, légers, quoiqu'ils datent de quinze à seize cents ans , comme nous le verrons plus tard.
» Ainsi il est bien établi, et je le répète: les objets que nous allons décrire ne se trouvent ni dans le limon argilo-sableux ou terre à briques qui forme la couche supérieure, ni dans les lits intermédiaires d'argile plus ou moins pure, de sables et de petits eaillonx, dont on peut avoir une notion précise par les coupes détaillées jointes à ce mémoire ; mais ils se rencontrent exclusivement dans le véritable diluvium, c'est-à-dire dans le dépôt qui renferme les restes des espèces animales de l'époque qui a précédé immédiatement le cataclysme par lequel elles ont
10 sotMat VE GB wanaÈÊÊE ^
» éié dëmàes. 0 ne poil y aïoir nen émtâm à cel
H. RigoiloC ) ai amoDQaiit qa*iHi a tras^ 4e ^es pierres oovrées an nooriNre de plus de quatre eoMs , eo doue la deseriptîoD.
« Toos ees sites, diMl, sont UnTaîllés de la wèmé manière, c'est-à-dire qo'avec one adresse, naos n*osons dire nn art, qoi soufrent nous étome, on est panreoQ, en en détaehant les éelats, non-sealement à les dégrossir, mais & leor doimer la forme la plos convenable ans osages poor lesqoels ils étaient destinés, armes oa ootils.
» Eo majeare partie, ils se ressemblent par leor forme générale, qoi est le pins ordinairement on OToide aplati, dont la partie sapérieore oo le gros boot qoi est moosse est resté dans son état primitif, et dont les bords et la pointe sont anssi tranchants que le permet one industrie qui n'avait jamais songé à les polir.
> D'aotres ressemblent à on poignard ; d*aotres encore ont la forme d'one pyramide triangulaire dont les arêtes sont creusées fort irrégulièrement par les éclats concboïdes du silex.
» Les figures que nous en donnons feront connaître la forme de ces produits d'un temps si reculé ; leur grandeur moyenne est de 1 0 à 1 2 centimètres dans leur plus grand diamètre. — Il y en a d'aulres chez lesquels cette dimension n'est que de 8 centimètres, et quelques-uns où elle a 24 centimètres. » Qnand on a vu quelques-uns de ces cailloux, on
SOJET DE GB HBUXIÈHE VOLUME. 11
» les raconmitt tout de soile comme appartenant au » dilnvinm. Ceux que M. Boueber de Perthes a trouvés
• dans le mtaie terrain, à Abbeville, ont une fintne
> (Mireille et sont travailla de la même manière. Je » m saurais dire qoel était leur emploi ; dans un pareil » sujet il iaut exclure avec soin toute hypothèse, et
> se contenter d'exposer les foits dans toute leur sim«
• pliflité. > *
* A ces citations on doit ajouter la lettre que M. Rigollot, si Threment regretté du monde savant et spécialement dans ce d^^rtelBellt dcwt il était une des laoûères comme médecin et coaune archéologue, écrivait peu de temps avant sa mort à M. Boucher de Perthes. Cette lettre fait d'autant plus d'honneur i M. Rigollot, quMl était un de ceux qui avaient le plus vivement combattu les conclusions du livre des AniiquUés coliques H mlédêmnmMi^ lorsqu'il parut en 1847.
« Amiens, ce 29 novembre 1854.
» A MoHêieur Bimeher de Perthes, Président de la Soeiiti itmpiriede d^Enmlaikm â AbbeviUe.
• Monsieur et honoré collègue,
» Tai tardé à vous remercier de renvoi que vous avez bien voulu me faire de la suite de votre ouvrage sur la Création et de votre Alphabet des Hommes et des Choses, Je vous en suis reconnaissant, ainsi que des silex taillés trouvés dans le lit de la Somme et que vous avez bien voulu y joindre. Le caillou retiré du diluvium a la même forme que la plupart de ceux qsi viennent du même terrain à Saint-Acheul. » Je viens de composer* un peu à la hâte , un mémoire sur les découvertes de haches faites à Saint-Acheul. Dans ce travail je ne fois guère que suivre vos traces, et ma seule ambition est de prouver que vous avez eu raison en annonçant le pre-
Parmi les autres écrits publiés sur cette question , je dots maitionner l'ouvra^ de H. E. do Ifarsy^ procureur impérial à Clermont (Oise) , membre 4e la Société des Antiquaires de Picardie et auteur d'atlielos remarquables sur Thistoire et Pardiéologie. Ce travail est intitulé: Rapport sur l'ouvrage de Mi Bouchet de Perthee ayant pour titre : des monuments celtiques ET ANTEDILUVIENS, brochure in-12, 1855, On en trouvera l'extrait à la fln de ce volume, ainsi que la note de M« Buteux citée ci-dessus.
Quoique les témoignages d'hommes aussi compétents lèvent bien des objections, il en reste encore auxquelles nous avons à répondre, car lorsqu'il s'agit de combattre un système adopté et d'en présenter un nouveau » on ne saurait être trop précis: il ne doit pas rester l'ombre d'un doute. J'ai dit qu'il n'en restait plus ici ni dans les départements voisins, que les faits rapportés dans mon premier volume y étaient aujourd'hui des vérités admises et qu'on pouvait nommer, populaires. Ces doutes ont aussi disparu chez les personnes étrangères au pays qui ont bien voulu se
r» mier que notre pays avait été habité par des hommes ayant n le cataclysme qui a détruit les éléphants et les rhinocéros qui » y vivaient. Ce qae vous avez dit avec tous les développements » nécessaires pour convaincre , je le redis plus brièvement et » sans doute moins bien. Mais j'étais pressé de tirer parti des » trouvailles dont jVtais le témoin. Je vais faire imprimer immé- 9 diatement mon mémoire, et je m'empresserai de vous en faire » hommage.
» Agréez, etc.
r» RiGOLLOT. »
déranger pour visiter ma oollection et les bancs dont les olijets ont été extraits. Ce n'est donc pas pour ces personnes que sont les explications suivantes. Malheureusement il en est d'autres à convaincre ; c'est surtout pour celles-ci que j'ai écrit ce deuxième tome. Il présente des découvertes et des données nouvelles, mais elles ne sont pas plus convaincantes que les premières qui n'auraient été l'objet d'aucune discussion si on avait voulu les vérifier comme l'ont fiiit les géologues que. je viens de nommer : je leur en exprime toute ma reconnaissance. Ici mon volume finit pour eux ; ils peuvrat se dispenser de le lire ou borner leur lecture aux seuls chapitres qui traitent des explorations et de leurs résultats.
Hais avant d'en venir là, je ferai un court exposé de la composition de certains bancs, ou du moins de la manière dont je l'ai comprise.
CHàPlTRE U.
Bm blocs èmliqws, Jes silex èl Jes Miîs aikuitit tiutpwla ^r tes pMcs.
Ceci pourra d*abord paraître étranger au sujet de ce livre, mais on verra bientôt en quoi je Ty rattache et comment ce transport par les glaces a pu contribuer à la formation de quelques dépôts, conséquemment a la réunion d*objets enlevés sur des points divers et souvent fort distants les uns des autres. Dès lors on doit peu s'étonner de rencontrer dans le diluvium des débris de plusieurs origines ou des ossements d'animaux qui n'ont pas habité le même sol, et même des armes, des signes, des instruments de pierre, œuvres d'hommes qui vivaient peut-être dans des contrées diCTérentes,
Comment ces glaces ont-elles pu transporter ces roches, ces ossements, ces détritus divers qui composent les gissements tertiaires ou des dépôts analogues?
DES BL0G8 BRKATlQUfiS. 15
C'est ce que iioos allons tâcher d'expliquer par des ooBsidéraUoUs qui me frappèrent une première fois quand je parcourus les glaciers des Alpes, et depuis lorsque j'ai vu sur les pies des Pyrénées, sur l'Etna et d'autres montagnes, ces amas de neiges dont l'o- Hgine se perd dans la nuit des temps, car si œlles de la surbce fondent et se renouvellent, les couches inférieures restent toujours les mêmes.
De quelle manière se sont formées ces premières couches 7* Pourquoi n'ont-elles pas annuellement dispara comme celles qui les ont suivies 7 II est à croire qu'à diverses époques se sont succédé sans interruption, pendant des temps plus ou moins longs, des tourmentes de neige dont tes masses agglomérées ont, sur certains points, atteint la dme des arbres, comblé les vallées et enseveji jdsqu'à des montagnes. La terre, dans une grande fMurtie de sa surfoce, ne semblait plus qu'une plaine, immense où il n'y eut qu'une seule saison : Thiver,
Cette neige a dû se consolider et se maintenir ainsi pendaot Inen du temps; aujourd'hui même elle n'a pas eotièrement dispara, tx)us en voyons les restes dans nos glaciers.
C'est la- foote de celle de la plaiâe et do penchant des montagnes qui a produit un dernier déluge. Mais avaiH que ce déluge ne balayât la terre, il est probable que des familles entières, notamment celle des herbivores^ privées de nourriture, puis rasevelies sous cette n^ppe glacée , avaient été anéanties ; ou si elles M l'avaient pas été isumédiatement , la modifieation
du climat a dû arrêter leur reproduction. On comprend que de cette chute de neige et de sa durée est résulté un grand refroidissement de l'atmosphère, même dans les pays que la tourmente avait épargnés. Aussi la Gaule, où naissaient des palmiers et des végétaux des tropiques, n'aurait depuis, par suite de ce changement de température, produit que les plantes du nord ou celles que nous voyons aujourd'hui.
Par cette même raison , les animaux des climats chauds , dont nous rencontrons aussi les ossements , auraient cessé d'y paraître et de s'y multiplier.
On pourra m'objecter que la ^ cause étant détruite et la neige fondue, l'efiTet aurait dû cesser et tat température redevenir ce qu'elle était? Oui, si cette fonte avait été générale; mais il n'en est pas ahisi, témoins les glaces polaires et tous ces glaciers des montagnes, témoin aussi le refroidissement des couches supérieures de la terre , refroidissement qui daterait de ce même cataclysme.
Ce qui tendrait aussi à prouver , jusqu'à certain point, ces déluges de neige, ce sont les cadavres de mammouths trouvés en Sibérie avec leur chair. En les étoufibnt sur place au moment où ils étaient pleins de vie, cette neige, qui s'est transformée depuis en bloc de glace, pouvait seule amener ce résultat. On comprend que ces animaux , fuyant la bourrasque , ont dû être arrêtés par la mer, et c'est là qu'aitièrement couverts par la neige, puis gelés, leurs corps durcis ont été pour ainsi dire éternisés, car ils auraient pu demeurer encore des milliers d'années
dans le ffléme étal, si radoucissement de la lempéraiare on quelque circonstance fortuite n*avait pas amené k fonte de la glace qui les entourait. De là celle quanlité de leurs os qui couvrent encore la NouveUe-Zemble et une partie de la Sibérie, os si bten conservés que Tivoire de leurs défenses est estimé presqu'à T^al de Ti voire neuf.
Cesl aussi peut-être au fond de quelque glacier, sous qudqu*avalancbe ou dans un énorme bloc de gkee polaire quon trouvera Tbomme antédiluvien; et ce. ne sera pas seulement ses os qui nous apparai- Ironl, mais l'homme tout entier, tel qu'il était quand, assoupi par le froid, la mort l'a surpris et que la glace, suaire conservateur, l'a enveloppé comme la Diooche dans l'ambre.
On traitera ceci de rêverie; mais combien de prévisions fécondes, que nos pères avaient aussi taxées de fiibles, ne se sont -elles pas réalisées; combien d'antres encore, repoussées par notre incrédulité, ne seronl-elles pas pour 90s descendants des vérités manifestes.
Laissant là les inductions el revenant au positif, nous dirons : pour quiconque y voudra réfléchir , ce déluge de neige, suite d'une cause subite, mais qui n'a pas encore entièrement cessé, rentrera dans les probabilités. Les glaces polaires et nos glaciers ne datent pas de la création du globe, et bien des siècles se soni écoulés avant que la terre ne reçût ces averses glacées. Mais aussi à la suite du cataelysine neigeux et même après la grande débâcle et
1S DBS BLOCS ERRATIQUBS.
le déluge qui Font suivi , les glaciers étaient ph» considérables et s'étendaient beaucoup plus loin qse de notre temps. Des blocs de glace écbappéa des fleuves et des mers lointaines venaient flotter jusqt'â la vue de nos côtes. Poussés à terre par la tempéle ou par le gonflement des eaux ^ ils ont pu oottvrif des régions entières, même sous la zone tempérée. C'est en se fondant qu'ils ont laissé sur le sd ces masses de granit , de grès ou d'autres pierres que nous nommons blo€9 erratiquei , masses trop lourdes pour avoir été conduites où nous les trouvons par l'effort d'un simple cours d'eau.
La position seule de ces blocs prouverait qu'ils ont été mis là non par une impulsion simplement faorfmn* taie, mais par une action perpendiculaire, c*e9l4-4frè on affaissement successif ou un mouvement de haut en bas. Placé dans l'intérieur du massif de glace, peiit<* être h sa surface, chaque bloc, à mesure que eette glace se fondait, se rapprochait du sol ou d'un M(re bloc qui , avant lui , avait pris là son aplomb. €*e8t donc sur le sol ou sur ce premier bloc que le seeond trouvait la base où nous le voyons encore oomne sur un piédestal.
Il est de ces superpositions de pierres qu'on ne saurait expliquer autrement , car aucune forée ho«maine n'aurait pu les soulever y et Ton ne comprend pas comment l'aurait fait un courant d'eau, quelque puissant qu'on le suppose : un torrent renverse et n'édifle pas.
On le voit donc : arrachés à leur base par le p^nds
DBS BLOCS ERRATIQUES. t9
des neiges^ ces rochers, précipités des montagnes dans lenr enireloppe glacée, {mis entraînés à la mer par les fientes et les torrents ou par leur seole impolskw, chassés par les vents et les courants d'océan es océan , comme le sont encore les glaces polaires , OBi été oondoits vers les côtes, puis, par des débor<* déments et des ras^de^marée , jetés dans rintérieor des terres. Là, quand leor couche glacée a disparu , ils sont restés à mi sur le sol où nous les considérons avjowd'hm, en nons demandant pourquoi ils y sont, loraqa'aucone production analogue ne se montre ni a«x environs ni dans la même région ?
Si BOBS admettons le charriage des blocs granitiques et antres par les glaces, à plus forte raison noss reesBnntlraBS la possibilité de celui des corps moindres, de ces osseoients, de oes débris af^rtenant peet-étre BBX latilndes les plus élmgnées.
Ces-flaees fiottantes d'une mer à l'autre explique-* raient non-Bedement la présence de rodies et de BUBéfBBX dans des contrées où il n'en existe ni carrièm ni filon, mais aussi les mystères de la végétation spontanée oo l'apparition subite d'étros jnsqu'alors ineonm». Des bulbes , des graines , des germes, des ceuFs, des chrysalides, des larves même, protégés par ees mura de glace , bravant toutes les températures, tous les chocs, tous les contacts, ne peuvent4l8 conserver fNresqu'indéBntment leur puissance vitale et lenr vertn prodoetive? A-t-nn fait à cet égard tontes les expériences possibles, et sait-on jusqu'i quel pcmit hi glaee est protectrice de la vie? La neige ne Test-
elle pas? N'est-il pas de nombreux végétaux et même quelques animaux qu'elle garantit de la destruction qu'amèneraient pour eux*les variations subites de Fatmosphère? La gelée, même la plus intense, tue-t-elle certaines créatures? Non; et des grenouilles gelées au point que leurs membres se brisent comme du verre ont été ranimées par une transition successive de ce froid excessif à une température modérée. Dans nos étangs, n'est->il pas des poissons, des insectes saisis par la glace et qui semblent morts , qu'on voit re^ naître au printemps 7 Encore une fois , des études approfondies doivent être faites sur la nature conservatrice de la glace, sur la possibilité de son transport par les courants, et la facilité qui a dû en résulter pour la propagation des races ou leur introduction dans des lieux isolés et les plus distants.
On doit envisager aussi la question sous ses rap^ ports purement géologiques, et décider si les idées que je viens d'émettre sur le transport des Uœs erratiques par les glaces flottantes ne peuvent pas s'appliquer à la formation de certains bancs. Gda nous apprendrait comment ces pierres travaillées ont pu se trouver sur des points très-éloignés de celui où elles l'avaient été.
D'après les données recueillies sur le mouvement des glaciers des Alpes, sur Taugmentation ou la réduction de leur masse, ne pourrait-on pas établir quelques calculs sur le plus ou moins d'ancienneté de la der^ nière grande invasion des neiges et de l'inondation qui a dû résulter de leur fonte subite ou successive?
Si une partie de nos rivières sont alimentées par Téooulement des eaux neigeuses, i! est évident que la masse des eaux de ces rivières a dû s'amoindrir par la diminution de la chute des neiges. Tout annonce que des cours d'eau aujourd'hui à peine navigables ont été des rivières profondes. Nos plus grands fleuves européens, si l'on en juge à la largeur des vallées qui tout entières ont dû être leurs anciens lits, avaient alors dix fois plus d'eau que de nos jours. On a attribué cette réduction à la destruction des forêts : elle a pa y entrer pour quelque chose, mais, selon moi, l'amoindrissement de la masse des neiges y a contribué davantage.
Ensuite, pourquoi tombe-t-il moins de neige qu'il n'en tombait? Ces déluges de neige sont-ils périodiques? Reverrons-nous un jour la terre recouverte de ce linceul qui, pour des siècles encore, la jetterait dans un sommeil de mort dont elle ne serait tirée que par un autre déluge aqueux. Ce déluge, par son limon fécondant, loi rendrait-il sa chaleur végétative et sa fécondité prraiière? Grandes questions!
Sans cbercher à lire dans l'avenir, profitons de ce que nous avons sous les yeux pour éclairer le passé, et ne repoussons pas la lumière de quelque part qu'elle vienne.
Maintenant je reviens à mon sujet.